Louise Farrenc

pianiste et compositrice française
Louise Farrenc
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Louise Farrenc (née Jeanne-Louise Dumont), ca. 1855, Bibliothèque nationale de France.
Nom de naissance Jeanne-Louise Dumont
Naissance
Paris Drapeau de l'Empire français Empire français
Décès (à 71 ans)
Paris Drapeau de la France France
Activité principale Compositrice, pianiste et professeur
Lieux d'activité Paris
Maîtres Antoine Reicha
Conjoint Aristide Farrenc
Descendants Victorine Farrenc

Jeanne-Louise Dumont, dite Louise Farrenc, est une compositrice, pianiste et professeure de piano française, née le à Paris, ville où elle est morte le [1].

BiographieModifier

Jeanne-Louise Dumont est la fille du sculpteur Jacques-Edme Dumont (1761-1844) et de Marie-Élisabeth-Louise Curton[2] et la sœur du sculpteur Auguste Dumont[3],[4].

Elle entreprend des études de piano avec sa marraine Anne-Élisabeth-Cécile Soria[5], une disciple du compositeur Muzio Clementi, puis devient élève en piano de Ignaz Moscheles et Johann Nepomuk Hummel[4]. À l'âge de quinze ans, elle prend des leçons d'harmonie avec Antoine Reicha, célèbre professeur de composition au Conservatoire de Paris[4],[5],[6]. Les leçons privées avec Antoine Reicha s'interrompent en 1821 avec le mariage de Louise Dumont et reprirent ensuite plus assidument avec l'apprentissage du contrepoint, de la fugue et de l'instrumentation[7]. Sa formation à la composition était ainsi semblable à celle des élèves masculins du Conservatoire de Paris.

Le 28 septembre 1821, elle épouse le flûtiste, compositeur et éditeur de musique marseillais Aristide Farrenc (1794-1865)[6]. De cette union naît en 1826 Victorine, leur fille unique, elle aussi pianiste, qui mourut en 1859. Conscient des dons exceptionnels de sa jeune épouse, Aristide Farrenc lui consacre ses activités musicales en créant notamment les Éditions Farrenc[8] et devient rapidement son impresario.

Entre 1842 et 1872, Louise Farrenc enseigne le piano au Conservatoire de Paris en qualité de professeure[9] et non de professeure-adjointe ou répétitrice comme cela était l'habitude pour les femmes à l'époque. Alors que pendant la Commune de Paris, L'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés réclame l'égalité salariale entre hommes et femmes et l'obtiendra partiellement pour les institutrices, elle finit même par obtenir un salaire égal à celui de ses collègues masculins à ce poste au bout de 8 années de lutte[10]. Cependant Louise Farrenc n'est pas la première femme à professer le piano au sein de l'école, avant elle, Hélène de Montgeroult y avait enseigné de 1795 à 1798. Depuis le départ d'Hélène de Montgeroult, aucune femme n'avait cependant eu un poste de professeure au Conservatoire de Paris. Louise Farrenc se voit donc attribuer une classe de piano pour femmes. Les classes, entre autres de piano, étaient séparées selon le sexe des élèves et ne devinrent mixtes qu'en 1915 sous le directorat de Gabriel Fauré[11].

En 1845, les Trente études dans tous les tons majeurs et mineurs, op. 26 (publiées en 1839) sont adoptées par le Conservatoire de Paris comme méthode officielle pour les classes de piano ; ces études deviennent ainsi un ouvrage pédagogique de référence[12]. En janvier 1843, Victorine Farrenc entre comme élève dans la classe de piano de sa mère au Conservatoire et dès la première année elle obtient un premier accessit puis un premier prix de piano l'année suivante[13]. Parallèlement à son professorat au Conservatoire, Louise Farrenc continue la composition ainsi que de donner des leçons privées de piano.

Elle contribue activement avec son mari à la publication des 20 livraisons du recueil de musique pour clavecin et piano Le Trésor des pianistes, publication qu'elle poursuit après la mort de son mari en 1865[14].

