Néro (chien)

chien de Napoléon III

Néro, né en janvier 1861 et mort le , est un chien connu pour avoir appartenu à l'empereur Napoléon III.

Néro
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Détail du groupe de Carpeaux (1865).
Informations
Espèce
Race
Couleur
Brun foncé (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Sexe
Date de naissance
Date de décès
Cause de décès
Rupture d'anévrisme (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Propriétaires

BiographieModifier

Né en , Néro (de l'italien nero signifiant « noir ») est un braque anglais ou pointer anglais mâle au pelage brun foncé[1]. Vers 1864[2], il est offert à Napoléon III par l'un de ses chambellans, le baron Zorn de Bulach, de Strasbourg[1].

L'empereur s'attache beaucoup à l'animal[1], qui l'accompagne à la chasse[3], à Compiègne, et lors de ses promenades. Néro est aussi l'animal de compagnie du petit prince impérial[1]. En 1865, l'enfant et le chien seront immortalisés ensemble par le sculpteur Carpeaux[4].

Le , Néro s'échappe des Tuileries. Des affiches sont placardées et un avis est publié dans plusieurs journaux, avec toutefois une coquille dans le nom du chien, qui est ainsi nommé « Héro » [5]. Cette fugue inspire à Timothée Trimm une chronique spirituelle occupant toutes les colonnes de la une du Petit Journal du [6]. L'animal est finalement retrouvé par une dame, qui recevra une médaille d'or pour les soins apportés au chien[7].

En 1866, Nicolas Fétu publie une Requête à mes concitoyens pour l'extinction de la race canine à Dijon (Dijon, Jobard, 1866) où il préconise de supprimer les chiens pour lutter contre la rage. En tant que Dijonnais et cynophile, le ministre de la Maison de l'Empereur, le maréchal Vaillant, lui répond par une lettre ouverte où se mêlent l'indignation, le sentimentalisme et l'humour. Il s'y exclame notamment : « Vous tueriez Néro !! »[8]

Lorsqu'il n'est pas avec son maître au palais des Tuileries, Néro est pensionné chez le garde du parc de Saint-Cloud, M. Barthel, qui reçoit douze francs par mois (ce qui représente environ 20% du salaire d'un ouvrier non qualifié)[9] pour nourrir l'animal[3].

Néro n'a que sept ans lorsqu'il meurt, le [10]. L'autopsie montre qu'il est mort d'une rupture d'anévrisme[3]. Il est enterré dans le jardin réservé du palais des Tuileries[1].

Cette mort, rapportée par plusieurs journaux, inspire les esprits facétieux et irrévérencieux, qui en profitent pour égratigner la cour impériale. Le , Alexandre Ducros compose ainsi une oraison funèbre[11] qui est publiée dans L'International[12]. Le polémiste républicain Henri Rochefort lui consacre plusieurs pages de son impertinente Lanterne[13]. Chroniqueur au Figaro, Émile Blavet imagine quant à lui que l'épitaphe latine du chien défunt (HIC JACET NERO) induira en erreur les archéologues de l'an 3000, qui croiront avoir trouvé la sépulture de l'empereur romain Néron (Nero en latin)[14]. Georges Sauton (d), fils d'un domestique de l'empereur, publie une plaquette intitulée Le Testament de Néro tel qu'il a été dicté, le , à son très humble et dévoué sujet Georges Sauton (Paris, Poitrine, 1868, 16 pages)[15].

Quelques années plus tard, Émile Zola évoquera Néro dans une scène du roman Son Excellence Eugène Rougon[16].

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Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e Article de L’Événement illustré, cité par le Journal de Saint-Quentin et de l’Aisne, 10 juin 1868, p. 3.
  2. La Presse, 15 décembre 1864, p. 2.
  3. a b et c Le Figaro, 5 juin 1868, p. 2.
  4. Stanislas Lami, Dictionnaire des sculpteurs de l'école française au XIXe siècle, t. I (A-C), Paris, Champion, 1914, p. 267.
  5. Le Constitutionnel, 23 janvier 1865, p. 2.
  6. Le Petit Journal, 27 janvier 1865, p. 1.
  7. Le Figaro, 14 juin 1868, p. 2.
  8. La Presse, 20 juin 1866, p. 2.
  9. Christophe Charle, Histoire sociale de la France au XIXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, 1991, p. 114.
  10. Le Petit Journal, 5 juin 1868, p. 3.
  11. Alexandre Ducros, Les Étrivières, Paris, Lechevalier, 1875, p. 20-23.
  12. Le Temps, 11 juin 1868, p. 3.
  13. La Lanterne, no 2, 6 juin 1868, p. 89-92.
  14. Le Figaro, 12 juin 1868, p. 3.
  15. Xavier Mauduit, Le Ministère du faste, Paris, Fayard, 2016.
  16. Émile Zola, Son Excellence Eugène Rougon, Paris, Charpentier, 1878, p. 205.