Marcel Pilet-Golaz

politicien suisse

Marc Pilet-Golaz
Illustration.
Marcel Pilet-Golaz
Fonctions
51e conseiller fédéral

(16 ans)
Élection
Réélection


Vice-président 1944
Prédécesseur Ernest Chuard
Successeur Max Petitpierre
Chef du Département politique

(4 ans, 10 mois et 8 jours)
Prédécesseur Giuseppe Motta
Successeur Max Petitpierre
Président de la Confédération suisse

(1 an)
Réélection
Vice-président Hermann Obrecht
Rudolf Minger
Chancelier George Bovet
Prédécesseur Philipp Etter
Successeur Ernst Wetter

(1 an)
Élection
Vice-président Rudolf Minger
Chancelier Robert Käslin
George Bovet
Prédécesseur Edmund Schulthess
Successeur Rudolf Minger
Chef du Département des postes et des chemins de fer

(10 ans, 1 mois et 21 jours)
Prédécesseur Robert Haab
Successeur Enrico Celio
Chef du Département de l'intérieur

(1 an)
Prédécesseur Ernest Chuard
Successeur Albert Meyer
Conseiller national

(3 ans et 24 jours)
Législature 27e (1925-1928)
28e (1928-1931)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Cossonay (Suisse)
Origine Canton de Vaud
Date de décès (à 68 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Nationalité Drapeau de la Suisse Suisse
Parti politique Parti radical-démocratique (PRD)
Diplômé de Université de Lausanne
Profession Avocat

Marcel Pilet-Golaz
Conseillers fédéraux de Suisse
Présidents de la Confédération suisse

Marcel Pilet-Golaz, né le à Cossonay et mort le à Paris, est une personnalité politique suisse membre du parti radical-démocratique.

BiographieModifier

Bourgeois de Château-d'Œx, il obtient son doctorat en droit de l'Université de Lausanne en 1912, puis son brevet d'avocat. Il est ensuite major à l'armée dans un bataillon de fusiliers. Membre du parti radical, il est député au Grand Conseil du canton de Vaud entre 1921 et 1928, puis conseiller national entre 1925 et 1928 où il s'oppose notamment au droit de grève des fonctionnaires en 1926.

Il est élu au Conseil fédéral le 13 décembre 1928, à la tête du département de l'intérieur jusqu'en 1930 où il prend la tête du département des postes et des chemins de fer. En 1940, à la suite du décès de Giuseppe Motta, il devient directeur du département politique (département des affaires étrangères) qu'il garde, à l'exception d'un rapide retour au Département des postes et des chemins de fer à la fin de 1940, jusqu'à son départ en 1944. Il fut président de la Confédération en 1934 et en 1940.

En tant que président de la Confédération, il donne un discours à la nation, alors en pleine crise de confiance à la suite de la capitulation française, le , afin de rassurer la population[1]. Ce discours, approuvé par l'ensemble du Conseil fédéral, est ambigu car il parle d'une réforme autoritaire de la démocratie[2] et est très mal perçu par la population. Outre l'admission tacite que la guerre est alors terminée, ce discours ne parle pas du rôle de l'armée et ne contient pas les termes de démocratie ou de neutralité[3]. L'ambiguïté augmente encore lorsqu'en septembre il reçoit des membres du Mouvement national suisse (pro-hitlérien).

Néanmoins, il applique la politique officielle de neutralité et d'indépendance. En tant que chef de la politique extérieure, Pilet-Golaz doit trouver un équilibre entre les exigences allemandes, les demandes des Alliés et la volonté de rester indépendante de la Suisse. La voie qu’il choisit alors, établissant un relativement bon rapport avec le Troisième Reich, fut très contestée, aussi bien pendant qu’après la guerre. Il crée alors le concept de « neutralité active » qui sera repris dans d'autres circonstances aux débuts du XXIe siècle[4].

Sa tentative d’entrer en contact secret avec l’Union soviétique que le gouvernement n'a jamais officiellement reconnue[5] en 1944 est sèchement refusée par celle-ci qui accuse publiquement le gouvernement suisse de mener une « politique pro-fasciste »[6]. La presse et l'opinion publique rendent Pilet-Golaz responsable de cette politique et le poussent à la démission, ce qu'il fait le 7 novembre 1944[4]. Il se retire alors dans son domaine d'Essertines-sur-Rolle, sans jamais s'expliquer sur son action politique.