Les plus grands musiciens de son temps l'ont soutenue, tel le violoniste Joseph Joachim qui a participé à la création en 1850 de son Nonette pour cordes et vents en mi bémol majeur[15]. Sa Troisième Symphonie, op. 36, est exécutée par l'orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire en 1849[16], et elle se voit décerner deux fois le prix Chartier de l'Institut, destiné à récompenser les meilleures compositions de musique de chambre, en 1861[17] et 1869[18]. En 1878, le pianiste et Antoine-François Marmontel, père du compositeur Antonin Marmontel, consacre un livre aux plus brillants pianistes de son temps, parmi lesquels Louise Farrenc prend alors place[19].

Louise Farrenc meurt le en son domicile au no 10 rue Taitbout dans le 9e arrondissement[20], et, est inhumée au cimetière du Montparnasse (10e division)[21].

L'œuvre de Louise Farrenc reste néanmoins largement méconnue de nos jours. La raison principale en est sans doute que la compositrice s'est essentiellement consacrée à la musique instrumentale et n'a jamais composé d'opéra alors que ce genre était très prisé en France, surtout au XIXe siècle. Le guide des Sources pour l'histoire des femmes avance qu'elle était pourtant ovationnée par ses contemporains, puis oubliée et négligée comme tant d'autres compositrices[22].

ŒuvresModifier

Elle s'est consacrée exclusivement au piano de 1820 à 1830, avant d'élargir son répertoire à l'orchestre à partir de 1834. Il existe 49 œuvres dotées d'un numéro d'opus.

OrchestreModifier

  • Symphonie no 1 en ut mineur, op. 32 (1842)
  • Symphonie no 2 en majeur, op. 35 (1845)
  • Symphonie no 3 en sol mineur, op. 36 (1847)
  • Ouverture en mi mineur, op. 23 (1834)
  • Ouverture en mi bémol majeur, op. 24 (1834)
  • Grandes Variations sur l'air Le premier pas, pour piano et orchestre, op. 4
  • Grandes Variations sur un thème du Comte Gallenberg, pour piano et orchestre, op. 25

Œuvres vocalesModifier

Voix et piano ou orchestre
  • Andréa la folle, ballade
  • Je me taisais, romance
  • La Tourterelle, romance
  • La Madone
  • Le Berger fidèle, romance
  • Le Prisonnier de guerre, scène dramatique
  • Le Suicide, scène et air (composition identique au Prisonnier de guerre)
  • Toi que j'appelle
Musique chorale
  • Ô Père qu'adore mon Père (Hymne de Lamartine), chœur a cappella
  • Ô Père qu'adore mon Père (Hymne de Lamartine), chœur et piano
  • O Salutaris hostia pour soprano, alto et ténor

Musique de chambreModifier

  • Nonette en mi bémol majeur, op. 38 (1849 ; quatuor à cordes et quintette à vent)
  • Sextuor en do mineur, op. 40 (1852 ; piano, clarinette, flûte, hautbois, cor, basson)
  • Quintette N° 1 en la mineur, op. 30 (1839 ; piano et quatuor à cordes)
  • Quintette N° 2 en mi majeur, op. 31 (1840; piano et quatuor à cordes)
  • Trio en mi bémol majeur, op. 33 (1841–44 ; piano, violon et violoncelle)
  • Trio en ré majeur, op. 34 (1844 ; piano, violon et violoncelle)
  • Trio en mi bémol majeur, op. 44 (1854–56 ; piano, clarinette [ou violon] et violoncelle)
  • Trio en mi mineur, op. 45 (1854–56 ; piano, flûte [ou violon] et violoncelle)
  • Variations concertantes sur un air suisse, op. 20 (piano et violon)
  • Sonate pour violon et piano en do mineur, op. 37 (1848)
  • Sonate pour violon et piano en la majeur, op. 39 (1850)
  • Sonate pour piano et violoncelle en si bémol majeur, op. 46 (1857)
  • Grandes Variations sur l'air Le premier pas, op. 4

