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Young Americans (album)

album de David Bowie
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Young Americans

Album de David Bowie
Sortie 7 mars 1975
Enregistré août 1974 et
novembre 1974 – janvier 1975
studios Sigma Sound (Philadelphie),
Record Plant
et Electric Lady (New York)
Durée 40:06
Genre blue-eyed soul, Philadelphia soul
Producteur Tony Visconti, Harry Maslin, David Bowie
Label RCA
Classement 2e (Royaume-Uni)
9e (États-Unis)

Albums de David Bowie

Singles

  1. Young Americans
    Sortie : 21 février 1975
  2. Fame
    Sortie : 25 juillet 1975

Young Americans est le neuvième album studio de David Bowie, sorti en 1975.

Il s'agit du premier album de Bowie entièrement réalisé aux États-Unis. Le chanteur abandonne le glam rock qui l'a rendu célèbre au profit d'une musique inspirée par la soul et le funk. La plupart des chansons sont enregistrées à Philadelphie entre août et novembre 1974 avec des musiciens américains. Dans un deuxième temps, en janvier 1975, Bowie enregistre deux chansons à New York avec John Lennon, dont Fame, qui devient le premier single du chanteur à se classer en tête des ventes aux États-Unis. Ce virage artistique est un succès aussi bien commercial que critique et permet à Bowie de percer sur le sol américain.

Sommaire

HistoireModifier

ContexteModifier

Article détaillé : Diamond Dogs Tour.

Le , David Bowie arrive à New York à bord du paquebot France[1]. C'est le début d'un séjour de deux ans dans un pays qui fascine le chanteur depuis l'enfance. La tournée de promotion de l'album Diamond Dogs, sorti le 31 mai, commence le 14 juin par un concert au Forum de Montréal, au Canada. Cette tournée exclusivement nord-américaine se caractérise par un dispositif scénique complexe, avec des décors représentant un paysage urbain post-apocalyptique et de nombreux accessoires. Les musiciens, qui se produisent derrière des draperies noires pour ne pas détourner l'attention du public, doivent s'en tenir à leurs partitions sous peine de nuire au rythme du spectacle, que le biographie de Bowie Nicholas Pegg décrit comme « plus proche d'une comédie musicale que d'un concert de rock normal[2] ». Musicalement, la tournée s'éloigne du glam rock énergique grâce auquel Bowie s'est fait un nom dans son pays natal au cours des deux années précédentes. Avec l'ajout de saxophones, de flûtes et d'un hautbois, ses chansons sont réinventées dans de nouveaux arrangements écrits par Michael Kamen, à mi-chemin entre le funk et la soul, passions du moment de Bowie, et le son d'un big band digne d'un cabaret de Las Vegas[3],[4].

Sur scène, le chanteur abandonne le look androgyne et extra-terrestre de Ziggy Stardust. S'il a toujours les cheveux teints, en orange dorénavant, il est vêtu d'un élégant costume deux-pièces et fait preuve d'une réserve totale vis-à-vis du public, dont il semble ignorer l'existence[5]. Pâle et émacié, il commence à subir les effets de sa forte consommation de cocaïne. Ses relations avec son entourage s'en ressentent : il devient paranoïaque et sujet à de violents changements d'humeur[6]. Il découvre également vers cette période la véritable nature du contrat qu'il a signé avec son manager Tony Defries et sa compagnie MainMan : loin d'en être le propriétaire à 50 %, il n'est en réalité qu'un employé de Defries, qui ne lui reverse qu'une fraction négligeable des bénéfices engrangés grâce à sa musique[7]. L'ambiance de la tournée se dégrade lorsque les accompagnateurs de Bowie, déjà mécontents d'être invisibles sur scène et de loger dans des hôtels bon marché, apprennent que les concerts de Philadelphie doivent être enregistrés en vue d'un album live. Le bassiste Herbie Flowers lance un ultimatum à Bowie et Defries et obtient que les salaires des musiciens soient revus à la hausse pour ces prestations[6].

