Broad church

La broad church (« Église large » en français) est un terme anglophone qui désigne la tradition latitudinarienne au sein de l'Église d'Angleterre en particulier, et de l'anglicanisme en général. « Latitude » est à prendre ici dans le sens de « liberté » ; les latitudinariens ou latitude men sont ceux qui, dès le XVIIe siècle, ont défendu la liberté dogmatique à l'intérieur de l'anglicanisme, s'opposant ainsi tant au catholicisme qu'au calvinisme dont les dogmatiques sont très précises et détaillées. En Angleterre (mais non aux États-Unis), l'expression broad church a aujourd'hui acquis une connotation de libéralisme théologique. En anglais, le terme est également souvent utilisé pour caractériser toute organisation, par exemple politique, qui englobe un large éventail d'opinions.

Origine et première utilisation de l'expressionModifier

Après les termes de Haute Église et Basse Église caractérisant d'une part la tendance vers le ritualisme et l'anglo-catholicisme, et d'autre part la tendance vers le calvinisme et l'évangélisme, le terme de « broad » (« large ») fut introduit pour désigner les anglicans souhaitant tolérer et inclure dans l'anglicanisme une importante diversité de vues théologiques et ecclésiales. L'expression « broad church », semble-t-il due à A. H. Clough, était largement répandue à la fin du 19e siècle pour désigner les Anglicans opposés à des dogmes précis en théologie et cherchant à interpréter les formulations anglicanes dans un sens large et libéral[1]. Parmi eux, les contributeurs à des Essais et Critiques, paru en 1860, et A. P. Stanley[1]. Les paroisses associées à cette tradition incluent logiquement un mélange de haute et basse Églises, ce qui reflète le plus souvent les préférences liturgiques et doctrinales éclectiques des ecclésiastiques comme des laïcs, l'accent étant mis sur la liberté de choix accordée à chaque paroissien.

Évolution de l'usage ecclésialModifier

Au Royaume-UniModifier

Broad church est maintenant de plus en plus utilisé en référence au libéralisme dans l'Église d'Angleterre. Par exemple, Rowan Williams, l'ancien archevêque de Canterbury, dans son « texte de réflexion » Le défi et l'espoir d'être anglican aujourd'hui, un essai paru en 2006[2], décrit ainsi les trois « composantes de notre patrimoine » : le « protestantisme évangélique strict », le « catholicisme romain » et le « libéralisme religieux », admettant que « chacun d'entre eux a sa place dans la vie de l’église ». Cela correspond aux trois traditions de l'Église d'Angleterre : low church, high church et broad church. Parmi ceux qui sont modérés (middle of the road) en termes de préférences liturgiques, le terme « broad » est à présent généralement employé pour décrire ceux qui inclinent vers le protestantisme libéral, tandis que le terme « central » décrit ceux qui ont des idées conservatrices sur le plan théologique. « Broad church » inclut en général ceux qui sont aussi culturellement conservateurs, et favorables à une Église anglicane inclusive, y compris les anglicans évangéliques, les « centristes », les « libéraux » ou « progressistes », les « high church » et les « anglo-catholiques », mais en excluant les fondamentalistes à un extrême et les papistes à l'autre extrême. 

Aux États-UnisModifier

Dans l'Église épiscopalienne des États-Unis, le terme « broad church » n'a pas acquis la même connotation : il désigne tous ceux dont la pratique liturgique n'est ni Haute Église ni Basse Église et qui peuvent donc, du point de vue théologique, être soit conservateurs (« central churchmanship » dans l'Église d'Angleterre) soit libéraux (« broad church » ou « liberal » dans l'Église d'Angleterre).

Utilisations non religieuses de l'expressionModifier

Le terme de « broad church » est parfois utilisé pour parler de partis politiques qui cumulent en leur sein de nombreuses opinions parfois contradictoires, comme ce fut notamment le cas du Parti travailliste[3],[4],[5],[6].

Autre exemple, le professeur d'études des sciences et technologies à l'université d'Édimbourg Robin A. Williams, chercheur interdisciplinaire dans le domaine des sciences et de la technologie, a publié avec son collègue David Edge un article mondialement reconnu sur le broad church du modèle social de la technologie[7].

Notes et référencesModifier

  1. a et b (en) F. L. Cross, 1957, p. 199
  2. (en) Rowan Williams, « The Challenge and Hope of Being an Anglican Today: A Reflection for the Bishops, Clergy and Faithful of the Anglican Communion », Site officiel du Dr. Rowan Williams,
  3. (en) Matthew Worley, The Foundations of the British Labour Party : Identities, Cultures and Perspectives, 1900-39, Ashgate Publishing, Ltd., (ISBN 978-0-7546-6731-5, lire en ligne), p. 2
  4. (en) Gerry Hassan, The Scottish Labour Party, Edinburgh University Press, , 255 p. (ISBN 978-0-7486-1784-5, lire en ligne), p. 25
  5. (en) Paul Corthorn et Jonathan Davis, British Labour Party and the Wider World : Domestic Politics, Internationalism and Foreign Policy, I.B.Tauris, , 288 p. (ISBN 978-0-85771-111-3, lire en ligne), p. 191
  6. (en) Dick Richardson et Chris Rootes, The Green Challenge : The Development of Green Parties in Europe, Routledge, , 288 p. (ISBN 978-1-134-84403-6, présentation en ligne), p. 60
  7. (en) Robin William et David Edge, « The social shaping of technology », Research policy, 25(6), 1996.

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Owen Chadwick, The Victorian Church, vol. 1, 1960
  • (en) F. W. Cornish, The English Church in the Nineteenth Century, 2 volumes, Macmillan, 1910 (voir particulièrement : vol. 1, pp. 186–196 et 299-316 ; vol. 2, pp. 201–244).
  • (en) F. L. Cross (éd.), The Oxford Dictionary of the Christian Church, Oxford University Press, Broad Church, 1957, p. 199.
  • (en) Tod E. Jones, The Broad Church: Biography of a Movement, Lanham, Maryland : Lexington Books, 2003 (ISBN 978-0-7391-0611-2).