Musique pour le pianoModifier

  • Variations (Aristide Farrenc), op. 2
  • Grandes variations Le premier pas, op. 4 (piano solo)
  • Variations brillantes sur un thème de La Cenerentola de Rossini, op. 5
  • Variations sur l'air favori O ma tendre musette!, op. 6
  • Air suisse varié, op. 7
  • Trois Rondeaux, op. 8
  • Rondeau sur un air du Pirate de Bellini, op. 9
  • Variations (George Onslow), op. 10
  • Rondeau sur des thèmes d'Euryanthe de Carl Maria von Weber, op. 11
  • Variations (Galopade favorite), op. 12
  • Rondeau (Rossini), op. 13
  • Les Italiennes, op. 14
  • Variations brillantes (Donizetti), op. 15
  • Les Allemandes, op. 16
  • Air russe varié, op. 17
  • La Sylphide, op. 18
  • Souvenir des Huguenots, op. 19
  • Variations concertantes, op. 20
  • Les Jours heureux, op. 21
  • Fugues, op. 22
  • Trente Études dans tous les tons majeurs et mineurs, op. 26 (1838)
  • Hymne russe varié, op. 27
  • Variations sur un thème allemand, op. 28
  • Variations (Bellini), op. 29 (Piano à quatre mains, arrangements pour 2 ou 3 pianos)
  • Douze Études brillantes, op. 41 (1853)
  • Vingt Études de moyenne difficulté, op. 42 (1854)
  • Trois mélodies, op. 43
  • Scherzo, op. 47
  • Valse brillante, op. 48
  • 1er Nocturne, op. 49
  • Vingt-cinq Études faciles, op. 50
  • Deuxième Valse brillante, op. 51
  • Diverses œuvres pour le piano, sans numéros d'opus
  • Mélodie, sans numéro d'opus

DiscographieModifier

  • Symphonies nos 1 et 3 - NDR Radiophilharmonie, dir. Johannes Goritzki (2- et 10-, CPO) (OCLC 611337953)
  • Symphonie no 2 ; deux ouvertures - NDR Radiophilharmonie, dir. Johannes Goritzki ( et , CPO) (OCLC 56528998)
  • L'intégrale des symphonies - Orchestre de Bretagne, dir. Stefan Sanderling (24-26 et 28 avril 2001, Pierre Verany)
  • Symphonies nos 2 et 3 - Solistes européens, Luxembourg, dir. Christoph König (Naxos, 2018)
  • Trio pour violon, violoncelle et piano, opus 45 - Trio Streicher (, Music & Arts) (OCLC 1011753449) — avec le trio opus 17 de Clara Schumann
  • Trios avec piano, opus 33 et 44 - Linos-Ensemble (9-, CPO) (OCLC 723956356)
  • Quintettes pour piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse opus 30 et 31 - Linos-Ensemble : Konstanze Eickhorst, piano ; Winfried Rademacher, violon ; Barbara Westphal, alto ; Mario Blaumer, violoncelle ; Jörg Linowitzki, contrebasse (, CPO) (OCLC 31630180)
  • Nonette pour cordes et vents ; Mélodie en la bémol majeur ; Variations concertantes pour violon et piano ; Études op. 26 n° 17 et 18* ; Trio pour clarinette, violoncelle et piano op. 44 - Brigitte Engerer et Jean-Frédéric Neuburger*, piano ; Guillaume Sutre, violon ; Romain Guyot, clarinette ; François Salque, violoncelle ; Philippe Bernold (flûte) ; François Leleux (hautbois) ; André Cazalet, cor ; Gilbert Audin, basson ; Miguel da Silva, alto ; Vincent Pasquier, contrebasse (concert, Paris, auditorium du Louvre, 5-, Naïve V 5033) (OCLC 70139834)
  • Sextuor en do mineur, op. 40 (avec diverses œuvres pour vents de Poulenc, Roussel, Caplet, Mozart, Beethoven, Thuille et Rimski-Korsakov) - Les Vents français (Warner Classics, 2014) - Choc de Classica
  • Œuvres pour piano : Variations brillantes op. 15, Air russe varié op. 17, Valse brillante op. 48, Nocturne op. 49 et neuf études de l'opus 26 - Konstanze Eickhorst, piano (28-, CPO) (OCLC 54432489)
  • Variations pour piano : Variation op. 10, Variations brillantes op. 15, Air russe varié op. 17, Grandes Variations op. 25 - Biliana Tzinlikova, piano (27-, Paladino Music)

