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Grotte de Qesem
מערת קסם 2.jpg
Géographie
Pays
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Grande ville
Coordonnées
Fonctionnement
Statut

La grotte de Qesem est un site archéologique du Paléolithique inférieur situé à 12 km à l'Est de Tel Aviv-Jaffa en Israël. Les premiers humains ont occupé le site entre 200 et 382 mille ans.

Sommaire

DescriptionModifier

 
L'accès de la grotte de Qesem

La grotte est creusée dans un calcaire Turonien, de la montage occidentale d'Israël, entre les collines de Samarie et la plaine côtière israélienne[1],[2]. Elle est à une altitude de 90 m au-dessus de la mer.

Les dépôts sur le site sont à 7,5 m de profondeur et se divisent en 5 couches : la partie supérieure fait 4,5 m d'épaisseur et la partie inférieure fait 3 m. Les dépôts contiennent une industrie lithique et des restes d'animaux datant du Yabroudien. Cette période suit l'Acheuléen et précède le Moustérien. Il n'y a aucune trace d'occupation pendant le Moustérien[1],[2]

La grotte est découverte en octobre 2000 quand la construction d'une route détruit son plafond. Deux fouilles de sauvetage sont réalisées en 2001. Le site est désormais protégé, couvert et clôturé les fouilles se poursuivent[3].

DatationModifier

La datation des spéléothèmes de la grotte indique qu'elle a été occupée à partir de 382 000 ans. Elle cesse d'être occupée vers 152 000 ans, peut-être plus tôt vers 207 000 ans[1].

ArtefactsModifier

Des outils en silex ont été découverts dans la grotte de Qesem. Il s'agit principalement de lames, de grattoirs, de burins et des couteaux, ainsi que des outils sur éclats (en) et des percuteurs.

Certaines strates archéologiques (en) contiennent de nombreuses lames et outils de la même famille alors qu'ils sont absents d'autres strates. Néanmoins, des grattoirs sur éclats épais se trouvent dans la plupart d'entre elles alors que les bifaces de type Acheuléen sont dans toutes les couches archéologiques.

Toutes les étapes du façonnage de la fabrication des outils sont observables dans la grotte. Beaucoup de nucléus sont conservés à proximité d'éclats permettant une reconstitution de la pierre d'origine[2].

La spallation des rayons cosmiques du Béryllium 10 permet de déduire que les silex utilisés dans la grotte de Qesem ont été collectés à la surface ou dans des carrières peu profondes. À la même période, les silex découverts dans la grotte de Tabun ont été extraits d'une profondeur de deux mètres ou plus[4].

Usage du feuModifier

La grotte de Qesem contient l'un des premiers exemples de la maîtrise du feu par les premiers hommes et de son usage régulier au Pléistocène inférieur. De grandes quantités d'ossements brûlés, observés selon des critères microscopiques et macroscopiques, suggèrent le dépeçage des proies auprès du feu. Des échantillons d'os montrent des signes de brûlure, la chaleur ayant pu atteindre la température de 500°[5].

Un foyer datant de 300 000 ans a été identifié au centre de la grotte. Des couches de cendres remplissent la fosse, des os brûlés d'animaux et des outils utilisés pour découper la chair ont été trouvés à proximité, permettant de supposer qu'il a été utilisé à plusieurs reprises et qu'il était un point focal pour les humains vivant dans la grotte[6],[7].

Gibier chasséModifier

 
Os d'animaux brûlés trouvés dans la grotte de Qesem, Israël

Les ossements de 4740 animaux ont été identifiés. Il s'agit majoritairement de grands mammifères comme les daims (73 à 76 % des spécimens identifiés), des aurochs, des chevaux, des sangliers, des chèvres, des chevreuils, et des cerfs. Des os de tortues terrestres et un rhinocéros ont également été trouvés, mais aucun reste de gazelle[8].

Ces ossements montrent des marques de découpes, d'extraction de la moelle et de cuisson. L'analyse des sens de découpe et les placements anatomiques des marques de couteau indiquent que la viande et le tissu conjonctif ont été coupés de manière planifié à partir de l'os[8].

Les restes de cerfs identifiés correspondent aux pattes et aux têtes, sans les autres parties du corps, suggérant que le dépeçage des carcasses était initié sur un autre site, le choix des pièces ramenées dans la grotte étant sélectif[8].

En outre, la présence d'os de fœtus et l'absence de bois de cerf impliquent que l'essentiel de la chasse se déroulait de la fin de l'hiver jusqu'au début de l'été. La nécessité d'enrichir le régime alimentaire de graisse animale rendait ces proies particulièrement importantes. Pour les archéologues, il s'agissait d'une « relation prédateur-proie unique »[8].

Dents humainesModifier

 
Dents humaines

Les archéologues fouillant la grotte ont découvert huit dents, dispersées dans toutes les couches, de la plus récente vers moins 200 000 ans, jusqu'à de la plus profonde à moins 400 000 ans.

Après avoir analysé ces dents au Tomodensitométrie et aux rayons X, les archéologues ont indiqué, dans un article publié dans l’American Journal of Physical Anthropology qu'il s'agit des dents très similaires à celles de l'Homo sapiens. Toutefois, l’article n’exclut pas que ces dents appartiennent à des ancêtres de l’Homo Sapiens ou de l’homme de Neandertal[9].

Cette découverte, qui ne s'inscrit pas dans le schéma évolutif habituel qui date de moins 200 000 ans les plus anciens homo sapiens, et bouleverse la théorie faisant de l’Afrique de l’Est le berceau de l’humanité, à provoquer des controverses[9].

Pour Paul Mellars, la probabilité qu'il s'agisse de dents d'Homo sapiens est « très ténue, et même franchement peu vraisemblable. » Le crâne permettrait de préciser l'espèce concernée, les dents seules n'étant pas assez fiables pour cette identification[10].

Pour Marylène Patou-Mathis, la position stratigraphique de ces dents dispersées dans les couches entre 400 et 200 000 ans paraît incertaine : des phénomènes et des agents taphonomiques pouvant perturber la composition des gisements fossiles[10].

L'analyse des dépôts sur les dents montrent des traces de nourriture marquant un régime à base de plantes, ainsi que des petites quantités de sang attestant d'une consommation de chair animale. Des fibres non comestibles, également retrouvées, ont pu être utilisées par l’homme préhistorique pour nettoyer ses dents. Des polluants irritants, tel le charbon de bois preuve d'un usage contrôlé du feu, ont pu avoir un impact sur leur santé[11].

RéférencesModifier

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Qesem Cave » (voir la liste des auteurs).
  1. a b et c Barkai R, Gopher A, Lauritzen SE, Frumkin A, « Uranium series dates from Qesem Cave, Israel, and the end of the Lower Palaeolithic », Nature, vol. 423, no 6943,‎ , p. 977–9 (PMID 12827199, DOI 10.1038/nature01718, lire en ligne)
  2. a b et c Gopher A, Barkai R, Shimelmitz R, Khalaily M, Lemorini C, Heshkovitz I, et al., (2005). Qesem Cave: An Amudian Site in Central Israel. Journal of The Israel Prehistoric Society, 35:69-92
  3. Qesem Cave Project Excavations
  4. Verri G, Barkai R, Bordeanu C, et al., « Flint mining in prehistory recorded by in situ-produced cosmogenic 10Be », Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A., vol. 101, no 21,‎ , p. 7880–4 (PMID 15148365, PMCID 419525, DOI 10.1073/pnas.0402302101)
  5. Karkanas P, Shahack-Gross R, Ayalon A, et al., « Evidence for habitual use of fire at the end of the Lower Paleolithic: site-formation processes at Qesem Cave, Israel », J. Hum. Evol., vol. 53, no 2,‎ , p. 197–212 (PMID 17572475, DOI 10.1016/j.jhevol.2007.04.002, lire en ligne)
  6. « Un foyer de - 300 000 ans identifié en Israël »
  7. Megan Gannon, « Ancient Hearth Found In Israel Dates Back 300,000 Years, Scientists Say », Huffington Post (consulté le 28 janvier 2014)
  8. a b c et d Stiner MC, Barkai R, Gopher A, « Cooperative hunting and meat sharing 400–200 kya at Qesem Cave, Israel », Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A., vol. 106, no 32,‎ , p. 13207–12 (PMID 19666542, PMCID 2726383, DOI 10.1073/pnas.0900564106)
  9. a et b « Des traces de Sapiens datant de 400 000 ans »
  10. a et b « Des Homo sapiens vieux de 400 000 ans en Israël ? »
  11. « Des dents de 400 000 ans révèlent la pollution préhistorique »

Liens externesModifier