Mercheros

Les Mercheros sont un groupe social d'Espagne traditionnellement nomade et de coutumes en bien des aspects similaires à celles des Roms quoiqu'ils n'aient pas la même origine[1]. Ils sont également appelés caldereros (chaudronniers), quinquis ou quincalleros (quincailliers) et vendedores de quincalla (vendeurs de quincaille). Le mot est passé dans le langage courant comme un synonyme de délinquant ou de personne non fréquentable, au sens toujours péjoratif.

Leur nombre est estimé à environ 150 000 personnes[2]. Beaucoup d'entre eux semblent utiliser une sorte de créole ou de pidgin appelé Quinqui, qui comporte des éléments d'espagnol avec des archaïsmes, d'argot et d'erromintxela.

Leur mode de vie et leur vocabulaire sont semblables à ceux des Kalderàšas d'Europe de l'Est qui parlent un dialecte roumain méridional.

HistoireModifier

L'origine des Mercheros est mal connue. Ils sont mentionnés dans des textes depuis le XVIIe siècle ; c'est pourquoi l'on a pensé qu'ils étaient des morisques retournés clandestinement en Espagne après leur expulsion en 1610 et devenus nomades pour éviter d'être reconnus et persécutés. Il arrive qu'ils soient appelés andarrios (« errant », « marcheur ») ou « vagabundos de Castilla » (« vagabonds de Castille »)[3]. D'autres hypothèses affirment qu'ils sont originaires d'Europe centrale, ou qu'ils étaient à l'origine des paysans espagnols qui ont changé d'activité pour des raisons de survie pendant le XVIe siècle[2]. Enfin, une dernière hypothèse est que leur origine serait un mélange de toutes celles exprimées précédemment.

Le terme Merchera désigne également les femmes qui se sont engagés dans un processus de vol appelé la Mercha, qui consiste à cacher le produit du vol entre les vêtements et le corps, la plupart du temps, des vêtements ou de la nourriture[4].

Ils ont partagé pendant des siècles les activités et le mode de vie des Roms : le nomadisme, la vente et les taudis, c'est pourquoi les cas de métissage entre eux ne sont pas rares. Les Mercheros, cependant, ne se considèrent ni Roms ni Gadjé et les mariages entre Mercheros sont très fréquents. Cependant, certains auteurs prétendent qu'ils sont issus d'unions entre un père Rom et une mère Gadja ou entre une mère Romni et un père Gadjo[4].

Ils se déplacent surtout dans la moitié nord de l'Espagne, de la Galice au nord de l'Estrémadure. Ils ont un parler propre, qui ressemble à de l'espagnol avec des formes archaïques et des mots de caló et de germanía mais ce n'est pas très clair. Dans l'ouvrage Ethnologue: Languages of the World, le « Quinqui » est considéré comme une langue « non classée », c'est-à-dire, sans lien de parenté avec d'autres langues connues[5]. Il y est seulement démontré qu'il est ou a été en contact avec les langues précédemment citées.

Dans les années 1950 pendant la dictature de Franco, ils ont été contraints de se sédentariser, et comme les Roms, ont peuplé des bidonvilles à la périphérie des grandes villes[2]. Actuellement, les communautés les plus importantes de Mercheros se situent à Valence, Valladolid, Madrid et Barcelone. À l'heure actuelle, de nombreux Mercheros travaillent comme vendeurs de vêtements[2].

Mercheros célèbresModifier

Le Merchero le plus célèbre est Eleuterio Sánchez (en), alias El Lute, que les autorités avaient présenté dans les années 1960 comme « ennemi public numéro un ». C'est de Eleuterio Sánchez que provient une partie des informations existantes sur les Mercheros et leur mode de vie[6].

En 2010, Maria Remedios García a écrit un roman autobiographique[7] qui raconte ses expériences en tant que Merchera, fille de Pedro Pardo Romero surnommé El Peleas (« le combattant »), un parent de El Lute tué par l'ETA.

Voir aussiModifier

RéférencesModifier

  1. (es) García-Egocheaga, Javier. Minorías malditas: la historia desconocida de otros pueblos de España, p. 110, Tikal, Madrid, 2003. (ISBN 978-84-305-3620-7).
  2. a b c et d (en) Peoples of Europe: Slovenia-Switzerland, p. 488 (ISBN 978-07-614-7387-9)
  3. (es) De las Heras, Jesús (1974). La España de los Quinquis, Planeta. (ISBN 978-84-320-5604-8).
  4. a et b (es) Hernández Sacristán, Carlos Y Lucas, Javier. Lenguaje y emigración p. 227 (ISBN 978-84-370-2924-5).
  5. (en) Lewis, M. Paul. Ethnologue: Languages of the World. « Quinqui », 16e édition, Dallas, 2009. (vérifié le 16 août 2011)
  6. (es) Sánchez, Eleuterio (1977). Camina o revienta: memorias de El Lute. Cuadernos para el diálogo (ISBN 978-84-933-9011-2).
  7. (es) García Grande, María Remedios (2010). Ni una palabra más. Celaya Barturen, Beatriz. (ISBN 978-84-614-1053-8).

BibliographieModifier