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Vue aérienne du Musée juif de Berlin. À noter que le Glashof n'avait encore été construit.

Le Musée juif de Berlin (en allemand : Jüdisches Museum Berlin) est l'un des musées les plus grands d’Europe. Créé par l'architecte américain d'origine polonaise Daniel Libeskind, il a été inauguré en 2001. Situé dans le quartier de Kreuzberg à Berlin, il est constitué de deux bâtiments abritant une exposition permanente et de nombreuses expositions temporaires retraçant deux millénaires d’histoire des Juifs en Allemagne.

Depuis 1997, le musée est dirigé par Werner Michael Blumenthal, qui fut secrétaire au trésor des États-Unis. Il accueille environ 850 000 visiteurs par an[1].Peter Schäfer est directeur depuis le 1er septembre 2014, après que W. Michael Blumenthal ait dirigé l'institution pendant 17 ans.

Sur un espace de plus de 3 000 m2, l’exposition permanente a présenté deux mille ans d’histoire des Juifs en Allemagne. Quatorze tableaux historiographiques présentaient une image de la culture judéo-allemande, du Moyen Âge jusqu’à nos jours : objets d’art ou objets de la vie quotidienne, photos, lettres, éléments interactifs et espaces multimédia. L’exposition permanente est complétée par des expositions temporaires.

Depuis décembre 2017, l'exposition permanente au premier et au deuxième étage du bâtiment Libeskind a été modernisée et n'est plus accessible aux visiteurs. L'inauguration de la nouvelle exposition permanente est prévue pour le printemps 2020.

Sommaire

ArchitectureModifier

 
Le Kollegienhaus
 
Le Glashof et le Kollegienhaus vus depuis les jardins du musée
 
Le jardin de l'Exil
 
La tour de l'Holocauste

L'ancien édifice : le KollegienhausModifier

La construction d'origine datant de 1735, fut commandée à l'architecte Philipp Gerlach par Frédéric-Guillaume Ier afin d'y abriter les services de l'administration royale. Puis il devint l'ancien siège de la chambre suprême de Prusse, la Kammergericht, qui y siégea jusqu'en 1913, date à laquelle la cour déménagea à Schöneberg dans le bâtiment de la Neues Kammergericht.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'édifice fut sérieusement endommagé par les bombardements si bien que seuls les murs extérieurs résistèrent. Reconstruit en 1963, le Berlin Museum (de), le musée de la ville de Berlin prend possession des locaux en 1969. Il sert aujourd'hui d'entrée au musée juif. Les deux bâtiments sont reliés par un souterrain situé à plusieurs mètres de profondeur.

Le GlashofModifier

Le Glashof est une extension du musée (2007) où l'on accède par le Kollegienhaus. Il s'agit d'une cour surmontée d'un toit en verre qui débouche sur des jardins extérieurs. Le Glashof représente une soukka, cabane construite durant la fête juive de Souccot. Il sert de lieu d'accueil pour des expositions, des concerts et des réceptions. C'est également ici qu'est remis le Prix de la compréhension et de la tolérance décerné annuellement par le musée. Le Glashof est un mot d'origine allemande. Ce musée retranscrit les émotions, les peurs, les espoirs des juifs pendant leur longue histoire.

Le nouvel édifice de LibeskindModifier

La plus récente de ces deux constructions formant le musée fut édifié spécialement pour celui-ci entre 1993 et 1998 par l’architecte américain d'origine polonaise Daniel Libeskind, dont ce fut la première œuvre. Il est surnommé le Blitz (« éclair ») par les Berlinois à cause de son plan morcelé.

Il est constitué essentiellement de béton brut (structure) et de métal (enveloppe en zinc) qui va changer de couleur après plusieurs années et va marquer encore plus les entailles des fenêtres. Le bâtiment va tendre vers le bleu ou le vert. Daniel Libeskind a décidé de construire son musée dans le prolongement de l'opéra d'Arnold Schönberg Moise et Aaron en 3 actes dont la musique stoppe au second. Il a appelé son projet Between the lines - entre les lignes -, qui décrit la tension inhérente à l’histoire germano-juive selon deux lignes : une ligne droite et morcelée par des vides, une ligne tortueuse et ouverte à son extrémité. Un escalier en béton relie l'édifice baroque au bâtiment de Libeskind. Au dehors se trouvent deux édifices : la « Tour de l'Holocauste » et le « Jardin de l'Exil ».

Les axesModifier

Le sous-sol du musée est composé de trois axes qui s'entrecroisent et symbolisent le destin des Juifs au XXe siècle.

