Parc national de Kotýchi-Strofyliá

parc national de Grèce
Parc national de Kotýchi-Strofyliá
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Géographie
Pays
Périphérie
Coordonnées
Ville proche
Superficie
159,75 km2
Administration
Type
Catégorie UICN
VI
WDPA
Création
2009
Site web
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Le parc national des zones humides de Kotýchi-Strofyliá (en grec moderne : Εθνικό Πάρκο υγροτόπων Κοτυχίου Στροφυλιάς) est un parc national de Grèce situé à la pointe nord-ouest du Péloponnèse. Créé en 2009[1], il constitue la plus importante forêt de Pins parasols du pays et l'une des plus importantes d'Europe[2],[3].

GéographieModifier

 
Emprise du parc national de Kotýchi-Strofyliá en vert et principaux éléments naturels le composant

Le parc national des zones humides de Kotýchi-Strofyliá s'étend à l'extrême nord-ouest du Péloponnèse, du cap Áraxos au nord jusqu'à l'embouchure du fleuve Mélissos environ 30 km au sud. Longeant la mer Ionienne, l'emprise de la zone protégée n'excède guère 5 km d'est en ouest.

Administrativement, la zone s'étire sur deux districts régionaux de la Grèce-Occidentale : au nord celui d'Achaïe avec le dème d'Achaïe-Occidentale et au sud celui d'Élide avec le dème d'Andravída-Kyllíni. Patras, troisième ville de Grèce, se situe à un peu plus de 25 km à vol d'oiseau.

Bien qu'étroit et relativement peu étendu, le parc national comprend une variété importante d'habitats[2],[4] :

  • la forêt de Strofyliá (el) couvre environ 2 000 ha[5] entre, d'un côté, les dunes de la mer Ionienne et de l'autre, les lagunes et espaces agricoles. Parcourue du nord au sud par un canal, cette vaste étendue forestière est parsemée de mares et de petites étangs.
  • plusieurs lagunes composent les zones humides du parc national, les principales étant la lagune de Kotýchi (en) (750 ha), de Prokópos (el) (450 ha) et de Kalógria (el) (450 ha, aussi appelée lagune du Pape ou d'Áraxos). La première, composée d'eaux saumâtres peu profondes (30 – 40 cm jusqu'à 1 m), est alimentée par huit petits cours d'eau et par les précipitations. Bénéficiant d'une large ouverture sur la mer Ionienne, c'est actuellement la plus grande lagune du Péloponnèse et l'une des principales en Grèce pour la production piscicole avec plus de 63 tonnes de poissons par an en 2010[6]. La deuxième allie eaux saumâtres et eaux douces grâce à son principal affluent et émissaire, le fleuve Lárissos (en).
  • le marais de Lámia (450 ha) présente une étendue d'eau douce recouverte de végétation aquatique et herbacée. Il est relié à la mer par le long canal et communique épisodiquement avec la lagune de Prokópos à l'occasion d'importantes précipitations. Sa profondeur, largement dépendante des variations saisonnières, fluctue entre 5 et 60 cm.
  • les montagnes Noires (el) sont des collines calcaires atteignant 240 m de haut situées entre le cap Áraxos et la lagune de Prokópos. À leur extrémité sud-est se trouve le site archéologique de Tíchos Dyméon, une forteresse stratégique occupée du Néolithique jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
  • le long de la forêt de Strofyliá, un cordon dunaire forme un écosystème de transition entre la plage et la partie boisée. Au nord du parc, entre le Lárissos et les montagnes Noires, s'élèvent des dunes atteignant 10 m de hauteur.

ProtectionModifier

En 1975, les lagunes de Kotýchi ont été inscrites sur la liste des zones humides d'importance internationale relative à la Convention de Ramsar de 1971[7]. Le réseau Natura 2000 reconnait également la valeur patrimoniale de la région à travers l’inclusion sur la liste des zones de protection spéciale (ZPS) pour les oiseaux et la liste des zones spéciales de conservation (ZSC) des habitats naturels[8]. Enfin, le parc figure à l'inventaire des zones importantes pour la conservation des oiseaux de l'ONG Birdlife International[9].

