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Fort de Vaujours
Description
Type d'ouvrage fort à massif central
Dates de construction de 1874 à 1882
Ceinture fortifiée place forte de Paris
Utilisation fort de ceinture
Utilisation actuelle futur musée
Propriété actuelle Saint-Gobain, Agglo PVM
Garnison 691 hommes
Armement de rempart 26 pièces
Armement de flanquement 14 pièces
Organe cuirassé une tourelle Mougin modèle 1876
Modernisation béton spécial non réalisée
Programme 1900
Dates de restructuration non réalisée
Tourelles -
Casemate de Bourges -
Observatoire -
Garnison ?
Programme complémentaire 1908 projet non réalisé d'une caserne bétonnée et d'une tourelle de mitrailleuses
Coordonnées 48° 55′ 32″ nord, 2° 35′ 53″ est

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Fort de Vaujours

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Fort de Vaujours

Le fort de Vaujours, situé sur les communes de Courtry (Seine-et-Marne) et Vaujours (Seine-Saint-Denis), est un des forts construits à la fin du XIXe siècle pour défendre Paris.

De 1955 à 1997, le fort a servi de centre de recherches du Commissariat à l'énergie atomique (CEA). En 2010, la société Placoplatre (filiale du groupe Saint-Gobain) rachète à l'Etat environ 30 hectares de la friche industrielle, correspondant à la batterie nord et au fort central[1] pour en faire une carrière de gypse à ciel ouvert, avec les contraintes liées à la pollution du site.

Sommaire

Un fort Séré de RivièresModifier

HistoireModifier

 
Carte postale montrant les défenses autour de Paris.

Lors de la guerre franco-allemande de 1870, les armées allemandes menèrent un long siège autour de l'agglomération parisienne. En conséquence, après cette défaite, la République française ordonne l'aménagement de nouvelles fortifications connues sous le nom de système Séré de Rivières, comprenant notamment une nouvelle ceinture de forts détachés pour défendre Paris. Au total, dix-huit forts, cinq redoutes et 34 batteries furent construits autour de la capitale française entre 1874 et 1881.

Pour le fort de Vaujours, majoritairement bâti sur la commune de Courtry, les terrassements puis la construction en maçonnerie démarrèrent le , se terminant le [2]. Dès l'origine, il comporte une tourelle Mougin pour deux canons de 155 mm. Le fort de Vaujours est unique de par son association de deux batteries annexes connectées par un chemin couvert vers le fort central[3].

En 1894, Vaujours fut au centre des grandes manœuvres d'août-septembre, le scénario comprenant le siège du fort avec sa mise en défense (aménagement des tranchées et des réseaux de barbelés). Le , le président de la République Casimir Perier assite à l'assaut du fort, puis à un banquet de 98 couverts dans la batterie sud[2].

Un projet de 1911 prévoyait une importante modernisation, le fort devant bénéficier d'une caserne bétonnée, de trois abris de remparts et d'une tourelle de mitrailleuses modèle 1899, tandis que chacune des deux batteries annexes devait recevoir une autre tourelle de mitrailleuses et une tourelle de 75 mm R modèle 1905[4].

Les baraquements du fort brûlèrent en 1944 de la faute des occupants. En 1947 la poudrerie de Sevran utilisa les lieux après le passage des Allemands.

DescriptionModifier

Le fort a été implanté à l'extrémité orientale de la butte de Montfermeil, dominant ainsi d'une part à 2,3 km au nord le canal de l'Ourcq et la voie ferrée de Paris-Nord à Anor (venant en Belgique), d'autre part à 5,2 km au sud la voie de Paris-Est à Avricourt (venant de Strasbourg, alors allemande). Pour éviter les angles morts, deux batteries ont été aménagées au nord et au sud[5].

Les fossés de douze mètres de large du fort dessinent un pentagone de six hectares (46 ha pour l'ensemble du terrain, comprenant de vastes glacis), avec deux fronts en direction de l'est-nord-est, deux flancs au nord et au sud et la gorge vers l'ouest-sud-ouest. La défense de ces fossés est confiée à une caponnière double en pointe des fossés de front, deux caponnières simples couvrant les flancs et une dernière pour la gorge. La caserne en maçonnerie s'ouvre en son centre sur une cour fermée (comme dans les forts d'arrêt). L'artillerie est disposée sur deux crêtes (comme sur les forts à cavalier), tout en ayant un massif central. La crête supérieure comportait quinze traverses-abris encadrant les plates-formes de tir[6]. La tourelle Mougin de 155 mm modèle 1876 est implantée derrière la caponnière double, sur la crête d'infanterie ; elle est toujours en place, mais les deux canons ont été enlevés[7],[8].

Les batteries du fort de Vaujours sont situées au nord et sud du fort central, connectées par un chemin couvert :

  • la batterie nord était prévue pour 162 soldats avec six mitrailleuses sous casemates ; elle a été très endommagée par la poudrerie de Sevran, le SNPE et le CEA ;
  • la batterie sud avait aussi six emplacements d'armes ; elle est en très bon état et possède des parties modernes ce qui en fait un condensé de l’histoire du lieu, celle-ci est gérée par une association avec le but d’en refaire un musée (entre autres)[9].

Utilisation par le CEAModifier

À partir de 1955, le site fut occupé par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) comme centre de recherches[10], celui-ci modifia considérablement le fort et ses environs. Le CEA y a mis au point le détonateur de la première bombe atomique française : gerboise bleue[11]. Le CEA y conduisit des essais pyrotechniques, utilisant des tubes à chocs et appareils divers pour étudier les ondes de choc à haute pression dans l’uranium[12]et divers autres matériaux.

Le CEA y a conduit des tirs froids portant sur un total de 600 kg d'uranium naturel, dont environ 150 kg avaient été dispersés autour du fort, jusqu'à parfois un kilomètre[13]. La plus grosse partie en a été récupérée lors des opérations d'assainissement en 2002, mais du fait de la dispersion, le CEA ne peut assurer l'absence de tout marquage résiduel[13].

Le centre de Vaujours ferma ses portes fin 1997. Les activités conduites sur le site par le CEA restent, à ce jour, classées « secret défense ».

Reconversion du siteModifier

Une proposition de résolution (n°2516) « visant à la création d’une commission d’enquête relative aux expérimentations nucléaires réalisées au centre d’études du commissariat à l’énergie atomique de Vaujours-Courtry ainsi que sur les mesures propres à réduire les risques pour les habitants et l’environnement » est présentée à l’Assemblée nationale en juin 2000[14].

Un arrêté inter-préfectoral en date du 22 septembre 2005 instaure des servitudes d’utilité publique sur la totalité du site et précise notamment que « les terres issues de travaux de terrassement, construction ou modification du terrain doivent être stockées sur le site même » et qu’ « un usage résidentiel, des activités agricoles, des activités entraînant la présence régulière d’enfants, les établissements recevant du public et les lieux de rassemblement de personnes sont proscrits »[15]. Le site est alors référencé dans la base de données BASOL sur les sites et sols pollués appelant une action des pouvoirs publics, à titre préventif ou curatif[16].

En 2010, le site est devenu propriété de la société Saint-Gobain par l'intermédiaire de sa filiale BP Placo (Placoplatre) pour 30 ha et de l’ancienne Communauté d'agglomération de Marne et Chantereine (aujourd’hui « Communauté d'agglomération Paris - Vallée de la Marne ») pour 15 ha. Le sous-sol du site du fort de Vaujours est composé de gypse, que Placoplatre souhaite exploiter afin d'alimenter en matière première son usine de Vaujours. Placoplatre entend donc y réaliser une carrière à ciel ouvert. La Communauté d’agglomération Marne et Chantereine a, elle, fini par geler tout projet après avoir envisagé une zone d’activités économiques.

PlacoplatreModifier

En 2015, Placoplatre, filiale du groupe Saint-Gobain, veut en faire une carrière de gypse à ciel ouvert. Des associations de riverains, des associations environnementales et de nombreux élus locaux et nationaux[17] s'opposent à la réalisation de ce projet sur le site du Fort de Vaujours en raison de son passé nucléaire[18].

En 2016, la CRIIRAD avait pointé du doigt des insuffisances quant à la gestion du chantier[19]. Néanmoins, suite à une inspection le 20 avril 2017, l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a jugé globalement satisfaisante la prise en compte de la radioprotection dans le cadre des activités du site (caractérisation radiologique et démolition)[20].

En juillet 2018,l'ASN a souligné la bonne gestion de Placoplatre dans le cadre de la découverte fortuite d'objets contaminés[21].

