Les Hijabeuses

Collectif de footballeuses françaises défendant le droit de porter le voile en compétition
Les Hijabeuses
Histoire
Fondation
Cadre
Type
Organisation
Président
Founé Diawara (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Les Hijabeuses est un collectif créé en au sein de l’association Alliance citoyenne pour défendre le droit des joueuses de football de porter le voile lors des matchs officiels en France. Le collectif est mis en lumière au moment où il s'oppose à un amendement LR à la proposition de la loi sur la « démocratisation du sport », visant l’interdiction du port des signes religieux dans les compétitions sportives.

ContexteModifier

Le collectif les Hijabeuses est créé en [1] à Paris au sein de l’association Alliance citoyenne, qui lutte pour l'accès au logement et aux services publics des femmes musulmanes[2],[3]. Le collectif a pour objectif de défendre le droit des joueuses de football de porter le voile[2]. La Fédération française de football interdit en effet le port du hidjab en compétition officielle, invoquant l'hygiène, la sécurité et la laïcité, alors même que le voile est autorisé aux Jeux olympiques[4] depuis 1996 et par la Fédération internationale de football depuis 2014[5],[6],[7],[8],[9]. Au niveau mondial, l'IFAB impose seulement que « lorsqu'un couvre-chef est porté, celui-ci doit être en accord avec l'apparence professionnelle de l'équipement du joueur et ne doit constituer aucun danger pour le joueur »[10]. Une footballeuse citée par Marianne explique que cette règle a pour conséquence qu'« en France, les footballeuses qui portent le hijab voient souvent leurs ambitions sportives être stoppées tôt dans leur carrière »[11].

La FFF invoque des raisons d’hygiène, de sécurité[12], mais Bouchra Chaïb explique que ce sont « de faux arguments, car il existe un hijab homologué pour pratiquer le sport de compétition »[13]. La fédération française de handball, par exemple, l'autorise[5].

L'autre argument de la FFF est celui de la laïcité. L ’article 1 de ses statuts explique en effet que « sont interdits, à l’occasion de compétitions […], tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale »[13]. La FFF invoque également la charte d’éthique et de déontologie du football français, selon laquelle « Un terrain de football, un stade, un gymnase, ne sont pas des lieux d’expression politique ou religieuse. Ce sont des lieux de neutralité »[14]. À cet argument une footballeuse objecte: « à partir du moment où on ne fait pas l’apologie d’une religion, je ne vois pas où est le problème, on n’est pas neutre soi-même lorsqu’on écarte les femmes musulmanes voilées des terrains. Moi, j’appelle cela de la discrimination »[14]. Les manifestations religieuses sur les terrains sont de fait très souvent chrétiennes[15]. Le député LREM Pierre-Alain Raphan estime qu'il n'est pas possible d'« interdire plus largement les signes religieux pendant les compétitions sportives », vu qu'on laisse bien « des footballeurs faire des signes de croix en entrant sur le terrain ou après avoir marqué un but »[16] et l'avocate des Hijabeuses se demande s'il « faudrait exiger [des footballeurs] Messi et Neymar qu’ils cessent de se signer ou qu’ils cachent leur tatouage ostensible dédié à leur croyance religieuse »[5].

CréationModifier

En août 2021, le collectif est composé d'une centaine de femmes, portant le voile ou non[2]. Le New York Times note que « les histoires personnelles des membres des Hijabeuses soulignent à quel point le football a été synonyme d'émancipation » [17]. L'une d'elle affirme[18]:

« Ce que nous voulons, c'est être acceptées telles que nous sommes, mettre en œuvre ces grands slogans de diversité, d'inclusion. Notre seul désir est de jouer au football. »

La présidente du groupe est Founé Diawara, une jeune femme de 22 ans étudiante à Sciences-Po (dont elle est capitaine de l'équipe de foot), née à Meaux de parents d’origine malienne[2],[19].

RéactionsModifier

Le collectif indique recevoir beaucoup de retours positifs de la part du grand public[20]. Au contraire, l'hebdomadaire Marianne évoque une opération de « propagande »[11], et la Ligue du droit international des femmes dénonce « le retour des pleurnicheuses » et ironise sur leur revendication principale[21].