EnregistrementModifier

Le premier segment de la tournée Diamond Dogs s'achève sur deux concerts à guichets fermés au Madison Square Garden, les 19 et 20 juillet. Durant les six semaines de pause avant le début de la deuxième partie, Bowie commence à travailler sur son prochain album. Il choisit de l'enregistrer aux studios Sigma Sound de Philadelphie, qu'il a eu l'occasion de visiter au cours de la tournée. Les musiciens de studio du groupe MFSB étant occupés sur d'autres projets (à l'exception du percussionniste Larry Washington), le chanteur recrute d'autres accompagnateurs. Des participants de la tournée Diamond Dogs, il retient le pianiste Mike Garson, le saxophoniste David Sanborn et le percussionniste Pablo Rosario. Pour tenir la guitare, il fait appel à Carlos Alomar, qui lui recommande le batteur Andy Newmark et le bassiste Willie Weeks[8].

Les premières séances de travail prennent place le 8 août. Trois jours plus tard, le producteur Tony Visconti, qui a déjà collaboré avec Bowie pour les albums Space Oddity (1969) et The Man Who Sold the World (1970), arrive d'Angleterre. Malgré le décalage horaire, il supervise le soir même l'enregistrement de la future chanson-titre, Young Americans. En l'espace de deux semaines, une dizaine de chansons supplémentaires sont mises en boîte, parmi lesquelles Right, Somebody Up There Likes Me, Who Can I Be Now, It's Gonna Be Me, Can You Hear Me?, After Today, ainsi qu'une nouvelle version de John, I'm Only Dancing, un single sorti en 1972. Cette période de travail effrénée se conclut le 22 août. Dans la soirée, Bowie invite un petit groupe de fans ayant campé à l'entrée des studios pendant tout ce temps à entrer pour écouter ses nouvelles chansons[9].

 
Bowie sur scène le 11 novembre 1974.

À la fin du mois de novembre 1974, la tournée Diamond Dogs, qui a pris un tournant franchement soul, repasse par Philadelphie. Bowie en profite pour retourner aux studios Sigma Sound pour ajouter de nouveaux overdubs aux chansons d'août et commencer le mixage de l'album. Après la fin de la tournée, en décembre, le chanteur se rend aux studios Record Plant de New York pour enregistrer deux nouveaux titres composés sur la route, Fascination et Win[10]. Le premier est issu d'une composition de Luther Vandross, Funky Music, pour laquelle Bowie écrit de nouvelles paroles. Son titre est brièvement envisagé pour être celui de l'album[11].

En janvier 1975, alors que le travail de mixage se poursuit aux studios Record Plant, Bowie renoue le contact avec John Lennon, dont il a fait la connaissance en septembre lors d'une fête à Los Angeles et qui est alors en train de réaliser Rock 'n' Roll, son album de reprises de chansons des années 1950, dans le même studio. Visconti rentre à Londres pour continuer à mixer l'album, alors intitulé provisoirement The Gouster, et ajouter des parties orchestrales à Win, Can You Hear Me? et It's Gonna Be Me. À son insu, Bowie et Lennon se rendent aux studios Electric Lady pour enregistrer deux chansons supplémentaires : une reprise de Across the Universe des Beatles et Fame, coécrite par Bowie, Lennon et Alomar. Elles sont produites par Bowie avec l'ingénieur du son Harry Maslin. Pour faire de la place à ces nouveaux titres, Who Can I Be Now? et It's Gonna Be Me sont écartées, de même que la nouvelle version de John, I'm Only Dancing. Mis devant le fait accompli, Visconti ne peut que s'incliner[12].

Parution et accueilModifier

Young Americans

Compilation des critiques
PériodiqueNote
AllMusic[13] 
Robert Christgau[14]B-
Rolling Stone[15]positive
Pitchfork[16]8,7/10

Young Americans sort le 7 mars 1975.

