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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Monmouth.
Geoffroy de Monmouth
Geoffrey monmouth.jpg

Vitrail représentant Geoffroy de Monmouth.

Fonction
Évêque de Saint-Asaph
-
Biographie
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Œuvres réputées

Geoffroy de Monmouth (Monmouth, vers 1100 - St Asaph, 1155), est un évêque et historien anglo-normand au service du roi Henri Ier d'Angleterre, écrivant en langue latine et familier du monastère de Glastonbury.

Le lieu de sa naissance n'est pas connu, mais il s'agit probablement de Monmouth au Pays de Galles. Il semble avoir des ancêtres bretons[réf. souhaitée]« Withenoc or Guihenoc de La Boussac », sur Wikipedia, .. Il connaît bien la région de Monmouth, et décrit Caerleon dans son Historia Regum Britanniae.

Il a étudié à Oxford, y a rencontré l'archidiacre Gautier (Walterus). Le , l'archevêque de Cantorbéry Thibaut le consacre évêque de St Asaph (au nord du Pays de Galles), dix jours après l'avoir ordonné prêtre. A-t-il seulement visité son évêché ? Cela n'est pas assuré et les guerres d'Owain Gwynedd permettent d'en douter.

Sommaire

ŒuvresModifier

 
Merlin lit ses prophéties au roi Vortigern. British Library MS Cotton Claudius B VII f.224, Prophetiae Merlini, de Geoffroy de Monmouth

Entièrement rédigée en latin, l'œuvre de Geoffroy se compose, dans l'ordre chronologique, des Prophéties de Merlin (Prophetiae Merlini), de l'Histoire des rois de Bretagne (Historia regum Britanniae, écrite entre 1135 et 1138, en 12 livres), et de la Vie de Merlin (Vita Merlini, datée de 1149), poème en hexamètres, d'après l'Afallenau attribué au barde Merdhin, vraisemblablement composé en gallois, par le Duc de Normandie Robert Courteheuse[pas clair]).

Probablement composées peu avant 1135 (il n'y est pas fait mention de la mort du roi Henri Ier), les Prophéties de Merlin se veulent la traduction latine de vers bretons sur les prophéties faites par le devin Merlin au roi de Bretagne Vortigern. Elles rendent compte de la chute du peuple breton, vaincu par les Saxons, et annoncent la restauration de sa puissance en des temps indéterminés. Geoffroi ne livre pas les clefs des prédictions du devin. On incline généralement aujourd'hui à y voir la volonté de justifier le pouvoir des Normands[1]. En rupture avec ce consensus, J.-B. Elzière a proposé en 2013 un décryptage nouveau : les Prophetiae renverraient allégoriquement à l'histoire ecclésiastique de l'Écosse entre 1070 et 1135[2].

L'Histoire des rois de Bretagne, présentée par son auteur comme une traduction d'un livre très ancien, le Liber vetustissimus, composé en breton « dans un très bon style » et emporté en Angleterre par le Normand Gautier alias Walter, archidiacre d'Oxford, est l'un des premiers monuments littéraires de l'histoire britannique et sera la source principale de la légende arthurienne, plus que l' Historia Brittonum de Nennius, antérieure d'un peu plus de deux siècles.

Une des clés de cette œuvre – par ailleurs le plus gros succès historiographique médiéval comme le montrent les presque 220 manuscrits conservés entre 1138 et le XVe siècle – est sans doute la tentative d'ancrer la légitimité politique de la dynastie normande dans le passé de l'ancienne Bretagne, en mettant à profit la présence de nombreux seigneurs bretons parmi les conquérants de 1066. Les « Bretons » fournirent ainsi en quelque sorte aux Normands qu'ils aidèrent à conquérir l'Angleterre un passé local clés en main, justifiant la conquête[n 1] puis la guerre féodale poursuivie contre les Gallois[3]. Ainsi ses principales œuvres sont une commande d'Henri Ier d'Angleterre puis d'Étienne d'Angleterre auxquels il dédie d'ailleurs ces œuvres, elles justifient leur règne et fortifient leur image en face des souverains de France et des autres pays d’Occident. Une tout autre lecture est proposée par J.-B. Elzière, en continuité avec celle qu'il donne des Prophetiae Merlini : Geoffroy, après avoir évoqué dans cette première œuvre l'histoire de l'Église d'Écosse de 1070 à 1136, aurait entrepris de relater, sous le voile de l'allégorie, toute l'histoire ecclésiastique des Angles de Bernicie (Lindisfarne), "et plus généralement celle des habitants de la région scoto-cumbroberniciene entre le début du VIIe siècle et les environs de 1145"[4].

L'Historia a été traduite en gallois (Brut y Breninhed), et adaptée en langue romane sous le titre de Roman de Brut en 1155 par Wace.

