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Lin Zhao

poétesse et écrivaine chinoise
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Lin Zhao
LIN Zhao.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 36 ans)
ShanghaiVoir et modifier les données sur Wikidata
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Lin Zhao (chinois : 林昭) , nom de naissance Peng Linzhao (chinois : 彭令昭), née le à Suzhou dans la province du Jiangsu et morte le à Shanghai, est une écrivaine et poétesse communiste chinoise.

Sommaire

BiographieModifier

Née dans une famille bourgeoise, elle quitte celle-ci à dix-sept ans, trois mois avant la proclamation de la République populaire de Chine en 1949, pour s’enrôler dans l’école de journalisme du Parti communiste chinois[1].

Pendant l’été 1950, à 18 ans, elle participe à la campagne de redistribution des terres. Elle fit preuve de dureté envers les propriétaires terriens expropriés. Elle reconnaît avoir ressenti un « bonheur cruel » en entendant crier un propriétaire plongé dans une bassine d’eau glacée et avoir assisté, sans réaction, à l’exécution d’un autre. Elle désigne Mao Zedong comme « une étoile rouge dans son cœur »[1].

En 1957, Mao Zedong engage la campagne des Cent Fleurs invitant les critiques pour corriger les erreurs. Lin Zhao conteste alors les abus de la campagne anti-droitiste. Après celle-ci, Lin est assignée à travailler dans une bibliothèque, elle y rencontre Gan Cui, ils envisagent de se marier, mais le Parti leur refuse l’autorisation. Gan est envoyé se faire réformer dans un laogai du Xinjiang, il en reviendra en 1979[1].

Au printemps 1960, elle est autorisée à retourner à Shanghai pour des raisons médicales[2]. Dans les faits, les autorités veulent l'utiliser pour attirer et attraper un dissident qu'elle connaît[3]. Elle fonde alors la revue Xinghuo. Lin Zhao est arrêtée en octobre 1960 et condamnée, comme « droitière » pour ses critiques du Parti[4]. Elle refuse de faire son autocritique et de renier ses propos. Au printemps 1962, elle est à nouveau libérée pour des raisons de santé, mais quelques mois après, en décembre 1962, elle est de retour en prison[3]. Elle fera alors de nombreuses grèves de la faim ainsi qu'une tentative de suicide[2].

Après presque trois années passées derrière les barreaux, à écrire de nombreux poèmes et des centaines de pages de textes dénonçant le parti, Lin Zhao apprend le 31 mai 1965 qu’elle est condamnée à 20 ans de prison[2]. Le 29 avril 1968, sa sentence est commuée en peine de mort. Elle est exécutée le jour même, à l'âge de 36 ans, à Shanghai[5]. Deux jours plus tard, sa mort est annoncée à sa mère et sa sœur cadette par un policier venu leur réclamer le demi-yuan qu’elles devaient pour la balle qui avait servi à l'exécution de Lin Zhao[6],[7].

Avant de mourir, lors de son emprisonnement dans la prison de Tilanqiao de Shanghai, Lin Zhao, privée d'encre et de stylo, écrit des milliers de caractères avec son sang[8],[9]. Pour pouvoir écrire, elle se lacère les mains avec ses épingles à cheveux, qu'elle utilise ensuite comme une plume à l'encre de sang[10].

Parmi ses écrits, elle propose des réformes réalisées depuis la mort de Mao. Elle considère « que lutter contre une dictature ne justifie pas que l’on en crée une autre ». Dans une correspondance au Quotidien du Peuple, elle condamne la campagne « anti-droitiers » et accuse le Parti communiste chinois d’avoir utilisé « l’idéalisme de sa génération ». Lin Zhao décrit les mauvais traitements subis en prison, la confiscation de son stylo l'obligeant à écrire avec son sang. Celui-ci lui est redonné ultérieurement pour qu'elle recopie ses écrits, qui seront alors utilisés contre elle[1].

Elle est réhabilitée le 30 décembre 1981 par les autorités chinoises[11],[2].

MémoiresModifier

En 2004, le cinéaste chinois Hu Jie a réalisé le documentaire À la recherche de l'âme de Lin Zhao afin de retrouver la mémoire de cette héroïne occultée par l’histoire officielle[12].

Le dissident chinois Yan Zheng-Xue, à sa sortie de prison en 2009, réalise dans son appartement de Pékin, une statue à l'effigie de Lin Zhao. Celle-ci, ainsi que la statue de Zhang Zhixin, autre victime de la révolution culturelle exécutée en 1975, sont exposées dans le jardin de son appartement situé en pied d'immeuble. Yan Zheng-Xue a souhaité offrir ces statues à l'université de Pékin et à l'université du Peuple, mais cette donation lui a été refusée[5].

En 2009, le sculpteur chinois Zhou Yongyang (周永阳) réalise à Beijing une sculpture géante représentant la tête de Lin Zhao.

Anne Kerlan[13] lui consacre un livre, Lin Zhao, combattante de la liberté (Fayard, 2018).

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d Brigitte Duzan, Hu Jie, l'étoile du festival Shadows 4 décembre 2009
  2. a b c et d « Inventory of the Lin Zhao papers », Hoover Institution Archives,‎ (lire en ligne)
  3. a et b 胡杰 (Hu Jie), 寻找林昭的灵魂 (À la recherche de l'âme de Lin Zhao), [documentaire] 2004. Chine : 115 min
  4. Human Right in China, Lin Zhao
  5. a et b Brice Pedroletti, « Le jardinier de la mémoire », Le Monde, (consulté le 6 janvier 2017).
  6. Lucien Bianco, La Récidive. Révolution russe, révolution chinoise, Gallimard, 2014, pages 359 et 360.
  7. Kerlan, Anne., Lin Zhao : "combattante de la liberté (ISBN 9782213661322 et 2213661324, OCLC 1055475326, lire en ligne)
  8. Pierre Haski, Chine:La vidéo et internet contre l'histoire officielle Rue89, octobre 2008
  9. Brigitte Duzan, « « Searching for Lin Zhao’s Soul » : un tournant dans la filmographie de Hue Jie », sur chinesemovies.com.fr, (consulté le 30 décembre 2016).
  10. Jean-Pierre Bertin-Maghit, Lorsque Clio s'empare du documentaire, vol. 2, L'Harmattan, , 587 p. (ISBN 9782296550148, lire en ligne), « Lin Zhiao », p. 92
  11. Lin Zhao: Martyr Poet 29 avril 2010
  12. Philip P. Pan, A past written in blood The Washington Post, 2008
  13. http://cecmc.ehess.fr/index.php?3298

BibliographieModifier

Liens externesModifier