Collège classique

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Un collège classique était, au Canada français et plus particulièrement au Québec, un établissement d'enseignement secondaire menant à l'obtention du baccalauréat ès arts (ne pas confondre avec un baccalauréat universitaire). Dès sa fondation au XVIIe siècle jusqu'à la Révolution tranquille dans les années 60s, les 8 ans d'études au collège classique présentaient la seule voie par laquelle les élites québécois pouvaient atteindre l'université et d'autres professions. Ses élèves se tournaient en général vers les professions libérales ou l'état ecclésiastique.

OrigineModifier

La précurseur du collège classique au Québec fut le Collège des Jésuites de Québec[1] (aujourd'hui le Collège Saint-Charles-Garnier) fondé par les Jésuites en 1635 en Nouvelle-France en tant que le premier établissement d'enseignement français en Amérique du Nord[2]. Pendant cette période, le collège recevait principalement des fils des fonctionnaires et des militaires qui gouvernaient la colonie. À la suite de la conquête britannique, le Collège des Jésuites fut fermé et son bâtiment transformé en caserne militaire par les britanniques; tous les biens des Jésuites furent saisis par les conquérants et devinrent propriétés de l'Empire britannique. Les Jésuites furent interdits de pratique, de recrutement, bannis et condamnés à disparaître. Par la suite, l'éducation des bourgeois français canadiens a été confiée au Séminaire de Québec, fondé par l'évêque François de Laval en 1663, et 39 d'autres collèges classiques qui apparaîtraient entre 1635 et 1919. Entre 1765 et 1840, 10 collèges classiques ont été fondé. Entre 1840 et 1919, un collège apparaissait à tous les 3 ans.[3]

L'opposition des cours européennes est si forte que le pape Clément XIV en vient, le 21 juillet 1773, à supprimer la Compagnie de Jésus partout dans le monde. En 1814, la Compagnie est réhabilitée par le pape Pie VII. Le retour des Jésuites au Canada en 1842 ne permet pas de récupérer leurs biens mais ils fondent le Collège Sainte-Marie de Montréal en 1848 et, plus tard, le Collège Jean-de-Brébeuf en 1928. En 1849, ils sont de retour à Québec. Bien qu'ils s'installent dans un nouveau bâtiment à côté de la Chapelle des Jésuites de Québec en 1856, celle-ci ne leur sera cédée qu'en 1907. Le Petit Séminaire de Québec qui deviendrait un des premiers collèges classiques reprit une partie de sa mission d'enseignement destinée à la formation des clercs et des laïcs. Il a servi de modèle aux nombreux autres collèges qui furent fondés au XIXe siècle ailleurs au Québec, ainsi qu'en Acadie et au Manitoba; l'Université de Saint-Boniface entre autres[4].

À la fin de XIXe siècle, les collèges classiques se multipliaient au Québec. Il se trouvaient partout sur le territoire de la province. Chaque région à part la Gaspésie avait son collège. Les villes de Québec et Montréal en avaient un et trois respectivement. Les régions avec le nombre de collège le plus élevé furent de Sainte-Thérèse-de-Blainville et Saint-Jean-sur-Richelieu (13 collèges). À l'origine tous des institutions des garçons, ils commençaient à admettre les filles en 1908, quand le premier collège classique pour les filles ouvrait ses portes.

Les collèges classique disparaissaient dès la fin des années 60 en se fusionnant avec les instituts techniques pour devenir des cégeps.

ContenuModifier

Les collège classiques offraient une première étape de 4 ans de programme secondaire, et une deuxième étape de 4 ans de programme collégiale. Une fois ces programmes complétés, un baccalauréat ès arts était conféré par une des trois universités françaises aux diplômés des collèges classiques affiliés avec ces universités. Le détenteur du BA devrait passer des examens imposés par la Faculté des arts de ces universités pour enfin pouvoir étudier à l'université[2].

Héritier d'un modèle humaniste de la tradition française qui remonte au XVIe siècle, le cours classique se concentrait principalement sur l'Antiquité gréco-romaine et les anciens écrits de Jésuites[2]. L'historien Claude Galarneau donne cette définition du cours classique : « Un enseignement essentiellement littéraire fondé sur l’étude des auteurs, par une lente gradation dans les matières allant de la grammaire à la rhétorique, le tout complété par la philosophie et les sciences[5]. » Les 8 années du cours classique portaient les noms suivants :

  1. Éléments latins ;
  2. Syntaxe ;
  3. Méthode ;
  4. Versification ;
  5. Belles-lettres ;
  6. Rhétorique ;
  7. Philosophie I ;
  8. Philosophie II.

L'année de rhétorique était couronnée par un premier baccalauréat[6].

Critique et disparitionModifier

Avant que l'enseignement secondaire devienne gratuit, assez peu de jeunes fréquentaient le cours classique, qui était également critiqué comme peu adapté au besoin et à la réalité du monde moderne (il était opposé au « cours commercial »). Mettant l'accent excessif sur la Renaissance, le curriculum s'orientait vers la théologie, la philosophie, la classique, les lettres, avec très peu matières sur la mathématique et les sciences. L'enseignement était sous la supervision du clergé catholique. Le taux de raccrochage était 70%. Fréquenter les collèges classiques était un privilège d'une petite minorité à l'époque où le niveau de scolarisation au Québec était le plus bas au Canada.

À la suite du réforme initialisé par le Rapport Parent, la plupart des établissements qui l'offraient ont progressivement cessé d'employer le terme; l'enseignement du grec puis du latin a été abandonné. Les cinq premières années du cours classique sont devenues les cinq années de l'enseignement secondaire dans le système moderne d'éducation au Québec. L'année de rhétorique a été supprimée, et les deux années de philosophie sont devenues les deux années d'éducation pré-universitaire de l'enseignement collégial (cégep).

Notes et référencesModifier

  1. « Les collèges classiques », Encyclopédie de l'Agora
  2. a b et c (en) Roger Magnuson, « Collège classique », sur The Canadian Encyclopedia (consulté le )
  3. Claude Galarneau, « Les collèges classiques au Canada Français », Les Cahiers des dix, no 42,‎ , p. 75–87 (ISSN 0575-089X et 1920-437X, DOI https://doi.org/10.7202/1016238ar, lire en ligne, consulté le )
  4. « Le Collège universitaire de Saint-Boniface », SchoolFinder.com
  5. Claude Galarneau, Les collèges classiques au Canada français, Montréal, Fides, 1978, p. 287.
  6. « L'ordre secondaire et l'ordre collégial au Séminaire de Sherbrooke », Séminaire de Sherbrooke

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Lien externeModifier