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En attendant Godot

pièce de théâtre de Samuel Beckett

En attendant Godot
Image illustrative de l’article En attendant Godot
En attendant Godot, Festival d'Avignon, 1978

Auteur Samuel Beckett
Pays Drapeau de la France France
Genre Théâtre de l'absurde
Version originale
Langue français
Version française
Éditeur Éditions de Minuit
Lieu de parution Paris
Date de parution 1952
Date de création
Metteur en scène Roger Blin
Lieu de création Théâtre de Babylone - Paris
En attendant Godot, au festival d'Avignon en 1978. Rufus (Estragon) et Georges Wilson (Vladimir). Photo venant de Gallica.

En attendant Godot est une pièce de théâtre en deux actes, en français, écrite en 1948 par Samuel Beckett et publiée en 1952 à Paris aux Éditions de Minuit. La particularité de ce livre vient du fait que le nombre de scènes n'est ni décompté ni annoncé. La première page du manuscrit français porte la date du «  », et la dernière celle du «  »[1].

Elle a été inscrite dans le courant du théâtre de l'absurde.

CréationModifier

Après l'écriture d'Eleuthéria, où Samuel Beckett s'était retrouvé dépassé par trop d'actions et de personnages, il choisit de s'attaquer à un sujet plus simple[1] : « J'ai commencé d'écrire Godot pour me détendre, pour fuir l'horrible prose que j'écrivais à l'époque »[2], « la sauvage anarchie des romans »[3], déclara l'auteur[1].

La création a eu lieu le [4] au Théâtre de Babylone, avec une mise en scène de Roger Blin qui jouait lui-même le rôle de Pozzo. Il était accompagné de Pierre Latour, Lucien Raimbourg, Jean Martin et Serge Lecointe. Roger Blin a choisi Pierre Louki pour le rôle de Lucky.

RésuméModifier

Deux vagabonds, Vladimir et Estragon, se retrouvent sur scène, dans un lieu (« Route de campagne avec arbre ») à la tombée de la nuit pour attendre « Godot ».

Des inquiétudes naissent : est-ce le bon jour ou le bon endroit ? Peut-être est-il déjà passé ? Que faire en attendant ? Au milieu du premier acte, un autre couple entre en scène : Pozzo et Lucky. Le premier est un homme très autoritaire, le propriétaire des lieux si l'on en croit son discours. Le second est un Knouk, une sorte d'esclave, un sous-homme tenu en laisse, que Pozzo commande tyranniquement. Le jeu continue quelque temps, Estragon reçoit un coup de Lucky mais des os de Pozzo. Pour Vladimir, le traitement subi par Lucky est une honte, un scandale ajoute Estragon.

Pozzo ordonne à Lucky de danser : celui-ci n'arrive qu'à produire une brève « danse du filet ». Puis Pozzo lui ordonne de penser. Jusque-là muet, Lucky se met à « travailler du chapeau » en se lançant dans une très longue tirade d'apparence savante, mais sans aucune ponctuation, morcelée et inintelligible, et il faut l'arrêter de force. Les deux nouveaux venus disparaissent, et les vagabonds se trouvent à nouveau seuls sur scène.

Godot n'est pas venu. Un jeune garçon apparaît, envoyé par l'absent pour dire qu'il viendra le lendemain. Vladimir a l'impression d'avoir déjà vécu cette scène, mais le garçon ne se le rappelle pas. Fin de l'acte I.

Acte II, la lumière de la scène se rallume sur le même décor. Seul l'arbre a changé d'apparence : il a quelques feuilles. Au début de l'acte, en l'absence d'Estragon, Vladimir est « heureux et content », ce qui fait de la peine à Estragon à son arrivée sur scène : « Tu vois, tu pisses mieux quand je ne suis pas là ». Le premier acte semble se rejouer, plus rapide et en présentant des variations. Estragon ne se souvient pas du jour précédent malgré les efforts de Vladimir pour le lui rappeler. Arrivés sur scène, Pozzo et Lucky tombent au sol. L'aide se fait attendre, Estragon souhaitant la monnayer, et Vladimir se lançant dans des tirades sur la nécessité d'agir. Pozzo affirme être devenu aveugle et Lucky est devenu muet, mais il ne se rappelle plus quand, « un jour pareil aux autres ». Les deux vagabonds se vengent des sévices que Lucky avait infligés à Estragon. À la fin de la pièce, le garçon de l'acte I vient délivrer le même message, sans se souvenir être venu la veille. Les deux compères envisagent de se suicider en se pendant à l'arbre. Estragon dénoue sa ceinture, son pantalon tombe. Ils y renoncent car ils cassent la ceinture en voulant s'assurer de sa solidité. Enfin, un dernier échange : « Allons-y » dit Estragon. « Ils ne bougent pas » précise Beckett en didascalie.

AnalyseModifier

Godot est probablement l'œuvre la plus célèbre du dramaturge irlandais, et de nombreux livres et articles ont tenté de découvrir qui était Godot. L'une des tentatives d'explications récurrentes du titre est que Godot serait le mélange du mot anglais « God- » (Dieu) et d'un suffixe français populaire « -ot ». Cette explication donnerait une dimension métaphysique à la pièce : les deux personnages attendent l'arrivée d'une figure transcendante pour les sauver, mais elle ne vient jamais.

Beckett a toujours refusé cette interprétation : « Si j'avais voulu faire entendre cela, je l'aurais appelé Dieu, pas Godot ». Il a lui-même montré qu'il y avait une pluralité d'interprétations possibles : « Du reste il existe une rue Godot, un coureur cycliste appelé Godot ; comme vous voyez les possibilités sont presque infinies ». Quand Roger Blin lui demanda qui ou ce que Godot représentait, Beckett répondit que ce nom lui était venu par association avec les termes d'argot « godillot, godasse », les pieds jouant un rôle prépondérant dans la pièce[1]. Il affirma également n'avoir lu Le Faiseur de Balzac[5], où les personnages attendent la venue d'un « Monsieur Godeau » pour les sauver de la ruine, qu'après avoir écrit Godot[1]. Il a été suggéré qu'il aurait plutôt pu être influencé par un film adapté de Mercadet[6] sous un titre différent avec Buster Keaton, dont Beckett avait été admirateur[7] et qu'il approcha plus tard pour Film.

Beckett précise aussi en janvier 1952 dans une lettre à Michel Polac :

« Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention. [...] Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s'il existe. [...] Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais ce doit être possible. »

La pièce a souvent été vue comme une illustration de l'absurdité de la vie, ou bien comme une réflexion métaphysique sur la condition humaine, avec, selon la mise en scène, un caractère burlesque plus ou moins appuyé.

Une lecture historique ancrant de manière subtile les personnages dans la période des persécutions nazies a été plus récemment développée par Valentin et Pierre Temkine[8].

Premières représentationsModifier

La pièce fit scandale à l'époque. Les premières semaines de représentations, la moitié de la salle sortait avant la fin de l'acte I. D'autres spectateurs agacés restaient pour contrarier le jeu des acteurs en huant, et en faisant du bruit. Godot déclenchait chaque soir des batailles rangées entre les défenseurs de la pièce et les mécontents. La situation a dégénéré un soir en une bagarre et le rideau s'est baissé au début de l'acte II. C'est aussi ce qui l'a rendue célèbre : les gens se déplaçaient pour vivre le scandale, plus que pour découvrir un jeune auteur.

L'acteur qui jouait Estragon, Pierre Latour, ne voulait pas baisser son pantalon à la fin de la pièce, car il trouvait cela ridicule[9]. En apprenant cela, Beckett écrivit à Blin pour lui expliquer que la chute du pantalon était une des choses les plus importantes de la pièce. Après de longues négociations, Latour accepta. Le pantalon tomba. L'effet produit fut assez inattendu : ce fut un des rares moments de Godot où personne ne rit.

Beckett insiste pour que cette pièce soit jouée par des hommes. Il refuse ainsi que des femmes la jouent aux Pays-Bas, expliquant « en riant » dans une interview que « les femmes n’ont pas de prostate, elles ne peuvent pas jouer le rôle d’un homme »[10].

Autour de GodotModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e Deirdre Bair,Samuel Beckett (biographie), traduit de l'américain par Léo Dilé, chapitre XVI « En attendant Godot: Une merveilleuse diversion libératrice », p. 347 à 354, Éditions Fayard, 1990 - (ISBN 9782213025803)
  2. Colin Duckwoth, « The making of Godot », in Casebook on Waiting for Godot, éd. Ruby Cohn (New York, Grove Press, 1967), p. 89.
  3. John Fletcher, postface et notes pour En attendant Godot (Londres, Faber Faber, 1971), p. 108.
  4. Notice sur Bn-Opale Plus
  5. Joué sous le titre de Mercadet le faiseur
  6. Katherine Waugh & Fergus Daly, « 'Film' by Samuel Beckett », Film West, vol. 20,‎ (lire en ligne)
  7. Alan W. Friedman, « Samuel Beckett Meets Buster Keaton: Godeau, Film, and New York », Texas Studies in Literature and Language, vol. 51,‎ (lire en ligne)
  8. Ariel Suhamy, « Samuel Beckett dans l’histoire », La vie des idées,‎ (lire en ligne)
  9. « L'acteur Pierre Latour qui ne voulait pas respecter ce gag par crainte d'être ridicule se vit rappeler à l'ordre par l'auteur, car c'est tout le pathétique de la misère humaine que ce gag met en cause, mêlant humour et compassion. », Franck Évrard, Christine Baron, En attendant Godot, Fin de partie : Samuel Beckett, Ellipses, 1998 ; (ISBN 978-2-7298-6858-1)
  10. Angela Moorjani, Danièle de Ruyter-Tognotti et Sjef Houppermans, Rencontres avec Beckett, “encore”, Leiden / Boston, Brill / Rodopi, , 146 p. (ISBN 978-90-04-34807-3, lire en ligne)

BibliographieModifier

Une bibliographie complète à propos de En attendant Godot est disponible sur le site de l'Université Censier-Paris III.

  • Stéphane Lambert, Avant Godot, Paris, Arléa, 2016.
  • André Derval, Dossier de Presse (1952-1961) : En attendant Godot de Samuel Beckett, Paris, 10/18, 2006 (ISBN 9782264041692)
  • Günther Anders, « Être sans temps. À propos de la pièce de Beckett En attendant Godot », L'Obsolescence de l'homme, Éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2002, p. 243-260.
  • Deirdre Bair, Samuel Beckett (biographie), traduit de l'américain par Léo Dilé, chapitre XVI « En attendant Godot: Une merveilleuse diversion libératrice », p. 347 à 354, Paris, Fayard, 1990 (ISBN 9782213025803)
  • Philippe Zard, Samuel Beckett, En attendant Godot, Paris, Bordas, 1991, coll. "L’Œuvre au clair", 96 p.
  • Hubert de Phalèse, Beckett à la lettre : 'En attendant Godot', 'Fin de partie', Paris, Nizet, 1998 (ISBN 9782707812407)
  • (en) Ciaran Ross, « “Where do we come in”? Responding to Otherness in Waiting for Godot », Études anglaises, Tome 59 2006/1, p. 75 à 90.
  • (en) Colin Duckwoth, « The making of Godot », in Casebook on Waiting for Godot, éd. Ruby Cohn, New York, Grove Press, 1967.

Lien externeModifier

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