Coup d'État de 1987 aux Fidji

Les coups d'État de 1987 aux Fidji entraînent le renversement du gouvernement élu du Premier ministre fidjien Timoci Bavadra, le dépôt d'Élisabeth II comme reine des Fidji et la création d'une république. Le premier coup d'État, lors duquel Bavadra est déposé, a lieu le et le second coup d'État, le , met fin à la monarchie et est de peu suivi par la proclamation de la république le . Les deux coups d'État sont dirigés par le lieutenant-colonel Sitiveni Rabuka, troisième commandant des forces militaires royales des Fidji. Selon les historiens, ces événements peuvent être perçus comme deux coups d'État séparés par une période de quatre mois d'accalmie, ou comme un seul coup d'État commencé le et complété par la déclaration de la république.

ContexteModifier

Avant et après que les Fidji ont obtenu leur indépendance du Royaume-Uni en 1970, les tensions ethniques entre les Fidjiens autochtones et les Indo-Fidjiens (représentant environ 46 % et 49 % de la population de 1987) se traduisent continuellement par des troubles sociaux et politiques. Les élections parlementaires d' entraînent le remplacement du gouvernement conservateur des peuples autochtones conduit par le Premier ministre Kamisese Mara par un gouvernement travailliste multi-ethnique, soutenu principalement par la communauté indo-fidjienne et dirigé par Timoci Bavadra. Sitiveni Rabuka prétexte que les Fidjiens sont victimes de discrimination raciale pour s'emparer du pouvoir. De nombreuses autorités doutent de la véracité des dires du militaire en raison de l'existence de garanties constitutionnelles.

Déroulement des coups d'ÉtatModifier

Le matin du , un groupe de dix soldats masqués et armés entrent dans la Chambre des représentants des Fidji et prennent le contrôle des parlementaires, qui s'étaient réunis là pour la séance du matin. Le lieutenant-colonel Sitiveni Rabuka, habillé en civil, s'approche du Premier ministre Timoci Bavadra installé dans la galerie du public et ordonne aux membres du Parlement de quitter le bâtiment, ce qu'ils font sans résister. Le coup d'État est un succès apparent et est accompli sans perte de vie.

La question n'est cependant pas complètement réglée. En tant que royaume du Commonwealth, le chef de l'État est la reine des Fidji, Élisabeth II. La Cour suprême des Fidji juge inconstitutionnel le coup d'État et le représentant de la reine, le gouverneur général, Ratu Sir Penaia Ganilau, tente en vain d'exercer le pouvoir exécutif. Il ouvre des négociations, connues sous le nom de « pourparlers de Deuba », avec le gouvernement déchu et le parti de l'Alliance, dont la plupart des sympathisants sont des Fidjiens autochtones. Celles-ci aboutissent à l'Accord de Deuba du , qui prévoit un gouvernement d'union nationale qui serait conduit par le gouverneur général et dans lequel les deux parties seraient représentées. Craignant que les acquis du premier coup d'État soient sur le point d'être perdus, Rabuka organise un second coup d'État le .

Réactions internationalesModifier

L'Australie et la Nouvelle-Zélande, les deux nations ayant une influence politique dans la région, sont quelque peu inquiétées par l'événement, mais prennent finalement la décision de ne pas intervenir. Elles décident, cependant, une politique de non-reconnaissance en ce qui concerne le nouveau gouvernement et la suspension de l'aide étrangère, de concert avec les États-Unis et le Royaume-Uni.

Le Parti travailliste australien, considérant l'éviction d'un parti travailliste au gouvernement comme un affront pour le mouvement travailliste mondial, institue un embargo contre les envois à destination des Fidji. Comme l'Australie est le plus important partenaire commercial étranger du pays, il en résulte un grand recul des Fidji dans le commerce international.

ConséquencesModifier

Les Nations unies dénoncent immédiatement le coup d'État, exigeant que l'ancien gouvernement revienne au pouvoir. Le , le nouveau régime proclame la république des Fidji et révoque la Constitution de 1970. Le Commonwealth réplique en excluant immédiatement les Fidji de son organisation.

Une nouvelle Constitution est ratifiée en 1990 et stipule que les postes de président et de Premier ministre, ainsi que les deux tiers du Sénat et une forte majorité de la Chambre des représentants sont réservés à des Fidjiens de souche. Ces dispositions discriminatoires sont abolies par une révision constitutionnelle en 1997.

Les coups d'État déclenchent une forte vague d'émigration des Indo-Fidjiens (en particulier les travailleurs qualifiés), ce qui les rend en minorité en 1994. Encore aujourd'hui, les Fidji n'arrivent pas à se remettre de cette perte de compétences nécessaires.

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