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Herta Bothe en attente de son jugement () - Bergen-Belsen.

Aufseherin (allemand : « surveillante »[1]) est le terme utilisé dans la Lagersprache pour désigner une gardienne auxiliaire (SS-Gefolge) des SS dans les camps de concentration nazis.

RecrutementModifier

Ces femmes provenaient généralement des classes sociales basse à moyenne et avaient souvent peu d'expérience professionnelle. Les premières étaient des gardiennes de prison débutantes, des coiffeuses, des contractuelles, des chanteuses d'opéra, mais aussi des enseignantes à la retraite, etc.. Ces volontaires avaient vu des petites annonces parues dans les journaux allemands qui demandaient des femmes voulant démontrer leur amour pour le Reich et rejoindre l'organisation Gefolge (auxiliaire) des SS pour les femmes, mais qui était différente de celle des SS dont la conscription était obligatoire.

CarrièresModifier

 
Arrestation des Aufseherinnen de Bergen-Belsen, avril 1945. Parmi les femmes figurent de gauche à droite: Hildegard Kanbach, Magdalene Kessel, Irene Haschke, la gardienne en chef, Elisabeth Volkenrath (partiellement cachée) et Herta Bothe.

Au début, en 1938, ces femmes furent entraînées à Lichtenburg. Après 1939, elles s'entraînaient au camp de Ravensbrück, près de Berlin. Le camp de Stutthof (Pologne) a également servi de centre de formation.

D'après un article de l'historien Philippe Aziz de 1982, « Selon les témoignages de rescapé, ces femmes SS — en fait « auxiliaires féminines » — ont eu quelquefois des comportements d'une brutalité inouïe et leur apparition semait la terreur parmi les détenues[2] ». Sur la transformation des nouvelles gardiennes en femmes sadiques, nous citons le témoignage, rapporté par Philippe Aziz, de la sociologue Germaine Tillon[3] qui est accablant : « Certaines gardiennes prenaient un plaisir évident à frapper les déportées et tout particulièrement les plus faibles, malades ou visiblement effrayées. Les autres frappaient les prisonnières « avec rudesse et simplicité, comme un paysan sur son âne ». Elles semblaient redoubler de zèle devant leurs collègues masculins comme si elles voulaient mériter une considération spéciale en se montrant particulièrement agressives. »

En quelques jours, des jeunes femmes dont certaines étaient issues de la bonne société, se transformaient, pour leur majorité, « en brutale geôlière d'un troupeau de prisonnières[4] ».

AffectationsModifier

 
Exécution de gardiennes du camp de Stutthof en Pologne, à Biskupia Gorka le 4 juillet 1946.

En 1942, les premières gardiennes provenant de Ravensbrück arrivèrent à Auschwitz et Majdanek. L'année suivante, les Nazis commencèrent la conscription de femmes en raison de la pénurie de gardiens. Plus tard, durant la guerre, des femmes s'entraînèrent aussi à une échelle moindre dans les camps de Neuengamme, Auschwitz (I, II et III), Plaszow, Flossenbürg, Gross-Rosen, Vught et Stutthof.

Le nombre d'Aufseherinnen était généralement bas. Des 55 000 gardiens qui servirent dans les camps, seules 3 600 furent des femmes. Et aucune gardienne n'a jamais servi dans les camps d'extermination de Belzec, Sobibór, Treblinka ou Chełmno.

Sept Aufseherinnen servirent à Vught, vingt-quatre servirent à Buchenwald, trente-quatre à Bergen-Belsen, dix-neuf à Dachau, vingt à Mauthausen, trois à Dora-Mittelbau, sept à Natzweiler-Struthof, vingt à Majdanek, 200 à Auschwitz et ses camps annexes, 140 à Sachsenhausen, 158 à Neuengamme, quarante-sept à Stutthof, à comparer aux 958 qui servirent à Ravensbrück, 561 à Flossenbürg et 541 à Gross-Rosen. Beaucoup de surveillantes travaillaient dans les camps annexes en Allemagne, quelques-unes en France, Autriche, Tchécoslovaquie et Pologne.

Promotions et avancementsModifier

La lecture des témoignages, tant dans la presse que dans les comptes rendus de procès, a largement prouvé que l'univers concentrationnaire nazi était un milieu brutal et sadique, dirigé par des hommes SS dont la mission est vite devenue l'extermination des déportés, dans un univers d'où la pitié était vite balayée.

Les commandants des camps jugeaient vite leurs auxiliaires féminines sur leurs capacités à brutaliser et même à tuer. Si une Aufseherin se montrait brutale, sadique et sans pitié, elle devenait une collaboratrice utile à leur mission et remplissait alors les conditions pour être promue aux grades supérieurs de Rapportaufseherin (gardienne-chef), Erstaufseherin (première gardienne), Lagerführerin (chef de camp, une haute position sociale) ou Oberaufseherin (inspectrice senior, une très haute position sociale).

Le plus haut rang jamais atteint le fut par deux femmes, Anna Klein et Luise Brunner, et c'était le rang de Chef Oberaufseherin (inspectrice senior en chef). Mais aucune gardienne ne pouvait donner des ordres à un homme, quelles que soient les circonstances. Et aucune gardienne n'a jamais atteint le grade de commandant dans le système concentrationnaire. Elles étaient soit de rang équivalent aux hommes, soit sous leur autorité. Ravensbrück fut le seul camp strictement féminin ; il était dirigé par beaucoup de SS qui étaient assistés par quelques surveillantes.

Camps, noms et gradesModifier

Arrestation et expiationModifier

De nombreuses auxiliaires féminines de la SS ont été capturées par les troupes alliées ou les polices de États libérés. D'anciens gardes SS et leurs auxiliaires (Kapos) ont aussi été capturés.


Au camp de Bergen-Belsen, c'est en avril 1945 que les Aufseherinnen sont arrêtées par l'Armée britannique, qui leur imposent, comme punition, d'enterrer de leurs propres mains les cadavres des victimes de l'épidémie du typhus dans des fosses.

Deux blocs se sont constitués en Europe (l'est et l'ouest) correspondant à des zones d'occupation de l'Allemagne vaincue. Des procès ont été tenus à l'encontre des gardiens et gardiennes de camps de tous grades. Des verdicts ont été prononcés à l'encontre de ceux reconnus coupables de crimes contre l'humanité ou de crimes de guerre.

À l'estModifier

Le premier procès du Stutthof, à Gdańsk, en Pologne, eut à juger treize accusés. Il se termina par la condamnation à mort et la pendaison publique de cinq accusées et de la condamnation d'une sixième à une peine de prison de quinze ans. Une demande de grâce reçut un avis favorable de la cour mais fut rejetée par le Président polonais. Six hommes dont le commandant du camp et des kapos furent aussi condamnés et exécutés. Il y eut deux autres procès du Stutthof avec d'autres condamnations à mort, des peines d'emprisonnement et des relaxes.

À l'ouestModifier

Les tribunaux anglo-américains furent moins sévères mais il y eut aussi des condamnations à mort et les exécutions ne furent pas publiques. Les condamnées furent inhumées dans des cimetières, au contraire de celle exécutées à l'est qui servirent à des étudiants en médecine comme spécimens de dissection.

Criminelles exécutées à l'ouest :

Notes et référencesModifier

  1. Sie gehören zum Gefolge der Waffen-SS. Source : Institut für Zeitgeschichte, München.
  2. Philippe Aziz, 1982, p. 49.
  3. Philippe Aziz, 1982, p. 54.
  4. Philippe Aziz, 1982, « introduction », p. 48.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Historia: Les Femmes SS, avril 1982
  • Wendy Lower, Les Furies de Hitler: Comment les femmes allemandes ont participé à la Shoah, Tallandier, 2015
  • Fabrice d'Almeida, Ressources inhumaines: La gestion des gardiens de camps de concentration, Pluriel, 2011

Articles connexesModifier

Liens externesModifier