L’axe de l'Exil représente l'émigration. Il mène au « Jardin de l'Exil », le seul espace extérieur du musée. Bien qu'à ciel ouvert, il n'en reste pas moins clôturé par des murs très hauts. Cette sortie à l’air libre n’étant en effet qu'un semblant de liberté, puisque l'exil n’est pas choisi mais forcé. Le sol du jardin est incliné de 10 degrés sur son angle nord, de manière que le visiteur soit désorienté et déstabilisé à chaque pas, comme l’est toute personne exilée contrainte de vivre dans un nouvel univers. Le jardin est composé de 49 piliers au sommet desquels sont plantés des oliviers, symboles de déracinement et d'arrachement à la terre natale, mais aussi symboles de paix et d'espoir. Le nombre de piliers s'explique par l'année de création de l'État d'Israël (1948), le 49e pilier au milieu du jardin représentant l'Allemagne et la ville de Berlin. De plus, le chiffre 7 (7x7 = 49) est un chiffre biblique sacré.

L’axe de l'Holocauste représente la mort. Il mène à la « Tour de l'Holocauste », une tour de béton brut ouverte par une maigre entaille à son sommet d'où parvient la lumière extérieure. La tour communique avec le reste du bâtiment par les sous-sols. Daniel Libeskind n'a pas souhaité donner une interprétation particulière à cette tour, même si beaucoup de visiteurs la comparent à une chambre à gaz. La faible lumière parvenant du sommet est souvent comparée à l'espoir.

L’axe de la Continuité représente la vie. C'est l'axe le plus long du musée. Il représente la continuité de la présence juive en Allemagne et mène aux trois niveaux d'exposition du musée au travers d'un grand escalier rappelant l'échelle de Jacob.

Les « Voids »Modifier

Le musée comporte dans son architecture cinq espaces vides, nommés « Voids »[2] (de l'anglais void : vide). Ils représentent des espaces à part, où il n'y a rien à exposer, à la suite de la destruction d'une partie de la culture juive au travers de la Shoah. Deux sont accessibles au public : l'installation Shalechet et la tour de l'Holocauste. L'entrée est totalement gratuite.

L'exposition permanenteModifier

Depuis décembre 2017, l'exposition permanente au premier et au deuxième étage du bâtiment Libeskind a été modernisée et n'est plus accessible aux visiteurs. L'inauguration de la nouvelle exposition permanente est prévue pour le printemps 2020.

La précédente exposition permanente Zwei Jahrtausende deutsch-jüdischer Geschichte (Deux mille ans d'histoire judéo-allemande) a donné un aperçu de l'Allemagne du point de vue de sa minorité juive. Tout a commencé avec les villes médiévales de SchUM sur le Rhin, Speyer, Worms et Mayence.

Les visiteurs ont vécu la période baroque à travers Glikl bas Judah Leib (1646-1724, alias Glückl von Hameln) et son journal intime, qui illustre sa vie de marchande juive à Hambourg. Le XVIIIe siècle a été vécu à travers l'héritage intellectuel et personnel du philosophe Moses Mendelssohn (1729-1786). Ces opinions ont été complétées par la description de la vie juive à la cour et dans le pays. L'image de l'émancipation du XIXe siècle était marquée par l'optimisme, les réalisations sociales et politiques et une prospérité croissante. Mais aussi les revers et les déceptions des communautés juives de l'époque ont été thématisés. Les expériences des soldats juifs allemands de la Première Guerre mondiale étaient au début du XXe siècle.

Dans la section sur le national-socialisme, les visiteurs ont vu comment les Juifs allemands ont réagi à leur discrimination croissante et comment celle-ci a conduit, par exemple, à la création de nouvelles écoles et de nouveaux services sociaux juifs. L'exclusion et l'extermination des Juifs ont cependant rapidement mis fin à ces initiatives. Après la Shoah, 250 000 survivants se sont retrouvés dans des camps de personnes déplacées, où ils attendaient l'occasion d'émigrer. Dans le même temps, de nouvelles petites communautés juives émergèrent en Orient et en Occident. À la fin de l'exposition, deux grands processus nazis de l'après-guerre ont été thématisés : le procès d'Auschwitz à Francfort (1963-1965) et celui de Majdanek à Düsseldorf (1975-1981). La visite de l'exposition s'est terminée par une installation audio dans laquelle des Juifs qui ont grandi en Allemagne racontent leur enfance et leur jeunesse après 1945. Ils marquèrent le début d'un nouveau chapitre de la vie juive en Allemagne.

 
Vue du musée depuis la rue

Les expositions temporairesModifier

Les expositions spéciales traitent de sujets de différentes époques, présentés dans différents genres.

