Ouvrir le menu principal

Marthe Bray

militante féministe française
Marthe Bray
Biographie
Naissance
Décès
Activités
Féministe, suffragisteVoir et modifier les données sur Wikidata

Marthe Bray est une militante féministe française née en 1884 et décédée en 1949[1]. Elle est à l’origine de la “Ligue d’Action Féminine pour le Suffrage des Femmes”, qui fut créée en 1926.

Son action féministeModifier

Marthe Bray est une féministe française ayant fondée la “Ligue d’Action Féminine pour le Suffrage des Femmes”. C’était une admiratrice de Hubertine Auclert [2]. Son action principale est donc en faveur du suffrage des femmes en France. Elle est reconnue pour avoir renouvelé les moyens d’actions au sein du mouvement suffragiste.

Outre son combat pour le suffrage de la femme, elle est aussi pacifiste et lutte pour une éducation qui inculquerait des valeurs de fraternité afin d'empêcher la guerre[3].

Elle est aussi journaliste ou du moins, elle collabore avec La Fronde comme l’atteste l’article “ Les pionnières des États-Unis” publié en juillet 1926[4].

A contrario de son point de vue radical sur le droit de vote des femmes, elle considère que le rôle premier de la femme est d’être mère[5].

La Ligue d'Action Féminine pour le Suffrage des FemmesModifier

Sa créationModifier

C’est dans un contexte social et politique de l’entre-deux-guerres que se situe l’action radicale de Marthe Bray au sein du féminisme.

Au milieu des années vingt, la lutte féministe ressent le besoin de nouveaux moyens d'expressions. Il s’agit d’un point crucial du suffragisme[5] car les rassemblements attirent de moins en moins de monde, même ceux des féministes plus radicales[6].

C’est alors que se forme la Ligue d’Action Féminine pour le Suffrage des Femmes, sous l’impulsion des Amis de La Voix des femmes [6]. La première réunion de cette ligue a lieu le 6 décembre 1925, chez Marthe Bray elle-même, à l’hôtel Avenida à Paris. Une trentaine de personnes sont présentes, comme les pacifistes Gabrielle Duchêne et Camille Drevet[6].

Marthe Bray devient la présidente de cette organisation.

L'organisation est considérée comme l’une des plus novatrice des années vingt grâce son mode d’action incarnant un mouvement radicale.[7].

La ligue avait un point d’attache ou un local à Paris, situé au 41 rue du Colisée dans le 8e arrondissement[8].

Cette organisation diffère des autres organisations féministes puisqu'elle ne possède ni comité d'honneur ni membre bienfaiteur[9], ce qui n'est pas habituel pour ce type d'organisation. 

Son mode d'action et ses positionsModifier

Afin de toucher le plus de personnes possibles, la ligue, sous la direction de Marthe Bray, adopte une stratégie nouvelle en matière de communication.  Celle-ci est très visuelle et reprend des arguments clés sélectionnés pour leur accessibilité et leur capacité à fédérer[10].

Ces arguments seront repris sous des formes variées : tracts, interviews, affiches, cartes postales humoristiques[5], tenue de stand lors d’événements sociaux (par exemple la Foire de Paris)[11].

Les cartes postales humoristiques, diffusées au travers de la France, reprennent des arguments ou opinions antiféministes et y répondent en renversant ces préjugés et en valorisant la femme. À la fin de l'argumentaire en faveur de la femme, la ligue appelle à se mobiliser et à adhérer à l'organisation. C'est donc une stratégie innovante pour contrer les arguments antiféministes. Par ce biais, la ligue prouve qu'elle lutte également pour une éducation des hommes afin de déconstruire leurs préjugés[8].

C'est également par l'action directe que la Ligue contre et ridiculise les antiféministes avec des actes plus radicaux comme, par exemple, avec l’envoi d’une muselière à un journaliste antiféministe, Clément Vautel en 1926[11]

Plus généralement, l’action de la ligue tend vers l’éducation et la sensibilisation populaire[5]. Outre la question du suffrage féminin, l'action de l'organisation s'inscrit dans une volonté d'égalité entre les hommes et les femmes et entre l’épouse et le mari[8].

La ligue est en faveur de l’abolition du Code Napoléon qui, selon elle, place la femme sous tutelle. En effet, ce code considérait juridiquement que la femme était une mineure. Ce code a également fait l’objet de caricature et de cartes postales humoristiques.

Dans le même temps, les suffragistes continuent d’utiliser les stratégies de lutte plus traditionnelles en s’engageant dans des élections notamment celle de 1925 qui voit plusieurs femmes se faire élire et de nombreuses à s’investir dans les campagnes d’élections[5].

"La croisade féministe"Modifier

Le 8 septembre 1926, Marthe Bray et la ligue décident d’organiser une “croisade féministe” comme elles la nomment, qui consiste à effectuer une tournée de villes françaises, de Paris jusqu’à Biarritz, afin de sensibiliser les Françaises de province de l’importance du suffrage pour les femmes. La ligue part donc à bord d’une voiture décorée de banderoles “la femme veut voter” [5] avec à son bord une douzaine de militantes[12], affichant elles-même des banderoles sur leur chapeau. Le trajet de ce véhicule passa par les villes de Chartres, de Tours, du département de la Sarthe[13], de Nantes, de La Rochelle, de Poitiers, d'Angoulême, de Niort, de Bordeaux pour ne citer que les principales[12].

À chaque passage dans une ville, les femmes distribuaient des tracts, des cartes postales et collaient des affiches, avec parfois l’aide des habitants et de la municipalité. De temps en temps, la voiture s'arrêtait sur les places publiques et les militantes installaient un stand pour accueillir les habitants. Elles mettaient en place un film éducatif ainsi qu’un “discours sans voix” (il s’agit d’un ensemble de panneaux qui sert d’explication en avançant des arguments chiffrés.)[10].

Cet événement a été relayé par la presse de l’époque qui voyait cette croisade comme “une véritable tribune ambulante”[13]. Les articles rédigés ont souvent un point de vue antiféministe comme ceux dans l’Ouest-éclair et Le journal.

L’objectif était de réveiller les consciences au sujet du vote féminin dans des endroits habituellement délaissés par les militantes suffragistes mais également d’attirer de nouvelles militantes. Le journal L’infan avance le fait que la méthode employé par la Ligue dans le cadre de la croisade féministe était efficace car elle poussait les femmes à s’interroger sur leur condition[5].

Notes et référencesModifier

  1. BARD Christine, Les filles de Marianne, Histoire des féminismes 1914-1940, Paris, Fayard, p.514
  2. ROCHEFORT Florence, « La citoyenneté interdite ou les enjeux du suffragisme », Vingtième siècle Revue d’histoire, no 42,‎ , p.45
  3. G.L, « Mme Marthe Bray, pacifiste et féministe déclare la guerre aux jouets belliqueux », Paris-soir,‎ , p.2 (lire en ligne)
  4. BRAY Marthe, « Les pionnières des Etats-Unis », La Fronde, Paris,‎ , p.3
  5. a b c d e f et g BOUGLE-MOALIC Anne-Sarah, Le vote des Françaises, cent ans de débats 1848-1944, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, , 362 p., p.264
  6. a b et c BARD Christine, Les filles de Marianne, Histoire des féminismes 1914-1940, Paris, Fayard, , p.264
  7. JACQUEMART Alban, « Une histoire genrée des mouvements suffragistes », Vingtième siècle Revue d'histoire, no 133,‎ , p. 3-14
  8. a b et c Centre d'études, de documentation, d'information et d'action sociales (Paris), Vie sociale : cahiers du CEDIAS, mouvements de femmes (1919-1940), Guide des sources documentaires, Paris, Mussée social, (lire en ligne), p. 556
  9. BARD Christine, Les filles de Marianne, Histoire des féminismes 1914-1940, Paris, Fayard, , 528 p., p.266
  10. a et b BOUGLE-MOALIC Anne-Sarah, Le vote des Françaises, cent ans de débats 1848-1944, Rennes, Presses Universitaire de Rennes, , 362 p., p.264
  11. a et b BARD Christine, Les filles de Marianne, Histoire des féminismes 1914-1940, Paris, Fayard, , p.265
  12. a et b CONDROYER Emile, « Une croisade féministe », Le journal,‎ (lire en ligne)
  13. a et b S.A, « Les féministes dans la Sarthe, mesdames voici la bonne nouvelle », L’Ouest-éclair, Rennes,‎ (lire en ligne)

AnnexesModifier

Voir aussiModifier

  • Le fond Marthe Bray au sein de la bibliothèque Marguerite Durand à Paris

Il existe un fond documentaire sur Marthe Bray à la bibliothèque Marguerite Durand à Paris regroupant de nombreux documents d’archives tels que des lettres écrites de sa main, des cartes humoristiques de la Ligue ainsi que d’autres documents de propagande suffragiste.

  • CONDROYER Emile, “Une croisade féministe”, Le journal (Paris), 8 septembre 1926 (présence d'une photographie de Marthe Bray et du véhicule utilisé lors de la "croisade féministe")

PublicationModifier

BRAY Marthe, “Les pionnières des Etats-Unis”, La Fronde (Paris), 29 juillet 1926, p.3

Articles connexesModifier