Kourmanbek Bakiev

homme politique kirghiz

Kourmanbek Bakiev
Курманбек Бакиев
Illustration.
Fonctions
Président de la République kirghize
[N 1]
(5 ans et 21 jours)
Élection
Réélection
Premier ministre Lui-même
Félix Koulov
Azim Issabekov
Almazbek Atambaïev
Iskenderbek Aidaralïev
Igor Tchoudinov
Daniar Oussenov
Prédécesseur Ichenbaï Kadyrbekov (intérim)
Askar Akaïev
Successeur Roza Otounbaïeva
Premier ministre du Kirghizistan
[N 2]
(4 mois et 21 jours)
Président Ichenbaï Kadyrbekov (intérim)
Lui-même (intérim)
Prédécesseur Nikolaï Tanaiev
Successeur Félix Koulov

(1 an, 5 mois et 1 jour)
Président Askar Akaïev
Prédécesseur Amangeldy Mouraliev
Successeur Nikolaï Tanaiev
Biographie
Nom de naissance Kourmanbek Salievitch Bakiev
Date de naissance (71 ans)
Lieu de naissance Masadan, RSS Kirghizistan (URSS)
Nationalité soviétique (jusqu'en 1991)
kirghize (depuis 1991)
Parti politique Ak Jol (en)[1]
Conjoint Tatiana Vassilievna Bakieva
Enfants Marat Bakiev
Maksim Bakiev
Diplômé de Université de Kouïbytchev

Kourmanbek Bakiev
Présidents de la République kirghize

Kourmanbek Salievitch Bakiev (en russe : Курманбек Салиевич Бакиев ; en kirghize : Курманбек Сали уулу Бакиев, Kurmanbek Sali Uulu Bakiev), né le à Masadan dans l'oblast d'Och (alors en République socialiste soviétique kirghize), est un homme d'État kirghize. Il a notamment été président du Kirghizistan de 2005 à 2010.

BiographieModifier

Jeunesse et formationModifier

Kourmanbek Bakiev suit des études d'informatique à l'université de Kouïbytchev (actuelle Samara). Il rentre en République socialiste soviétique de Kirghizie en 1979. Il obtient le poste de directeur dans une usine en 1985 et commence son ascension politique au sein du Parti communiste de Kirghizie (en).

Parcours politiqueModifier

GouverneurModifier

En 1997, il devient gouverneur de la province de Tchouï.

Premier ministreModifier

Il est nommé Premier ministre le . À la suite d'une répression sanglante en mai 2002 contre des manifestants, Bakiev démissionne de son poste de Premier ministre. Les circonstances de sa démission ne sont pas claires : s'agit-il d'une critique de la répression du président ou, au contraire, un limogeage déguisé par le président Askar Akaïev mécontent de la répression organisée par son Premier ministre. Bakiev est remplacé au poste de Premier ministre par le vice-Premier ministre Nikolaï Tanaïev (d'ethnie russe) le 22 mai.

Président de la RépubliqueModifier

Par intérimModifier

Après la révolution des Tulipes du , Bakiev s'empare des pleins pouvoirs : il est Premier ministre par intérim et président de la République par intérim. Il est nommé à ces fonctions le 24 mars par la chambre haute du Parlement kirghiz sortant. Le 28, après l'auto-dissolution du Parlement sortant, qui avait initialement prolongé son mandat jusqu'à la tenue de nouvelles élections législatives et présidentielle[2],[3], il est confirmé comme Premier ministre et comme président de la République par intérim par le nouveau Parlement issu des élections contestées de février-mars[4],[5].

Sa légitimité constitutionnelle demeure longtemps incertaine. Dans un premier temps l'ancien président Askar Akaïev, réfugié en Russie, n'ayant pas démissionné, Bakiev est essentiellement reconnu par les États occidentaux et de l'OSCE. Après la démission effective d'Akaïev le 3 avril, sa légitimité reste toutefois contestée au sein même de l'hétéroclite opposition kirghize, l'ancien vice-président Felix Koulov ayant annoncé sa candidature contre lui.