En 1990, la pression anthropique, liée notamment au développement urbain et à l'irrigation, a conduit la Grèce à demander le classement de la zone dans le Registre de Montreux de la Convention de Ramsar[10],[11]. Depuis les années 1970, l'altération de l'écosystème de la lagune de Kotýchi résulte pour partie des eaux de drainage des canaux de la plaine du Pénée. Ces aménagements tendent à favoriser la diminution du taux de salinité et du niveau des eaux, paramètres conduisant à l'eutrophisation de la lagune. A la fin des années 1980, des travaux de restauration des milieux naturels ont permis d'atténuer quelque peu les préjudices écologiques des décennies précédentes[12], mais l'équilibre environnemental demeure précaire. Le lac de Kalógria, intensément exploité pour la production piscicole, a connu plusieurs épisodes de pollution ayant entraîné une mortalité de masse des espèces aquatiques[13]. Outre la gestion de la ressource en eau et la pollution, la pression touristique, le braconnage et les feux de forêt figurent parmi les principales menaces[14]. Les phénomènes naturels d'érosion et de progradation, particulièrement importants au cap Áraxos, sont également surveillés[15].

Le parc est confié à l'Organisme de gestion des zones humides de Kotýchi-Strofyliá (Φορέας Διαχείρισης Υγροτόπων Κοτυχίου – Στροφυλιάς), entité à statut privé située à Lápas (el) et créée sur décision ministérielle en 2002[16].

FauneModifier

Le parc forme, avec les lagunes de Missolonghi sur la rive nord du golfe de Patras, un complexe de zones humides majeur sur les routes migratoires de nombreux oiseaux. Selon l'organisme de gestion du parc national, 263 espèces[17] d'oiseaux ont été recensées, dont plusieurs sont quasi menacées selon la liste rouge de l'UICN, comme la Barge à queue noire (Limosa limosa), le Bécasseau cocorli (Calidris ferruginea), le Courlis cendré (Numenius arquata), le Vanneau huppé (Vanellus vanellus), le Busard pâle (Circus macrourus), le Faucon kobez (Falco vespertinus), le Pipit farlouse (Anthus pratensis) et le Fuligule nyroca (Aythya nyroca)[18]. Le Fuligule milouin (Aythya ferina) et l'Aigle criard (Clanga clanga) figurent eux parmi les espèces considérées comme menacées par l'UICN[19],[18].

Des 8 espèces d'amphibiens à l'inventaire du parc[20], deux sont endémiques de la Grèce et de l'Albanie : la Grenouille verte des Balkans (Pelophylax kurtmuelleri) et la Grenouille épirote (Pelophylax epeiroticus), cette dernière étant définie comme menacée par l'UICN.

Au sein de la zone protégée ont également été observées 26 espèces de reptiles, dont plusieurs sont notables[20],[21],[22] :

Chez les invertébrés, de récents relevés scientifiques ont témoigné de l'existence d'une espèce de demoiselle rouge (Ceriagrion georgifreyi (en))[24] inscrite par l'IUCN sur la liste des espèces menacées. Selon les autorités de gestion du parc, 23 espèces de mammifères complètent l'inventaire de la faune locale, dont la Loutre d'Europe (Lutra lutra) et le Chacal doré (Canis aureus ssp. moreotica)[25].

FloreModifier

La flore du parc comprend environ 500 espèces de plantes affectionnant particulièrement les zones humides, les sols saumâtres, les milieux dunaires et espaces côtiers méditerranéens. L'importante forêt de Pins parasols (Pinus pinea) de Strofyliá représente près de 80 % de la distribution de cette essence en Grèce[22]. Les scientifiques constatent toutefois la colonisation progressive du Pin d'Alep (Pinus halepensis), à la régénération naturelle rapide, au détriment du Pin parasol[26],[27]. Une sous-espèce de chêne velani (Quercus ithaburensis ssp. macrolepis), qui couvre environ 4 % de la surface de la forêt de Strofyliá, est majoritairement observable à l'intérieur des terres, dans la relative continuité des deux essences de pins [28].

