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Camp de Péran

oppidum à Plédran (Côtes-d'Armor)

Camp de Péran
Image illustrative de l’article Camp de Péran
Coupe de l'enceinte, par Viollet-le-Duc.

Lieu Plédran
Type d’ouvrage Forteresse viking
Construction IIe siècle av. J.-C.
Matériaux utilisés Pierres granitiques et schisteuses (désormais vitrifiées)
Démolition Incendie au Xe siècle
Utilisation actuelle Rôle défensif
Contrôlé par Vikings
Protection Logo monument historique Classé MH (1875)
Coordonnées 48° 27′ 34″ nord, 2° 46′ 53″ ouest

Le camp de Péran est une enceinte située en Bretagne qui contient les restes d'une forteresse viking.

Situation géographiqueModifier

Situé à 9 km au Sud-Ouest de Saint-Brieuc dans les Côtes-d'Armor en Bretagne, le camp de Péran est connu des historiens et des archéologues depuis le milieu du XIXe siècle[1]. Il a en effet été découvert en 1845 par le baron Bachelot de La Pylaie[2].

Il se situe au village de Péran et couronne un mamelon à 160 m d'altitude qui domine la vallée de l'Urne, petite rivière traversant la commune de Plédran[1].

Il se présente sous la forme d'une enceinte ovale fortifiée, vitrifiée par un violent incendie. Cette forteresse viking est un site exceptionnel car les vestiges de la présence des vikings se révèlent très rares en France. Ils se réduisent en effet à la sépulture de Pitres en Normandie, deux sépultures naviformes, la sépulture à barque de l'ile de Groix (Morbihan), ainsi qu'une possible incinération viking dans l'est du Cotentin (le retranchement de Hague-Dick n'est pas encore authentifié comme une occupation scandinave). Aussi, le camp de Péran est donc un site exceptionnel et très bien conservé[1].

Il est considéré d'après la tradition locale comme un oppidum gaulois par la suite devenu un fort romain. Cette opinion populaire ne manque pas de vraisemblance, car l'enceinte domine l'importante voie romaine (connue aujourd'hui encore sous le nom de Chemin de Noé) qui se rend de Corseul par Yffiniac, vers Carhaix. Elle n'en est éloignée que de 300 à 400 pas du côté de l'Est.

Il est connu dans la région sous le nom de Pierres Brûlées, à la suite d'un incendie dont la violence se traduisit par la vitrification du rempart, les pierres ayant fondu et s'étant soudées entre elles[3].

LégendesModifier

Une légende dit que les Moines Rouges, ou les Templiers, y auraient enterré une merveilleuse châsse d'or contenant le corps de sainte Suzanne ainsi qu'une partie de leur trésor.

Une autre légende dit que le feu de l'incendie provoqué au Xe siècle aurait duré sept années entières[2].

Certaines légendes racontent enfin qu'un souterrain permettait de quitter secrètement le camp. Les archéologues n'en ont cependant pas retrouvé de trace.

Origines et spécificitésModifier

Point stratégique, le camp couvre 1 hectare et se compose de deux enceintes concentriques formées chacune par un parapet et un fossé; le rempart intérieur qui est le plus élevé a subi l'action du feu affectant la forme d'une ellipse (134 m au grand axe et 110 au petit). Cette forme ronde, cette double enceinte et ces deux fossés font du Camp de Péran un monument absolument semblable aux châteaux de verre d'Écosse.

Les « châteaux de verre » ont été signalés pour la première fois en Écosse vers 1778 par le géologue John Williams[4]. Son mémoire publié à la Royal Society of Edinburgh fut vivement commenté dans l'Europe savante des Lumières et donna lieu à des recherches qui firent découvrir quelques établissements de même nature en France, en Allemagne (Strongberg et Lobeau) et dans certaines îles de la Méditerranée. La plupart du temps n'avait pu être relevé que des parties très frustes de ces curieuses fortifications quand en 1845 fut exhumé le Camp de Péran qui donna lieu à plusieurs reprises, à d'intéressants travaux dans le pays. Au début du Second Empire, le terrain fut acheté par l'État. Le camp fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1875[5].

En Écosse, la tradition populaire en rapporte l'érection aux premiers peuples gaéliques, et dans les travaux sur l'origine de Péran l'on peut voir soutenir les deux thèses suivantes: certains l'attribuent aux premiers occupants de l'Armorique et en font un contemporain des premiers habitants de Rome, d'autres en ont fait l'un des camps retranchés des Bagaudes.

ConstructionModifier

La construction du parapet supérieur est des plus curieuses et a longtemps exercé la sagacité des chercheurs. À la suite des fouilles pratiquées à plusieurs reprises a pu être établi qu'il fut construit de la manière suivante.

Au-dessous d'une couche de terre végétale de 0,20 m à 0,25 m, se trouve un muraillement en pierres sèches comprenant un noyau central composé de scories et de matières vitrifiées d'une couleur brun-rougeâtre. C'est une pâte vitreuse assez semblable au laitier des hauts fourneaux dans laquelle sont noyés des fragments de toutes grosseurs de quartz et de grès réfractaires.

La couche superficielle a subi, sous l'influence des agents extérieurs, un commencement de décomposition et présente une teinte grisâtre assez faible, tandis que le centre est au contraire très dur et se casse sous la pioche en produisant une poussière blanche. De plus, les talus sont formés par une masse d'argile rouge qui présente au contact du mur des traces assez profondes de cuisson. Par ailleurs, l'aire du parapet est recouverte de larges dalles posées à plat. En examinant de près ce singulier assemblage, on remarque que la vitrification est assez régulière ; tantôt la pâte vitreuse a pénétré profondément dans la muraille, formant du parapet entier une masse compacte et dure, tantôt elle a seulement couvert les pierres d'une sorte de vernis qui les soude les unes aux autres, la partie vitrifiée présentant finalement de nombreuses soufflures où l'on peut recueillir des charbons de bois.

Enfin, au ras du dallage inférieur se situe de place en place d'assez larges cavités ou l'on retrouve des cendres et des fragments de bois carbonisés. Les pierres granitiques qui forment la voûte de ces sortes de fonts ont une coloration rougeâtre qu'elles semblent avoir acquise sous l'influence d'un feu violent. Certes l'action du feu est indiscutable, mais la question est de savoir dans quelles circonstances elle a été produite.

C'est ce qui a longtemps partagé les archéologues. Certains y ont vu le résultat d'un immense incendie postérieur à la construction du camp, d'autres au contraire, y ont reconnu une action intentionnelle, une méthode spéciale de construction. C'est ce dernier qui a prévalu, étant donné en effet qu'en divers points de l'Europe, forts éloignés les uns des autres, on observe des constructions présentant des caractères absolument identiques. Il paraît peu probable que leur formation soit le résultat d'un accident. Il faut de plus noter que dans les fouilles, tant en Écosse qu'à Péran, les archéologues ont observé que les pierres du couronnement étaient le plus souvent intactes ou tout au moins à peine altérées, tandis que les masses vitreuses, les charbons et les cendres se trouvent en plus grande quantité dans les parties profondes du parapet.

Récentes fouillesModifier

Sept années de fouilles organisées sur le site par Jean Pierre Nicolardot, chercheur au C.N.R.S. entre 1983 et 1990 laissent penser que le camp de Péran, occupé à plusieurs périodes, dont la période gauloise ainsi qu'à l'époque des incursions viking, pouvait être utilisé, à l'époque de sa destruction, par les envahisseurs venus du Nord[1].

On y a en outre découvert près du rempart, à l'intérieur de l'enceinte, entre autres choses, un chaudron en tôle de fer semblable à celui retrouvé dans la tombe d'un chef viking à l'île de Groix ainsi qu'un denier d'argent frappé en 905 et 925 par les Scandinaves qui s'étaient alors installés à York en Angleterre[3].

Sous les éboulis, on a aussi découvert des fers pour poneys, des étriers, des épées, des cardes et des restes de tissu de laine[2].

À l'intérieur de l'enceinte, sous un éboulis, les chercheurs ont découvert un puits de 8 mètres de profondeur. On y a aussi trouvé des ustensiles de cuisine en bois (dans un état de conservation surprenant), des armes (lances, pointes de lances, épées), des tranchants de bêches et beaucoup de pierres. Tout au fond, une dalle de schiste, ronde et percée d'un trou en son centre, assurait la propreté du fond du puits tout en laissant passer l'eau. Désormais, le puits, dont l'eau ne tarit pas, est recouvert d'une grille métallique[2].

 
Incursions Vikings des IXe et Xe siècles en Bretagne.

La datation au carbone 14 situe l'incendie qui provoqua la vitrification en 915, (avec plus ou moins 20 ans). Or, des textes situent le débarquement du bouteur de Normands, Alain Barbetorte, à Dol, en l'an 936. Le futur Alain IV, dit Barbetorte, aurait ensuite gagné l'embouchure du Gouët et aurait bataillé contre des Vikings, retranchés dans un camp. Le doute persiste néanmoins quant au fait que ce soit le camp de Péran[6].

ClassementModifier

Classé Monument Historique depuis 1875, Péran appartient à l'État pour ce qui est des remparts et des fossés et à la commune de Plédran en ce qui concerne l'intérieur. Il a également été inscrit par les britanniques en 1957 à l'inventaire des fortifications du 2e Âge du fer[1].

ExpositionsModifier

Au centre de Plédran, une galerie d'exposition conçue comme un centre d'interprétation nous fait découvrir des pièces archéologiques mais surtout des panneaux illustrés de dessins dus à Paula Giauffret et de photos proposant une explication historique de cet ouvrage étonnant et montrant une partie peu connue de l'Histoire de la Bretagne (située entre 900 et 950 apr. J.-C.).

Pour en savoir plus, il existe une association, l'Association des Amis du Camp de Péran située 17 rue du centre 22960 Plédran.

Jean Markale, dans le Guide de la Bretagne mystérieuse aux éditions Tchou, affirme que c'est une forteresse gauloise, du même type que celle du camp d'Arthus, dans la forêt d'Huelgoat, mais plus petite, et qui a été réutilisée par les Romains.

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e http://membres.multimania.fr/pledran/Peran/fr-peran.htm
  2. a b c et d http://www.pledran.fr/Le-camp-de-Peran.html
  3. a et b http://www.wikiarmor.net/Camp_de_P%C3%A9ran
  4. John Williams (1730-1795) géologue, minéralogiste et archéologue, originaire du pays de Galles, auteur d'un important traité en 2 volumes sur la géologie de l'Écosse à la fin du xviiie siècle : (en) John Williams, The Natural History of the Mineral Kingdom, Édimbourg, T. Ruddiman, .
  5. Notice no PA00089399, base Mérimée, ministère français de la Culture
  6. Jean-Christophe Cassard, Le Siècle des Vikings en Bretagne, Éditions Jean-Paul Gisserot, 1996, p. 94 (ISBN 978-2-8774-7214-2 et 2-8774-7214-0)

Voir aussiModifier