Longin (philosophe)

philosophe antique

Longin (de son nom latin Cassius Dionysius Longinus) est un philosophe et rhéteur grec (205-273 ap. J.-C.).

Longin
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Fronton d'Émèse (en), PlotinVoir et modifier les données sur Wikidata

BiographieModifier

Syrien de naissance à ce qu'on croit, né probablement dans la première décennie du IIIe siècle[1], neveu du rhéteur Fronton d'Émèse qui enseigna à Athènes, il voyagea dans sa jeunesse, et devint élève à l'École d'Alexandrie, où il reçut les leçons des néoplatoniciens Ammonios Saccas et Origène[2]. Il ouvrit à Athènes une école de rhétorique et de philosophie, qui attira de nombreux disciples. Il connaissait probablement le tout-venant d'Athènes (qu'il classait ultérieurement), à travers des banquets[3].

Il fut avant 263 le maître de Porphyre de Tyr, qui l'appellait « le plus grand critique de notre temps »[2]. Il passa ensuite à l'école de Plotin à Rome. Longin admirait vivement Plotin ; celui-ci, a contrario, estimait que Longin n'était pas un « philosophe », mais un «  philologue » (non pas un « ami de la sagesse », mais un « ami des discours »)[4].

En 267, Zénobie, la reine de Palmyre l’appela auprès d'elle et le chargea de lui enseigner la littérature grecque ; il devint ainsi son principal conseiller dans son entreprise d'indépendance contre Rome. Les motivations de son soutien sont mal connues[5]. Vaincue par l'empereur Aurélien en 272/273, Zénobie fut épargnée mais plusieurs de ses proches furent mis à mort, y compris Longin[6].

ŒuvresModifier

Longin fut qualifié par Eunape de « bibliothèque vivante »[2]. On le considérait comme un expert en grammaire et un grand esprit, avec de grands talents de rhéteur et de philosophe[7]. Plotin le considérait comme un philosophe médiocre, tandis que les commentateurs postérieurs tel Eunape, Saint Jérôme, Théophylacte et l'Histoire Auguste louèrent le critique littéraire bien plus que le philosophe[8], ce qui explique en partie que seule l'œuvre de grammaire de Longin survécut à l'époque byzantine[9].

Longin a composé plusieurs ouvrages de philosophie dans lesquels il affirme son platonisme, ainsi que dans d'autres domaines[10]. Certains ouvrages n'ont subsisté que par leurs titres, mentionnés par la Souda[11] :

  • Œuvres philosophiques : Sur les principes (comme les Médio-Platoniciens, il en reconnaît trois : le Dieu, le Modèle et la Matière[12]) ; Sur la fin, Contre Plotin et Gentilianus Amélius ; Sur l'Impulsion (contre la doctrine stoïcienne de l'âme[13]) ; Sur la Vie selon la Nature.
  • Œuvres polémiques : Réfutation de Plotin critiquant le traité Sur les formes ; Réponse à la lettre d'Amélius.
  • Commentaires, exégèse platonicienne : concerne le Timée, le Phédon, le Parménide et Phèdre. On ne sait pas si ce sont des ouvrages à part, des parties d'écrits ou des extraits de l'enseignement oral de Porphyre dont dépendent plusieurs fragments[14].
  • Œuvres philologiques : Art Rhétorique. La structure rhétorique est proche d'Hermogène ou de la Rhétorique à Alexandre[15]. La transmission de l'ouvrage est fragmentaire. Plus d'une vingtaine d'extraits de rhétoriques attribués à Longin peuvent se connecter avec l'Art Rhétorique. Le fragment le plus large est présent dans un traité de rhétorique d'Apsinès[16].
  • Critique littéraire et textuelle : Entretiens philologiques (au moins 21 livres[17]) ; Difficultés relatives à Homère ; Questions sur Homère avec leurs solutions ; L'admirateur des anciens ; Récits qui transgressent l'histoire et que les grammairiens présentent comme historiques, Homère est-il un philosophe ?, Sur les expressions présentant plusieurs significations chez Homère.
  • Écrits grammaticaux, métriques, lexicographie : Commentaire au Manuel de métrique d'Héphestion (seul le début a été préservé, il défend le rythme et les syllabes[18]) ; Glossaire Attique ; Expressions utilisées par Antimaque et par Héracléon,
  • Un discours, Odeinath.
  • Des Chroniques et des Lettres.

Un développement sur la mémoire, attribué à Longin, n'est vraisemblablement pas de lui, car plutôt proche de la Rhétorique à Herennius[19].

Pseudo-LonginModifier

Un traité Sur le Sublime fut attribué à Longin mais dérive d'une erreur de copiste

Notes et référencesModifier

  1. Budé, p. 5.
  2. a b et c Budé, p. 6.
  3. Budé, p. 8-10.
  4. Porphyre, Vie de Plotin, § 14 et 19-21.
  5. Budé, p. 10-13.
  6. Budé, p. 14.
  7. Budé, p. 1.
  8. Budé, p. 15.
  9. Budé, p. 2.
  10. Budé, p. 3-4.
  11. Budé, p. 122-124.
  12. Budé, p. 16.
  13. Budé, p. 20.
  14. Budé, p. 23-24.
  15. Budé, p. 58-64.
  16. Budé, p. 58-64, 112-114. Le traité d'Apsinès est composite, avec des ajouts ultérieurs, des interpolations. Ces dernières peuvent être identifiées grâce au résumé de Psellus consacré à Apsinès, à un état antérieur du texte, non-interpolé. Une partie qui ne fut pas résumée est attribuée à Longin.
  17. Budé, p. 116.
  18. Budé, p. 51.
  19. Budé, p. 125.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Prosopographia Imperii Romani (PIR² C n°500)
  • Luc Brisson et M. Patillon, Longinus Platonicus Philosophus et Philologus, in Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, II/36/7, Ber(lin et New York, Walter de Gruyter, 1994, p. 5214-5299.
  • Longin, Fragments. Art rhétorique, Les Belles Lettres, coll. « Budé », (ISBN 2-251-00495-5).
  • Pseudo-Longin, Traité du Sublime, avec le grec, trad. Henri Lebègue, Les Belles Lettres, 1965 ; en poche, mais sans le grec, éd. Francis Goyet au Livre de Poche, « Bibliothèque classique » (trad. Boileau, avec quelques extraits des Réflexions critiques de Boileau sur le style sublime), ou Jackie Pigeaud (notes et trad.), en Rivages Poche, « Petite Bibliothèque ».

Liens externesModifier