PostéritéModifier

Le succès de Young Americans ouvre la voie à d'autres artistes britanniques blancs qui publient des disques teintés de soul et de funk dans la foulée, comme le single Philadelphia Freedom (en) d'Elton John ou l'album Atlantic Crossing de Rod Stewart[17]. Des musiciens noirs s'inspirent également de sa vision lissée du rhythm and blues, comme James Brown, qui reprend le riff de Fame pour sa chanson Hot (I Need to Be Loved, Loved, Loved) (en), ou Michael Jackson avec son album Off the Wall[18].

La dégradation de l'état physique et mental de Bowie durant cette période sont perceptibles dans le documentaire Cracked Actor, filmé durant l'année 1974 par Alan Yentob (en) et diffusé par la BBC le 26 janvier 1975, ainsi que dans le passage du chanteur au Dick Cavett Show diffusé sur ABC quelques semaines plus tôt, le 5 décembre 1974[19]. À partir du printemps 1975, il vit reclus à Los Angeles et sombre dans un abîme de paranoïa alimenté par sa passion pour l'occultisme. De cette phase particulièrement sombre provient le dernier album de sa période américaine, Station to Station (1976), avant qu'il ne décide d'arrêter la cocaïne et de retourner vivre en Europe.

En 2016, le coffret rétrospectif Who Can I Be Now? (1974–1976) inclut une reconstruction de l'album The Gouster.

Caractéristiques artistiquesModifier

 
Une version publicitaire en noir et blanc de la photo ayant servi de pochette à l'album.

Paroles et musiqueModifier

Pochette et photographieModifier

Pour la pochette de l'album, Bowie envisage d'abord de faire appel au peintre Norman Rockwell, mais il y renonce en apprenant qu'il lui faudrait au moins six mois pour réaliser son portrait. En fin de compte, c'est une photographie du chanteur prise par Eric Stephen Jacobs le 30 août 1974 qui est choisie. Retouchée à l'aérographe, elle montre en gros plan le visage de Bowie, les bras croisés devant le menton, une cigarette allumée à la main. Pour Matthieu Thibault, ce portrait « s'adapte parfaitement au style factice de la musique par la pose de star hollywoodienne apprêtée et faussement nonchalante » de Bowie[18].

Fiche techniqueModifier

ChansonsModifier

Album originalModifier

Toutes les chansons sont écrites et composées par David Bowie, sauf mention contraire.

Face 1
No TitreAuteur Durée
1. Young Americans 5:10
2. Win 4:44
3. FascinationDavid Bowie, Luther Vandross 5:43
4. Right 4:13
Face 2
No TitreAuteur Durée
5. Somebody Up There Likes Me 6:30
6. Across the UniverseJohn Lennon, Paul McCartney 4:30
7. Can You Hear Me? 5:04
8. FameDavid Bowie, John Lennon, Carlos Alomar 4:12

RééditionsModifier

En 1991, Young Americans a été réédité au format CD par Rykodisc/EMI avec trois chansons supplémentaires.

Titres bonus de la réédition CD de 1991
No Titre Durée
9. Who Can I Be Now? (inédite, enregistrée en 1974) 4:36
10. It's Gonna Be Me (inédite, enregistrée en 1974) 6:27
11. John, I'm Only Dancing (Again) (enregistrée en 1974, publiée en single en 1979) 6:57

Une « édition spéciale » de Young Americans a paru en 2007. Elle comprend un DVD bonus avec des mixages en multicanal 5.1 de l'album, ainsi que des extraits vidéos du passage de Bowie dans l'émission de télévision américaine The Dick Cavett Show du 4 décembre 1974.

Titres bonus du DVD de la réédition de 2007
No Titre Durée
9. John, I'm Only Dancing (Again) (mixage stéréo) 7:03
10. Who Can I Be Now? (mixage stéréo) 4:40
11. It's Gonna Be Me (mixage stéréo, version alternative avec cordes) 6:28
12. 1984 (version du Dick Cavett Show) 3:07
13. Young Americans (version du Dick Cavett Show) 5:11
14. Dick Cavett Interviews David Bowie 16:03

InterprètesModifier

Sur Across the Universe et Fame, Bowie est accompagné des musiciens suivants :

Équipe de productionModifier

  • Tony Visconti : production (sauf Across the Universe et Fame)
  • Harry Maslin : production (Across the Universe et Fame)
  • David Bowie : production (Across the Universe et Fame)

Classements et certificationsModifier

Classements hebdomadaires
Pays (classement) Meilleure
position
  Australie (Kent Music Report)[20] 9
  Canada (RPM) 17
  États-Unis (Billboard 200)[21] 9
  Nouvelle-Zélande (RIANZ)[22] 3
  Norvège (VG-lista)[23] 13
  Royaume-Uni (UK Albums Chart)[24] 2
  Suède (Sverigetopplistan)[25] 5
Certifications
Pays Certification Date Ventes certifiées
  Canada (Music Canada)[26]   Or 50 000
  États-Unis (RIAA)[27]   Or 500 000
  Royaume-Uni (BPI)[28]   Or 100 000

RéférencesModifier

  1. Cann 2014, p. 321.
  2. Pegg 2016, p. 558.
  3. Pegg 2016, p. 558-559.
  4. Thibault 2016, p. 146-147.
  5. Thibault 2016, p. 144.
  6. a et b Pegg 2016, p. 560.
  7. Pegg 2016, p. 561.
  8. Pegg 2016, p. 374-375.
  9. Pegg 2016, p. 375.
  10. Pegg 2016, p. 376.
  11. Pegg 2016, p. 89.
  12. Pegg 2016, p. 376-377.
  13. (en) Stephen Thomas Erlewine, « Young Americans », sur AllMusic (consulté le 19 janvier 2019).
  14. (en) Robert Christgau, « David Bowie » (consulté le 14 janvier 2019).
  15. (en) Jon Landau, « Young Americans », Rolling Stone,‎ (lire en ligne).
  16. (en) Douglas Wolk, « Young Americans », sur Pitchfork, (consulté le 19 janvier 2019).
  17. Pegg 2016, p. 379.
  18. a et b Thibault 2016, p. 157.
  19. Spitz 2009, p. 243-246.
  20. (en) David Kent, Australian Chart Book 1970–1992, St Ives, Australian Chart Book, (ISBN 0-646-11917-6).
  21. (en) « David Bowie Chart History », sur Billboard, Prometheus Global Media (consulté le 13 avril 2019).
  22. (en) « David Bowie - Young Americans », sur charts.nz, Hung Medien (consulté le 13 avril 2019).
  23. (en) « David Bowie - Young Americans », sur norwegiancharts.com, Hung Medien (consulté le 13 avril 2019).
  24. (en) « Young Americans », sur Official Charts (consulté le 13 avril 2019).
  25. (en) « David Bowie - Young Americans », sur swedishcharts.nl, Hung Medien (consulté le 13 avril 2019).
  26. (en) « Gold/Platinum », sur Music Canada (consulté le 13 avril 2019).
  27. (en) « Gold & Platinum », sur RIAA (consulté le 13 avril 2019).
  28. (en) « David Bowie, Young Americans », sur BPI (consulté le 13 avril 2019).

BibliographieModifier

  • David Buckley, David Bowie : Une étrange fascination, Paris, Flammarion, (1re éd. 2004) (ISBN 978-2-0813-5508-8).
  • Kevin Cann, Any Day Now : David Bowie, les années Londres, 1947-1974, Paris, Naïve, (ISBN 978-2-35021-300-2).
  • (en) Nicholas Pegg, The Complete David Bowie, Londres, Titan Books, (ISBN 978-1-78565-365-0).
  • (en) Marc Spitz, Bowie: A Biography, New York, Crown, (ISBN 978-0-307-71699-6).
  • Matthieu Thibault, David Bowie, l'avant-garde pop, Marseille, Le Mot et le reste, (ISBN 978-2-36054-228-4).
  • Paul Trynka, David Bowie: Starman, Rosières-en-Haye, Camion blanc, (ISBN 978-2-35779-228-9).