Friedrich Dürrenmatt

écrivain suisse germanophone
Friedrich Dürrenmatt
Description de cette image, également commentée ci-après
Friedrich Dürrenmatt en 1989.
Naissance
Konolfingen, canton de Berne, Suisse
Décès (à 69 ans)
Neuchâtel, canton de Neuchâtel, Suisse
Nationalité Drapeau de la Suisse Suisse
Auteur
Langue d’écriture Allemand

Œuvres principales

Friedrich Dürrenmatt (en allemand : [ˈfriːdrɪç ˈdʏrənˌmat] Écouter;, né le à Konolfingen, dans le canton de Berne, et mort le à Neuchâtel, est un écrivain, auteur de roman policier, dramaturge et peintre suisse de langue allemande.

BiographieModifier

Friedrich Dürrenmatt est né en 1921 à Stalden dans l'Emmental, qui a été absorbée par la commune politique de Konolfingen en 1933. Il est le premier enfant de Reinhold (1881-1965) et Hulda Dürrenmatt (1886-1975), née Zimmermann. Son père est alors le pasteur réformé du village, alors que son grand-père Ulrich Dürrenmatt était un homme politique et un poète. En 1924, nait sa sœur Verena ("Vroni" ; † 2018). En octobre 1935, la famille déménage à Berne, où le père devient pasteur à la maison des diaconesses. A cette époque, la crise économique mondiale se fait également sentir en Suisse et la bourgeoisie de classe moyenne s'appauvrit. Friedrich Dürrenmatt fréquente d’abord le Freie Gymnasium de Berne, puis l'Humboldtianum, où il a passé sa maturité en 1941[1]. Il n'était pas un très bon élève (note globale : "à peine suffisant"). Il a lui-même décrit sa scolarité comme la "pire période" de sa vie.

Encore à Konolfingen il commence déjà à peindre et à dessiner, un penchant qu'il gardera toute sa vie. Plus tard, il illustrera certains de ses textes, réalisera des esquisses pour les décors de ses pièces et créera toujours des œuvres autonomes. Jeune homme, il veut suivre une formation d'artiste-peintre, mais il est aussi attiré par l’université et étudie à partir de 1941 la philosophie, les sciences naturelles et la philologie allemande à l'université de Berne, et pour un temps, en 1942/43, à l'université de Zurich. Il exprime alors, dans une lettre à son père, son dilemme à choisir entre l’écriture et la peinture :


« Il ne s'agit pas de décider si je vais devenir un artiste ou non, car cela ne se décide pas, on le devient par nécessité. [...] Pour moi, le problème est ailleurs. Dois-je peindre ou écrire ? Je me sens appelé par les deux. »[2]


A Berne, il habite chez ses parents dans une mansarde qu'il a décorée de grandes peintures murales qui seront redécouvertes, dégagées et restaurées seulement au début des années 1990 (voir Dürrenmatt-Mansarde). En 1946, il met fin à ses études sans même avoir commencé la thèse qu'il avait prévue sur Søren Kierkegaard, déterminé à devenir artiste, sous l’impulsion de sa découverte du monde du théâtre qui lui permet justement à combiner l’écrit et le visuel.

 
Max Frisch, Friedrich Dürrenmatt et Lotti Geisler à la Kronenhalle de Zurich en 1966.

Le 12 octobre 1946, Dürrenmatt épouse l'actrice Lotti Geissler (1919-1983)[3]. Le couple vit d'abord à Bâle, où leur fils Peter nait en 1947. La même année Dürrenmatt crée sa première pièce au Schauspielhaus de Zurich nommé Les fous de Dieu. Il s’agit d’une comédie qui se rattache à L'Empire anabaptiste de Münster, qui provoquera un scandale théâtral. Mais n'ayant pas rencontré le succès escompté, l'auteur la retire l'année suivante. Max Frisch qui avait reçu de l'éditeur de théâtre Kurt Reiss le manuscrit de la pièce, reçoit le jeune auteur avec louanges. En 1948, Dürrenmatt écrit sa deuxième pièce, L'Aveugle, qui n'est pas bien accueillie non plus. En 1949, sa troisième pièce, la comédie Romulus le Grand, fut mise en scène à la place de La Tour de Babel, qui n'a pas été achevée et que l'auteur a détruite.

Les premières années en tant qu'écrivain indépendant sont difficiles sur le plan économique pour Dürrenmatt et sa famille. En 1948, la famille bientôt composée de cinq personnes – comptant la venue de sa fille Barbara en 1949, et de Ruth en 1951 – s’installe dans la commune de Gléresse, au bord du lac de Bienne.

Puis la situation financière s’améliore peu à peu, notamment grâce aux commandes de pièces radiophoniques passées par les radios allemandes. De plus, c'est à cette époque que la maison d'édition Arche Verlag devient son éditeur attitré. Ses deux romans policiers Le Juge et son bourreau et Le Soupçon sont d'abord publiés en feuilleton dans le Schweizerischer Beobachter à partir de 1950. En 1952, les Dürrenmatt s'installent durablement dans la maison qu'ils achètent alors au Vallon de l’Hermitage dans les hauts de Neuchâtel[4].

En 1950, Dürrenmatt écrit la comédie Le mariage de Monsieur Mississippi, avec laquelle il obtient son premier grand succès sur les scènes allemandes en 1952, après avoir été refusé par les scènes suisses. En 1956, il obtient une renommée mondiale avec sa tragi-comédie La Visite de la vieille dame. L'immense succès de cette œuvre lui permet en outre de devenir financièrement indépendant. L'échec de la "comédie musicale" Frank V en 1960 est suivi d'un deuxième succès mondial en 1962 avec Les Physiciens. La pièce radiophonique Hercule et l'écurie d'Augias (1963), transformée en pièce de théâtre, ne rencontre à nouveau pas le succès auprès du public. Avec Le météore, sa pièce la plus personnelle, il connut en 1966 son troisième et dernier succès mondial en tant que dramaturge. Dans les années 1960, Dürrenmatt est au sommet de son succès avec ses œuvres théâtrales.

À partir de 1967, il se consacre davantage au travail théâtral pratique, d'abord sur les scènes bâloises, puis, après un infarctus en octobre 1969, à la Neue Schauspiel AG de Zurich, et enfin à Düsseldorf. C'est là qu'ont lieu deux premières de ces nouvelles pièces, Portrait d'une planète et Titus Andronicus.

Dürrenmatt a pris position face aux événements du monde dans des essais, des conférences et des discours officiels, par exemple avec la publication de Sätze aus Amerika (1970), le texte de presse Ich stelle mich hinter Israel (1973) ou encore lors d’une conférence[6] à l'occasion d’un événement de soutien au Printemps de Prague en 1968. En février 1987, il participe à la conférence sur la paix convoquée par Mikhaïl Gorbatchev à Moscou. En 1990, il prononce un discours devenu célèbre en honneur de la visite du président tchèque Václav Havel intitulé La Suisse - une prison. On sait après l’affaire des fiches qu’en conséquence à ses prises de position, Dürrenmatt a été espionné par la police fédérale pendant cinquante ans.[5]

 
Friedrich Dürrenmatt, Prometheus, Menschen formend

Tout au long de sa vie, Dürrenmatt scrute la tournure d’un monde alors au bord de l’implosion. Il se l’approprie, le réécrit. Et surtout, il le peint, le dessine, le caricature, dans une énergie expressionniste formidable. Albrecht Dürer, Jérôme Bosch, Pieter Bruegel, Jean-Baptiste Piranèse, Francisco de Goya ou encore son ami Varlin inspirent le peintre Dürrenmatt, qui détourne les classiques, tord la mythologie ou la religion. Ses tableaux restent son jardin secret, il ne les vend pas et les expose peu. Car comme il le dit lui-même:


« Par rapport à mes œuvres littéraires, mes dessins ne sont pas un travail annexe, mais les champs de bataille, faits de traits et de couleurs, où se jouent mes combats, mes aventures, mes expériences et mes défaites d’écrivain »[6].


Le 16 janvier 1983, sa femme Lotti décède. Un an plus tard, il accepte de participer à un documentaire que lui consacre la réalisatrice Charlotte Kerr (1927-2011). Cette rencontre professionnelle est un coup de foudre intellectuel et amoureux. Ils se marient l’année suivante.

 
Centre Dürrenmatt Neuchâtel

A 64 ans, Dürrenmatt vit alors un renouveau artistique. Il peint et dessine beaucoup, et en parallèle, il poursuit un travail monumental d’écriture, La mise en œuvre, commencées 20 ans plus tôt. Ces « matières » forment une autobiographie qui mélange souvenirs, fictions et réflexions philosophiques. Elles créent une mosaïque littéraire inclassable, à l’image de son créateur. Peu avant son 70e anniversaire, alors que tout le monde s’affaire à organiser les festivités, Dürrenmatt meurt d’une crise cardiaque, le 14 décembre 1990. Charlotte Kerr a évoqué ses souvenirs de cette période commune dans son livre La femme au manteau rouge.

De son vivant Dürrenmatt avait négocié le don de ses manuscrits à la Bibliothèque nationale suisse sous la condition de créer les Archives littéraires suisses. En 2000 est inauguré le Centre Dürrenmatt Neuchâtel, un musée de la Bibliothèque nationale suisse, conçu par l’architecte Mario Botta et dédié à étudier, conserver et à transmettre l’œuvre picturale de Friedrich Dürrenmatt en dialogue avec son œuvre littéraire.

ŒuvreModifier

RomansModifier

Romans policiersModifier

Autres romans et récitsModifier

ThéâtreModifier

Pièces de théâtreModifier

Pièces radiophoniquesModifier

  • Der Doppelgänger, 1946, première diffusion en 1961)
  • Le Procès pour l'ombre de l'âne (Der Prozess um des Esels Schatten, 1951)
  • Entretien nocturne avec un homme méprisé (Nächtliches Gespräch mit einem verachteten Menschen, 1952)
  • Stranitsky et le Héros national (Stranitsky und der Nationalheld 1952)
  • Hercule et les écuries d'Augias (Herkules und der Stall des Augias, 1954)
  • La Panne (Die Panne, 1956)
  • Soirée d'Automne (Abendstunde im Spätherbst, 1957)
  • Hercules et les Écuries d'Augias ; Le Procès pour l'ombre de l'âne ; L'Entreprise de la Véga ; Soirée d'automne : quatre pièces pour la radio, traduction de Jean-Pierre Porret, Éditions Rencontre, 1961.

Essais et discoursModifier

Textes autobiographiquesModifier

ConférencesModifier

  • Vom Sinn der Dichtung in unserer Zeit, 1956
  • Israel Lebensrecht

Scénarios de filmsModifier

  • Scénario pour le téléfilm Le juge et son bourreau - Der Richter und sein Henker, 1957
  • Récit et scénario pour le film Es geschah am hellichten Tag, 1958
  • Scénario pour le film Double Jeu (Der Richter und sein Henker) de Maximilian Schell, 1975

Éditions bilingues français-allemandModifier

CorrespondanceModifier

  • Max Frisch-Friedrich Dürrenmatt, Correspondance (Briefwechsel) (19..), Carouge-Genève, Zoé, 1999

Fonds manuscritModifier

En 1987, Dürrenmatt a légué son fonds manuscrit à la Confédération suisse à la condition que cette dernière fonde des Archives littéraires suisses. Celles-ci furent créées et inaugurées en 1991 au sein de la Bibliothèque nationale suisse.

Œuvre picturaleModifier

L’œuvre picturale de Dürrenmatt, dont les prémisses existent déjà très tôt dans sa jeunesse, est resté longtemps méconnu du grand public. Dans ses tableaux « dramaturgiques », Dürrenmatt réinterprète souvent des motifs issus de la mythologie ou de la religion.

Catalogues et livres sur l'œuvre picturaleModifier

Sur DürrenmattModifier

Éditions en allemandModifier

Prix importantsModifier

Adaptations cinématographiquesModifier

La Visite de la vieille dame

  • Hyènes dirigé par Djibril Diop Mambéty, 1992

La Promesse (Das Versprechen)Modifier

Grec cherche GrecqueModifier

  • Grieche sucht Griechin, 1966

La Panne (Die Panne)Modifier

  • La più bella serata della mia vita, 1972 (La Plus belle soirée de ma vie) de Ettore Scola

Le Juge et son bourreauModifier

Romulus der GroßeModifier

CitationsModifier

  • Dans la série américaine Esprits criminels saison 7 épisode 21 (Comme un aimant), un agent cite une phrase de Friedrich Dürrenmatt : « Il n'y a que dans l'amour et le meurtre que nous sommes vraiment sincères ».
  • Une locomotive de l'entreprise de transports des CFF mise en service en 2000 porte son nom[7].
 
Train Durrenmatt
  • Durrenmatt était un fervent supporter du Grasshopper Club Zurich. Il a notamment déclaré: « Après une défaite du Grasshopper, il m'est impossible d'écrire pendant une semaine ».

