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Francis Deron
Naissance
Neuilly-sur-Seine
Décès (à 57 ans)
Paris
Nationalité Française
Profession Journaliste
Spécialité journalisme d'investigation
Autres activités Écrivain, réalisateur de films documentaires
Années d'activité 1977-2009
Distinctions honorifiques Prix Pierre-Simon 2009
Médias
Pays Drapeau de la France France
Fonction(s) principale(s) Rédacteur en chef adjoint du service international du quotidien Le Monde (1997-2005)
Presse écrite Le Monde
Autres médias AFP, Mediapart

Francis Deron, né le 3 mai 1952 à Neuilly-sur-Seine et mort le 31 juillet 2009 à Paris, est un journaliste et écrivain français, spécialiste de l'Asie.

Il est assistant réalisateur pour le film Chinois, encore un effort pour être révolutionnaires !. Puis devenu journaliste il est correspondant à Pékin pour l'AFP de 1977 à 1980 et rejoint le journal Le Monde en 1986, il est alors correspondant en Chine de 1987 à 1997. Il est l'auteur de plusieurs essais dont Le Procès des Khmers rouges. Trente ans d'enquête sur le génocide cambodgien.

Sommaire

BiographieModifier

Francis Deron étudie le chinois lors de ses études secondaires[1].

Le 7 février 1975, sous le pseudonyme d'Edmond Redon, il participe, grâce à l'organisation de Pierre Descargues et Claude Hudelot, à un des célèbres Après-midi de France Culture ayant pour thème « la conspiration du silence », dénoncée par Simon Leys dans Ombres chinoises, en présence de Leys, du général Jacques Guillermaz, de René Viénet et de François Godement[2].

En 1977, il est un des assistants réalisateur du film Chinois, encore un effort pour être révolutionnaires !, il utilise alors le pseudonyme de Al Perreault. Puis il entre à l'AFP où il travaille à Pékin puis à Bangkok, où il suit plus particulièrement les Khmers rouges[3]. Il travaille pour le quotidien Le Monde à partir de 1985 et repart à Pékin en 1988. Il y couvre le deuxième « Printemps de Pékin » qui se termine en juin 1989 par le massacre de la place Tian'anmen. Il s'installe ensuite à Bangkok puis quitte Le Monde pour le site Mediapart[4].

En novembre 2008, l'Institut Choiseul et Pascal Lorot ont été critiqués, lorsque l'institut a supprimé un article de sa revue Monde chinois et envoyé tous les exemplaires au pilon pour en faire sortir une version expurgée. L'article de Francis Deron critiquait les illusions de certains hommes politiques français sur le maoïsme et la révolution culturelle et ses millions de morts[5],[6]. Le tribunal de grande instance de Paris a donné raison à Francis Deron et Pascal Lorot, le plaignant, n'a pas fait appel de la décision. L'article a été publié en soutien dans la revue Commentaire, sur Mediapart et Contrepoints[7].

Il meurt en 2009 des suites d'un cancer[3], après la parution d'un nouvel ouvrage, Le Procès des Khmers rouges[8]. Kang Kek Ieu, dit Douch, est le personnage central du livre. À travers ce portrait, Francis Deron évoque trente ans d'histoire du Cambodge[9]. Il s'engage dans cet ouvrage et prend parti considérant que :

« rien ne doit permettre à des responsables encore vivants d’une telle monstruosité de mourir dans leur lit sans avoir fait face à leurs contemporains leur demandant : qu’as-tu fait là ? Il eût été sans doute impossible d’exprimer ce parti pris avant le procès proprement dit, si les intéressés risquaient la peine de mort, comme il y a soixante ans aux Tribunaux de Nuremberg et Tokyo. Mais dès lors que la peine capitale est exclue, le témoignage ne peut être neutre[10]. »

Pour Francis Deron, le procès de Douch est le premier procès d'un dirigeant communiste responsable dans un gouvernement communiste[11].

À titre posthume, Francis Deron est lauréat du prix spécial du prix Pierre Simon 2009 pour son ouvrage Le Procès des Khmers rouges. Alain Frachon, directeur de la rédaction du quotidien Le Monde, le reçoit en son nom[12].

