Inès Léraud

journaliste et documentariste française

Inès Léraud, née le à Saumur[1], est une journaliste et documentariste française.

Inès Léraud
Image dans Infobox.
Inès Léraud à Maël-Pestivien en novembre 2017, par Vincent Gouriou
Biographie
Naissance
(40 ans)
Saumur (France)
Nationalité
Formation
Activité
Autres informations
A travaillé pour
Site web
Œuvres principales
Les Mercuriens ; Une histoire de grains pourris (Triskalia) ; Journal breton, la fabrique du silence ; Algues vertes, l'histoire interdite.

BiographieModifier

Lycéenne, Inès Léraud, s'intéresse au travail du son et découvre le cinéma. Elle étudie à la Fémis, puis à l'école Louis Lumière. Son mémoire de fin d'études, sous la direction de Dominique Cabrera, porte sur la question du personnage en documentaire. En 2006, elle assiste Jean-Charles Fitoussi sur son long-métrage Je ne suis pas morte.

Parallèlement, elle écrit et réalise depuis 2008 des documentaires diffusés sur France Culture, France Inter et Arte radio[2]. Ses thèmes de prédilection sont les enjeux de santé publique[1], l'environnement et l'industrie agroalimentaire[3]. Elle réalise également des documentaires audiovisuels, notamment pour la chaîne Histoire[4],[5]. Elle revendique la pratique d'un journalisme d'investigation engagé, citant Daniel Mermet comme un inspirateur : « Son émission “Là-bas si j’y suis”, sur France Inter, a été une école d’enquête radiophonique, avec un style engagé[6]… ».

Inès Léraud étudie également la philosophie, tout d'abord en auditeur libre à l’EHESS, avant d'obtenir un master de philosophie en 2012 à l'université Panthéon-Sorbonne. Son mémoire, intitulé La Question de la science à l’ère industrielle, porte sur l’œuvre scientifique d’Henri Pézerat[7]. Ses travaux sur les « mercuriens » (les personnes intolérantes au mercure contenu dans leurs amalgames dentaires[3]) et sur l’affaire de l’amiante l'amènent à fréquenter le cabinet d'avocat parisien TTLA (qui défend les victimes de la « criminalité industrielle ») et l'association Phyto-victimes. À l'automne 2015, elle s'installe dans le hameau de Coat Maël, dans la commune de Maël-Pestivien, au cœur de la première région agroalimentaire française[8] : « C’est très étrange, la Bretagne. J’ai l’impression d’être à l’autre bout du monde, dans une contrée qui m’est étrangère de par ses codes, et, en même temps, de m’être installée au cœur de la mondialisation, puisque nous sommes dans une des régions les plus industrialisées du monde, au niveau agroalimentaire[5],[6]. »

En 2018, elle rejoint le comité éditorial de Disclose[9].

En 2021, elle est co-fondatrice et marraine du média régional d'enquête bilingue en ligne Splann! inspiré du modèle de Disclose[10],[11].

PressionsModifier

En 2020, Le Canard enchaîné révèle que des pressions ont été exercées par un élu de la ville de Quintin pour qu'Inès Léraud ne soit pas invitée au salon du livre de Quintin[12],[3].

D'autre part, Muriel Le Morvan de France 3 Bretagne révèle qu'un éditeur régional renonce à publier Algues vertes, l’histoire interdite en breton par peur de perdre des subventions du Conseil régional de Bretagne[13].

Un comité de soutien à la journaliste est créé en mai 2020 et rend public, via une tribune dans Libération[12] que deux procès en diffamation lui sont intentés par des membres de l'industrie agroalimentaire bretonne, à la suite de ses articles. Un par Christian Buson, consultant pour les industries agroalimentaires et un autre par le groupe Chéritel[13],[12] avant que les poursuites ne soient abandonnées à quelques jours de l'audience en 2021[14]. Pour Pavol Szalai, responsable du bureau UE/Balkans de RSF, les pressions et entraves opposées au travail de la journaliste[15] sont « un message très clair pour tous les journalistes bretons : n’enquêtez pas sur les pratiques de l’agro-business de votre région, le prix est bien trop cher payé ! »[16].

