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Bombardements de Nantes

Histoire de France

Les bombardements des 16 et 23 septembre 1943 sont des bombardements aériens stratégiques menés par les Alliés sur Nantes en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces bombardements furent les plus meurtriers et les plus dévastateurs que connut l'agglomération nantaise (Nantes, Saint-Herblain,...) sur l'ensemble du conflit.

Les objectifsModifier

Les objectifs des escadrilles étaient la destruction du port de Nantes, plus exactement les navires d'assistance aux sous-marins et aux raiders allemands (pétroliers et supply-ships) amarrés sur le quai de la Fosse[1], ainsi que, à 5 km au sud-ouest de Nantes et de la Loire, la base d'aviation militaire allemande de Château-Bougon[2], à partir de laquelle la Luftwaffe faisait décoller des avions allant bombarder l'Angleterre[3] (déjà, l'usine d'aviation située à proximité avait été au trois quarts détruite lors d'un précédent raid le 4 juillet 1943[4]). Mais au lieu de voler dans le sens de la Loire pour prendre les quais en enfilade, les bombardiers qui arrivaient du Nord traversèrent la ville perpendiculairement à très haute altitude[5], éparpillant leurs bombes sur la ville de telle sorte que la plupart n’atteignirent pas leurs cibles et s'écrasèrent dans le centre-ville[6].

Il semble que le quai et les ponts n'aient pas été atteints puisque, moins d'un an après en août 1944, l'armée allemande prendra soin de les saboter avant d'évacuer la ville, afin de retarder l'avance de l'armée américaine[7].

La défense allemande et la défense passiveModifier

Dès 1938, Nantes s'était dotée d'un système de défense passive (dont le siège se trouvait dans l'Hôtel Rosmadec, un des bâtiments de l'Hôtel de ville[8]) permettant aux habitants de se mettre aux abris[6], mais côté allemand, il n'y a pas eu de réaction de la Flak (défense anti-aérienne)[5]. Pendant le second bombardement du 23 septembre, les Allemands mettent en place des écrans de fumée pour brouiller la visibilité[8].

Les bombardementsModifier

Le centre de Nantes n'ayant jamais été bombardé, la population civile nantaise n'a pas pris au sérieux les alertes déclenchées, étant habituée depuis plusieurs mois à ce que celles-ci annoncent des avions qui allaient finalement bombarder Saint-Nazaire. Ainsi, rares furent les personnes qui prenaient le chemin des abris lorsque les sirènes retentissaient[5]. Pourtant, au 16 août 1943, Nantes avait déjà connu 373 alertes et 9 bombardements qui avaient causé la mort de 33 personnes[8].

16 septembre 1943Modifier

Peu après 15 h 30[9], les sirènes donnent l’alerte[10]. Environ dix minutes plus tard, 147 forteresses B17 de la 8e Air Force américaine survolent la ville[11].
À 16 heures 05[10], les Américains larguent les premières bombes sur le centre de Nantes. Différents quartiers sont touchés, tels la butte Sainte-Anne ou les Ateliers et chantiers de Bretagne[12]. De son côté, l’Hôtel-Dieu, qui accueille 800 malades, sera touché par 47 bombes[13], faisant 40 morts et 36 blessés au sein du personnel hospitalier[14].
En un quart d’heure, 1 450 bombes s’abattent sur 600 points de chute dans la cité et son agglomération[11]. Le centre, gravement touché, reçoit 130 projectiles déclenchant de nombreux incendies[15], notamment le secteur de la rue du Calvaire, de la place Royale et de la basilique Saint-Nicolas.

23 septembre 1943Modifier

Un nouveau raid aérien est lancé contre la ville, les objectifs des Alliés n’ayant pas été totalement atteints le 16 septembre. Six groupes de la 8e Air Force[16] ont ordre de bombarder le port de Nantes. À h 14[16], les premiers avions survolent la ville et l’alerte est déclenchée. À environ h 20, les premières bombes sont lâchées sur la zone portuaire.

À 18 h 55, une nouvelle alerte retentit[17] : une centaine de B17 reviennent bombarder la ville[18].

BilansModifier

Bilan humainModifier

Au total, 1 463 civils sont tués lors de ces bombardements[10] et plus de 2 500 blessés sont recensés[19]. Une chapelle ardente est installée au musée des beaux-arts[20]. Dans les jours qui suivent, 10 000 personnes sont sans-abri.

Bilan matérielModifier

Plus de 700 maisons et immeubles sont détruits[21] ; 3 000 sont inhabitables. L’Hôtel-Dieu est durement touché (60 % des bâtiments sont inutilisables) et amène l'hôpital Saint-Jacques à devenir le principal hôpital nantais avant la reconstruction d'un nouvel Hôtel-Dieu (mis en service en 1964). Des milliers de tonnes de sucre sont détruites à la Chambre de commerce. Selon un témoin, les grands magasins Decré ne sont plus « qu’un gigantesque squelette couché »[22]. Sur le quai de la Fosse, la maison des Tourelles, très endommagée, sera démolie par la suite.

ConséquencesModifier

À la suite de ces trois bombardements, un exode massif de Nantais (près de deux tiers des habitants) a lieu vers les villes alentour : Thouaré, Vertou, La Chapelle-sur-Erdre,…[23] Un avis à la population est lancé[24].

La population nantaise conçoit une certaine rancœur née de l'imprécision tragique de ces bombardements, élément qui peut expliquer en partie une certaine lenteur dans le développement du mouvement résistant à Nantes à la fin de la guerre[25]. S'appuyant sur ce ressentiment[25], la propagande vichyste et la presse collaborationniste saisissent une nouvelle fois l'occasion pour dénoncer les bombardements faits sur des villes, en qualifiant les pilotes alliés de « pirates anglo-américains » qui tuent hommes, femmes et enfants, prétendant que ces bombardements n'étaient pas justifiés car la ville de Nantes ne présentait aucun intérêt stratégique[6].

Malgré les dégâts importants et le nombre de victimes, la plupart des Nantais n'en garderont visiblement pas une rancœur tenace et feront même un accueil joyeux aux troupes américaines lors de leur entrée dans la ville, le 12 août 1944[7], même si à cause de ces bombardements, beaucoup d'entre eux ne participeront pas aux festivités[5].

MémoireModifier

En 2014, l'Esplanade des Victimes-des-bombardements-des-16-et-23-septembre-1943 y est baptisée à l'angle du cours Olivier-de-Clisson et du boulevard Jean-Philippot[26]

Chaque année, des cérémonies commémoratives ont lieu le 16 septembre au cimetière de la Chauvinière où sont enterrées les victimes[27].

Un odonyme local à Saint-Herblain (rue du 16-Septembre) rappelle ces événements.

RéférencesModifier

  1. Les bombardements de Nantes sur archeosousmarine.net
  2. Stéphane Vandangeon, « Nantes. Un documentaire et une exposition sur les bombardements de 1943 », Le Télégramme, (consulté le 22 novembre 2015)
  3. Les escadres de la Luftwaffe à Nantes-Château-Bougon
  4. (en) Luigi Vallero. "France's Oceanic Gateway". Airports of the World (Key Publishing Ltd). pp. 64–67. - juillet–aout 2009
  5. a b c et d Nantes sous les bombes alliées - Une histoire oubliée de la France en guerre, wocomoDOCS
  6. a b et c Erwan Le Gall, « Nantes et les bombardements de septembre 1943 », sur En Envor (consulté le 16 septembre 2013)
  7. a et b Il y a 70 ans, Nantes libérée, le 12 août 1944
  8. a b et c ONAC, « Les bombardements de Nantes - 16 et 23 septembre 1943 - 60e anniversaire » [PDF], sur onac-vg.fr (consulté le 23 novembre 2015)
  9. Patrick Thomas, Nantes Les Bombardements 1940-1944, p. 37
  10. a b et c Lycée professionnel Michelet, Témoignages sur les bombardements des 16 et 23 septembre 1943 à Nantes, p. 8
  11. a et b Bernard Jame, Nantes Souffrance 1943, p. 13
  12. Michel Scheid, Nantes, 1940-1944, p. 52
  13. Jocelyn Gille, Nantes dans la tourmente, p. 40
  14. Paul Caillaud, Nantes sous les bombardemement, p. 38
  15. Jocelyn Gille, Nantes dans la tourmente, p. 47
  16. a et b Patrick Thomas, Nantes Les Bombardements 1940-1944, p. 77
  17. Patrick Thomas, Nantes Les Bombardements 1940-1944, p. 81
  18. Jocelyn Gille, Nantes dans la tourmente, p. 44
  19. Michel Scheid, Nantes, 1940-1944, p. 48
  20. Jocelyn Gille, Nantes dans la tourmente, p. 42
  21. Patrick Thomas, Nantes Les Bombardements 1940-1944, p. 117
  22. Patrick Thomas, Nantes Les Bombardements 1940-1944, p. 83
  23. Patrick Thomas, Nantes Les Bombardements 1940-1944, p. 89
  24. « Avis à la population de Nantes à la suite des deux bombardements du 23 septembre », sur Archives municipales de Nantes (consulté le 12 octobre 2011)
  25. a et b Olivier Pétré-Grenouilleau, Nantes - Histoire et géographie contemporaine, Plomelin, Éditions Palantines, , 2e éd. (1re éd. 2003), 300 p. (ISBN 978-2-35678-000-3), p. 229.
  26. http://www.presseocean.fr/actualite/nantes-bombardements-lesplanade-du-souvenir-16-09-2014-127008
  27. Les cimetières nantais - Le cimetière de la Chauvinière - Archives municipales de Nantes.

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Bernard Jame, Nantes Souffrance 1943, Éditions Hérault, 1994 (ISBN 2-740702-18-3)  
  • Ville de Nantes - Lycée professionnel Michelet, Témoignages sur les bombardements des 16 et 23 septembre 1943 à Nantes, Ville de Nantes, 2005  
  • Michel Scheid, Nantes, 1940-1944, Éditions Ouest-France, 1994 (ISBN 2-737315-61-1)  
  • Jocelyn Gille, Nantes dans la tourmente, J. Gille, 1993 (ISBN 2-9506507-1-6)  
  • Patrick Thomas, Nantes Les bombardements 1940-1944, Éditions C.M.D., 1996 (ISBN 2-909826-41-4)  
  • Paul Caillaud, Nantes sous les bombardements 1941-1945, Éditions Nantes par le livre, 1978  

Voir aussiModifier