FamilleModifier

Son épouse Isabelle Landry, née en 1952, spécialiste de l'histoire chinoise, est chercheuse en littérature missionnaire sur la Chine des XVIIe et XVIIIe siècles. Elle est par ailleurs responsable de la gestion scientifique du Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine de l’École des hautes études en sciences sociales[13]. Sa fille, Laure Deron travaille, depuis 2011, pour Veolia Chine dans les secteurs de l'énergie, des déchets et de l'eau[14].

Accueil critiqueModifier

Le sinologue Simon Leys évoque pour son ouvrage Le Procès des Khmers rouges un travail monumental à propos de ce « génocide cambodgien ». Il a profité de son expérience approfondie du maoïsme. Ses deux livres précédents sur la révolution communiste en Chine l'ont superbement préparé pour saisir la nature et la signification du phénomène Khmers rouges[15]. Pour le sinologue René Viénet, Francis Déron « a réalisé une œuvre de démystification et de subversion de quelques vérités officielles pour faire connaître la Chine en France »[8]. La politologue Thérèse Delpech indique : « il avait l'intelligence politique de ce qu'est le totalitarisme. Il appelait un chat, un chat. J'aimais son empathie avec les victimes des catastrophes du XXe siècle en Asie, sa volonté de préserver la mémoire des morts anonymes, sa contribution unique à l'histoire du génocide cambodgien »[8]. L'universitaire Nicolas Lepretre indique : « Par ce livre, Francis Deron rajoute une modeste pierre dans la construction de la mémoire collective cambodgienne, mais également humaine »[16]. L'historienne Perrine Simon-Nahum classe l’ouvrage La Dernière Révolution de Mao. Histoire de la Révolution culturelle 1966-1976 dans la continuité de ceux du sinologue Simon Leys notamment Les Habits neufs du président Mao ou du livre de Francis Deron, Le Procès des khmers rouges[17].

Le dessinateur Séra, d'origine cambodgienne indique « Deron donne un regard neuf sur la disparition d’un tiers de la population, soit 2 millions de Cambodgiens, et se détache de bien des études en chambre et médiocres sur le sujet qui circulent en France », l'ouvrage m'a permis d'apprendre des faits qui m'étaient inconnus[18].

Pour le journaliste François Bonnet, cofondateur de Mediapart dont il assure la direction éditoriale, ses « batailles idéologiques, Francis Deron les menaient avec la rigueur et l'entêtement du journaliste formé à l'école de l'agence de presse. Il haïssait les bavardages approximatifs, les grands cris d'indignation et ces effets de plume qui masquent l'imprécision. Adepte du doute, indépendant jusqu'à l'obsession, méticuleux, il a ainsi pu construire un magnifique itinéraire de journaliste »[19].

PublicationsModifier

LivresModifier

ArticlesModifier

PréfacierModifier

  • Épitaphe pour une révolution de Harold Isaacs (1910-1986) The Tragedy of the Chinese Revolution, trad. de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Landry, éditions Gallimard, Paris, 1989
  • Chine-États-Unis, danger de Richard Bernstein, trad. de l'américain par Béatrice Laroche , éditions Bleu de Chine, Paris, 1998
  • La cinquième modernisation et autres écrits du « Printemps de Pékin » de Wei Jingsheng, trad. du chinois et annoté par Huang San et Angel Pino, postface par Angel Pino, Christian Bourgois éditeur, coll. « Bibliothèque asiatique », Paris, 1997

