Bali (cheval)

race de chevaux

Le Bali (en indonésien kuda-Bali, soit « cheval de Bali ») est une race de poney d'origine ancienne, propre à l'île du même nom, en Indonésie. Il n'en est vraisemblablement pas natif, trouvant son origine dans l'importation de chevaux mongols sous la dynastie Tang, avec plus tard l'influence de chevaux arabes et perses. Le Bali est un poney de taille moyenne à la tête large, et dont la crinière pousse hérissée. Sa robe porte souvent une raie de mulet et des caractères primitifs. Il est utilisé par les habitants de Bali pour tous les transports de la vie quotidienne. Ce poney est attelé devant les dokar et bâté pour le transport de coraux. Bien que l'effectif de 3 500 poneys recensés en 1997 soit assez réduit, la race n'est pas considérée comme menacée.

Bali
Poney de Bali monté par un enfant
Poney de Bali monté par un enfant
Région d’origine
Région Bali, Drapeau de l'Indonésie Indonésie
Région d'élevage Bali
Caractéristiques
Morphologie Poney
Taille 1,20 m à 1,32 m
Robe Généralement avec des marques primitives (individus porteurs du gène dun)
Tête Large, profil rectiligne
Pieds Très solides
Caractère Calme, docile et frugal
Statut FAO (conservation) Non menacéVoir et modifier les données sur Wikidata
Autre
Utilisation Selle et trait léger

HistoireModifier

 
Poney de Bali au bord d'une plage.

La robe de ces poneys présente des caractères primitifs, fournissant un indice sur leur ancienneté[1]. D'après le ministère de l'agriculture d'Indonésie, la race trouverait son origine dans des chevaux mongols appartenant à la cavalerie chinoise, et amenés au roi de Java à l'occasion d'échanges diplomatiques entre les Chinois et les Indonésiens, sous la dynastie Tang, puis plus tard sous la dynastie Yuan[2],[3]. Des animaux originaires de l'ouest de l'Asie et du Turkménistan ont vraisemblablement influencé le cheptel[3]. Les Indiens ont également amené des chevaux sur Bali, mais dont l'origine reste inconnue[2]. Les Hollandais ont complété le cheptel au XVIIIe siècle par des importations de chevaux arabes et perses[2].

En , une chronique parue dans le Singapore chronicle asiatic journal signale qu'on « trouve le cheval en abondance dans les îles de Bali et de Lombok, mais il y est d'une race inférieure »[4]. Des chevaux de l'île de Java ont fréquemment été transportés par bateau vers Bali[5]. Charles Darwin cite les chevaux indonésiens, dont ceux de Bali, en exemple de variation d'une même espèce animale domestique dans son ouvrage de référence De la variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication (1876)[6].

DescriptionModifier

Le Bali est proche extérieurement des autres poneys indonésiens[1]. Tamsin Pickeral évoque une ressemblance avec le cheval de Przewalski[7]. Il toise de 1,20 m à 1,32 m[2] (1,21 m à 1,33 m selon Maurizio Bongianni[1]). La tête est large, dotée d'un profil rectiligne[8], d'yeux en amande, et surmontée de petites oreilles. L'encolure est souvent courte et droite, bien proportionnée, surmontée d'une crinière hérissée et poussant droite[8]. Ce type de crinière est vu comme un héritage du cheval sauvage asiatique[1],[9]. La poitrine est profonde, les épaules sont plutôt droites. Le garrot est généralement assez bas et peu sorti, le dos court et droit, parfois carpé, c'est-à-dire incurvé vers le haut. La croupe est inclinée. Les jambes sont solides, dotées de bonnes articulations et terminées par des sabots très durs[8],[1].

RobeModifier

Ce poney présente très souvent une raie de mulet, due au gène Dun, des crins noirs, et des marques primitives sur le corps[1]. Il a généralement le bas des membres et les crins noirs[8],[10]. Cependant, la FAO indique que la robe dominante est le « marron » (probablement le bai sous toutes ses nuances[11]).

Tempérament, entretien et santéModifier

C'est un poney calme et docile[1]. Comme tous les chevaux indonésiens, il résiste bien aux maladies et aux blessures des membres[8]. Il est doué de force, et d'une grande frugalité[1]. Bien que les Indonésiens n'aient pas forcément bonne réputation pour le soin porté aux animaux, les poneys sont généralement bien traités sur Bali, surtout lorsqu'ils rapportent des revenus liés au tourisme[12]. Quand ils ne mettent pas leur poney au travail, les insulaires le gardent à l'écurie[13].

Les poneys de Lombok peuvent être touchés par le selakarang, une maladie d'origine fongique qui provoque une forte mortalité équine en Indonésie[14].

UtilisationsModifier

 
Poneys de Bali rafraîchis sous une fontaine.

Le poney de Bali a toujours été mis au travail, depuis au moins une centaine d'années[13]. Il est surtout utilisé pour la traction[11], le bât, et plus rarement la selle[2]. Les dokar, de petits véhicules hippomobiles à deux roues typiques de l'île, sont toujours utilisés dans les régions reculées[15]. Les poneys de traction sont ornés de grelots[16].

Les habitants de Bali bâtent leurs poneys pour transporter du corail, dans le cadre du commerce des matériaux de construction[1]. En 1951, Fred Blanchod parle du marché où « les poneys de bât apportent les produits pour le troc, riz, manioc, maïs, tabac, bananes »[17]. Les poneys sont aussi montés par des touristes désireux de découvrir l'île à cheval[1].

Diffusion de l'élevageModifier

Cette race appartient au groupe des poneys natifs d'Asie, et parmi celui-ci, aux poneys natifs indonésiens[18],[19]. Elle est propre à l'île de Bali, à l'ouest des petites îles de la Sonde orientales[11]. En 1997, un recensement assez précis transmis à la FAO fait état de 3 500 poneys, avec une tendance à la baisse. Il n'y a pas de programme de conservation particulier[11]. Le Bali est répertorié dans l'étude de l'université d'Uppsala (2010) comme une race locale asiatique, qui n'est pas menacée d'extinction[20]. D'après l'évaluation de la FAO réalisée en 2007, la race « kuda-Bali » est « non menacée »[21].

Par ailleurs, l'ouvrage Equine Science (4e édition de 2012) le classe parmi les races de poneys peu connues au niveau international[22].

Dans la cultureModifier

Joseph Conrad fait mention d'un poney de Bali dans ses Souvenirs personnels, en 1912. Almayer tente d'importer l'animal pour satisfaire son ambition et son amour du grandiose[23]. L'auteur s'en étonne car Almayer ne montera probablement pas le poney. Il évoque un plan diplomatique ou un « schéma plus profond »[24].

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f g h i et j Bongianni 1988, p. 127.
  2. a b c d et e Hendricks 2007, p. 60.
  3. a et b (en) Kentucky Horse Park, « Bali - Horse Breeds of the World » (version du 24 novembre 2010 sur l'Internet Archive), International Museum of the Horse
  4. A. S., « Sur les différentes races de chevaux de l'archipel malais et des pays adjacents », Singapore chronicle asiatic journal,‎ , p. 597.
  5. Bankoff et Swart 2007, p. 65.
  6. (en) Charles Darwin, The Variation of animals and plants under domestication v. 1, Appleton, (lire en ligne), p. 51.
  7. Pickeral 2003, p. 189.
  8. a b c d et e Hendricks 2007, p. 61.
  9. (en) Elwyn Hartley Edwards (ill. David Nockels), The Larousse Guide to Horses and Ponies of the World, Larousse, coll. « The Larousse Guide Bks », , 238 p. (ISBN 0-88332-121-1 et 9780883321218), p. 162.
  10. Porter 2002, p. 167.
  11. a b c et d DAD-IS.
  12. Collectif, Bali et Lombok : Préparer son voyage, Place des Éditeurs, , 157 p. (ISBN 978-2-8161-1921-3 et 2-8161-1921-1, présentation en ligne), rech « poney Bali ».
  13. a et b (en) Ryan Ver Berkmoes, Adam Skolnick et Marian Carroll, Bali & Lombok, Lonely Planet, , 400 p. (ISBN 978-1-74220-313-3 et 1-74220-313-2), p. 93.
  14. (en) (id) Riza Zainuddin Ahmad et S. Anis, « Incidence and Control of Selakarang Disease In Horses », WARTAZOA. Indonesian Bulletin of Animal and Veterinary Sciences, vol. 22,‎ , p. 65-71 (ISSN 2354-6832, DOI 10.14334/wartazoa.v22i2.850, lire en ligne, consulté le ).
  15. (en) Sandbukt Sunniva, « Transporting Tourism into a Sustainable Mobility Paradigm - A case study of tourism’s impact on transport planning in Bali, Indonesia », sur diggy.ruc.dk, (consulté le ).
  16. André Brugiroux, La terre n'est qu'un seul pays : 400 000 km autour du monde en stop, Géorama Éditions, , 384 p. (ISBN 978-2-915002-75-1 et 2-915002-75-4, présentation en ligne), résultat de rech. « Poney » et « Bali ».
  17. Fred Blanchod, Voyage aux îles fortunées, Insulinde et Moluques, Payot, , 231 p., p. 195.
  18. (en) Douglas M. Considine et Glenn D. Considine, Van Nostrand's Scientific Encyclopedia, Springer Science & Business Media, , 3524 p. (ISBN 978-1-4757-6918-0 et 1-4757-6918-0, présentation en ligne), p. 1624.
  19. (en) Haley McClory and Stanley P. Kowalski, « Horses as Sources of Proprietary Information: Commercialization, Conservation, and Compensation Pursuant to the Convention on Biological Diversity », sur www.agbioforum.org, (consulté le )
  20. (en) Rupak Khadka, « Global Horse Population with respect to Breeds and Risk Status », Uppsala, Faculty of Veterinary Medicine and Animal Science - Department of Animal Breeding and Genetics, , p. 57 ; 67.
  21. (en) « Breeds Currently Recorded In The Global Databank For Animal Genetic Resources » [PDF], Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, , p. 62.
  22. (en) Rick Parker, Equine Science, Cengage Learning, , 4e éd., 608 p. (ISBN 1-111-13877-X), p. 63 .
  23. (en) Yves Hervouet, The French Face of Joseph Conrad, Cambridge, Cambridge University Press, , 354 p. (ISBN 0-521-38464-8 et 9780521384643, présentation en ligne), p. 84.
  24. (en) Joseph Conrad et Steven J. Kasdin, Selected works of Joseph Conrad, Barnes & Noble Books, , 914 p. (ISBN 1-56619-535-7 et 9781566195355), p. 865.

AnnexesModifier

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Articles connexesModifier

Lien externeModifier

  • (en) « Bali / Indonesia (Horse) », Domestic Animal Diversity Information System of the Food and Agriculture Organization of the United Nations (DAD-IS) (consulté le )

BibliographieModifier

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