BibliographieModifier

  • Laurence Dahan-Gaïda, « Dürrenmatt et le théâtre », Coulisses, 13, 1996, 12-20.
  • « Visites à Friedrich Dürrenmatt / Zu Besuch bei Friedrich Dürrenmatt », Neuchâtel, in Nouvelle revue neuchâteloise, no 65, 2000
  • Friedrich Dürrenmatt, Schrifsteller und Maler (19..), Katalog zu den Ausstellungen im Schweizerischen Literaturarchiv Bern und im Kunsthaus Zürich
  • Ulrich Weber, Friedrich Dürrenmatt ou Le désir de réinventer le monde, traduit en français par Étienne Barilier, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2005.
  • Philippe Wellnitz, Le Théâtre de Friedrich Dürrenmatt : De la satire au grotesque, Presses universitaires de Strasbourg 1999. 284 pages.
  • Philippe Wellnitz, „Parodie, Satire, Groteske“, in: U. Weber / A. Mauz / M. Stingelin (Hg.), Dürrenmatt-Handbuch, Stuttgart, J.B.Metzler 2020, p. 353-356.
  • Philippe Wellnitz, “Sortir des voies du labyrinthe moderne par les voix de Babel au Théâtre ? Quelques réflexions sur le langage dramatique de Friedrich Dürrenmatt et Botho Strauss”, in Cahiers du CREL (Mulhouse) 2007, pp.207-212 (6 pages doubles colonnes).
  • Philippe Wellnitz, “Figures d'imposteurs chez Friedrich Dürrenmatt et Peter Weiss: de la double imposture dans le théâtre contemporain (le théâtre dans le théâtre)”, in: Germanica 35/2004, pp.39-50.
  • Philippe Wellnitz,“L'altération du dialogue et sa reconstruction dans le théâtre de Friedrich Dürrenmatt”, in: Cahiers d'Etudes Germaniques 47/2004, (N° “Dialogues” coordonné par J. Ch. Margotton), pp. 83-98.
  • Philippe Wellnitz, “Le grotesque de Friedrich Dürrenmatt. Réflexions sur une notion complexe entre art et littérature”, in : Söring, Jürgen (éd) Actes du Colloque Dürrenmatt (Univ. Neuchâtel 2000), Berne : Lang 2004, pp. 45-61.
  • Philippe Wellnitz, “Le Théâtre de Friedrich Dürrenmatt – Parodies des mythes ?”, in : AGES/Univ. de Brest (éds.) : Actes du Colloque de l’AGES 1998 (Pastiche, Parodie et Paraphrase), pp. 243 - 250, Brest 1999.
  • Philippe Wellnitz, “"Das Einmalige liegt in der Form" A propos de Max Frisch et Friedrich Dürrenmatt”, in: Wellnitz, Philippe (éd.) Max Frisch – La Suisse en question ? [= Collection Helvetica 1], Presses universitaires de Strasbourg 1997, S. 93-106.
  • Philippe Wellnitz, “Langages grotesques dans le théâtre de Friedrich Dürrenmatt”, in : CERAM (éd) : Les songes de la raison. Mélanges offerts à Dominique Iehl, pp. 191-206 [= Contacts, Série III, vol. 26], Berne : Peter Lang 1995.
  • Philippe Wellnitz,“Dürrenmatt und das europäische Theater” [Dossier Friedrich Dürrenmatt], in : Schweizer Monatshefte (Zurich), juin 1994, p. 18-22. (5 pages doubles colonnes).
  • Philippe Wellnitz, “Deutschsprachige Literatur des 20. Jahrhunderts (Canetti, Grass, Dürrenmatt) als Spiegelbild des Interkulturellen”, in: Germanistyka 11/1994 (Univ. Zielona Gora/Polen), p. 93-98.

Notes et référencesModifier

  1. Peter Rüedi, Dürrenmatt, oder, Die Ahnung vom Ganzen : Biographie, Diogenes, (ISBN 978-3-257-06797-2 et 3-257-06797-6, OCLC 761891951, lire en ligne), p. 117 et 119
  2. Centre Dürrenmatt Neuchâtel, « L’oeuvre picturale - Dürrenmatt peintre », sur www.cdn.ch (consulté le )
  3. Rüedi, Peter., Dürrenmatt : oder Die Ahnung vom Ganzen, Diogenes, (ISBN 978-3-257-06797-2 et 3-257-06797-6, OCLC 746225067, lire en ligne), p. 273
  4. (de) Centre Dürrenmatt Neuchâtel, « Dürrenmatt in Neuenburg », sur www.cdn.ch (consulté le )
  5. (en) swissinfo.ch/SonntagsZeitung/ts, « Swiss secret service spied on Dürrenmatt », sur SWI swissinfo.ch (consulté le )
  6. Centre Dürrenmatt Neuchâtel, « Friedrich Dürrenmatt « Remarques personnelles sur mes tableaux et mes dessins » (1978) », sur www.cdn.ch (consulté le )
  7. J@cques Beaud and Partners, « Le Portail Ferroviaire Suisse Chemin de fer fédéraux suisses (SBB-CFF-FFS) RABDe 500 Liste du parc », sur www.railsuisse.ch (consulté le )

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :