Islam en Grèce

L’islam est représenté en Grèce par un certain nombre de communautés autochtones et immigrées.

Jeunes Grecs à la Mosquée. Cette peinture de Jean-Léon Gérôme montre de jeunes Grecs ayant été enlevés à leurs parents (paidomazoma) et convertis à l'Islam

Pew Research Center estime le nombre de musulmans en Grèce en 2010 à 527 000 soit 4,7 % de la population[1].

Musulmans autochtones en GrèceModifier

La population musulmane indigène en Grèce n'est pas homogène, elle se compose de trois communautés bien distinctes, les Turcs, les Pomaks et les Grecs. Ces musulmans grecs se sont convertis à l'islam principalement aux XVIIe et XVIIIe siècles. Après la signature du traité de Lausanne en 1923, entre la Grèce et la nouvelle république turque de Mustafa Kemal Atatürk, la population musulmane du pays a baissé de manière significative au cours d'un échange de population. Près de 500 000 musulmans de Grèce ont été échangés contre 1,5 million de chrétiens de Turquie.

Depuis, il est interdit d'utiliser le terme « turc » pour parler des musulmans. Il est donc remplacé par le terme de « minorité musulmane » (Μουσουλμανική μειονότητα) qui se réfère à une minorité religieuse de la Thrace occidentale, une région de la Grèce du nord-est. Les musulmans de Thrace et les chrétiens d'Istanbul et des îles d'Imbros et de Ténédos sont les seules populations à ne pas avoir été échangées durant l'application du Traité de Lausanne.

La plupart des musulmans grecs autochtones se considèrent comme turcs. Ils composent presque 51 % de la population du nome de Rhodope et 41 % de la population du nome de Xánthi[2]. Des musulmans vivent également dans les îles du Dodécanèse qui étaient occupées par l'Italie de 1912 à 1947. La population musulmane de l'île n'a donc pas été soumise à l'échange de population de 1923. Pour la plupart turcs, ils sont environ 5 000 et vivent à Cos (2 000 membres) ainsi qu'à Rhodes (3 000 membres) - (voir l'article Turcs du Dodécanèse)[3].

Les Pomaks vivent quant à eux principalement dans les montagnes du Rhodope, à l'ouest de la Thrace. Les Roms vivant en Thrace sont pour la plupart musulmans.

La communauté pomak, 30 000 habitants, est principalement de confession bektachi[4]

MosquéesModifier

La construction de mosquées date, en majorité de la conquête par les Ottomans comme la mosquée Mechmet Bei en 1492 à Serrès ou la transformation de lieux de cultes anciens en mosquées comme l'église des Saints-Apôtres de Thessalonique ou le Parthénon à Athènes.

Immigrés musulmans en GrèceModifier

Les premiers musulmans à avoir immigré en Grèce sont les Palestiniens au cours des années 1970. Ils vivent dans de grandes villes comme Athènes et Thessalonique. Depuis le début des années 1990, il y a une augmentation d'immigrés musulmans en Grèce, plus de 50 % de ces immigrés proviennent de l'Albanie. Les autres sont originaires de divers pays du Moyen-Orient ainsi que du Pakistan de l'Inde et du Bangladesh.

LégislationModifier

En Grèce, l'instauration en 1914 de la charia en Thrace (loi du portant sur « la législation applicable dans les territoires cédés et leur organisation judiciaire »), initialement pour ses principes religieux et en direction des seuls musulmans de la région, s'est commuée en une application du droit islamique pour tous les Grecs musulmans y compris dans leurs rapports avec des étrangers et des non-musulmans : initialement limitées aux mariages et divorces, les compétences juridictionnelles du mufti ont été élargies par la loi 1920/1991 (art. 5, § 2) aux objets suivants : « les pensions alimentaires, les tutelles, les curatelles, les émancipations des mineurs, les testaments islamiques, les successions ab intestat » ; elles ont également débordé le cadre géographique de la Thrace occidentale[5],[6],[7]. Le Conseil de l'Europe reproche régulièrement au gouvernement un traitement de la communauté musulmane peu compatible avec les normes des droits de l’homme européennes et internationales, et l'invite à contrôler les décisions élaborées par les muftis[7],[8].

Le 19 décembre 2018, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), dans un arrêt Molla Sali contre Grèce, a jugé que l’application obligatoire de la charia en matière de succession pour la minorité musulmane de Thrace occidentale est discriminatoire, et porte atteinte au « droit de libre identification » des membres de la minorité. Ce « droit de libre identification » comporte celui « de choisir de ne pas être traité comme une personne appartenant à une minorité », tant par les membres de la minorité en question que par l'État. Cette haute juridiction avait été saisie par une veuve musulmane qui n’avait hérité que d’un quart des biens de son défunt mari[9],[10].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Pew Research Center’s Forum on Religion & Public Life, « The Future of the Global Muslim Population Projections for 2010-2030 », Pew Research Center, , p. 22.
  2. (el) Υπουργείο Εξωτερικών, Υπηρεσία Ενημέρωσης: Μουσουλμάνικη μειονότητα Θράκης et (el) Ελληνική Επιτροπή για τη διαχείρηση των υδατικών πόρων: Στοιχεία από την πρόσφατη απογραφή του πληθυσμού
  3. (en) Moslem Turkish teacher born in Rhodes
  4. « Alevi-Bektashi communities in southeastern Europe : spiritual heritage and environmental consciousness », sur Academia.edu, The Diversity of Sacred Lands in Europe Proceedings of the Third Workshop of the Delos Initiative – Inari/Aanaar 2010 (consulté le 31 juillet 2020).
  5. « Grèce : la charia au cœur de l'Europe », Arte,‎ (lire en ligne).
  6. Adéa Guillo, « La charia au cœur de l’Europe », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  7. a et b Alexis Varende, « La charia appliquée en Grèce », sur Orient XXI.info, .
  8. « Application de la charia en Europe », sur senat.fr, .
  9. HUDOC, CEDH, « AFFAIRE MOLLA SALI c. GRÈCE, Requête no 20452/14, 19 décembre 2018. », sur hudoc.echr.coe.int, (consulté le 23 octobre 2019)
  10. Paméla Rougerie, « Non, la CEDH n’a pas ouvert la porte à l’application de la charia en Grèce », Le Parisien,‎ (lire en ligne, consulté le 31 juillet 2020).

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

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