Jerzmanowicien

Cuture archéologique européenne entre le paléolithique moyen et supérieur

Lincombien-Ranisien-Jerzmanowicien

Jerzmanowicien
Description de cette image, également commentée ci-après
« Pointe de Jerzmanowice » expérimentale et éclats produits lors du débitage.
Définition
Autres noms Lincombien-Ranisien-Jerzmanowicien
Lieu éponyme Jerzmanowice
Caractéristiques
Répartition géographique sud de l'Angleterre, Belgique, est de l'Allemagne, sud de la Pologne
Période interface entre Paléolithique moyen et Paléolithique supérieur
Chronologie vers 43 000 à 39 000 ans AP
Type humain associé Homo sapiens et/ou Homme de Néandertal
Signe particulier culture dite de "transition"
Description de cette image, également commentée ci-après
Répartition approximative du Lincombien-Ranisien-Jerzmanowicien

Objets typiques

pointes foliacées dites « pointes de Jerzmanowice », grattoirs

Le Jerzmanowicien, encore appelé Lincombien-Ranisien-Jerzmanowicien (abbrégé en LRJ), est un ensemble culturel archéologique datant de la transition entre Paléolithique moyen et Paléolithique supérieur en Europe, et s'étendant géographiquement de l'Angleterre (appellation de Lincombien d'après le site de Lincombe Hill), à l'Allemagne (Ranisien d'après de site de Ranis) et à la Pologne (Jerzmanowicien d'après la grotte éponyme, située près d'Ojców en Pologne).

Les datations oscillent entre environ 43 000 et 39 000 ans calibrés avant le présent selon les endroits[1].

Le complexe LRJ est à la transition entre les cultures du paléolithique moyen et du paléolithique supérieur : d'un côté il semble se rattacher à un moustérien présent en Europe du nord juste avant (pointes foliacées, débitage Levallois), de l'autre il semble inclure des technologies innovantes venues du Proche-Orient (burins, débitage laminaire). Successivement, des restes d'Homme de Néandertal dans la grotte de Spy et un maxillaire d'Homme moderne dans la grotte de Kent ont été associées à la culture du Jerzmanowicien[1], ces deux associations sont contestées.

Le terme Altmühlien est parfois utilisé dans les anciennes publications pour évoquer la première phase du complexe LRJ en Allemagne; il est aujourd'hui rattaché au « Blattspitzen-gruppe » (voir de:Blattspitzen-Gruppe), culture à pointes foliacées du Paléolithique moyen, dont la filiation avec le LRJ n'est pas assurée.

HistoriqueModifier

C'est d'abord en Allemagne sous le nom d'Altmühlien qu'une culture de transition du Paléolithique moyen-supérieur a été identifiée. La première interprétation fut celle d'une évolution graduelle depuis un Moustérien local ou un Micoquien local vers une culture plus évoluée.

Puis le Lincombien a été identifié en Angleterre d'après le site de Lincombe Hill, le Ranisien en Allemagne d'après de site de Ranis en Thuringe, et le Jerzmanowicien en Pologne d'après la grotte de Jerzmanowice. Les trois cultures ont été ensuite rapprochées dans le même complexe, le complexe Lincombien-Ranisien-Jerzmanowicien (LRJ).

Par la suite, le terme d'Altmühlien a été rattaché au Blattspitzen gruppe d'Allemagne, industrie lithique du paléolithique moyen (plutôt rattachée à un moustérien qu'au micoquien). La transition douce de l'Altmühlien vers le Lincombien-Ranisien-Jerzmanowicien a été remise en cause. Le terme Altmühlien n'est plus en usage dans les publications récentes.

La culture du Lincombien-Ranisien-Jerzmanowicien, du fait de son long nom, est souvent abrégée en l'acronyme LRJ ou en Jerzmanowicien (un des marqueurs de la culture étant la pointe de Jerzmanowice).

CaractéristiquesModifier

L'industrie lithique est caractérisée par des pointes foliacées qu'on nomme souvent « pointe de Jerzmanowice » qui trouverait en partie ses origines dans le Micoquien[2].

Aussi :

Pointe de JerzmanowiceModifier

Extension géographiqueModifier

On retrouve le complexe LRJ dans toute l'Europe du Nord, de la Grande Bretagne à la Pologne (et peut-être au delà avec le Streletskien):

DatationModifier

Liste de datations récentes du LRJ[1]:

Dates calibrées avant le présent (AP)
Site Pays Date Méthode et référence
Grotte de Nietoperzowa (niveau 6) Pologne ~ 43 000 ans cal. AP Carbone 14 par AMS sur charbon
Grotte de Nietoperzowa (niveau 6) Pologne ~ 42 500 ans cal. AP Ossement
Glaston G-B 44 300 à 42 500 ans cal. AP ?
Grotte de Kent G-B 44 200 à 41 500 ans cal. AP contesté

Relation avec les autres culturesModifier

En Russie et en Ukraine la culture du Streletskien présente de nombreuses ressemblances avec le Jerzmanowicien.

Les cultures du Szélétien et son prédécesseur le Bábonyien en Hongrie sont aussi des faciès caractérisés par des pointes foliacées[3], soit issues d'un fond local micoquien, soit issues des Balkans. Le Szélétien récent rappelle le Solutréen. On trouve quelques dizaines de sites du Szélétien notamment dans le sud-ouest de la Moravie, dont celui de Vedrovice[4]. Il aurait des liens avec le Jankovichien du nord-ouest de la Hongrie, parfois appelé Szélétien de Transdanubie.

Ces cultures changent en quelques milliers d'années l'industrie lithique de l'Europe centrale et orientale. Elles inaugurent peut-être l'arrivée dans ces régions de l'Homme moderne et le passage vers le Paléolithique supérieur. Il est à remarquer que les plus anciennes pointes foliacées du Bábonyien datent de la fin du dernier interglaciaire au début du dernier glaciaire (SIO 5a à 5e)[5]. Des pièces foliacées ont également été trouvées dans la grotte de Kozarnika, en Bulgarie, dans le niveau Moustérien, entre 130 000 et 50 000 ans avant le présent[6]. À Temnata Dupka, autre grotte du nord de la Bulgarie, une industrie moustérienne à pointes foliacées balkanique est présente dès la couche 10 (± 185 000 ans)[7], le niveau V de Korolevo en Ukraine a livré des pointes foliacées des couches de transition entre l'Acheuléen et le Moustérien, soit de l'interstade 1/3 et 2/3 du Riss (entre 200 000 et 300 000 ans) [8][9].

Par ailleurs, de nombreux bifaces foliacés datés de la fin du Paléolithique moyen ont été découverts entre l'Ukraine, essentiellement le bassin du Dniestr et le nord de la Bulgarie. Les bifaces foliacés seraient apparus en Afrique avec l'Atérien et le Complexe Nubien du bassin du Nil (SIO 5)[10] ainsi que jusque dans le Stillbayen au premier pléniglaciaire (il y a environ 70 000 ans)[11].

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Jean-Jacques Hublin, « The modern human colonization of western Eurasia: when and where? », Quaternary Science Reviews, volume 118, pages 194-210, 2015 (consulté le ).
  2. Damien Flas, « Les pointes foliacées et les changements techniques autour de la « transition du Paléolithique moyen au supérieur » dans le Nord-Ouest de l’Europe », sur academia.edu (consulté le ).
  3. Krolopp, Endre, « Le complexe babonyien-szélétien en Hongrie du Nord-Est dans son cadre chronologique et environnemental », Paléo, Revue d'Archéologie Préhistorique, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS, vol. 1, no 1,‎ , p. 27–30 (DOI 10.3406/pal.1995.1376, lire en ligne  , consulté le ).
  4. http://paleolithique.free.fr/dossier/transition/transition.php3?page=p1.1.1.1.htm
  5. https://www.persee.fr/doc/pal_1262-3075_1995_sup_1_1_1376
  6. Nikolay Sirakov, Tsenka Tsanova, Svoboda Sirakova, Stanimira Taneva, Ivaylo Krumov, Irena Dimitrova et Natalia Kovatcheva, « Un nouveau faciès lamellaire du début du Paléolithique supérieur dans les Balkans », PALEO, volume 19, 2007 (consulté le ).
  7. Kozlowski, Janusz Krzysztof, « Une pierre gravée de 50 000 ans B.P. dans les Balkans », Paléo, Revue d'Archéologie Préhistorique, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS, vol. 7, no 1,‎ , p. 201–209 (DOI 10.3406/pal.1995.1215, lire en ligne  , consulté le ).
  8. Ringer, Árpád, « Les industries à pièces foliacées en Europe centrale : proposition de synthèse », Paléo, Revue d'Archéologie Préhistorique, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS, vol. 1, no 1,‎ , p. 15–18 (DOI 10.3406/pal.1995.1373, lire en ligne  , consulté le ).
  9. https://www.persee.fr/doc/pal_1262-3075_1995_sup_1_1_1387
  10. Isabelle Crevecoeur, Étude anthropologique du Paléolithique Supérieur de Nazlet Khater 2 (Égypte) Leuven University Press, 2008 p.25
  11. Kozlowski, Janusz Krzysztof, « La signification des "outils foliacés" », Paléo, Revue d'Archéologie Préhistorique, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS, vol. 1, no 1,‎ , p. 91–99 (DOI 10.3406/pal.1995.1384, lire en ligne  , consulté le ).

AnnexesModifier

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Articles connexesModifier