Welcome to Jerusalem (2017-2019); Cherchez la femme (2017); Golem (2016-2017); Snip it! Stances on Ritual Circumcision (2014-2015); A Time for Everything. Rituals Against Forgetting (2013-2014); The Whole Truth … everything you always wanted to know about Jews (2013); Obsessions (2012–2013); How German is it? 30 Artists' Notion of Home (2011–2012); Kosher & Co: On Food and Religion (2009–2010); Looting and Restitution: Jewish-Owned Cultural Artifacts from 1933 to the Present (2008–2009); Typical!: Clichés about Jews and Others (2008); Home and Exile: Jewish Emigration from Germany since 1933 (2006–2007); Chrismukkah: Stories of Christmas and Hanukkah (2005–2006); 10+5=God (2004); and Counterpoint: The Architecture of Daniel Libeskind (2003).

HistoriqueModifier

Un premier musée exposant la culture juive est fondé à Berlin en 1934 à Oranienburger Strasse, mais sera fermé en 1938 pendant le régime nazi. L'idée de la réouverture d'un tel musée en Allemagne apparaîtra en 1971, puis prendra forme en 1975 à travers la naissance d'une association qui promeut ce projet. En 1978, à la suite d'une exposition sur l'histoire juive, le musée de Berlin ouvre un département spécial. Un concours est lancé en 1988. Le bâtiment est livré en 1999, mais aucune collection n'y est présentée au début. En effet, le bâtiment est livré sans élément de scénographie. Il faudra attendre un deuxième concours pour que les collections puissent être transportées depuis le Martin-Gropius-Bau où elles étaient stockées de manière provisoire. Certains affirment qu'il est surchargé par une scénographie qui présente des milliers d'objets de natures diverses. D'autres sont fascinés par la grande richesse de ses collections exposant beaucoup d'éléments de la culture juive, depuis ceux de la vie courante jusqu'à certaines pièces uniques. Durant les premières années, le musée (3 017,42 m2) a été proposé vide au visiteur, sans aucune œuvre exposée. Cela n'a pas empêché la fréquentation des lieux par quelque 250 000 visiteurs en deux ans. Il sera finalement inauguré en 2001. Depuis septembre 2001 le musée offre 3 017 m2 d'espace d'exposition permanente pour retracer deux mille ans de présence de la culture juive en Allemagne.

La collectionModifier

Des objets d'art, pour certains uniques tels un chandelier de Hanoucca réalisé en 1776 par le maître berlinois Georg Wilhelm Margraff, des lettres, des objets de la vie courante, des objets du culte en relation directe avec des éléments multimédia, des dessins d'enfants remplissent largement cet espace. Les scénographes veulent faire sentir la richesse de cette culture, sa diversité, mais aussi l'ampleur du choc qu'a représenté le nazisme allemand pour cette communauté.

 
Installation Shalechet de Menashe Kadishman

L’installation Shalechet – Feuilles mortesModifier

Dix mille visages découpés dans des disques d’acier jonchent le sol du Memory Void, l'un des deux espaces vides de l’édifice de Libeskind accessibles au public. L’artiste israélien Menashe Kadishman a dédié son œuvre non seulement aux Juifs assassinés durant la Shoah, mais aussi à toutes les victimes de la violence et de la guerre. Les visiteurs sont invités à marcher sur ces visages et à écouter les sons produits par les disques de métal qui s’entrechoquent.

Le Rafael Roth Learning CenterModifier

Le Rafael Roth Learning Center était situé au sous-sol du Musée juif de Berlin jusqu'en mars 2017. Ici, l'histoire juive a été présentée sous forme multimédia et interactive à 17 postes informatiques pour les visiteurs individuels et les groupes. Sous les mots-clés "Choses", "Histoires", "Visages", les visiteurs ont pu découvrir les points forts de la collection et s'immerger dans des expositions virtuelles plus importantes - par exemple sur la vie d'Albert Einstein ou sur l'immigration en Europe orientale entre 1880 et 1924 - et des interviews vidéo leur ont donné un aperçu de la vie juive actuelle en Allemagne. Le jeu vidéo Sansanvis Park a été développé spécialement pour les enfants. L'institution doit son nom à l'entrepreneur immobilier berlinois et mécène Rafael Roth (1933-2013).

Dans le cadre de la planification d'une nouvelle exposition permanente, le Musée juif a décidé de ne pas continuer à exploiter le Centre d'apprentissage avec son équipement technique après plus de 15 ans de succès. De nouveaux moyens de communication multimédia sont à l'étude pour l'avenir.

AccèsModifier

Le musée est situé Lindenstraße 9-12, 10969 Berlin. Il est accessible par les stations de métro Hallesches Tor (U1-U6) et Kochstrasse (U6).

Notes et référencesModifier

  1. Fréquentation du musée.
  2. (en) « The Libeskind Building - The Voids », sur Jüdisches Museum Berlin (consulté le 2 juin 2015)

Voir aussiModifier