Jean de Roye

chroniqueur du Moyen-Âge

Jean de Roye (1425?-† sans doute en 1495) est un juriste et administrateur français, auteur présumé d'une chronique du règne de Louis XI connue sous le nom traditionnel de Chronique scandaleuse.

Bourgeois parisien[1], il était dès le début du règne de Louis XI un des soixante notaires du Châtelet de Paris (actes conservés, dressés de sa main et signés par lui, portant la date du v. st., donc 1463, et du ). En 1469, il fut commis avec un de ses collègues, Henri le Wast, à dresser l'inventaire des biens trouvés à Paris du cardinal Balue, qui venait d'être arrêté. Il était aussi secrétaire du duc Jean II de Bourbon, et concierge de l'hôtel de Bourbon à Paris[2], sans doute à partir de 1466 (après la guerre du Bien public). Fin 1495 ou début 1496, un dénommé Ambroise de Villiers se vit confier cette dernière fonction ; comme sa femme s'appelait Perrette de Roye, on peut penser qu'il succédait à son beau-père, qui venait de mourir[3].

La Chronique scandaleuseModifier

Jean de Roye est l'auteur présumé d'une chronique de son époque, anonyme dans les deux manuscrits conservés et dans les premières éditions imprimées, et connue traditionnellement sous le nom de Chronique scandaleuse. Ce dernier nom, cité pour la première fois dans la Bibliothèque française de La Croix du Maine (1584)[4], est ensuite repris en titre dans une édition de 1611. Dans le manuscrit le plus ancien, sinon autographe, au moins ayant appartenu à l'auteur du texte (BnF ms. fr. 5062), le titre, attribué à une date ancienne, est simplement Histoire de France de 1461 à 1479 : le récit s'arrête en mars 1479 (c'est-à-dire à la fin de l'année 1478 dans l'ancien comput) et n'a jamais été plus loin (le manuscrit est complet). L'autre manuscrit (BnF ms. fr. 2889), qui remonte aussi à la fin du XVe siècle mais est postérieur au précédent, est en revanche incomplet, avec des feuillets manquant au début et à la fin, et le récit qui reste va de l'entrée solennelle de Louis XI à Paris () au (bataille de Guinegatte). C'est la première édition imprimée (une édition gothique, sans date ni localisation ni nom d'imprimeur, datant d'entre 1490 et 1495 environ) qui donne le texte entier sous le titre : Les Croniques du tres chrestien et tres victorieux Loys de Valois, feu roy de France que Dieu absolve, unziesme de ce nom, avecques plusieurs aultres adventures advenues tant en ce royaulme de France comme es pays voisins, depuis l'an mil quatre cent LX (1460) jusques en l'an mil quatre cent quatre vingts et trois (1483) inclusivement. Le titre ne doit pas être de l'auteur puisqu'il avertit dans son préambule qu'il ne veut pas appeler son texte Chroniques, nom réservé aux annales officielles. La partie allant de 1479 à la fin du règne () est beaucoup plus sommaire que ce qui précède, et a été ajoutée postérieurement, sans doute d'un coup. La partie 1463-1479, très développée, a sans doute été rédigée au jour le jour.

Le texte a eu ensuite de nombreuses éditions dès le XVIe siècle : il fut déjà repris dans le second tome de la Chronique martiniane de l'imprimeur Antoine Vérard (1503/04)[5] ; il fut utilisé dans une édition de 1512 comme continuation de la Chronique d'Enguerrand de Monstrelet (tome III) ; puis en 1514 dans l'édition des Grandes Chroniques de France de Guillaume Eustace[6] ; en 1517, Galliot du Pré le reprenait aussi dans la Mer des histoires ; etc. C'est en 1558 que le même Galliot du Pré donna la seconde édition isolée du texte, après l'editio princeps, en reprenant d'ailleurs le même titre.

Toutes ces éditions présentaient un texte anonyme, comme d'ailleurs celle de 1611, première à utiliser le titre Chronique scandaleuse, et qui précise simplement « escrite par un greffier de l'Hostel de Ville de Paris ». Le nom d'auteur « Jean de Troyes », devenu ensuite traditionnel, apparaît pour la première fois dans le Trésor des histoires de France de Gilles Corrozet (texte publié en 1583), et il est repris l'année suivante dans la Bibliothèque française de La Croix du Maine ; il semble [référence ? ] que ce soit un nom purement fictif, résultat d'une mauvaise lecture. Les Bibliographies font bien état de Jean de Troyes et non Jean de Roye[7]. Le texte a été attribué plus tard par certains historiens à Denis Hesselin, greffier de l'hôtel de ville de Paris entre 1470 et 1510 : l'hypothèse fut avancée par Jacques Lelong dans sa Bibliothèque historique de la France (1719), et reprise notamment par Auguste Vitu en 1873. L'attribution à Jean de Roye, qui s'est imposée, est due à Bernard de Mandrot[8], éditeur du texte pour la Société de l'histoire de France.

ÉditionsModifier

  • Bernard de Mandrotéd.), Journal de Jean de Roye, connu sous le nom de Chronique scandaleuse (1460-1483), vol. 1 et 2, Paris, Librairie Renouard, 1894-96 (lire en ligne).

BibliographieModifier

  • Bernard de Mandrot, « Quel est le véritable auteur de la Chronique anonyme de Louis XI dite la Scandaleuse ? », Bibliothèque de l'école des chartes, Paris, Librairie d'Alphonse Picard, t. LII,‎ , p. 129-133 (lire en ligne).

Liens internesModifier

Notes et référencesModifier

  1. On ne lui connaît pas de rapport avec la famille des seigneurs de Roye. Il y a un Pierre de Roye, conseiller au Parlement de Paris, signalé dans un document daté du 5 février 1364 (v. st., donc 1365).
  2. Situé en bord de Seine entre l'actuelle colonnade du Louvre et le cloître de Saint-Germain-l'Auxerrois, c'était l'une des plus somptueuses demeures princières de la capitale, et le poste de Jean de Roye était sûrement un important poste de confiance.
  3. La date de naissance est celle de l'auteur de la Chronique : il dit lui-même qu'il a trente-cinq ans au début du récit en 1460.
  4. « ...vulgairement appelée la Chronique scandaleuse [parce] qu'elle fait mention de tout ce qu'a fait le roi Louis XI et récite des choses qui ne sont pas trop à son advantage ».
  5. Dans le premier tome, Vérard donnait (en traduction) le Chronicon pontificum et imperatorum de Martin d'Opava, avec une continuation allant jusqu'en 1394. Dans un second tome servant de suite, il donna des textes couvrant la période 1399-1500, dont la Chronique scandaleuse pour le règne de Louis XI, en y insérant d'ailleurs quelques paragraphes relatifs aux papes pour rester dans le même axe que Martin d'Opava.
  6. Dans les deux premières éditions imprimées de ces Chroniques (celle de Pasquier Bonhomme en 1476 et celle d'Antoine Vérard en 1493), elles s'arrêtaient à la mort de Charles VII en 1461. L'édition d'Eustace va jusqu'en 1513.
  7. Dictionnaire des Lettres Françaises, Fayard, 1974., p. 155
  8. Bernard de Mandrot, « Quel est le véritable auteur de la Chronique anonyme de Louis XI dite la Scandaleuse ? », Bibliothèque de l'École des chartes 52, 1891, p. 129-133.

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