Bakiev promet alors des élections générales libres et démocratiques pour le . Après plusieurs reports, l'élection présidentielle est prévue le 10 juillet. Bakiev, homme le plus riche du Kirghizistan et venant du Sud, fait un pacte avec l'ancien général du KGB et homme politique du Nord, Felix Koulov. Bakiev se présente comme président et Koulov obtiendra, en cas de victoire, le poste de Premier ministre.

Le 10 juillet, Bakiev se retrouve sans opposant majeur à l'élection et est élu au premier tour avec environ 88 % des voix. De multiples plaintes de fraude électorale sont recensées, mais l'OSCE et les États-Unis ne remettent pas en cause la victoire de Bakiev. Bakiev devient ainsi officiellement président du Kirghizistan.

De plein exerciceModifier

Début novembre 2006, l'opposition kirghize manifeste sur la place centrale de Bichkek pour réclamer une réforme constitutionnelle réduisant les compétences du président. Elle réclame également de juguler la corruption et de rendre indépendante la compagnie de radiotélévision. Après des affrontements acharnés, les opposants et les fidèles du président Kourmanbek Bakiev parviennent finalement à un compromis sur la Constitution.

Début , il annonce la fermeture de la base aérienne de Manas, ouverte par les États-Unis en , et qui, située à 900 km à vol d'oiseau de l'Afghanistan, servait de base principale pour un pont aérien ravitaillant et appuyant les troupes américaines engagées dans la guerre d'Afghanistan[6].

En , il est réélu président après un scrutin où il obtient 76 % des voix, mais entachée de fraudes et d'irrégularités, l'élection est jugée non-démocratique par l'OSCE et critiquée par l'Union européenne[7].

Politique intérieureModifier

Après son arrivée au pouvoir, Bakiev a vite déçu les espoirs réformistes nés de la révolution des Tulipes[8]. Il installe des proches au pouvoir, notamment dans les domaines des affaires étrangères et de l'économie[8], et fait des réformes anticonstitutionnelles, limitant notamment les libertés d'expression et de réunion[9], ou permettant à l'armée de participer aux opérations de maintien de l'ordre public[9]. Le pouvoir exerce aussi des pressions sur les médias[9]. Des privatisations de sites de productions d'énergie ont lieu de façon opaque[9], avec pour conséquence le doublement des prix de l'électricité[8].

En , une taxe a été fixée par le gouvernement sur les appels téléphoniques cellulaires, dont le montant allait selon l'opposition directement dans les comptes d'un fond détenu par le fils du président Bakiev, Maxime Bakiev.

Tout cela contribue à l'impopularité de Bakiev auprès de la population. Sa politique extérieure est elle marquée par le jeu de balance entre Moscou et Washington, qui possèdent tous les deux des bases militaires dans le pays[8].

Révolte et départ du pouvoirModifier

Le , à la suite de l'emprisonnement de membres de l'opposition, une révolte populaire démarre dans les rues de Bichkek. L'opposition prend d'assaut les bâtiments gouvernementaux, et se proclame comme nouveau gouvernement, à la place de Bakiev. Ce dernier était fortement accusé ces derniers mois de dérive autoritaire[10],[11].

Bakiev se réfugie dans le sud du pays pour tenter de rallier des proches, mais le gouvernement provisoire lève son immunité et menace de le faire arrêter[12]. Il démissionne une semaine plus tard, le 15 avril[13]. Il est possible qu'il ait accepté de démissionner en échange de garanties sur sa sécurité et celles de ses proches[14].

Après la présidenceModifier

Il s'exile au Kazakhstan[15] puis en Biélorussie, d'où il se rétracte et annonce qu'il est toujours le « président élu du Kirghizistan »[16]. Il traite alors le nouveau gouvernement provisoire de « bandits qui veulent s'emparer du pouvoir. »[16]

Finalement, le gouvernement provisoire demande fin avril l'extradition de Bakiev[17], pour qu'il soit jugé pour les massacres commis par les forces de sécurité pendant la révolte, responsables de plus de 80 morts, mais la Biélorussie rejette catégoriquement cette demande[18]. Bakiev acquiert même la nationalité biélorusse par la suite[19]. Amnesty International accuse Bakiev d'avoir autorisé le recours à la force contre les manifestants pendant la révolte[20].

Son procès par contumace débute à Bichkek en novembre 2010[21]. Exilé en Biélorussie avec sa famille, il est condamné par contumace, le , à la prison à perpétuité et à la confiscation de ses biens, pour la répression des manifestations du , qui avaient causés la mort d'environ 80 personnes ainsi que 300 blessés. Son frère cadet, Janibek Bakiev, qui dirigeait le service de protection des personnalités de l'État, écope de la même peine, et son fils, de 10 ans de prison pour blanchiment d'argent et abandon de poste[22].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Par intérim jusqu'au .
  2. Par intérim jusqu'au . Attributions suspendues du 20 juin au 10 juillet 2005, suppléé par Medetbek Kerimkulov.

RéférencesModifier

  1. (en) « Political Handbook of the World 2015 », sur Google Books (consulté le 28 janvier 2021).
  2. (en) Jean-Christophe Peuch, « Kyrgyzstan: Lawmakers End Parliamentary Crisis », sur RadioFreeEurope/RadioLiberty, rferl (consulté le 28 janvier 2021).
  3. (en) Jean-Christophe Peuch, « Kyrgyzstan: Leaders Battle With Constitutional Deadlock », sur RadioFreeEurope/RadioLiberty, rferl (consulté le 28 janvier 2021).
  4. « Kirghizstan : Bakiev
    Premier ministre
     »
    , sur L'Obs, (consulté le 21 juin 2020)
    .
  5. (en) « Bakiyev confirmed as Acting President - ABC News », sur www.abc.net.au, (consulté le 28 janvier 2021).
  6. Sylvain Biville, « Manas, une base stratégique pour l'Afghanistan », RFI, 5 février 2009.
  7. L'Obs, « Kourmanbek Bakiev, "otage de ses ambitions" », L'Obs,‎ (lire en ligne, consulté le 19 septembre 2020).
  8. a b c et d [1].
  9. a b c et d [2].
  10. « Kirghizistan : tout le pouvoir entre les mains de l'opposition (Otounbaïeva) », RIAN.
  11. Le président kirghiz fuit la capitale
  12. « Le président déchu défie le gouvernement provisoire au Kirghizstan », L'Express,‎ (lire en ligne, consulté le 19 septembre 2020).
  13. « Sputnik France : actualités du jour, infos en direct et en continu », sur rian.ru (consulté le 19 septembre 2020).
  14. « L'Express - Actualités Politique, Monde, Economie et Culture », sur L'Express (consulté le 19 septembre 2020).
  15. « KIRGHIZISTAN. Kourmanbek Bakiev a démissionné », Courrier international,‎ (lire en ligne, consulté le 19 septembre 2020).
  16. a et b [3].
  17. « L'Express - Actualités Politique, Monde, Economie et Culture », sur L'Express (consulté le 19 septembre 2020).
  18. « L'Express - Actualités Politique, Monde, Economie et Culture », sur L'Express (consulté le 19 septembre 2020).
  19. http://enews.fergananews.com/news.php?id=2194.
  20. « Pays », sur amnesty.org (consulté le 19 septembre 2020).
  21. « KIRGHIZISTAN. Bakiev jugé par contumace », Courrier international,‎ (lire en ligne, consulté le 19 septembre 2020).
  22. « Kirghizistan : la famille de l'ex-président condamnée », Le Figaro, samedi 26 / dimanche 27 juillet 2014, page 5.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier