Erwin von Steinbach

architecte allemand
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Erwin von Steinbach
StrasbourgCath PortS 02.jpg
Erwin von Steinbach par Philippe Grass
Naissance
Décès
Activités
alternative textuelle
Cathédrale de Strasbourg, vue générale

Erwin von Steinbach (1244 - , Strasbourg) était un architecte et sculpteur allemand, considéré comme le maître d'œuvre de la cathédrale de Strasbourg.

BiographieModifier

Aucune source écrite ne permet de déterminer son lieu de naissance avec certitude[notes 1]. On suppose pourtant qu'il est né à Steinbach, mais il y a matière à doute puisqu'il existe plusieurs localités du même nom : une ancienne commune aujourd'hui rattachée à la ville de Baden-Baden, dans le Pays de Bade, en Allemagne, une commune subsistante, Steinbach, dans le département du Haut-Rhin, sans parler d'autres communes actuelles ou passées, mais plus éloignées géographiquement.

Il est le premier maître d'œuvre attesté du chantier de la cathédrale de Strasbourg. Sa nom apparaît dans un contrat de l'Œuvre Notre-Dame du sous la forme « Werkmeister Erwin »[1],[2]. Il apparaît une deuxième fois dans un contrat de vente du . Une épitaphe située au bas d'un des contreforts de la chapelle Saint-Jean donne des informations sur sa fonction : Anno Do. M CCCXVIII XVI KL Ø Februari Magr. Erwin Gubernator Fabrice Ecclie Argenti. L'appellation de « gouverneur de la fabrique de l'Œuvre Notre-Dame » a été sujet à de nombreuses interprétations. L'épitaphe de son épouse, Husa, « uxor magistri Erwin », et de Jean fils d'Erwin, « magister operis », a conduit les auteurs à faire d'Erwin un des maître d'œuvre de la cathédrale. Deux autres inscriptions, aujourd'hui disparues, ont été relevées. La première indiquait qu'Erwin était le constructeur de la chapelle de la Vierge. La seconde a été rapportée en 1508 par Jacques Wimpfeling[3] : « Anno Domini MCCLXXVII in die beati Urbani hoc glosiorum opus inchoavit magister Ervvinus de Steinbach ». Cette inscription a probablement disparu avant 1732. C'est cette épigramme qui a donné le nom de Steinbach. Le premier voyageur voyageur qui a associé la cathédrale de Strasbourg avec Erwin de Steinbach est l'Anglais Thomas Coryate dans un récit de voyage publié en 1611[4]. C'est à partir du texte de Goethe, Von Deutscher Baukunst (de) (De l'architecture allemande)[5], paru en 1772, que le nom d'Erwin von Steinbach, dont il fait l'éloge comme l'architecte de la cathédrale, va devenir célèbre.

Erwin von Steinbach a souvent été critiqué et abandonné moralement. Sous sa direction, les travaux avancèrent pourtant vite et bien. Il laissa de nombreux plans et dessins destinés à guider le travail de ceux qui poursuivraient son œuvre. Il mourut en 1318, léguant à la cathédrale son cheval, sa règle et ses compas, plus une rente de quatre onces deniers. Son fils Johann, ainsi que sa fille Sabina continuèrent son travail. Sa femme mourut peu après lui et légua à la même œuvre la robe et le manteau de l'architecte. Erwin von Steinbach fut enterré dans un enclos contre la cathédrale. La localisation de sa tombe se perdit et des siècles durant, personne ne sut où elle se trouvait.

En 1816, elle fut découverte par Sulpice Boisserée et Maurice Engelhard, sous un tas de charbon, dans la petite cour de la chapelle Saint Jean-Baptiste! Pour les habitants de Strasbourg, Erwin von Steinbach est souvent considéré comme le seul et unique architecte de la cathédrale.

Le le sculpteur André Friederich demanda au maire de la ville de Steinbach, dans le Pays de Bade, l'autorisation de construire un monument au maître Erwin. Il se rendit à Steinbach, acheta un terrain pour y construire le monument qui fut dévoilé, le . Il porte l'inscription : « Dem Erbauer des Straßburger Münsters Erwin geboren zu Steinbach gestorben zu Straßburg MCCCXVIII (Au fondateur de la Cathédrale de Strasbourg, né à Steinbach, mort à Strasbourg en MCCCXVIII). » Il s'avéra plus tard que le monument avait été financé par la loge des Francs-maçons, qui considèrent que Erwin von Steinbach serait le fondateur de la loge des bâtisseurs de la cathédrale de Strasbourg, une organisation ne prenant ses ordres que du roi ou de l'empereur. Aux yeux des Francs-maçons, la confrérie fondée par Erwin von Steinbach serait l'une des racines de leur organisation.

Outre la cathédrale de Strasbourg, d'autres réalisations de Erwin incluent une partie de la collégiale gothique de Wimpfen[6], la tour de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau[7] ainsi que le chœur gothique de la cathédrale Saint-Étienne de Brisach[8].

FamilleModifier

  • Erwin von Steinbach a été marié à Husa, décédée en 1316 à Strasbourg. Deux fils sont connus[9] :
    • Jean, décédé le , a poursuivi l'œuvre de son père à Strasbourg,
    • Gerlach, mort accidentellement en 1330, maître d'œuvre de la collégiale Saint-Florent de Niederhaslach à partir de 1295. Il a été inhumé dans l'église.

PostéritéModifier

En , Goethe fait paraître à Francfort un court texte dont le titre, Architecture allemande, cache le sujet précis : il s'agit d'un hymne à la gloire de la cathédrale de Strasbourg (il l'a visitée en 1771) et de son concepteur, Erwin de Steinbach[10].

IconographieModifier

Le double portail sud de la cathédrale est orné notamment d'une statue moderne d'Erwin von Steinbach tenant à la main un plan de la cathédrale, et de celle de sa fille Sabine. Les statues originales ont été réalisées en 1866 par Philippe Grass et se trouvent au Musée de l'Œuvre Notre-Dame[11].

Un buste d'Erwin von Steinbach, réalisé par Landolin Ohmacht, est exposé dans le Walhalla en Allemagne.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Le bénédictin Philippe-André Grandidier, chanoine et archiviste de l'évêché de Strasbourg, indiquait cependant, en page 41 de son ouvrage Essais historiques et topographiques sur l'église cathédrale de Strasbourg, publié en 1782, que Erwin de Steinbach aurait été « ainsi nommé parcequ’il était originaire de la petite ville de Steinbach dans le Margraviat de Bade ».
    Philippe-André Grandidier, Essais historiques et topographiques sur l'église cathédrale de Strasbourg, Strasbourg, Levrault, , 436 p., in-8° (notice BnF no FRBNF30532928, lire en ligne).

RéférencesModifier

  1. Marie-Jeanne Geyser, « Le mythe d'Erwin de Steinbach ».
  2. Hans Haug, La Cathédrale de Strasbourg, Éditions des Dernières Nouvelles, , p. 58
  3. J. Wimpfeling, Catalogus episcorum Argentinensium, 1508, p. 41 (lire en ligne).
  4. Thomas Coryate, Coryat's Crudities, James MacLehose and Sons, Glasgow, 1905, volume II, p. 186 (lire en ligne)
  5. Texte sur Zeno.org (1772)
  6. (de) Heinrich Klotz: Der Ostbau der Stiftskirche zu Wimpfen im Tal. Zum Frühwerk des Erwin von Steinbach (Kunstwissenschaftliche Studien, Band 39). München, 1967
  7. (de) Johann Josef Böker und Anne-Christine Brehm: Die gotischen Architekturzeichnungen des Freiburger Münsterturms. In: Freiburger Münsterbauverein (Hrsg.): Das Freiburger Münster. Verlag Schnell und Steiner, Regensburg 2011, S. 323–327. (ISBN 978-3-7954-1685-0); Johann Josef Böker, Anne-Christine Brehm, Julian Hanschke und Jean-Sébastien Sauvé: Die Architektur der Gotik: Die Rheinlande. Müry Salzmann Verlag, Salzburg 2013, Nr. 24. (ISBN 978-3-99014-064-2)
  8. (de) Anne-Christine Brehm: Baumeister und Baugeschichte des Breisacher Münsters. Unser Münster (Münsterbauverein Breisach), Sonderheft 47, 2012, S. 2–23.
  9. Anne Prache, Erwin de Steinbach, dans Dictionnaire des architectes, Encyclopædia Universalis, Paris, 1999, (ISBN 2-226-10952-8), p. 233-234.
  10. Architecture allemande de Goethe, Encyclopaedia Universalis, , p. 47
  11. Serge Dufour, Les Statues de Strasbourg, Coprur, Strasbourg, 1992, p. 13-14

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • (de) Liess Reinhard und Köpke Andrea, Zur ehemaligen Erwin-Inschrift von 1277 an der Westfassade des Straßburger Münsters, dans: Zeitschrift für die Geschichte des Oberrheins tome 137, 1989, p. 105-173 (Allemagne)
  • Marie-Jeanne Geyer, « Le mythe d'Erwin de Steinbach », dans sous la direction de Roland Recht, Les bâtisseurs des cathédrales gothiques, éditions Les musées de la Ville de Strasbourg, Strasbourg, 1989, (ISBN 2-901833-01-2), p. 322-329
  • Isabelle Isnard, « Erwin de Steinbach », dans sous la direction de Pascale Charron et Jean-Marie Guillouët, Dictionnaire d'histoire de l'art du Moyen Âge occidental, Éditions Robert Laffont, Paris, 2009, (ISBN 978-2-221-10325-8), p. 339-340
  • Gilles Pudlowski, « Erwin de Steinbach », in Dictionnaire amoureux de l'Alsace, Plon, Paris, 2010 p. 655-657 (ISBN 978-2-259-20947-2)
  • Théodore Rieger, « Erwin dit de Steinbach », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 10, p. 853

Articles connexesModifier

Liens externesModifier