Au nord du parc, dans les escarpements des montagnes Noires, pousse une espèce de centaurées (Centaurea niederi) endémique de la Grèce-Occidentale et menacée. Un projet de plantation de Centaurea niederi mené par le Conservatoire botanique national de Brest a été initié en 2011 sur le site d'une ancienne carrière des montagnes Noires en voie de renaturation[29]. On rencontre également au sein du parc une espèce de colchiques (Colchicum parlatoris (en)[30]) et de statices (Limonium brevipetiolatum[31]) ne poussant nulle part ailleurs dans le monde que dans le Péloponnèse et certaines îles Ioniennes[32]. Autre plante notable, Petrorhagia graminea[33] est une espèce d'œillets endémique de Grèce observée dans le parc.

D'autres espèces rares en Grèce sont également protégées, comme le Lis maritime (Pancratium maritimum), la Malcolmie naine (Malcolmia nana[34]) et Halocnemum strobilaceum (en)[2], une espèce de salicornes aux surprenantes teintes rouges qui parsème les berges de la lagune de Prokópos.

Notes et référencesModifier

  1. (grk) « Εφημερίς της Κυβερνήσεως της Ελληνικής Δημοκρατίας » [« Journal du Gouvernement de la République hellénique »],‎ (consulté le ).
  2. a b et c (en) « GR63RIS », sur www.rsis.ramsar.org, (consulté le ).
  3. a et b Sofia Spanou et al. 2007, p. 1337.
  4. (en) Management body of Strofylia national park, « Ecosystems » (consulté le ).
  5. Ioannis Ioannidis et al. 2011, p. 422.
  6. (en) Sofia Reizopolou, « Greece », dans Donatella Crosetti, Fabio Massa et S. Cataudella (eds.), Mediterranean coastal lagoons: Sustainable management and interactions among aquaculture, capture fisheries and the environment, FAO, , 290 p. (ISBN 978-9251083222, lire en ligne), p. 97-115.
  7. (en) « Kotychi lagoons », sur www.rsis.ramsar.org (consulté le ).
  8. (en) « Natura 2000: Birds and Habitats Directives - Greece », sur www.eea.europa.eu, (consulté le ).
  9. (en) BirdLife International, « Important Bird Areas factsheet: Kalogria lagoon, Strofylia forest and Lamia marshes » (consulté le ).
  10. Cette liste regroupe les sites inscrits ayant fait face, faisant face ou susceptibles de faire face à des bouleversements écologiques défavorables. Elle permet de cibler des sites à forts enjeux nécessitant des mesures spécifiques de conservation. (en) « List of wetlands of international importance included in the Montreux Record » (consulté le ).
  11. (en) Vlassios Papagrigoriou, Wetlands of International Importance : The International Ramsar Convention and its legal implications for Greece, Athènes, Sakkoulas Publications, , 260 p. (ISBN 960-301-486-9).
  12. (en) Georgios Karantounias, Nicholas Dercas et Eleni Papazoglou, Environmental impacts on protected biotopes from irrigation water overconsumption and relevant rehabilitation works – The case of Kotychi sea-lagoon, Conference Paper, (lire en ligne).
  13. (en) Sofia Reizopoulou et Artemis Nicolaidou, « Index of Size Distribution (ISD): a method of quality assessment for coastal lagoons », Hydrobiologia, vol. 577, no 1,‎ , p. 141-149 (ISSN 0018-8158, lire en ligne).
  14. (en) Management body of Strofylia national park, « Threats » (consulté le ).
  15. (en) Agence spatiale européenne, « Monitoring coastal changes in Greece », sur www.esa.int, (consulté le ).
  16. (en) Management body of Strofylia national park, « General information of the region » (consulté le ).
  17. Le nombre d'espèces recensées doit être appréhendé avec discernement et précaution car il varie souvent selon la source, la date du relevé, le périmètre considéré, la méthode ou bien encore les révisions taxonomiques.
  18. a et b « Avibase - listes d'oiseaux mondiales : Kotychi and Strofylia Wetlands National Park », sur avibase.bsc-eoc.org (consulté le ).
  19. (en) Management body of Strofylia national park, « Avifauna » (consulté le ).
  20. a et b Christiaan Hoogendoorn 2017.
  21. Ioannis Ioannidis et al. 2011.
  22. a et b Ioannis Ioannidis et Konrad Mebert 2011, p. 303.
  23. (en) Dimitris Margaritoulis et Aliki Panagopoulou, « Greece », dans Paolo Casale et Dimitris Margaritoulis (eds.), Sea turtles in the Mediterranean: Distribution, threats & conservation priorities, Gland, Switzerland, IUCN SSC/Marine Turtle Specialist Group, , 294 p. (lire en ligne), p. 83-111.
  24. (en) Sotiris Alexiou, Nikolaos Manolas et Daniel Lesparre, « Ceriagrion georgifreyi new to the Peloponnisos, Greece (Odonata: Coenagrionidae) », Notulae odonatologicae, vol. 9, no 3,‎ , p. 91-95 (ISSN 0166-6584, lire en ligne).
  25. (en) Management body of Strofylia national park, « Home – Numbers » (consulté le ).
  26. (en) Spanou Sofia, Τiniakou Αrgyro, Nikolaidis Vassilios et Georgiadis Theodoros, « Comparative study of protected areas in Greece: the case-study of three littoral Pinus pinea (Stone pine) forests », Fresenius Environmental Bulletin, vol. 16, no 11a,‎ , p. 1335-1344 (ISSN 1018-4619, lire en ligne).
  27. Ioannis Ioannidis et al. 2011, p. 422-423.
  28. Ioannis Ioannidis et al. 2011, p. 424.
  29. Conservatoire botanique national de Brest, « Rapport d'activité 2011 », p. 65.
  30. (en) « Colchicum parlatoris Orph. » (consulté le ).
  31. (en) « Limonium brevipetiolatum R. Artelari & Erben » (consulté le ).
  32. (en) Theodoros Georgiadis, Eva Economidou et Dimitrios Christodoulakis, « Flora and vegetation of the Strofilia coastal area (NW Peloponnesos – Greece) », Phyton,‎ , p. 15-36 (ISSN 0079-2047, lire en ligne).
  33. (en) « Petrorhagia graminea (Sm.) P.W. Ball & Heywood » (consulté le ).
  34. (en) « Malcolmia nana (DC.) Boiss. » (consulté le ).