Pollution du siteModifier

La zone de près de 50 ha couverte par le CEA, s’étendant principalement sur la commune de Courtry (Seine-et-Marne), reste aujourd'hui marquée par de l'uranium naturel et appauvri. La DRIRE reconnaît une contamination résiduelle par des substances radioactives et pyrotechniques[réf. nécessaire]. Le CEA a accepté que la CRIIRAD (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) réalise une étude des pollutions radioactives du site. En 2002, la CRIIRAD émet une alerte sur ce qu'elle estime être « l’importance de la pollution du site », qui aurait été constatée au travers de quelques mesures exploratoires. À la suite de ce rapport (qui n’était pas une cartographie radiométrique complète), le CEA a fait réaliser par SUBATECH une décontamination limitée du site en surface autour des zones marquées radiologiquement et signalées par la CRIIRAD.

Par la suite, la CRIIRAD a émis de très nombreuses réserves à la suite de ces opérations limitées de nettoyage, des réserves qui ont « été très appuyées auprès de tous les acteurs », dixit Bruno Chareyron, responsable du laboratoire de la CRIIRAD. Le rapport de 2002 (rapport CRIIRAD] - Dossier Vaujours / Synthèse et recommandations de la CRIIRAD du 17 septembre 2002)[réf. nécessaire] exprime la nécessité du point de vue de la CRIIRAD d’un dépistage plus approfondi du site (chapitre 3.2, page 10).

En 2011, compte tenu de l'interrogation des écologistes des communes environnantes sur la contamination potentielle des sols, la CRIIRAD et les associations de protection de l'environnement concernées demandent que le fort fasse l'objet d'une nouvelle expertise indépendante avant toute autorisation d'exploitation du site. Le « point chaud » identifié par les associations en 2011 est confirmé en 2014 par une nouvelle mesure de l'ACRO, la CRIIRAD et l'IRSN relevant: « un niveau de rayonnement 10 à 20 fois supérieur au niveau naturel dans une casemate. »[22] En particulier une mesure réalisée par la CRIIRAD a indiqué 3 μSv/h dans une des casemates[23]. L’ASN précise cependant que ces mesures ponctuelles « ne peuvent pas être considérées comme représentatives de l'ensemble du site » et appelle Placoplâtre à « mettre en œuvre les mesures adaptées pour protéger les travailleurs »[24].

En 2014, 25 bâtiments sont détruits, mais le processus est interrompu. Ils reprennent mi-2015 avec l'aval de l'ASN. Les élus locaux dénoncent le fait que le protocole des travaux ne leur ait pas été soumis et que Placoplâtre puisse effectuer un autocontrôle[25].

En 2015, une plainte a été déposée du chef du délit de mise en danger de la personne à raison des travaux de démolition qui ont été accomplis, au cours de l’année 2014, sur le site du Fort de VAUJOURS, en violation d’obligations particulières de prudence ou de sécurité prévues par la loi et le règlement[26]. Le Pôle Santé Publique du Parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire . Les investigations sont menées par l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP)[27].

Il n’existe pas d’études complètes garantissant l’indépendance, la qualité et surtout l’exhaustivité des expertises à l’échelle du site et à la mesure de son histoire. La CRIIRAD rappelle inexorablement qu’il est nécessaire de prendre en compte la contamination radiologique persistante en particulier par de l’uranium appauvri, les pollutions chimiques et les risques de présence d’explosifs en subsurface[28].

Une première pétition[29] demandant la vérité et la transparence a réuni dès 2014 plus de 134 000 signatures.

Une deuxième pétition demandant l'arrêt des travaux a été lancée fin 2017 dans la continuité d'une lettre ouverte signée par plus de 140 élus et associations[30].

Une des principales controverses concerne le non-application principe pollueur-payeur, comme défini par l’article L110-1, II, 3° du Code de l’environnement selon lequel « les frais résultant des mesures de prévention, de réduction de la pollution et de lutte contre celle-ci doivent être supportés par le pollueur. »

DocumentairesModifier

  • Pollution des sols, le scandale caché, documentaire, 2014[31]
  • Kamikazes de Vaujours, Les apprentis sorciers du Nucléaire, 2015
  • Complément d'Enquête : Une secret explosif (France 2, diffusé le 14 décembre 2017)[2]

RéférencesModifier

  1. « L’histoire du site - Fort de Vaujours », sur Fort de Vaujours (consulté le 30 octobre 2018).
  2. a et b « Histoire du Fort de Vaujours », sur https://www.marquis78.fr/.
  3. Jean Puelinckx, Aublet, Jean-Louis & Mainguin, Sylvie, « Vaujours (fort de) », Index de la Ligne Maginot, fortiff.be, (consulté le 11 novembre 2015).
  4. Martin Barros, Les fortifications en Ile-de-France 1792-1944, Association Vauban et IAURIF, , p. 134-135.
  5. « Carte topographique centrée sur le fort » sur Géoportail (consulté le 30 octobre 2018)..
  6. Benoît Pouvreau, « fort de Vaujours », sur http://inventaire.iledefrance.fr/.
  7. Jean Puelinckx, Aublet, Jean-Louis & Mainguin, Sylvie, « Les tourelles cuirassées Mle 1876 du commandant Mougin1 », Index de la fortification française 1874-1914, fortiff.be, (consulté le 6 février 2010).
  8. Cédric Vaubourg, Vaubourg, Julie, « Implantation des tourelles Mougin », Fortiff' Séré, (consulté le 6 février 2010).
  9. Jean Puelinckx, Aublet, Jean-Louis & Mainguin, Sylvie, « Vaujours (batteries de) », Index de la fortification française 1874-1914, fortiff.be, (consulté le 11 novembre 2015).
  10. « Le Centre d'Études Atomiques de Vaujours », Nature Actualités, nos 80-81,‎ (lire en ligne).
  11. « Kamikazes de Vaujours, les apprentis sorciers du nucléaire », sur https://france3-regions.francetvinfo.fr/, (consulté le 15 novembre 2015).
  12. Robert S. Norris, Burrows, Andrew S., Fieldhouse, Richard W., Nuclear Weapons Databook: Vol. V, British, French and Chinese Nuclear Weapons, Westview Press/Natural Resources Defense Council, (ISBN 978-0-8133-1612-3), p. 200.
  13. a et b Seeing a New Future for French Nuclear Site, After the Toxic Dust Has Settled, The New York Times, 2 novembre 2014.
  14. « N° 2516 - Proposition de résolution de M. André Aschieri visant à la création d'une commission d'enquête relative aux expérimentations nucléaires réalisées au centre d'étude du commissariat à l'énergie atomique de Vaujours-Courtry ainsi que sur les mesures propres à réduire les risques pour les habitants et l'environnement », sur www.assemblee-nationale.fr (consulté le 5 juin 2018).
  15. « Arrêté 2005 », sur http://www.seine-et-marne.gouv.fr, .
  16. « BASOL - Ministère de la Transition écologique et solidaire », sur basol.developpement-durable.gouv.fr (consulté le 5 juin 2018).
  17. « Fort de Vaujours : élus et associatifs demandent l’arrêt des travaux de Placoplatre », leparisien.fr,‎ 2017-12-27cet18:16:21+01:00 (lire en ligne, consulté le 26 septembre 2018).
  18. « Uranium du fort de Vaujours : un dialogue en totale fission », sur https://www.humanite.fr/, (consulté le 25 juin 2015).
  19. « CRIIRAD note ».
  20. Lettre de suite d'inspection [1]
  21. « Fort de Vaujours : « La découverte d’objets contaminés ne remet pas en cause la démolition » », sur leparisien.fr, (consulté le 1er septembre 2018).
  22. Le Parisien, « Fort de Vaujours : une pollution radioactive 10 à 20 fois supérieure à la normale » (consulté le 16 avril 2014).
  23. Remarques formulées par la CRIIRAD à propos du réaménagement du fort de Vaujours, CRIIRAD, 3 décembre 2012.
  24. 20Minutes, « Des mesures révèlent une radioactivité 10 à 20 fois supérieure au niveau naturel à la normal sur un point du Fort de Vaujours » (consulté le 16 avril 2014).
  25. « Reprise des démolitions au Fort de Vaujours », echoidf.fr, (consulté le 15 juillet 2015).
  26. hullnudd, « Fort de Vaujours : la plainte a été déposée », sur sauvons.dhuis.fr, (consulté le 4 juin 2018).
  27. « FORT DE VAUJOURS en IDF: radioactif ? », sur Ulule (consulté le 4 juin 2018).
  28. « A1 Remarques CRIIRAD CLCS VAujours », sur http://www.criirad.org/.
  29. « Sign the Petition », sur Change.org (consulté le 6 juin 2018).
  30. « Fort de Vaujours : élus et associatifs demandent l’arrêt des travaux de Placoplatre », leparisien.fr,‎ 2017-12-27cet18:16:21+01:00 (lire en ligne, consulté le 6 juin 2018).
  31. http://teleobs.nouvelobs.com/la-selection-teleobs/20150119.OBS0246/a-voir-ce-soir-pollution-des-sols-le-scandale-cache.html

Voir aussiModifier