ControverseModifier

Dès 1138, date de la mise en circulation de l'Historia, de sérieux doutes furent émis quant à l'existence de la source en langue brittonique sur laquelle prétendait s'appuyer Geoffroy. En effet, affirmer s'appuyer sur une source unique est impensable dans l'historiographie médiévale d'Occident : toute œuvre d'historien devait être littéralement authentiquée par une autre œuvre, antérieure, à valeur d'autorité. A supposer que Geoffroy s'appuie sur une telle œuvre, celle-ci est demeurée inconnue des contemporains. Le passé de l'ancienne Bretagne n'était donc transmis que par une source unique, ce qui ouvrit sans doute la voie au basculement de l'univers arthurien dans la fiction.

Le questionnement – toujours très vivace à l'époque contemporaine – qui a tendance à se focaliser sur l'hypothèse d'un Geoffroy falsificateur mérite pourtant d'être dépassé. On peut par exemple recentrer la problématique sur l'histoire des représentations. L'Historia peut s'avérer très riche lue sous cet angle (elle contient par exemple le premier discours « décolonisé » sur la Bretagne et les Bretons de l'historiographie, ce qui n'a été relevé que très récemment) et invite à replacer Geoffroy dans la perspective de l'acculturation du monde brittonique – dont il est bien plus le fossoyeur que le révélateur – à l'Occident féodal. C'est peut-être plus que jamais chez Geoffroy que la Bretagne (au sens élargi qu'il faut donner à ce concept, qui mériterait à lui seul un article, c'est-à-dire les trois péninsules brittophones : Armorique, Pays de Galles, Cornouailles) est un continent englouti, au moment même où l'Occident la découvre et s'apprête à en annexer le passé.

La thèse de la falsification de Geoffroy de Monmouth et de l'absence d'historicité de son récit, défendue à la fin du dix-neuvième siècle par les français Gaston Paris et Edmond Faral contre le breton Arthur Le Moyne de la Borderie, a été réfutée au Xe Congrès des Études arthuriennes à Nantes en 1972 par Gwenaël Le Duc, traducteur avec Claude Sterckx de la Chronique de Saint Brieuc, grâce à l'identification du « liber vetustissimus » à un texte mentionné dans la Vita Goueznouii, soit le Livre des Faits du Roi Arthur, soit un autre texte perdu. La démonstration a ainsi été apportée par l'exégèse moderne d'archives négligées, non pas que le récit arthurien n'est pas légendaire, mais qu'il a été transmis bien avant Geoffroy de Monmouth au travers de chroniques dans lesquelles se mêlent des faits historiques, et surtout que la légende arthurienne, comme l'affirmait Geoffroy de Monmouth, a bien ses sources en Armorique.

PostéritéModifier

Le texte de Geoffroy de Monmouth a une influence très importante sur les auteurs médiévaux qui s'emparent de la matière de Bretagne pour créer leurs œuvres. Wace dans le Roman de Brut ainsi que Chrétien de Troyes dans ses romans s'inspirent du récit de Geoffroy de Monmouth[5]

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Cette volonté expansionniste culmine avec l'histoire du Roi Arthur

RéférencesModifier

  1. Voir par ex. Catherine Daniel, "Les clefs des Prophéties de Merlin au XIIe siècle : exégèses des prophéties exposées par Geoffroy de Monmouth", dans Fabienne Pomel (dir.), Les clefs des textes médiévaux. Pouvoir, savoir et interprétation. Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006, p. 321-339.
  2. Jean-Bernard Elzière, Le décodage des chansons de geste et des romans courtois (XIIe et XIIIe siècles). Bruxelles, 2013, p. 54-78.
  3. Voir David Floch, "Mémoire bretonne et identité anglo-normande. L'image des Bretons armoricains chez Geoffroy de Monmouth et ses continuateurs insulaires (années 1130-1190)", dans Jean-Christophe Cassard, Jean Kerherve et Élisabeth Gaucher (dir.), Vérité poétique, vérité politique. Mythes, modèles et idéologies politiques au Moyen Age, Brest, Centre de Recherche Bretonne et Celtique, 2007, p. 165-191.
  4. Elzière, op. cit., p. 86.
  5. (en) David Staines, The Complete Romances of Chretien de Troyes, Bloomington, Indiana University Press, , 542 p. (ISBN 0-253-35440-4), p. XIII

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

ÉditionsModifier

TraductionsModifier

  • Les Prophéties de Merlin (1134) in Histoire des rois de Bretagne, livre VII.
  • Histoire des rois de Bretagne (1136-1148), trad. Laurence Mathey-Maille, Les Belles Lettres, 1992.
  • La Vie de Merlin (vers 1140, 1148 ?), trad. Isabelle Jourdan, La part commune, 2008.

Études sur Geoffroy de MonmouthModifier

  • A. O. Jarman, Geoffrey of Monmouth. Cardiff, 1966.
  • L. Keeler, Geoffrey of Monmouth and the Late Latin Chroniclers (1300-1500). Berkeley, 1946.
  • R. William Leckie, The Passage of dominion : Geoffrey of Monmouth and the periodization of insular history in the twelfth century. Toronto, Buffalo & London, University of Toronto press, 1981.
  • Philippe Walter, Merlin, ou le savoir du monde. Paris, Imago, 2012, 198 p.