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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Mémorial (homonymie).

Le Mémorial est une œuvre de Blaise Pascal datée du lundi 23 novembre 1654. Écrit pendant la nuit du 23 au 24 novembre, dite la Nuit de feu, ce texte d'une extrême brièveté est l'un des classiques de la spiritualité catholique et chrétienne en général.

Ces quelques lignes où Pascal exprime sa conversion à la personne de Jésus-Christ au moment même où il la vit ont valeur de paradigme, en raison des termes qu'il emploie mais aussi du caractère fulgurant de cette expérience mystique. Constamment réédité et commenté depuis la fin du XVIIe siècle, le Mémorial contient une triple invocation à Dieu régulièrement citée : « Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants... »

Sommaire

HistoireModifier

L'expérience mystique du lundi 23 novembre 1654, qui se produit « depuis environ dix heures et demie du soir jusques environ minuit et demi », marque un tournant décisif dans la vie et l'œuvre de Pascal[1],[2]. Cette « expérience éblouissante, restée dans les esprits comme la nuit de feu de Pascal[3] », est consignée sur le moment. Le texte est d'une telle importance pour Pascal qu'il le recopie sur parchemin et coud les deux exemplaires dans la doublure de son pourpoint[3],[4]. À l'avenir, il les transférera chaque fois qu'il changera de vêtement. Un serviteur découvrira après sa mort, dans la doublure de son dernier habit, « un petit parchemin plié et écrit de la main de M. Pascal, et dans ce parchemin, un papier écrit de la même main : l'un était une copie fidèle de l'autre »[4]. Les proches de Pascal parleront alors d'un « mémorial » : un témoin rapporte qu'ils voient ce document comme « une espèce de mémorial qu'il gardait très soigneusement pour conserver le souvenir d'une chose qu'il voulait avoir toujours présente à ses yeux et à son esprit »[4]. Si le parchemin a aujourd'hui disparu, le papier d'origine, qui se trouve à la Bibliothèque nationale de France, a été authentifié par l'abbé Périer, neveu de Pascal[4].

Sa vie durant, Pascal a observé un silence absolu sur le double manuscrit comme sur la Nuit de feu : tous en ignoraient l'existence, y compris sa sœur Jacqueline, religieuse à Port-Royal des Champs, dont Laurent Thirouin rappelle le trouble devant le changement survenu peu après chez ce « pénitent si réjoui »[3].

AnalyseModifier

Plusieurs passages du Mémorial se rattachent à l'Écriture, en particulier le chapitre 17 de l'Évangile selon Jean, que Pascal cite nommément. En outre, la dernière phrase, non obliviscar sermones tuos, est inspirée par le Psaume 119 (118), texte dont la lecture bouleversait Pascal[5],[6].

PostéritéModifier

L'Église catholique célèbre des messes le 23 novembre, ou lors du dimanche le plus proche de cette date, en souvenir de la Nuit de feu et de la conversion de Pascal, en accord avec la Société des Amis de Port-Royal[7].

Le surnom de « Nuit de feu » est devenu synonyme de conversion religieuse ou de révélation intellectuelle, notamment chez Paul Valéry, dont la « nuit de Gênes » en octobre 1892 se réfère directement à la nuit pascalienne, ou chez Éric-Emmanuel Schmitt avec son roman autobiographique La Nuit de feu (2015).

BibliographieModifier

Cette bibliographie est extraite d'un site spécialisé dans les études pascaliennes, partenaire du CNRS[8].

  • André Blanchet, “Une nouvelle lecture du Mémorial”, Études, CCCXXXII, 1970
  • André Blanchet, “La nuit de feu de Pascal”, Études, nov. 1954
  • Henri Bremond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, IV, chap. IX, Paris, Colin, 1967, p. 336 sq.
  • Geneviève Descamps, “Du Mémorial au Mystère de Jésus : contemplation et dialogue intérieur avec Jésus”, in Dominique Descotes (dir.), Pascal auteur spirituel, Paris, Champion, 2006
  • Henri Gouhier, Blaise Pascal. Commentaires, Vrin, Paris, 1971
  • Henri Gouhier, Blaise Pascal. Conversion et apologétique, Vrin, Paris, 1986
  • Henri Gouhier, “Le Mémorial est-il un texte mystique ?”, in Blaise Pascal. L’homme et l'œuvre, Cahiers de Royaumont, n° 1, p. 296-320.
  • Louis Marin, Pascal et Port-Royal, Presses universitaires de France, 1997, p. 330 sq.
  • Jean Mesnard, “Bible et liturgie dans le Mémorial”, in Dominique Descotes (dir.), Pascal auteur spirituel, Paris, Champion, 2006
  • Jean Mesnard, “Un jour secret et indicible”, Blaise Pascal, Les Cahiers de Science et Vie, n° 27, juin 1995, p. 16-25.
  • Roland Meynet, “Le Mémorial à la lumière de la rhétorique biblique”, XVIIe siècle, octobre 2013, n° 261, p. 601-619.
  • Hélène Michon, “L’écriture mystique du Mémorial”, in Dominique Descotes (dir.), Pascal auteur spirituel, Paris, Champion, 2006
  • Philippe Sellier, “Pascal et le psaume 118”, Port-Royal et la littérature, I, Pascal, 2e édition, Paris, Champion, 2010

Notes et référencesModifier

  1. Œuvres de Pascal, Discours sur la vie et les ouvrages de Pascal, tome 1er, p. 43-44, La Haye, 1779.
  2. Préface aux "Pensées", intitulée : "Sa vie", par Mme Perier, sa sœur, 1873, p. XVII.
  3. a b et c « Le Mémorial de Blaise Pascal », par Laurent Thirouin.
  4. a b c et d Commentaire par Léon Brunschvicg.
  5. « Le thème de la joie dans l'œuvre de Pascal », par Michel Adam, Bulletin de l'Association Guillaume-Budé, 1956.
  6. Ps 119:16.
  7. « Commémoration de la Nuit de feu » le dimanche 26 novembre 2017 à la chapelle de Port-Royal de Paris, site de la Société des Amis de Port-Royal.
  8. Texte et analyse du Mémorial.

Liens externesModifier