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Publications sur des espèces dans le parcModifier

FauneModifier

  • (en) Christian Koppitz, « Are Anguis graeca (Bedriaga, 1881) and Anguis cephallonica Werner, 1894, sympatric in the lowlands of southern Laconia? », Herpetozoa, vol. 30, nos 3/4,‎ , p. 223-225 (ISSN 1013-4425, lire en ligne).
  • (en) Christiaan Hoogendoorn, Monitoring and management plan for amphibian populations in the Kotyhi-Strofylia wetlands, Thesis commissioned by Van Hall Larenstein University of applied sciences, EPMAC Europe and the managing body of the Kotyhi – Strofylia wetlands, , 62 p. (lire en ligne).  
  • (en) Ioannis Ioannidis et Konrad Mebert, « Habitat preferences of Natrix tessellata at Strofylia, Northwestern Peloponnese, and comparison to syntopic N. natrix », Mertensiella, vol. 18,‎ , p. 302-310 (ISSN 0934-6643, lire en ligne).  
  • (en) Ioannis Ioannidis, Giorgos Chiras et Niki Kardakari, « Comparison of reptile communities in three types of thermophilous Mediterranean forest in southern Greece », Journal of Natural History, vol. 42, no 5,‎ , p. 421-433 (ISSN 0022-2933, lire en ligne).  

FloreModifier

  • (en) Sofia Spanou, Τiniakou Αrgyro, Vasilios Nikolaidis et Theodoros Georgiadis, « Comparative study of protected areas in Greece: The case-study of three littoral Pinus pinea (stone pine) forests », Fresenius Environmental Bulletin, vol. 16, no 11a,‎ , p. 1335-1344 (ISSN 1018-4619, lire en ligne).  

Article connexeModifier