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Joanna Hiffernan

modèle de Whistler et Courbet
Joanna Hiffernan
Whistler James Symphony in White no 1 (The White Girl) 1862.jpg
James Abbott McNeill Whistler, Symphony in White, No. 1: The White Girl (1862), National Gallery of Art, Washington (district de Columbia). Hiffernan est le modèle de ce portrait[1]
Biographie
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Joanna Hiffernan (née vers 1843 – morte après 1903) est une dessinatrice, peintre, et marchande d'art britannique d'origine irlandaise, qui fut le modèle et la muse de James Abbott McNeill Whistler et Gustave Courbet.

Sommaire

BiographieModifier

 
Gustave Courbet, Jo, la belle irlandaise 1865–1866, Metropolitan Museum of Art. Joanna Hiffernan est le modèle.

Joanna Hiffernan (ou Heffernan[2]) est née vers 1843, sans doute en Irlande[3]. Elle est la fille de Patrick Hiffernan, sans doute un professeur de calligraphie et de Katherine Hiffernan (1818-1862), qui vivent tous deux à Londres sur Newman Street[3]. Joanna a une sœur, Bridget Agnes Hiffernan épouse Singleton. Selon le témoignage de Walter Greaves (1846-1930), élève de Whistler et ami de Joanna, celle-ci aurait eu un fils vers 1863, prénommé Harry, dont on ne connait rien.

En 1860, elle rencontre Whisler[4] dans son atelier londonien de Rathbone Place (en). Elle entretient avec lui une relation pendant six ans. En 1861, elle et Whistler en rendent en Bretagne, puis ils s'installent à Paris dans un atelier situé boulevard des Batignolles, où elle pose pour la toile qui deviendra Symphony in White, No. 1: The White Girl (en), alors que des amis peintres, Fantin-Latour, Manet, Courbet, viennent rendre visite au couple. Refusée à Londres à la Royal Academy en 1862, à Paris au Salon en 1863, pour son contenu jugé obscène, « explicite et vulgaire » — pour le critique Jules-Antoine Castagnary, dans l'Athenaeum, le peintre « a peint une jeune femme qui vient de perdre sa virginité »[5] —, la toile est toutefois remarquée au Salon des refusés.

Durant l'automne 1862, le couple séjourne au pays basque français, puis rejoint Londres où ils s'installent. En 1863, elle pose pour la toile Symphony in White, No. 2: The Little White Girl (en), devant une cheminée. L'œuvre est exposée à la Royal Academy en 1865. Algernon Swinburne, enthousiaste, écrit un poème en son honneur, intitulé « Que viennent la neige, le vent et l'orage ». En 1864, Joanna est représentée en chinoise dans Symphonie en pourpre et rose (dite aussi Caprice en pourpre et rose ou L'Écran doré). C'est vraisemblablement en 1861 que Whistler entame la toile intitulée Wapping (l'écume) qui présente Joanna et Gustave Courbet attablés à une terrasse à Honfleur à coté d'un ami. Quand la mère de Whistler, Anna, débarque de New York pour rendre visite à son fils installé à Londres, on doit discrètement demander à Joanna de partir s'installer chez Alphonse Legros : cette histoire serait l'origine de la rupture entre le graveur et le peintre[6].

Durant l'été 1865, le couple s'installe sur la côte normande, entre Deauville et Honfleur, où, chez le duc de Choiseul, ils retrouvent Courbet, Eugène Boudin et sans doute Claude Monet, avec lesquels ils passent l'automne à déambuler sur les plages où Jo chante des ballades irlandaises. Alors que Whistler part pour six mois à Valparaiso au Chili, il remet ses pouvoirs à Jo, pour qu'elle agisse en tant que marchand de ses œuvres. Jo quitte Londres et vient poser pour Courbet, rue Hautefeuille, pour la toile intitulée Le Sommeil. À son retour, Whistler, qui découvre le scandale suscité par cette toile, devient la risée du tout-Paris. Il se sépare de Jo. Mais bien que séparée de Whistler, Jo élève son fils Charles James Whistler Hanson (1870-1935) que ce dernier a eu avec une domestique, Louisa Fanny Hanson. En 1877, Courbet peu de temps avant sa mort écrit une lettre à Whistler, nostalgique de leurs séjours normands : « J’ai encore le portrait de Jo que je ne vendrais jamais, il fait l’admiration de tout le monde »[7].

En 1880, Joanna vit à Londres avec sa sœur qui épouse un certain Charles Singleton, comptable, habitant au 5 Thistle Grove. D'après une lettre de Juliette Courbet datée du 18 décembre 1882, Jo, après 1881, est marchande de tableaux et d'antiquités à Nice. En 1903, elle apparait vêtue en grand deuil à l'enterrement de Whistler dans le quartier Chiswick, à Londres et reste un heure devant le cercueil, c'est du moins que que rapporte la collectionneuse Louisine Havemeyer, d'après le témoignage du collectionneur Charles Lang Freer (en) qui la reconnut alors comme étant « Jo la belle Irlandaise », « la Joanna », la « Jeanne d'Étretat »[8].

On ne sait pas ce qu'elle devient par la suite, elle aurait vécu en France où elle se faisait appeler « madame Abott ».

IconographieModifier

Dans les tableaux suivants, Joanna Hiffernan sert de modèle :

Notes et référencesModifier

  1. (en)National Gallery of Art, Washington, DC.
  2. Robert Julian Hafner, Mistress, Model, Muse and Mentor: Women In the Lives of Famous Artists, Londres, LPS, 2014.
  3. a et b Jill Berk Jiminez, Dictionnary of Artists Models, Chicago/Londres, FD Publishers, 2001, p. 275.
  4. Ionides 1925.
  5. Pierre Daix, Pour une histoire culturelle de l'art moderne : de David à Cézanne, tome 1, Paris, Odile Jacob, 1978.
  6. The Correspondence of James McNeill Whistler, Glasgow, University of Glasgow / Whistler Archive.
  7. « Courbet+Whistler ► L’Origine du monde : et si l’histoire était tout autre ? » par Isabelle Brunnarius, le 24 octobre 2017 sur France 3 Régions Blog.
  8. D'après Charles Lang Freer, dans Susan A. Hobbs, « Pretty women: Charles Lang Freer and the ideal of féminine beauty », Magazine Antiques, novembre 2006.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Daphne du Maurier (direction), The Young George du Maurier: A Selection of his Letters, 1860–1867, Garden City, Doubleday, 1952.
  • Stéphane Guégan et Michèle Haddad, L'ABCdaire de Courbet et le réalisme, Paris, Flammarion, 1996 (ISBN 978-2-08-012468-5).
  • (en) Luke Ionides, Memories, Paris,
  • Isabelle Enaud Lechien, James Whistler, le peintre et le polémiste 1834–1903, Paris, ACR Édition, 1995 (ISBN 2-86770-087-6).
  • (en) Margaret F. MacDonald et al., Whistler, Women and Fashion, New Haven/Londres, Yale University Press, 2003 (ISBN 978-0-300-09906-5).
  • (fr) Sophie Monneret, L'Impressionnisme et son époque, Robert Laffont/Denoel, 1979, pp. 353-354.
  • Christine Orban. J’étais l’origine du monde, Paris, Albin Michel, 2000 (ISBN 978-2-226-11669-7)
  • (en) Elizabeth Robins Pennell et Joseph Pennell, The Life of James McNeill Whistler, 2 tomes, Londres/Philadelphie, J.B. Lippincott / W. Heinemann, 1908.
  • (en) Elizabeth Robins Pennell et Joseph Pennell. The Whistler Journal, Philadelphie, J. B. Lippincott, 1908.
  • Thierry Savatier, L'Origine du monde, histoire d'un tableau de Gustave Courbet, Paris, Bartillat, 2006 (ISBN 2-84100-377-9).
  • Bernard Teyssèdre, Le Roman de l’origine, Paris, Gallimard, 1996 (ISBN 978-2-07-078411-0).

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