Notes et référencesModifier

  1. Legras, Catherine., Louise Farrenc, compositrice du XIXe siècle : musique au féminin, Paris/Budapest/Torino, L'Harmattan, , 225 p. (ISBN 2-7475-5021-4 et 978-2-7475-5021-5, OCLC 53096533, lire en ligne), p. 13
  2. Roman d'Amat, Dictionnaire de biographie française, Paris, Letouzey et Ané, , 760 p..
  3. Catherine Legras, Louise Farrenc, compositrice du XIXe siècle : Musique au féminin, Paris/Budapest/Torino, Éditions l'Harmattan, , 225 p. (ISBN 2-7475-5021-4), p. 16-29
  4. a b et c Pierrette Germain, « Farrenc, Louise (née Jeanne-Louise Dumont) [Paris 1801-id.1875] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Le Dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, (lire en ligne)
  5. a et b Launay, Florence., Les compositrices en France au XIXe siècle, Paris, Fayard, , 544 p. (ISBN 2-213-62458-5 et 978-2-213-62458-7, OCLC 64946795, lire en ligne), p. 25
  6. a et b « Louise Farrenc », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  7. Launay, Florence., Les compositrices en France au XIXe siècle, Paris, Fayard, , 544 p. (ISBN 2-213-62458-5 et 978-2-213-62458-7, OCLC 64946795, lire en ligne), p. 25-26
  8. « A. Farrenc (Éditeur) », sur data.bnf.fr (consulté le 24 mars 2020)
  9. Constant Pierre, Le Conservatoire national de musique et de déclamation : documents historiques et administratifs : recueillis ou reconstitués par Constant Pierre..., Paris, Imprimerie nationale, (lire en ligne), p. 443
  10. Legras, Catherine., Louise Farrenc, compositrice du XIXe siècle : musique au féminin, Paris/Budapest/Torino, L'Harmattan, , 225 p. (ISBN 2-7475-5021-4 et 978-2-7475-5021-5, OCLC 53096533, lire en ligne), p. 155-158
  11. Bongrain, Anne., Le Conservatoire national de musique et de déclamation, 1900-1930 : documents historiques et administratifs, Paris, Vrin, , 750 p. (ISBN 978-2-7116-2398-3 et 2-7116-2398-X, OCLC 773015941, lire en ligne), p. 114
  12. Legras, Catherine., Louise Farrenc, compositrice du XIXe siècle : musique au féminin, Paris/Budapest/Torino, L'Harmattan, , 225 p. (ISBN 2-7475-5021-4 et 978-2-7475-5021-5, OCLC 53096533, lire en ligne), p. 42
  13. Legras, Catherine., Louise Farrenc, compositrice du XIXe siècle : musique au féminin, Paris/Budapest/Torino, L'Harmattan, , 225 p. (ISBN 2-7475-5021-4 et 978-2-7475-5021-5, OCLC 53096533, lire en ligne), p. 50
  14. Robert Wangermée, « Préface », dans François-Joseph Fétis, Correspondance, Éditions Mardaga (lire en ligne), p. 16
  15. Revue et gazette musicale de Paris, (lire en ligne), p. 108
  16. Antoine Elwart, Histoire de la Société des concerts du Conservatoire impérial de musique, avec dessins, musique, plans, portraits, notices biographiques, etc., Paris, Castel, (lire en ligne), p. 248
  17. François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique. Supplément et complément. [vol. 1] / par F.-J. Fétis ; publ. sous la dir. de M. Arthur Pougin..., Paris, Firmin Didot, 1878-1880 (lire en ligne)
  18. Société des auteurs et compositeurs dramatiques, Annuaire de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, (lire en ligne), p. 181
  19. Legras, Catherine., Louise Farrenc, compositrice du XIXe siècle : musique au féminin, Paris/Budapest/Torino, L'Harmattan, , 225 p. (ISBN 2-7475-5021-4 et 978-2-7475-5021-5, OCLC 53096533, lire en ligne), p. 38
  20. Archives de Paris 9e, acte de décès no 1259, année 1875 (vue 1/31)
  21. Registre journalier d'inhumation de Paris Montparnasse de 1875, en date du 17 septembre (page 1/31)
  22. Bibliothè̀que nationale de France. et Faliu, Odile., Des sources pour l'histoire des femmes : guide, Paris, Bibliothèque nationale de France, , 203 p. (ISBN 2-7177-2322-6, OCLC 56990339, lire en ligne), p. 133

BibliographieModifier

  • Catherine Legras, Louise Farrenc, compositrice du XIXe siècle - Musique au féminin, Éditions de l'Harmattan, 2003 (ISBN 2747550214)
  • Florence Launay, Les Compositrices en France au XIXe siècle, Fayard, 2006.

Liens externesModifier