La ministre déléguée à l'Égalité femmes-hommes, Élisabeth Moreno se déclare « atterrée de voir la droite ressortir la question du voile quand elle a besoin d’exister »[22],[23] et explique que les femmes « ont le droit de porter le voile islamique pour jouer [et que sa] bataille c'est de protéger celles que l'on force à porter le voile »[24]. Mais le débat ravive les clivages dans la majorité entre les partisans des différentes interprétations du principe de laïcité, et Gabriel Attal précise que la « position [de Mme Moreno] ne reflète pas celle du gouvernement »[25],[22],[26],[27]. Bruno Le Maire estime lui que « les signes religieux n’ont pas leur place dans l’espace public »[22].

Activités militantesModifier

Le collectif organise des matchs et des tournois pour permettre aux sportives de jouer au football et donner de la visibilité à leur campagne, et communique sur leur cause, à travers des vidéos et des actions sur les réseaux sociaux[20],[28]. Le groupe travaille avec la sociologue et chercheuse Haïfa Tlili pour faire avancer leur revendication et rencontre également des juristes, des spécialistes des droits humains ou encore des leaders d'institutions du monde du football[29].

En 2021, les Hijabeuses déposent un dossier à la Fédération française de football pour faire changer la réglementation[20]. En juillet 2021, ses membres organisent un entraînement à l'intérieur du siège de la Fédération française de football[29]. En novembre 2021 elles saisissent le Conseil d'État sur la question[30],[31],[32],[33]. Leur première requête en référé a été rejetée, la réponse sur le fond est attendue[34]. Pour Frédéric Thiriez, avocat au Conseil d'État, les « principes sacrés [de] dignité de la femme, égalité, non-discrimination » doivent l'emporter ; Yves Calvi de RTL ajoute que c'est apparemment « quitte à ce que certaines femmes, qui ne souhaitent pas retirer leur voile, soient privées de pratiquer leur sport »[16]. La Ligue des Droits de l'Homme soutient la démarche des hijabeuses, et demande à la FFF une réécriture de cet article qu'elle considère comme « une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression »[35].

Ce débat français s'inscrit dans une longue série de polémiques sur la façon dont les femmes musulmanes devraient s'habiller[36], et dans les discussions en 2021 et 2022 de la loi contre le séparatisme[37],[38] et de la loi visant à « démocratiser le sport ».

En 2021, les sénateurs LR tentent d'ajouter un amendement interdisant le voile en compétition, mais sans succès[39].

En janvier 2022, le collectif se mobilise après l'adoption par le Sénat d'un nouvel amendement LR à la proposition de loi visant à « démocratiser le sport »[40], qui vise à interdire « le port de signes religieux ostensibles » lors « d'événements sportifs et compétitions sportives organisées par les fédérations sportives », et qui étendrait donc l'interdiction en vigueur pour le football aux autres sports[31],[4]. Une pétition en ligne, qui s'oppose à cet amendement[41] réunit en quelques jours 53 000 signatures[39]. Elle est accompagnée d'une campagne sur les réseaux sociaux avec le hashtag #LetUsPlay[16]. Les Hijabeuses manifestent en échangeant quelques passes et en arborant une banderole « Le football pour toutes » dans le jardin du Luxembourg[34],[31]. L'amendement LR donne lieu à un désaccord entre sénateurs et députés en commission mixte paritaire le 31 janvier[39],[42].

Une réunion des Hijabeuses devant l’Assemblée nationale sur l’esplanades des Invalides à Paris pour militer pour un « football pour toutes », prévue le 9 février 2022, est interdite par la préfecture. Le préfet Lallement explique que la revendication des Hijabeuses « fait l’objet d’un clivage important entre partisans de l’affirmation d’un islam politique et partisans des valeurs républicaines d’égalité [et qu'il] est à craindre que cette manifestation » n'entraine des violences ; des « arguments avancés scandaleux et [qui] ne reposent sur rien d’autre que des préjugés racistes et une confusion politique délibérément entretenue », selon l'association[43],[44],[45]. À la suite d'un référé liberté, l'arrêté d'interdiction est finalement suspendu par le tribunal administratif de Paris, mais après l'horaire fixé pour le début de la manifestation[46],[47]. Le tribunal, qui estime que « les requérantes [étaient] fondées à soutenir [que l'arrêté] constitue une mesure disproportionnée au regard des impératifs de protection de l'ordre public allégué », demande aussi à l'État de verser 1 000  à l'association Alliance citoyenne[46]. Une cinquantaine de sportifs internationaux[48] appellent dans une tribune publiée par Libération[49] à s'opposer à l'amendement du Sénat, dénonçant « une mesure discriminatoire, excluante et totalement contraire aux valeurs du sport »[46].

Pendant la nouvelle lecture de la proposition de loi le mercredi 9 février, Eric Ciotti dénonce « la soumission aux islamistes » d'Emmanuel Macron, et explique que « Les Hijabeuses nous testent, elles lancent un défi à la République parce que leur voile, c’est un étendard de conquête, c’est le porte-drapeau des islamistes, des revendications communautaristes. Le danger est là. »[42] Les députés adoptent la proposition de loi sans l’amendement LR[42].

En février 2022, elles interviennent à Lille[50] et Grenoble[51], où elles sont soutenues par Éric Piolle[52]

Notes et référencesModifier

  1. Juliette Geay, « Les Hijabeuses face à la Fédération française de foot : on vous résume le match en 6 points », sur www.franceinter.fr, (consulté le )
  2. a b c et d Kadiatou Sakho, « Les Hijabeuses, ces footballeuses qui luttent contre leur mise au banc », sur Libération, (consulté le )
  3. (en) Jessie Williams, « Les Hijabeuses: the female footballers tackling France’s on-pitch hijab ban », sur the Guardian, (consulté le )
  4. a et b (en) Amy Woodyatt, Nada Bashir and Dalal Mawad CNN, « French lawmakers have proposed a hijab ban in competitive sports. The impact on women could be devastating. », sur CNN (consulté le )
  5. a b et c « « Le hidjab sportif doit-il constituer une nouvelle ligne de front pour la défense de la laïcité ? » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  6. « Les Hijabeuses : les footballeuses qui luttent contre l'interdiction de porter le voile en compétition », sur Clique.tv, (consulté le )
  7. « DES FEMMES EN HIJAB SUR LE TERRAIN DE FOOT », sur Paulette Magazine, (consulté le )
  8. « En France : "les Hijabeuses" veulent aussi jouer au football », sur Bladi.net, (consulté le )
  9. (en) By the CNN Wire Staff, « Muslim soccer players allowed to wear headscarves », sur CNN (consulté le )
  10. « Port du voile dans le sport : ce qui pourrait changer », sur www.rtl.fr, (consulté le )
  11. a et b Samuel Piquet, « Propagande à peine voilée », sur www.marianne.net, (consulté le )
  12. « Les Hijabeuses : les footballeuses qui luttent contre l'interdiction de porter le voile en compétition », sur Clique.tv, (consulté le )
  13. a et b Mickaël Correia, « Football : exclues des terrains par la fédération, les Hijabeuses organisent un tournoi féminin », sur Mediapart, (consulté le )
    (en) Mickaël Correia, « French footballers banned from wearing headscarves stage their own tournament », sur Mediapart (consulté le )
  14. a et b Kadiatou Sakho, « Les Hijabeuses, ces footballeuses qui luttent contre leur mise au banc », sur Libération, (consulté le )
  15. « La FIFA met du vent dans le voile », Une balle dans le pied,‎ (lire en ligne, consulté le )
  16. a b et c « DÉBAT - Port du voile : faut-il l'interdire dans les compétitions sportives ? », sur www.rtl.fr, (consulté le )
  17. (en-US) Constant Méheut et Monique Jaques, « The Female Soccer Players Challenging France’s Hijab Ban », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  18. (en-US) « Quotation of the Day: Fighting for the Right to Wear Their Identity », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  19. Sevin Rey-Sahin, « Pour Founé Diawara, la présidente des Hijabeuses, le football tout voile dehors », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  20. a b et c « Les Hijabeuses luttent contre « l’exception culturelle française » qui interdit le voile aux footballeuses », sur Madmoizelle, (consulté le )
  21. « Pour une association féministe historique, les Hijabeuses sont des « pleurnicheuses » », sur L'Équipe (consulté le )
  22. a b et c Margo Magny, « Les hijabeuses sèment la cacophonie au gouvernement », sur Libération (consulté le )
  23. (en) « French Equality Minister backs the right for women to play football in veils », sur RFI, (consulté le )
  24. « «Hijabeuses» : les femmes ont le droit de porter le voile au foot, assure Moreno », sur Europe 1 (consulté le )
  25. « La majorité s'emmêle autour du voile dans le sport », sur LEFIGARO, (consulté le )
  26. « Port du voile dans le football : Gabriel Attal vole au secours d’Élisabeth Moreno », sur www.marianne.net, (consulté le )
  27. « Voile dans le sport : Marlène Schiappa recadre Elisabeth Moreno sur son soutien aux Hijabeuses », sur L'Obs, (consulté le )
  28. « Les hijabeuses sur tous les terrains pour jouer au foot librement », sur Bondy Blog, (consulté le )
  29. a et b « « Nous voulons que le droit de chacune à faire du sport soit respecté » : les Hijabeuses organisent un entraînement au siège de la FFF », sur Madmoizelle, (consulté le )
  30. « Le droit de porter le hijab pendant les matchs de foot féminin: cette réclamation inquiétante qu'examine le Conseil d'Etat », sur LEFIGARO, (consulté le )
  31. a b et c « Les "Hijabeuses", ces footballeuses qui défient FFF et Sénat sur le voile », sur RFI, (consulté le )
  32. (en) Adam Sage Paris, « Muslim footballers challenge French hijab ban in matches », The Times,‎ (ISSN 0140-0460, lire en ligne, consulté le )
  33. « Le hijab, ce vêtement qui embarrasse la FFF », sur L'Équipe, (consulté le )
  34. a et b « Ces footballeuses jouent devant le Sénat pour réclamer de porter le voile sur le terrain », sur Le HuffPost, (consulté le )
  35. « Après les Hijabeuses, la Ligue des droits de l'Homme se retourne également contre la FFF », sur L'Équipe (consulté le )
  36. « Les polémiques sur le voile vont-elles cesser un jour ? », sur Mouv (consulté le )
  37. (en) Alexander Durie, « Les Hijabeuses: Muslim women footballers tackle French hijab ban », sur Al Jazeera, (consulté le )
  38. (en-US) « Opinion | France’s latest vote to ban hijabs shows how far it will go to exclude Muslim women », Washington Post,‎ (ISSN 0190-8286, lire en ligne, consulté le )
  39. a b et c « Voile dans le sport: les «hijabeuses» à l'offensive », sur LEFIGARO, (consulté le )
  40. « Proposition de loi visant à démocratiser le sport en France », sur www.senat.fr (consulté le )
  41. « Les Hijabeuses se mobilisent pour pouvoir continuer à faire du sport avec leur voile », sur www.terrafemina.com (consulté le )
  42. a b et c « A l’Assemblée nationale, le port des signes religieux dans les compétitions sportives oppose Les Républicains et la majorité », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  43. « Football. La manifestation des « Hijabeuses » interdite par la Préfecture de Paris », sur Ouest France,
  44. « Voile dans le sport : la préfecture de police de Paris interdit une manifestation des «Hijabeuses» », sur leparisien.fr, (consulté le )
  45. « Une manifestation des « Hijabeuses » pour le droit à porter le voile lors des compétitions sportives interdite à Paris », sur L'Obs, (consulté le )
  46. a b et c « La situation se crispe au sujet du port du voile en compétition », sur L'Équipe (consulté le )
  47. Christophe Gueugneau, « La préfecture de Paris prive les Hijabeuses d’un match devant l’Assemblée », sur Mediapart, (consulté le )
  48. Parmi lesquels: Lilian Thuram, Eric Cantona, Jessica Houara, Vikash Dhorasoo, Nadia Nadim, Yacine Brahimi, Candice Prévost, Tarik Abdul-Wahad, Indira Kaljo, Ronny Turiaf, Ladji Doucouré, Maguy Nestoret, et Audrey Tcheuméo.
  49. Un collectif de sportifs professionnels, « Laissez jouer les hijabeuses! », sur Libération (consulté le )
  50. « Football et foulard : l'action des "Hijabeuses" essaime à Lille, un match organisé sur le parvis de l'hôtel de ville », sur France 3 Hauts-de-France (consulté le )
  51. « Grenoble. En soutien aux "Hijabeuses", des femmes voilées jouent au foot devant la préfecture », sur actu.fr (consulté le )
  52. Clément Pétreault, « Le maire de Grenoble, Éric Piolle, défend les « Hijabeuses » », sur Le Point, (consulté le )

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier