Isaure Luzet

résistante française pendant la 2nde guerre mondiale

Isaure Luzet, née le à Luxeuil-les-Bains et morte le à Corenc, est une pharmacienne, résistante française et Juste parmi les nations[1],[2].

Isaure Luzet
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Biographie
Naissance
Décès
(à 94 ans)
Sépulture
Nationalité
Activité
Résistante
Pharmacienne
Conseillère municipal de Grenoble
Autres informations
Membre de
Distinctions

Elle est aussi conseillère municipale à la ville de Grenoble de 1947 à 1959[3].

BiographieModifier

Enfance et formationModifier

Isaure Luzet est la fille d'un ancien officier devenu distillateur, et de Mathilde Morin, gérante d'une école-garderie. Son père meurt en 1908, et elle s'installe à Grenoble avec sa mère[3].

Enfant, elle pratique le scoutisme au sein de la section neutre de la Fédération française des éclaireuses (FFE), section neutre. Totémisée Otarie, elle devient ensuite cheftaine à la section Paris-Luxembourg, puis devient cadre au sein de la FFE. Pendant la seconde guerre mondiale, elle y est commissaire à la santé, aux côtés de Madeleine Fonlupt et participe à la formation des cheftaines[4].

Elle réalise des études de pharmacie et devient vers 1920 une des premières femmes pharmaciennes de France[1].

Vers 1935, elle manifeste contre l'Action française[5].

Résistance pendant la Seconde Guerre mondialeModifier

En 1939, elle est propriétaire de la pharmacie Le Dragon à Grenoble. Elle loge avec sa mère au dessus de la pharmacie. Engagée au sein de la Croix-Rouge au début de la guerre, elle est affectée au poste de secours contre les bombardements aériens[3].

La pharmacie se situe face au couvent de Notre-Dame-de-Sion où des sœurs religieuses participent au sauvetage d'enfants juifs[6]. La supérieure du couvent, Mère Magda Zech, Juste parmi les nations, organise un réseau de sauvetage. Isaure Luzet participe à ce réseau en convoyant des enfants juifs et en leur fournissant de faux papiers. Son appartement personnel permet aux sœurs du couvent de mettre à l'abri les fugitifs lorsqu'une visite des allemands est annoncée ou que le couvent est surveillé[7].

Au sein du couvent, elle collabore notamment avec Sœur Joséphine. En 1943, elle par en uniforme de cheftaine éclaireuse à Limoges pour y chercher Rita Verda, une jeune fille juive de 10 ans, et la ramener au couvent. Elle l'accueille ensuite plusieurs fois lors de week-end ou de vacances à son domicile[1].

Isaure Luzet apporte aussi son aide à La Sixième, réseau clandestin des Éclaireurs israélites de France où elle collabore notamment avec Liliane Klein-Lieber. En août 1942, elle accueille chez elle Édith Kremsdorf, autre membre de La Sixième[8],[9].

Au sein de la résistance, Isaure Luzet est connue sous les pseudonymes de Claude ou Le Dragon[8]. Parmi les multiples actions de résistance qu'elle réalise, elle apporte des vivres aux maquisards, enterre des hommes tombés dans le Vercors, et procure des faux papiers et des cartes d'alimentation[3]. Elle est aussi membre du réseau de parachutage Mathilda des forces françaises combattantes (FFC) et du réseau Périclès, fondé par Robert Lagarde[7],[10],[11].

Sa carte de la Croix-Rouge et son uniforme d'éclaireuse lui permette de circuler plus librement dans Grenoble et de mener ses actions de résistance discrètement[4]. Malgré ses précautions, Isaure Luzet est accusée par des miliciens de fabrication de faux papiers et conduite à la police. Interrogée par un policier résistant, elle est finalement relâchée[7].

Conseillère municipale et affaire FinalyModifier

Après la guerre, Isaure Luzet est élue conseillère municipale de Grenoble sur la liste centriste de 1947 à 1959, notamment avec le maire Léon Martin[3].

Elle est impliquée dans les années 1950 dans l’affaire Finaly. En 1944, les Finaly, un couple juif, confie leurs deux enfants à des sœurs religieuses afin de les protéger. Ce couple est déporté quelques jours plus tard et ils décèdent en camp de concentration[12]. Après la guerre, des membres de la famille Finaly souhaitent récupérer la garde des enfants. La directrice de la crèche municipale, Antoinette Brun, catholique, s'en occupe alors, se fait nommer tutrice, et refuse la demande de la famille[13].

Dans le contexte d'une implication croissante des autorités dans l'affaire, Isaure Luzet aide Antoinette Brun, et afin de cacher les enfants, leur fournit des faux papiers. Elle est arrêtée le 3 mars 1953 avec d'autres personnes impliquées dans l'affaire. À la suite de cette arrestation, un accord est trouvé et elle est libérée le lendemain[14],[15].

Reconnaissance et distinctionsModifier

Isaure Luzet est décorée de la Médaille de la Résistance française en 1947[16].

Grâce à Rita Verda, elle est nommée Juste parmi les nations par Yad Vashem en 1988 pour ses actions de sauvetage d'enfants juifs.

En 2016, sa tombe est à l'abandon et fait l'objet d'une restauration[3]. A la suite de la rénovation de sa tombe, une cérémonie en sa mémoire est organisée au cimetière Saint-Roch en 2017.

Notes et référencesModifier

  1. a b et c « Bases des Justes parmi les Nations-Yad Vashem », sur Yad Vashem
  2. « Bases de données des décès INSEE »
  3. a b c d e et f « La tombe d’Isaure Luzet, l’une des premières femmes pharmacienne de France, Résistante et élue à la Ville de Grenoble, est en état d’abandon », sur www.ledauphine.com (consulté le 16 février 2021)
  4. a et b Takako Tobita, « La Fédération française des Éclaireurs (FFE) : une histoire de jeunes filles et de femmes dans un mouvement scout féminin en France (1911-1970) », Thèse, Paris Sciences et Lettres,‎ (lire en ligne)
  5. Musée de la Résistance et de la Déportation, Grenoble, dossier Isaure Luzet
  6. Madeleine Comte, Sauvetages et baptêmes: les religieuses de Notre-Dame de Sion face à la persécution des juifs en France, 1940-1944, Harmattan, (ISBN 978-2-7475-1190-2, lire en ligne)
  7. a b et c Limore Yagil, « Résistance et sauvetage des Juifs dans le département de l'Isère (1940-1944). », Guerres mondiales et conflits contemporains, no 212,‎ , p. 51–74 (ISSN 0984-2292, lire en ligne, consulté le 16 février 2021)
  8. a et b « Isaure-Luzet », sur www.ajpn.org (consulté le 20 janvier 2021)
  9. Catherine Richet, Georges Loinger et Anciens de la Résistance juive en France, Organisation juive de combat : résistance/sauvetage, France 1940-1945, Autrement, (ISBN 2-7467-0902-3 et 978-2-7467-0902-7, OCLC 71799213, lire en ligne)
  10. « Titres, homologations et services pour faits de résistance », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le 16 février 2021)
  11. Jean-Claude Duclos et Musée de la Résistance et de la déportation de l'Isère, Etre juif en Isère entre 1939-1945, Musée de la Résistance et de la déportation de l'Isère, (ISBN 978-2-905375-21-6, lire en ligne)
  12. Catherine Poujol, « 1945-1953 : Petite chronique de l'affaire des enfants Finaly », Archives Juives, vol. 37, no 2,‎ , p. 7 (ISSN 0003-9837 et 1965-0531, DOI 10.3917/aj.372.0007, lire en ligne, consulté le 17 février 2021)
  13. Catherine Poujol, L'Église de France et les enfants juifs: Des missions vaticanes à l’affaire Finaly (1944-1953), Presses Universitaires de France, (ISBN 978-2-13-062517-9, lire en ligne)
  14. Catherine Poujol, « Positions divergentes des prélats catholiques sur le baptême des enfants Finaly. (1945-1953) », Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem, no 16,‎ , p. 95–119 (ISSN 2075-5287, lire en ligne, consulté le 17 février 2021)
  15. « Après la supérieure de Notre Dame de Sion de Marseille deux prêtres et une conseillère municipale sont arrêtés à Grenoble », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 17 février 2021)
  16. « Accueil - Mémoire des hommes », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le 17 février 2021)

Liens externesModifier