Christianisation

La christianisation est un processus qui consiste à « intégrer » quelqu'un, ou quelque chose, au christianisme.

PaganismeModifier

Le terme générique paganisme est employé depuis le VIe siècle par des chrétiens pour désigner les religions de ceux qui ne sont ni chrétiens ni juifs. À partir de 370, des lois impériales regroupées au Ve siècle dans le code théodosien emploient le terme paganus pour désigner ceux qui pratiquent la magie, ceux qui sont considérés comme superstitieux ou dans l'erreur. Le terme a depuis conservé une connotation péjorative[1].

MéthodesModifier

PacifiquesModifier

Cela peut être fait de façon pacifique, avec l'évangélisation et les missionnaires.

ViolentesModifier

La christianisation peut aussi être militaire, à l'image de l'expansion du royaume franc en Empire carolingien par Charlemagne, ou encore de la colonisation européenne des Amériques, de l'Afrique, de l'Asie ou de l'Océanie.

Michele R. Salzman indique que la persécution des païens dans l'Antiquité n'est pas aussi forte qu'on se l'imagine fréquemment, notamment parce que la lutte contre les hérétiques était prioritaire pour la plupart des chrétiens des quatrième et cinquième siècles[2]. Ramsay MacMullen note également que presque toute la violence qui suit le règne de Constantin résulte de conflits entre des sectes chrétiennes. Ainsi, pour Brown, « toute tentative de dessiner une échelle de violence à cette époque doit placer au sommet la violence des chrétiens les uns envers les autres ».

En interprétant une citation biblique, « presse-les d’entrer » (Luc 14,23), Augustin d'Hippone (354-430) justifie le recours à l'usage légal de la violence pour forcer les conversions au christianisme [3].

MélangéesModifier

La christianisation peut aussi être un mélange de pacifisme et de violence (dépaganisation etc). On commence par une modification douce des rituels pour ensuite détruire les éléments de culte, par des bannissements et des brutalités.

(voir Christianisation des peuples germains et scandinaves).

Au lieu d'une destruction, on peut également procéder à la christianisation d'objets ou de lieux. Certains menhirs ont, par exemple, été christianisés par l'ajout d'une croix en leur sommet ; des temples ont été convertis en église.

Des traditions chrétiennes sont mélangées à celles païennes. Ce syncrétisme implique que des légendes païennes ont pu servir de base pour établir des concepts chrétiens. On parle alors d'interpretatio christiana.

La lettre du Grégoire Ier à saint Augustin de Cantorbéry illustre bien ce phénomène[4].

« Qu'on prenne l'eau bénite et que l'on asperge ces temples, qu'on édifie des autels et qu'on y place des reliques ; en effet si ces temples sont bien construits, il est nécessaire et il suffit d'en changer la destination : les faire passer du culte des idoles à la louange du vrai Dieu… Comme la coutume existe d'offrir beaucoup de bœufs en sacrifice aux esprits, il faut également transformer légèrement le cérémonial de ces offrandes, de manière à fixer ces coutumes rituelles au jour de la dédicace ou de la fête des saints martyrs dont les reliques ont été placées dans l'église ; que les gens continuent à se construire des cabanes de branchages auprès des mêmes temples devenues églises et qu'ils célèbrent la fête par des agapes rituelles. »

EffetsModifier

Pour Jean Delumeau, beaucoup d'historiens actuels considèrent que le pouvoir omniprésent et les propagandes des « christianisateurs » tant catholiques que protestants des XVIe siècle au XVIIIe siècle, ont produit les conditions d'une déchristianisation[5].

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

ArticlesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « païen » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  2. Michele Renee Salzman, « The Evidence for the Conversion of the Roman Empire to Christianity in Book 16 of the "Theodosian Code" », Historia: Zeitschrift für Alte Geschichte, vol. 42, no 3,‎ , p. 362–378 (ISSN 0018-2311, lire en ligne, consulté le )
  3. Bruno Dumézil, Les racines chrétiennes de l'Europe : conversion et liberté dans les royaumes barbares Ve ‑ VIIIe siècles, Fayard, Paris octobre 2005 (ISBN 2-213-62287-6) - lire en ligne
  4. Bède le Vénérable, Histoire ecclésiastique du peuple anglais, traduit et présenté par Philippe Delaveau, Gallimard, coll. « L'aube des peuples », 1995, 416 p. (ISBN 978-2070730155).
  5. Jean Delumeau, Un chemin d'histoire: Chrétienté et christianisation, éditions Fayard, Paris, 2014, introduction