Bataille de Covadonga

Bataille de Covadonga
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Grottes de Covadonga, refuge de Pélage.
Informations générales
Date Printemps-été 722
Lieu Covadonga, Cangas de Onís, pics d'Europe
Issue Victoire asturienne décisive
Changements territoriaux Arrêt de l'avancée musulmane
Fondation du royaume des Asturies
Début de la Reconquista
Belligérants
IslamSymbol.svg Califat omeyyadeEmblema del Reino de Asturias.svg Asturies
Commandants
Alqama
Munuza
Pélage le Conquérant
Forces en présence
Inconnues300 hommes
Pertes
600 morts289 morts

Campagnes omeyyades en Europe de l'Ouest

Batailles

Coordonnées 43° 16′ nord, 4° 59′ ouest

La bataille de Covadonga, qui se déroule pendant l'été 722, oppose le califat omeyyade au royaume des Asturies. C'est de cette victoire asturienne que l'on fait usuellement commencer la Reconquista, qui ne s'achèvera qu'en 1492, soit 770 ans plus tard.

ContexteModifier

Après la chute du royaume wisigoth en 711, des résistants aux Omeyyades se réfugient au nord de la péninsule Ibérique, dans la cordillère Cantabrique. Pélage, fils de Favila, Duc de Cantabrie, collabore au départ avec les musulmans établis à Gijón, mais il finit par prendre la tête du mouvement de résistance car il refuse de payer des tributs aux Omeyyades. Après avoir renforcé son armée avec les combattants qui continuent d'arriver en Cantabrie, il décide d'aller attaquer quelques petites garnisons omeyyades stationnées dans la région.

Les Omeyyades, dont le siège du pouvoir dans la péninsule se trouve à Cordoue, ne semblent pas préoccupés outre mesure, du moins au début, par cette insurrection montagnarde qui agite cette région reculée et sans grand intérêt stratégique pour eux, d'autant plus que leurs ressources sont absorbées par les campagnes au-delà des Pyrénées contre le Royaume franc. Mais après la défaite à Toulouse en 721, le gouverneur d'Al-Andalus, Ambiza, décide de lancer en 722 une expédition punitive contre les Cantabres retranchés dans le bastion naturel de Liébana, y voyant une victoire facile qui remonterait le moral de ses troupes. Il charge Munuza, son subordonné au nord de la péninsule, qui a reçu le titre de gouverneur de Gijòn[1], de préparer l'expédition. Munuza envoie alors le général ʿAlqama, accompagné d'Oppa (en)[2], frère de l'ancien roi wisigoth Wittiza et archevêque de Séville, chargé de négocier la reddition des Cantabres[3] et les inciter à la soumission. Après l'échec des négociations, les Omeyyades, mieux organisés et plus nombreux, se mettent à pourchasser Pélage et ses hommes. D'après la Chronique d'Albelda qui est la plus ancienne et donc, la plus fiable, la première rencontre avec l'ennemi se situe près du mont Auseva, dans les pics d'Europe, où les guerriers chrétiens se voient contraints de se cacher dans "la grotte de Ánseba"[4], à cause la supériorité numérique de l'adversaire. Le texte ne parle ni de bataille, ni de Covadonga : lieu devenu mythique pour les Asturiens, mais qui n'apparaîtra que dans les chroniques ultérieures, largement remaniées par Alfonse III à son avantage. Les Chrétiens parviennent à s'échapper et les Omeyyades se lancent à leur poursuite et franchissent cinq cols, situés entre 1 200 et 1 500 m d'altitude. Au fil des escarmouches, les Chrétiens finissent par attirer les Omeyyades jusqu'au cœur des montagnes des Pics d'Europe, et atteindre Liébana, le fief des rebelles Cantabres, dans une étroite vallée aisément défendable, alors qu'ils ne sont plus que 300 hommes.

DéroulementModifier

Les guérilleros de Pélage harcèlent l'ennemi lancé à leurs trousses depuis les hauteurs en tirant des flèches et en lançant des rochers à partir des pentes des montagnes, en profitant des grottes qu'ils connaissent bien pour se cacher. Pélage mène en personne ses hommes et descend vers la vallée par le Col d'Aliva, qui est l'accès ouest de Liébana. Les Omeyyades dévalent la montagne jusqu'à la rivière Deva, au fond de la vallée où ils sont pris au piège, incapables de manœuvrer dans ce lieu exigu. Al Qama et nombre de ses hommes meurent au cours de leur fuite désordonnée, écrasés par la chute d'un pan de montagne, probablement provoquée, près de Cosgaya en Cantabrie[5]. Oppa est fait prisonnier par les vainqueurs[3].

D'après certains chroniqueurs[Qui ?], seuls dix hommes survivent du groupe initial de Pélage. Cependant, de nombreux villageois cantabres prennent les armes et attaquent les troupes restantes des Omeyyades venues en renfort, leur infligeant de lourdes pertes et rendant leur retraite longue et délicate au sein de ce labyrinthe de montagnes. Ils couvrent près de 50 km à pied durant deux jours et deux nuits, sans cesse en butte aux embuscades. Munuza finit par trouver la mort près du village de Sainte Eulalie.

ConséquencesModifier

Les Omeyyades, après cette bataille, ne remettent plus vraiment en question l'indépendance des Asturies, minimisant la puissance des forces restantes et l'impact de cette bataille. Néanmoins, ce royaume devient le noyau de départ de la Reconquista, et la bataille elle-même marque son début symbolique[6]. D'après les Chroniques d'Alphonse III, qui décrivent la "bataille" de manière romancée et emphatique, les Chrétiens attribuent la victoire à l'intervention divine de Marie. Cette légende prête à Pélage l'élévation en son honneur d'un sanctuaire dans les grottes, baptisées Cova dominica, qui devient par altération Covadonga. Il choisit ce lieu symbolique proche du Comté de Liebana, près de Cangas de Onis, sur un site plus facile d'accès, où il a décidé d'établir la cour de son Royaume des Asturies désormais libéré de l'occupant.

La portée de cette victoire a été relativisée par divers auteurs, qui soulignaient la permanence du caractère "rebelle" de la Cantabrie à toute domination, qu'elle soit romaine, wisigothique ou musulmane. En effet, Sanchez Albornoz affirme que Pélage s'est davantage appuyé sur la population autochtone Cantabre, ( d'origine celtique ), habituée à se rebeller contre tout pouvoir, que sur des Goths réfugiés dans les montagnes de Cantabrie après la bataille du Guadalete[3]. À cette époque, la Cantabrie avait une extension beaucoup plus large que la région actuelle (jusqu'à la rivière Sella) et englobait à l'ouest une partie des Asturies. Grâce à ce seul fait d'armes légendaire, Pélage est vu par les historiens comme un mythe et rétrospectivement comme le premier Roi des Asturiens sur ce territoire cantabre, mais ce sera son gendre Alfonse I, fils de Pierre de Cantabrie, qui laissera des traces historiques de ses batailles, notamment avec les conquêtes de la Galice en 740 et de León en 754. Alfonse I se marie avec Ermesinde, la fille de Pelage, et il est proclamé Roi des Asturies, région qui désormais inclut l'ancien duché de Cantabrie.

 
Basilique Santa María la Real du sanctuaire de Covadonga.

Notes et référencesModifier

  1. Conrad 1999, p. 31.
  2. (en) Thomas Andrew Archer, Charles Lethbridge Kingsford et Henry Edward Watts, The Story of the Crusades, BiblioBazaar, (ISBN 978-1-149-86808-9 et 1-149-86808-2).
  3. a b et c Conrad 1999, p. 32.
  4. (es) Crónica albeldense, , Pelagio, fue el primero que vino a los montes de Asturias, y se ocultó en la cueva de Ánseba. El primero que reinó en Asturias, fue Pelagio, que residió en Canicas (Cangas) diecinueve años. Expulsado de Toleto por el rey Vitiza, entró en Asturias después que los sarracenos ocuparon a Spania. Reinando Juzeph en Córdoba, y Mounuza en la ciudad de Gegio (Gijon). Pelagio se rebeló antes que otro alguno en Asturias. Destruyó a los Ismaelitas, quedó muerto su general Alcamano (Al Qama), y prisionero el obispo Opa. Por último, Mounuza también perdió la vida, y el pueblo cristiano recobró la libertad. Los que del ejército sarraceno escaparon de la espada, fueron por juicio de Dios oprimidos y sepultados por el monte Liebaina, y el reino de los astures quedó erigido por la divina Providencia. Murió el referido Pelagio en el lugar de Canicas en la Era 775.
  5. (es)Francisco Erice et Jorge Uría, « Historia básica de Asturias », Biblioteca Histórica Asturiana, Silverio Cañada, Gijón, 1990
  6. (en) Trudy Ring (ed.), Noelle Watson et Paul Schellinger, International Dictionary of Historic Places, vol. 3 : Southern Europe, Routledge, , 818 p. (ISBN 978-1-884-96402-2 et 978-1-884-96405-3, lire en ligne), p. 170.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Philippe Conrad, Histoire de la Reconquista, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je? » (no 3287), , 127 p. (ISBN 978-2-130-48597-1).

Articles connexesModifier