La tribune en soutien à Inès Léraud publiée sur Libération déclenche la création du collectif de journalistes "Kelaouiñ", qui veut dire "informer" en breton et une pétition pour défendre la liberté d'informer sur l'agroalimentaire breton qui a réuni plus de 45 000 signatures[17].

Enquêtes et reportagesModifier

RadioModifier

Les Mercuriens, diffusé en 2008, porte sur l'intolérance au mercure contenu dans certains amalgames dentaires, et sur les métaux lourds. Le thème de ce reportage est inspiré à Inès Léraud par la maladie de sa mère[6].

En 2011 elle réalise pour Là-bas si j'y suis, sur France Inter, un documentaire[18] sur les derniers jours de son grand-père, le peintre, sculpteur et graveur René Léraud[19].

Son enquête sur l'affaire Nutréa-Triskalia, Bretagne, une histoire de grains pourris[20], diffusée en sur France Inter dans l'émission Interception, entraîne la création du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest[21].

Le Journal breton, en deux saisons, est diffusé sur France Culture depuis 2016, dans l'émission Les Pieds sur terre[22],[23].

La série de reportages Des citoyens qui changent le monde est diffusée en 2016 et 2017 dans la même émission[24].

Le grand déni, diffusé en 2016 sur France Inter dans l'émission Secrets d'info, traite de la question des algues vertes en Bretagne[25].

Bande dessinéeModifier

La journaliste et le dessinateur Pierre Van Hove ont adapté le reportage sur les algues vertes en bande-dessinée, dont un extrait est publié dans la Revue dessinée à l'automne 2017[26],[27],[28]. La version complète paraît en album en 2019 sous le titre Algues vertes, l'histoire interdite[29], et détaille le rôle de « l’agriculture intensive bretonne, notamment les élevages de porcs qui produisent du lisier, lequel fait proliférer ces algues de manière déraisonnable. Et toute une cohorte d’élus locaux – de gauche, comme de droite – tenus en omerta par les puissants syndicats agricoles et surtout par les lobbies de l’agroalimentaire »[30].

La publication d'un reportage en bande dessinée permet, selon Benoit Collombat, un « journalisme augmenté ». Inès Léraud indique que la bande dessinée permet, par rapport au reportage radiophonique, de toucher un autre public et de se départir « de cette image de connivence avec le pouvoir » qui accompagne fréquemment la figure du journaliste[31].

Prix et récompensesModifier

  • Inès Léraud reçoit en le prix Reporters d'espoirs pour la série de reportages Des citoyens qui changent le monde[32].
  • La série La fabrique du silence est sélectionnée en par le magazine Télérama comme « pépite » de l'année radio 2017 en France[33].
  • Algues vertes, l'histoire interdite reçoit en 2020 le Prix du livre de journalisme [34], le prix de la bande dessinée bretonne [35], le prix de la BD sociale et historique et le prix Mémoire de la mer. Il avait également été nommé au festival d'Angoulême 2020[36] et au prix France Info de la bande dessinée d'actualité et de reportage 2020[37].
  • En 2021, elle reçoit pour l'ensemble de son travail le prix éthique de l’association Anticor, qui lutte contre la corruption dans la vie publique[38].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Nicolas Truong, « Pour la documentariste Inès Léraud, « le tournant écologique incite les journalistes à aller plus loin dans leurs enquêtes » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  2. « Inès Léraud | ARTE Radio », sur ARTE Radio (consulté le )
  3. a b et c Aurore Coulaud, « Inès Léraud, vague à l’algue », sur Libération.fr, (consulté le )
  4. « Inès Léraud : biographie, actualités et émissions France Culture », sur France Culture (consulté le )
  5. a et b Martine Delahaye, « Une journée avec… l’opiniâtre Inès Léraud », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  6. a b et c Carole Lefrançois, « Inès Léraud, une enquêtrice sans peur et sans relâche - Radio - Télérama.fr », sur www.telerama.fr, (consulté le )
  7. « Journal breton, saison 1 », sur Kultur Bretagne, (consulté le )
  8. Martine Delahaye, « L’agroalimentaire et la « fabrique du silence » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. Sonia Desprez, « Inès Léraud, une Erin Brockovich à la française - Grazia », sur www.grazia.fr, Grazia, (consulté le )
  10. Aude Dassonville, « Splann! : le journalisme d'investigation prend des accents bretons. », sur lemonde.fr,
  11. Marjolaine Koch, « Agro-industrie : les difficiles enquêtes bretonnes », sur www.franceinter.fr, (consulté le )
  12. a b et c Comité de soutien à Inès Léraud, « Défendons la liberté d’informer sur le secteur agro-alimentaire », Libération,‎ (lire en ligne)
  13. a et b Inès Léraud attaquée en justice pour avoir enquêté sur l’agroalimentaire breton : l'affaire devient politique. Muriel Le Morvan, France3 Bretagne, 20 mai 2020
  14. J.G., « Le groupe breton Chéritel abandonne ses poursuites contre une journaliste », sur www.20minutes.fr, (consulté le )
  15. Dorothée Werner, « Inès Léraud, une Erin Brockovitch bretonne - Elle », sur elle.fr, (consulté le )
  16. Reporters sans frontières, « France : RSF condamne la pression exercée par le lobby agro-industriel breton sur Inès Léraud », sur rsf.org, (consulté le ).
  17. Kelaouiñ, « Pour la liberté d'informer sur l'agroalimentaire en Bretagne et ailleurs », sur change.org,
  18. Là-bas si j'y suis, « Les derniers jours »
  19. « René Léraud »
  20. Inès Léraud, « Bretagne : une histoire de grains pourris », France Inter,‎ (lire en ligne, consulté le )
  21. « Pesticides », sur Sortir du nucléaire, pays de Rennes (consulté le )
  22. « Journal breton, saison 1 », France Culture,‎ (lire en ligne, consulté le )
  23. « Journal breton, saison 2 », sur France Culture (consulté le )
  24. « Des citoyens qui changent le monde - France Culture », sur France Culture (consulté le )
  25. « Algues vertes en Bretagne : le grand déni », France Inter,‎ (lire en ligne, consulté le )
  26. « Le reportage du mois - La Revue Dessinée », La Revue dessinée,‎ (lire en ligne, consulté le )
  27. « Algues vertes. « Les lobbies ont fabriqué le doute » », Le Telegramme,‎ (lire en ligne, consulté le )
  28. « Bretagne. Quand les algues vertes se racontent en BD », Ouest-France.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  29. Pierre Fontanier, « Une enquête en BD sur les algues vertes », Ma ville - Ouest France,‎ (lire en ligne)
  30. Arnaud Gonzague, « Le drame des algues vertes, un western bien français », Le nouvel Obs,‎ (lire en ligne)
  31. Bertrand Rocher, « Bulles d'info - Grazia », sur www.grazia.fr, Grazia, (consulté le )
  32. « Prix Reporters d’Espoirs 2017 : France Culture récompensée - Radio France », sur www.radiofrance.fr, (consulté le )
  33. Elise Racque, « L’année radio 2017 dans le rétro - Radio - Télérama.fr », Télérama.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  34. Le Figaro avec AFP, « L'association Prenons la une primée aux assises du journalisme » (consulté le )
  35. Pierre Fontanier, « La BD bretonne prime les Algues vertes », sur ouest-france.fr (consulté le )
  36. Festival d'Angoulême, « Sélection officielle 2020 »
  37. France Info, « 26ème Prix France Info de la BD »
  38. Martine Valo, « La journaliste Inès Leraud récompensée pour ses enquêtes sur l’agro-industrie bretonne », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Jérôme Gicquel, « Bretagne: Le scandale des algues vertes raconté dans une bande dessinée », 20 minutes,‎ (lire en ligne)
  • Aurore Coulaud, « Inès Léraud, vague à l’algue », Libération,‎ (lire en ligne)

Émission de radioModifier

"Agro-industrie : les difficiles enquêtes bretonnes", Affaires sensibles, France Culture, 9 juin 2021[1]

Liens externesModifier