Legio XVI Flavia Firma

La Legio XVI Flavia Firma (litt : Seizième légion flavienne et constante)[N 1] fut créée par l’empereur Vespasien en 70 à partir d’unités de l’ancienne légion XVI. Elle fut affectée en Orient où elle eut comme tâche, avec la Legio IV Felix, de protéger le limes sur l’Euphrate face à l’Arménie. Après avoir participé aux campagnes de Trajan contre les Parthes, elle fut transférée de Satala vers Samosate où elle demeura jusqu’à la destruction de la ville par Shapur Ier en 256. Nous savons qu’elle a dû jouer un rôle important lors des guerres contre l’empire sassanide et pour la reconquête du royaume de Palmyre, mais nous avons peu de détails concrets sur sa participation.

Carte de l’Empire romain en 125 montrant la position de la Legio XVI Flavia Firma à Samosate sur l’Euphrate où elle fut stationnée à partir de 117.

Son emblème était Pégase[1], bien que le lion apparaisse également dans les études antérieures[2].

Histoire de la légionModifier

Au Ier siècleModifier

La guerre civile de 68 – 69, aussi surnommée Année des quatre empereurs, ayant laissé l'Empire en piteux état, les caisses vides et les soldats impayés, Vespasien (r. 69-79) décida de licencier une partie des troupes qui s’étaient montrées peu sures lors de la guerre civile et de la révolte batave, au nombre desquelles la XVI Gallica. Presque aussitôt, il créa une nouvelle légion XVI, la Legio XVI Flavia Firma, dont les légionnaires furent en grande partie recrutés parmi ceux de la légion XVI dissoute[3].

Peu après sa création, la légion fut envoyée dans les provinces d’Orient, ce qui put paraitre une punition puisque la majorité de ses légionnaires venait de Gaule, mais qui était relativement clémente si on songe aux conséquences que l’insubordination des troupes aurait pu avoir[4].

Vespasien s’était donné comme but de stabiliser les frontières en annexant certains territoires comme le royaume de Mélitène et en construisant un système défensif surveillant les peuplades barbares outre rhéno-danubiennes (Germains, Daces, Sarmates, Chattes). En même temps que la Legio XVI Flavia, Vespasien créa la Legio IV Flavia Felix, ce qui porta le nombre total des légions à vingt-neuf dont vingt-sept eurent comme fonction de garder les frontières[5]. La Legio XVI Flavia Firma fut stationnée à Satala dans le nord-est de la Cappadoce sur le Haut Euphrate, portion de la frontière face à l’Arménie qu’elle partageait avec la XII Fulminata [6]. On sait peu de choses sur cette période, sauf que vers 75, des unités de la Legio XVI Flavia Firma, de la Legio IIII Scythia, de la Legio III Gallica et de la Legio VI Ferrata furent utilisées pour la construction de ponts près d’Antioche[7].

Au IIe siècleModifier

 
La situation en Orient à la veille de la guerre parthique de Trajan.

La légion réapparait lors des campagnes de Trajan (r. 98-117) contre les Parthes (114-117) auxquelles elle prit part[8]. Depuis des décennies, l’Arménie avait été une pomme de discorde entre Rome et l’Empire parthe. Prenant prétexte du renversement du roi Axidarès par Chosroès, Trajan marcha vers la Syrie à la tête de dix-sept légions[9]. Trajan décida alors de transformer l’Arménie en province romaine, avant de se diriger vers la Mésopotamie, puis de s’emparer de Séleucie et de Ctésiphon, capitale des Parthes, et enfin de s’aventurer jusqu’au golfe Persique[10].

Sous Hadrien (r. 117-138), la XVI Flavia Firma fut remplacée à Satala par la Legio XV Apollinaris et fut transférée en 117 à Samosate (aujourd’hui Samsat en Turquie) sur l’Euphrate [11],[12]. La situation à cet endroit se révélant paisible, les légionnaires furent utilisés pour superviser des travaux de voirie comme la construction d’un tunnel[13] pendant qu’une unité participait à la suppression de la rébellion de Bar-Kochba en Judée (132-135) [14].

Les Parthes continuant à menacer l’empire, des détachements de la Legio XVI Flavia Fidelis furent envoyés à Selukia Pieria (aujourd’hui Samandağ en Turquie)[15]. En 161, sous Antonin le Pieux (r. 138-161) une légion (peut-être la VIIII Hispana) fut défaite par les Parthes; il s’ensuivit une guerre contre les Parthes menée par le futur empereur Lucius Verus (r. 162-166) au cours de laquelle, pour la première fois en un demi-siècle, la XVI Flavia Firma fut utilisée pour une campagne d’envergure. Cette campagne résulta en la conquête d’une grande partie de la Mésopotamie. La légion devait participer par la suite aux campagnes de Septime Sévère (194 et 197-198) et de Caracalla (216/217) qui devaient encore une fois aboutir à la conquête de Ctésiphon [16].

La légion dut s’avérer particulièrement utile sous la dynastie des Sévères, car elle se vit attribuer les surnoms de Severiana[17] et de Pia Fidelis[18].

Au IIIe siècleModifier

 
Le pont Séverin sur la Cendere Çayi, encore utilisé de nos jours.

La création de la province de Mésopotamie entraina une réorganisation de la région du Haut Euphrate et une nouvelle répartition des légions romaines au Proche-Orient. Cette frontière n’étant plus en danger, les légions I Parthica et III Parthica furent déplacées vers l’est entre le Tigre et l’Euphrate. La XVI Flavia Firma vit son rôle réduit à celui de réserve stratégique et fut employée à divers travaux de construction. Ainsi, sous le commandement du légat Lucius Marius Perpetuus[19], une unité de la XVI Flavia Firma construisit un pont sur la rivière Chanibas (aujourd’hui Cendere Çayi) encore utilisé de nos jours[20].

En 210, une unité de la XVI Flavia Firma et une de la IIII Scythica sous le commandement conjoint du centurion Antonius Valentinus fut stationnée à Dura Europos (ville sur l’Euphrate, aujourd’hui en Syrie près de la frontière irakienne) où elle reconstruisit un sanctuaire dédié à Mithra[18].

Le IIIe siècle vit aussi le départ de la XVI Flavia Firma de son quartier général de Samosate vers Sura, situé plus bas sur le fleuve. Il est possible que ce transfert ait eu lieu déjà sous Septime Sévère (r. 193-211)[21], mais il est également possible qu’elle ait été le résultat de la capture et de la destruction de la ville par Shapur en 256[22],[23].

Ayant conquis la majeure partie de la Mésopotamie, Shapur Ier affronta l’empereur Valérien lors de la bataille d’Édesse et le fit prisonnier. L’année suivante, Odénat, gouverneur romain de Syrie-Phénicie, promu par l’empereur Gallien chef suprême des forces romaines d'Orient, commença à organiser la résistance contre l’envahisseur sassanide. Après avoir vaincu Shapur à deux reprises entre 260 et 267, Odénat s’éloigna progressivement de Rome pour créer, avec son épouse Zénobie, ce qui deviendra le royaume de Palmyre qui, s’étendant sur une bonne partie de la Mésopotamie, contribua à stabiliser la situation[24]. Ce ne fut qu’en 272/273 qu’Aurélien parviendra à reprendre le contrôle de Palmyre. La guerre avec les Sassanides se poursuivit jusqu’à ce qu’en 299 Dioclétien s’empare de leur capitale Ctésiphon et en arrive à une paix durable et favorable[25].

Il est impossible que la XVI Flavia Firma n’ait pas joué un rôle important durant les évènements qui marquèrent cette période; malheureusement, nous n’avons aucune information précise à ce sujet.

Au Ve siècleModifier

Selon la Notitia Dignitatum, recension rédigée vers 400[N 2], la Legio sextadecima Flavia Firma était toujours stationnée à Sura au début du siècle sous les ordres du Dux Syriae et Eufratensis Syriae[26]. On perd alors la trace de la légion.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Legio XVI Flavia Firma » (voir la liste des auteurs).
  1. Le nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat. (Adkins (1994) pp. 55 et 61)
  2. On doit toutefois consulter la Notitia Dignitatum avec prudence, car diverses mises à jour, surtout en ce qui concerne l’armée de l’empire d’Occident, ont été faites de façon partielle et conduisent à des invraisemblance.

RéférencesModifier

Pour les références AE et CIL, voir Clauss/Slaby dans la bibliographie

  1. Stoll (2001) pp. 66 et sq, Meyer (2006) p. 246.
  2. Le Bohec (1993) p. 287,Lendering (2002) para 11.
  3. Ritterling (1925) pp. 1761-1764.
  4. Lendering (2002) para 1.
  5. Lendering (2002) para 2.
  6. Edwell (2008) p. 18.
  7. AE 1983, 927.
  8. CIL 10, 1202.
  9. Bennett (1997) pp. 195 et sq.
  10. Bunson (1994) « Trajan », pp. 424-425.
  11. Edwell (2008) p. 22.
  12. Erdkamp (2007) p. 250.
  13. Lendering (2002) para 3.
  14. Salmon (1968) p. 307.
  15. CIL 19, 2457 et AE 1903, 252.
  16. Lendering (2002) paras 4 et 5.
  17. AE 1937, 244.
  18. a et b AE 1940, 220.
  19. CIL 3, 6740.
  20. Lendering (2002) para 6.
  21. Edwell (2008) p. 234 et sq..
  22. Erdkamp (2007), p. 253.
  23. Lendering (2002) para 8.
  24. Bunson (1994) « Odaenath » p. 300 et « Palmyra » p. 310.
  25. Bunson (1994) « Diocletian » p. 132.
  26. Notitia Dignitatum Orientis, 33.

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

Sources primaires
  • Dion Cassius, Histoire romaine.
Sources secondaires
  • (en) Bunson, Matthew. Encyclopedia of the Roman Empire. New York, Facts on File, 1994, (ISBN 0-8160-2135-X).
  • (de) Clauss/Slaby. Epigraphik-Datenbank Clauss / Slaby (EDCS) [en ligne] http://db.edcs.eu/epigr/epi_einzel.php?s_sprache=de&p_bellegstelle=CIL+03%2C+12394&r_sortierung=Belegstelle.
  • (en) Erdkamp, Paul (éd.). A Companion to the Roman Army. Blackwell, Malden, 2007, (ISBN 978-0-415-16524-2).
  • (en) Edwell, Peter. Between Rome and Persia, London, Routledge, 2008, (ISBN 978-1-134-09572-8).
  • (de) Gebhardt, Axel. Imperiale Politik und provinziale Entwicklung. Untersuchungen zum Verhältnis von Kaiser, Heer und Städten im Syrien der vorseverischen Zeit (= Klio. Beihefte. Neue Folge, Band 4). Akademie Verlag, Berlin 2002, (ISBN 3-05-003680-X).
  • (de) Kunow, Jürgen. “Die Militärgeschichte Niedergermaniens. Das Vierkaiserjahr und der Bataveraufstand” (dans) Heinz Günter Horn (éd), Die Römer in Nordrhein-Westfalen. Lizenzausgabe der Auflage von 1987. Nikol, Hamburg 2002, (ISBN 3-933203-59-7).
  • (de) Le Bohec, Yann. Die römische Armee von Augustus zu Konstantin dem Großen. Stuttgart, Steiner, 1993, (ISBN 3-515-06300-5).
  • (de) Meyer, Marion. Die Personifikation der Stadt Antiocheia. Ein neues Bild für eine neue Gottheit. Berlin/New York, de Gruyter, 2006.
  • (de) Ritterling, Emil. « Legio (XVI) » (dans) Paulys Realencyclopädie der klassischen Altertumswissenschaft (RE) vol. XII, 2, Stuttgart, 1925, pp. 1761-1764.
  • (en) Salmon, E.T. History of the Roman World from 30 B.C. to A.D. 138, London, Routledge, 1968. [en ligne] https://books.google.ca/books?id=jzOSdHYWML4C&printsec=frontcover&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false.
  • (de) Schmitz, Dirk. “Der Bataveraufstand im Kontext des römischen Bürgerkrieges 68-70 n. Chr.” (dans) Martin Müller, Hans-Joachim Schalles und Norbert Zieling (éd.), Colonia Ulpia Traiana. Xanten und sein Umland in römischer Zeit. Zabern, Mainz 2008, (ISBN 978-3-8053-3953-7).
  • (de) Stoll, Oliver. Römisches Heer und Gesellschaft. Gesammelte Beiträge 1991–1999 (= Mavors. Band 13). Steiner, Stuttgart 2001, (ISBN 3-515-07817-7).
  • (de) Temporini, Hildegard, Wolfgang Haase, (éd.). Aufstieg und Niedergang der römischen Welt (ANRW). IIe partie, vol. 5/1, de Gruyter, Berlin – New York, 1976, (ISBN 978-3-11-006690-6).

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