Low (album de David Bowie)

album de David Bowie
Low

Album de David Bowie
Sortie 14 janvier 1977
Enregistré septembre-octobre 1976
château d'Hérouville (Pontoise) et studio Hansa (Berlin-Ouest)
Durée 38:48
Genre art rock, ambient, rock expérimental
Producteur David Bowie, Tony Visconti
Label RCA
Classement 2e (Royaume-Uni)
11e (États-Unis)

Albums de David Bowie

Singles

  1. Sound and Vision
    Sortie : 11 février 1977
  2. Be My Wife
    Sortie : 17 juin 1977

Low est le onzième album studio de David Bowie. Il est sorti en janvier 1977 chez RCA Records.

Bien qu'il ait été enregistré en majeure partie au château d'Hérouville, en France, Low est considéré comme le premier volume de la trilogie berlinoise de Bowie. Le travail sur l'album se termine en effet au studio Hansa de Berlin-Ouest, ville où le chanteur s'installe et réside durant les deux années qui suivent. C'est aussi le premier album où Bowie collabore avec Brian Eno.

La première face de Low rassemble des morceaux courts d'inspiration pop, où la section rythmique offre un socle sur lequel Bowie élabore des chansons dont les paroles reflètent les sentiments d'aliénation et d'isolement qu'il a éprouvés durant son séjour à Los Angeles lors des années précédentes. La deuxième face de l'album présente des morceaux plus longs et expérimentaux, qui reposent davantage sur des ambiances.

HistoireModifier

ContexteModifier

 
David Bowie sous les traits du Thin White Duke pendant la tournée Isolar Tour.

Au début de l'année 1976, cela fait près de deux ans que David Bowie a quitté son Royaume-Uni natal pour s'installer aux États-Unis, d'abord à New York, puis à Los Angeles. Il parvient à devenir une vedette dans ce pays qui le fascine depuis l'enfance grâce aux singles Fame, no 1 des ventes en septembre 1975, et Golden Years, qui se classe dans le top 10 quelques mois plus tard. Les albums dont sont extraites ces chansons, Young Americans et Station to Station, rencontrent également un franc succès commercial. Le chanteur est alors suffisamment populaire pour apparaître à la télévision dans des programmes aussi populaires que Soul Train ou les émissions de variété présentées par Cher et Dinah Shore.

Néanmoins, il s'agit d'une période difficile sur le plan personnel pour Bowie. Souffrant d'une addiction de plus en plus sévère à la cocaïne, il perd beaucoup de poids et son état mental se dégrade. Il laisse libre cours à son intérêt pour l'occultisme et le fascisme, ce qui donne lieu à une controverse enflammée durant le segment européen de la tournée de promotion de Station to Station, le Isolar Tour, au printemps 1976. Après avoir déclaré à Playboy qu'il aurait fait « un sacrément bon Hitler », il est pris en photo à Londres le dans une position évoquant un salut nazi. Par la suite, il attribue ces dérapages à son personnage du Thin White Duke, le protagoniste de la chanson Station to Station, et les met sur le compte de sa consommation élevée de drogue[1].

Juste avant le début de la tournée Isolar, le chanteur reprend contact avec son ami américain Iggy Pop, qui est dans une situation encore plus déplorable que la sienne, accro à l'héroïne et sans le sou. Bowie l'invite à l'accompagner sur les routes et les deux hommes décident ensemble d'arrêter la drogue[2]. Résolu à tourner la page Los Angeles, Bowie emménage après la fin de la tournée à Blonay, en Suisse, dans un chalet acheté par sa femme Angie[3]. À la fin du mois de juin, il commence à produire l'album solo de Pop The Idiot au château d'Hérouville, en région parisienne[4]. Bowie connaît déjà les lieux pour y avoir enregistré son album de reprises Pin Ups trois ans plus tôt[5].

EnregistrementModifier

 
Le portail du château d'Hérouville au début du XXe siècle.

Le nouvel album de Bowie, dont le titre de travail est New Music: Night and Day, est enregistré au château d'Hérouville à partir du , dans la foulée de The Idiot. Le chanteur s'entoure de la même section rythmique que sur Station to Station : Carlos Alomar à la guitare rythmique, George Murray à la basse et Dennis Davis à la batterie. Le groupe est complété par le pianiste Roy Young et le guitariste Ricky Gardiner. Pour coproduire l'album, Bowie fait appel à son collaborateur de longue date Tony Visconti[6].

Au bout d'une dizaine de jours de travail, alors que les musiciens ont déjà développé plusieurs ébauches de chanson, Brian Eno arrive au château d'Hérouville. C'est Bowie qui a invité l'ex-Roxy Music à participer à l'enregistrement d'un disque qu'il souhaite plus expérimental que commercial[7],[8]. La collaboration avec Eno se traduit par des méthodes peu orthodoxes, notamment l'usage des « stratégies obliques » : chaque musicien reçoit une carte au hasard sur laquelle il lui était dit comment il devait jouer (« joue comme si tu venais d'échapper à une catastrophe » par exemple)[9].

Parution et accueilModifier

Low
Compilation des critiques
PériodiqueNote
AllMusic[10] 
Encyclopedia of Popular Music[11] 
Robert Christgau[12]B+
Rolling Stone[13] 
Pitchfork[14]10/10

Ce disque ne ravit pas vraiment RCA de par son côté « anti-commercial », mais il connaît de très bonnes ventes en Europe, même si Bowie ne participe aucunement à sa promotion. Le single Sound and Vision se classe no 3 des ventes au Royaume-Uni.

En réponse à cet album, l'auteur-compositeur interprète britannique Nick Lowe intitule son EP de 1977 Bowi[15].

En 2003, l'album est classé 249e des 500 plus grands albums de tous les temps par le magazine Rolling Stone[16].

Caractéristiques artistiquesModifier

Paroles et musiqueModifier

Bowie est influencé pour l'écriture de cet album par le krautrock des groupes allemands comme Kraftwerk ou Neu!, ainsi que par la musique minimaliste de Philip Glass et Steve Reich. En hommage, Glass compose en 1992 sa Première Symphonie dite « Low » en reprenant des motifs de cet album de Bowie ainsi que les titres de trois chansons pour les trois mouvements de la composition.

PochetteModifier

La pochette de l'album est une photo de profil de David Bowie. Prise pendant le tournage du film L'Homme qui venait d'ailleurs, elle montre le chanteur sous les traits du personnage de l'extra-terrestre Thomas Jerome Newton, avec des cheveux orange et un blouson à capuche. Cette pochette dissimule un jeu de mots : en combinant le titre et la photo, on obtient l'expression low profile, « profil bas » en anglais[17].

Fiche techniqueModifier

ChansonsModifier

Album originalModifier

Toutes les chansons sont écrites et composées par David Bowie, sauf mention contraire.

Face 1
No TitreAuteur Durée
1. Speed of Life 2:46
2. Breaking GlassDavid Bowie, Dennis Davis, George Murray 1:51
3. What in the World 2:23
4. Sound and Vision 3:03
5. Always Crashing in the Same Car 3:29
6. Be My Wife 2:55
7. A New Career in a New Town 2:51
Face 2
No TitreAuteur Durée
8. WarszawaDavid Bowie, Brian Eno 6:20
9. Art Decade 3:43
10. Weeping Wall 3:26
11. Subterraneans 5.39

RééditionsModifier

En 1991, Low a été réédité au format CD par Rykodisc/EMI avec trois chansons supplémentaires.

Titres bonus de la réédition CD de 1991
No Titre Durée
12. Some Are (inédite, enregistrée entre 1976 et 1979) 3:24
13. All Saints (inédite, enregistrée entre 1976 et 1979) 3:35
14. Sound and Vision (version remixée en 1991) 4:43

MusiciensModifier

Équipe de productionModifier

ClassementsModifier

Classement (1977) Meilleure
position
  Autriche (Ö3 Austria Top 40)[18] 17
  États-Unis (Billboard 200)[19] 11
  Norvège (VG-lista)[20] 10
  Nouvelle-Zélande (RIANZ)[21] 12
  Pays-Bas (Mega Album Top 100)[22] 6
  Suède (Sverigetopplistan)[23] 12

RéférencesModifier

  1. Pegg 2016, p. 568-569.
  2. Trynka 2012, p. 445-450.
  3. Trynka 2012, p. 457-458.
  4. Pegg 2016, p. 487.
  5. Pegg 2016, p. 364.
  6. Pegg 2016, p. 384.
  7. Trynka 2012, p. 471-473.
  8. Pegg 2016, p. 385.
  9. David Bowie : une étrange fascination, David Buckley, Flammarion, 2004
  10. (en) Stephen Thomas Erlewine, « Low », sur AllMusic (consulté le 2 février 2019).
  11. (en) « Bowie, David », dans Colin Larkin (éd.), Encyclopedia of Popular Music, Oxford University Press, (ISBN 9780199726363, lire en ligne).
  12. (en) Robert Christgau, « David Bowie » (consulté le 14 janvier 2019).
  13. (en) Rob Sheffield, « Low », Rolling Stone,‎ (lire en ligne).
  14. (en) Laura Snapes, « Low », sur Pitchfork, (consulté le 3 février 2019).
  15. Gilles Verlant, Je me souviens du rock, Actes Sud, 1999
  16. (en) The RS 500 Greatest Albums of All Time
  17. Pegg 2016, p. 388.
  18. (de) Austriancharts.at – David Bowie – Low. Ö3 Austria Top 40. Hung Medien. Consulté le 5 avril 2014.
  19. (en) « David Bowie - Low : Awards », sur AllMusic (consulté le 5 avril 2014)
  20. (en) Norwegiancharts.com – David Bowie – Low. VG-lista. Hung Medien. Consulté le 5 avril 2014.
  21. (en) Charts.org.nz – David Bowie – Low. RIANZ. Hung Medien. Consulté le 5 avril 2014.
  22. (nl) Dutchcharts.nl – David Bowie – Low. Mega Album Top 100. Hung Medien. Consulté le 5 avril 2014.
  23. (en) Swedishcharts.com – David Bowie – Low. Sverigetopplistan. Hung Medien. Consulté le 5 avril 2014.

BibliographieModifier

  • (en) Nicholas Pegg, The Complete David Bowie, Londres, Titan Books, (ISBN 978-1-78565-365-0).
  • (en) Marc Spitz, Bowie : A Biography, New York, Crown, (ISBN 978-0-307-71699-6).
  • Matthieu Thibault, La Trilogie Bowie-Eno : Influence de l'Allemagne et de Brian Eno sur les albums de David Bowie entre 1976 et 1979, Rosières-en-Haye, Camion Blanc, (ISBN 978-2-35779-122-0).
  • Paul Trynka, David Bowie : Starman, Rosières-en-Haye, Camion blanc, (ISBN 978-2-35779-228-9).

Liens externesModifier