Pour comprendre et expliquer l'attitude de Pilet-Golaz il faut se mettre à la place du responsable politique en été 40 après la défaite française. D'un coup la Suisse fut entourée par la puissance de l'Axe et l'approvisionnement en matière première de la Suisse en dépendait. Du moment que l'on était dépendant, il fallut bel et bien accepter des compromissions qui furent essentiellement commerciales. Pilet-Golaz était très intelligent il a tout de suite compris que ses actions seraient mal jugées mais il savait aussi que personne ne pouvait démontrer que la Suisse fut capable de s'auto approvionner. Il eut été difficile de proposer de la dentelle de St.Gall en échange, ce fut donc des armes et de la munition.Il faut noter au passage que les Conventions de la Haye de 1907 sur les droits et devoirs des Neutres autorisaient le commerce privé avec les parties en guerre, le commerce avec l'Allemagne était donc autorisé. Bien entendu lorsque le Conseil fédéral entra en discussion avec les nazis, obnubilés par leurs victoires, il fut difficile de les prendre de haut, on ne pouvait pas en même temps négocier et insulter. Churchill le pouvait Pilet-Golaz ne le pouvait pas. D'ailleurs il dit lui même que faute de se faire lion il se ferait renard. Contrairement à ce qui se dit les principaux responsables alliés, comprirent l'attitude suisse pendant la guerre

Il n'est pas inutile aussi de comprendre pourquoi Pilet-Golaz a usé d'un discours sans fioritures et plutôt abrupt en été 40. C'était normal d'expliquer qu'il était impossible, dans cette situation, que la démocratie fonctionne de la même manière, c'est-à-dire en débattant chaque action. Des décisions importantes devaient être prises très rapidement et bien entendu cela avait l'allure de fascisme. Mais en Grande-Bretage, bien qu'en démocratie, fut institué "l'emergency power act" qui donnait aussi plein pouvoir à Churchill. Pilet-Golaz était loin d'être défaitiste, cela se sait très peu, mais juste après la défaite française, le Conseil fédéral était très accablé, cependant Pilet-Golaz releva que tout n'était pas perdu, que la Grande-Bretagne continuait la lutte.

Il serait une erreur de ne pas mentionner les actions humanitaires importantes entreprises par Pilet-Golaz, y compris auprès des Juifs: […]Lui qui avait été jusqu'à accepter de s'entretenir confidentiellement avec des frontistes indiscrets, tenait maintenant à distance, en se donnant l'air d'un homme supérieur et inapprochable, ceux qui désiraient lui faire part de leurs critiques. Il prenait plaisir à s'entendre appeler « l'énigmatique ». Ses col-lègues, des parlementaires et des journalistes se plaignaient toujours plus du secret dont il s'entourait, disant qu'il n'avait pas de contact avec eux et qu'il éludait autant que possible leurs questions. Même lorsqu'il était en mesure de faire part d'un succès personnel, comme dans le cas de son intervention de l'été 1944 en faveur des Juifs en Hongrie, il ne tenait pas pour nécessaire d'en parler. C'est en vain que le président de la commission des affaires étrangères lui recommanda de rechercher un contact plus étroit avec le peuple et ses mandataires ". Pilet ne donnait aucune suite. Edgar Bonjour ; Histoire de la neutralité suisse, vol V p.432 Edgar Bonjour; Histoire de la Neutralité; vol IV;V,VI

RéférencesModifier

  1. Cf. « « Discours radiophonique du Président de la Confédération, M. Pilet-Golaz » », dans la base de données Dodis des Documents diplomatiques suisses, voir aussi Fabienne Regard, Laurent Neury, « Extrait du discours tiré de Mémoire d'une Suisse en guerre » (consulté le 2 janvier 2008)
  2. « Les années de la Seconde Guerre mondiale ont-elles vu naître un «totalitarisme helvétique» ? - Helvetia Historica », Helvetia Historica,‎ (lire en ligne, consulté le 19 janvier 2018)
  3. Jean-Jacques Bouquet, « Entre les deux camps » (consulté le 2 janvier 2008)
  4. a et b Ron Hochuli, « Marcel Pilet-Golaz, la souveraineté à tout prix » (consulté le 2 janvier 2008)
  5. Géraldine Savary, « Note de lecture: En 1943, la Suisse et l'URSS » (consulté le 2 janvier 2008)
  6. « Aide-mémoire du 1 novembre 1944: « L'Ambassadeur d'Union Soviétique à Londres à la Légation de Suisse à Londres » », dans la base de données Dodis des Documents diplomatiques suisses

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier