Germanisation

Le processus de germanisation correspond à une politique d'intégration à la civilisation des peuples germaniques.

Moyen ÂgeModifier

L'installation des Allemands à l'Est de l'Elbe, de l'Oder, de la Vistule et plus loin jusqu'en Galicie, Slovaquie, Transylvanie fut une véritable colonisation du sol et un peuplement, Ostsiedlung, souvent en symbiose avec les populations autochtones, créant ainsi pour des siècles une civilisation originale. C'est par l'utilisation qui en a été faite à des fins politiques aux XIXe et XXe siècles par les différents régimes et par les mouvements nationaux, que le phénomène médiéval est devenu une idéologie[1].

La conquête des territoires jusqu'à l'Oder, l'évangélisation des Slaves du Nord a été une œuvre de longue haleine qui s'est poursuivie du IXe au XIIe siècle. Évêques de la frontière, missionnaires, moines bénédictins, puis cisterciens et prémontrés, frères prêcheurs et mendiants ont trouvé appui dans la politique des souverains du Saint Empire germanique et des princes colonisateurs. Cette œuvre religieuse, accomplie par des Allemands dans des pays aux portes de l'Allemagne, tantôt précédant, tantôt suivant la conquête, a été un des véhicules du germanisme et elle a par conséquent contribué dans une large mesure à la colonisation[2].

Au lendemain de la Première croisade, un appel à la guerre sainte contre les Slaves païens avait été lancé en 1108 par l'évêque Adelgot de la province ecclésiastique de Magdebourg, mélangeant d'ailleurs motifs religieux et considérations matérielles[3]. Mais ce n'est qu'au début du XIIIe siècle que les terres habitées par les peuples baltes jusqu'à l'Oder ont été conquises, autant par les progrès de la colonisation que par la mission d'évangélisation.

Au milieu du XIIIe siècle, au-delà de la vieille frontière de l'Elbe, de la Saale et de l'Enns, s'échelonnaient des territoires aux mains de princes allemands ː Holstein, Schwerin, Mecklembourg, Brandebourg, Misnie, Lusace, Autriche. La Bohême et la Poméranie faisaient partie de l'Empire ou reconnaissaient sa suzeraineté, et leurs princes, ainsi que les ducs de Silésie, étaient acquis à l'influence et à la colonisation allemande[4].

A l'Est de l'Oder et de la Vistule et sur les rivages de la Baltique, il y avait cependant encore des païens et des terres à gagner pour la colonisation allemande. La christianisation y sera menée par les Chevaliers teutoniques. Ainsi, ces croisades baltes ont abouti à la germanisation des populations locales à la suite de la création de l'État teutonique sur leur territoire. Ces populations sont à l'origine des Germano-Baltes actuels.

XIXe siècleModifier

En fin du XIXe siècle, une politique de germanisation forcée fut mise en œuvre dans tous les territoires annexés au nouvel État allemand comme la Pologne et l'Alsace-Lorraine. Cette incorporation provoqua la mise en œuvre d'une politique d'acculturation à visée identitaire, destinée à faciliter l'intégration des populations au Reich et à susciter leur adhésion au projet national allemand. Cependant, ces départements considérés comme allemands ne bénéficièrent pas du même statut que les autres États du Reich[5]. Les historiens Anglais parlent de « prussification ».

Seconde Guerre mondialeModifier

Le principe de germanisation forcée fut également pratiqué sous le Troisième Reich, notamment dans le cadre du Generalplan Ost ou Lebensborn.

On peut citer les tentatives de germanisation de la Moselle et de l'Alsace menées par les Gauleiter Josef Bürckel et Robert Wagner, qui furent finalement des échecs.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Charles Higounet, Les Allemands en Europe Centrale et Orientale au Moyen Âge, Éditions Aubier, (ISBN 2-7007-2223-X), p. 18-19
  2. Charles Higounet, Les Allemands en Europe Centrale et Orientale au Moyen Âge, Éditions Aubier, (ISBN 2-7007-2223-X), p. 71
  3. Boris Ottokar Unbegaun, « L'Ancienne religion des Slaves de la Baltique », Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 26e année, nos 3-4,‎ , p. 211-234
  4. Charles Higounet, Les Allemands en Europe Centrale et Orientale au Moyen Âge, Éditions Aubier, (ISBN 2-7007-2223-X), p. 93
  5. Isabelle Quirin Hémont, La germanisation par l’école en Alsace-Moselle et en Poznanie : une politique coloniale ?, l’Université François – Rabelais de Tours,