FilmsModifier

RéférencesModifier

  1. Biographie de Francis Deron
  2. Philippe Paquet, Simon Leys : navigateur entre les mondes, p. 392
  3. a et b Arnaud Dubus, Francis Deron out of Asia, Libération, 10 août 2009
  4. Le Monde avec AFP Décès de Francis Deron, ancien correspondant du Monde en Asie Le Monde 1 août 2009
  5. Les coffres forts de la Chine, Mediapart, Francis Deron.
  6. Emmanuel Lemieux Déron et Viénet censurés pour anti-maoïsme excessif Marianne, 15 septembre 2009 « L'éditeur de la revue Monde Chinois a envoyé au pilon un numéro entier de sa revue pour un article qui critiquait la ministre de la Recherche. Valérie Pécresse avait appelé à une révolution culturelle des Universités. L'expression avait fait bondir l'ancien situationniste René Viénet, rédacteur en chef de la revue, un des premiers sinologues Français à avoir dénoncé le régime de Mao. »
  7. Emmanuel Lemieux « L’ancien "situ" René Viénet crie à la censure de l’éditeur Choiseul », 14 septembre 2009.
  8. a b et c Alain Frachon Francis Deron, ancien correspondant du "Monde" à Pékin et à Bangkok Le Monde, 4 août 2009.
  9. Stéphanie Maupas « "Le Procès des Khmers rouges. Trente ans d'enquête sur le génocide cambodgien", de Francis Deron : la folie criminelle khmer rouge », Le Monde, 11 juin 2009.
  10. Pierre Haski La mort de Francis Deron, un journaliste contre l'omerta asiatique Rue89, 10 août 2009.
  11. Guy Sorman Phnom Penh, le Nuremberg du communisme Le Monde, 9 août 2010 « Le procès de Douch est donc le premier procès d'un apparatchik communiste responsable dans un régime officiellement et réellement communiste (une thèse que je partage avec Francis Deron, auteur du remarquable Procès des Khmers rouges, Gallimard, 2009). Le procès du nazisme fut instruit à Nuremberg, en 1945, celui du fascisme japonais, à Tokyo, en 1946, mais celui du communisme ? »
  12. Prix Pierre-Simon.
  13. Isabelle Landry-Deron
  14. Joshua Shields Tips & Insights - Destined to Build Docket, 22 octobre 2014
  15. Simon Leys The Cambodian genocide. Francis Deron’s The Trial of the Khmer Rouge Monthly
  16. Compte rendu de lecture par Nicolas Lepretre Indomémoires, 25 septembre 2012
  17. Perrine Simon-Nahum, Mao et le grand désordre de la Révolution culturelle 1 octobre 2009 : « On peut ainsi classer l’ouvrage de MacFarquhar et Schoenhals, traduit aux éditions Gallimard, dans la lignée de ceux de Simon Leys (Les Habits neufs du Président Mao. Chronique de la “Révolution culturelle”, Arlea, 2009) ou plus récemment du livre consacré par Francis Deron, journaliste au Monde disparu cet été, au Cambodge (Le Procès des khmers rouges, Gallimard, 2009). »
  18. Séra Le procès des Khmers rouges par Françis (sic) Deron Influences, 14 mai 2009 « Moi qui pensais connaître beaucoup de choses de cette histoire que j’ai tant dessinée, j’y ai par exemple appris des faits comme l’existence à côté du terrible centre S-21, d’un autre lieu sinistre, S24, à la fois centre de stockage et de torture. Le cauchemar continue. »
  19. François Bonnet Francis Deron, la Chine au scalpel 1 août 2009
  20. Lecture critique du livre Les cinquante jours de Pékin. Chronique d'une révolution assassinée par Elizabeth Fouquoire-Brillet Persée (portail), Politique étrangère Année 1990 Volume 55 Numéro 1 pp. 203-204
  21. Alain Frachon Gilles du Jonchay, journaliste Le Monde, 28 octobre 2008 : « Et, tout aussi naturellement, cet intégriste de l'enquête entreprit à partir de 2000 de s'attaquer, pour France 2, à l'un des grands mystères de la République, celui des frégates de Taïwan - la vente de bateaux de guerre français à Taïpeh, l'ennemi de Pékin. Pour retracer cette saga, du Jonchay a travaillé avec un familier de l'Asie, notre collaborateur Francis Deron. Enquête aux meilleures sources, menée à Paris, Pékin, Hongkong ; enquête approfondie durant deux années pleines, mais que les téléspectateurs ne verront pas : production annulée à l'été 2002, film bloqué en sa première mouture par la direction de la chaîne, qui invoqua un "problème d'écriture cinématographique"... »
  22. Chinois, encore un effort pour être révolutionnaires !, sur le site officiel de la Quinzaine des réalisateurs
  23. Mao par lui-même Ubu.com, « Co-directed by René Viénet, Wu Xing-ming et Francis Deron. A film autobiography of Mao Tse-tung, leader of China from 1947 through until his death in 1976, drawn exclusively from his own writings, diaries, speeches and personal notes. Incorporates footage never before seen outside of China. »

Voir aussiModifier