Ouvrir le menu principal

L'Aprision (presura en Castille ou aprisio en Aragon), est le nom donné à l'un des mécanismes du repeuplement aux débuts de la Reconquista, basée sur le droit romain.

Sommaire

DéfinitionModifier

Le roi accorde des alleux (alodios), terrains en propriété, avec ou sans document écrit, au premier qui les demande (roture[1]), c'est-à-dire, à des paysans qui de cette façon maintiennent leur condition juridique de personne libre, à condition qu'ils les cultivent et qu’ils se maintiennent sous ce mandat[2], ce qui n'est pas chose facile, étant donné qu'une telle concession se fait dans des temps et des lieux où la situation militaire est précaire, aux IXe et Xe siècles dans les territoires frontaliers, récemment annexés aux musulmans, entre la cordillère Cantabrique et le Douro dans le royaume asturien-léonais, ou dans les zones du Vallés ou de la Plaine de Vic, dans les comtés catalans.


À partir de 850 ce système devient officiel et comporte des aspects juridiques[3],[4]. Les rois considèrent que la propriété de la terre a un attrait suffisant pour que les paysans, les nobles et les moines acceptent de vivre sur des terres frontalières sous la menace permanente de la guerre. L'économie étant presque exclusivement basée sur l'agriculture rend la possession de terres plus attractive. De nombreux colons sont des mozarabes mais d'autres arrivent de territoires septentrionaux.

ÉtymologieModifier

Le terme aprision résulte de la francisation du latin médiéval apris(s)io, attesté en 844 dans le capitulaire établi à Toulouse par Charles le Chauve : quicquid… infra eorum aprisiones excolere potuerint[5].

Il est apparenté à d'autres termes espagnols comme presar « prendre possession » et vraisemblablement issu du latin classique apprehensio, forme d'apprehendere « saisir, s'emparer, prendre possession de »[6],[7],[8].

Xe siècleModifier

Les terres enlevées à l'ennemi appartiennent au roi. Elles sont ensuite distribuées aux chrétiens pour peupler la frontière avec les musulmans. Il faut considérer que le repeuplement de l'Espagne à partir du Xe siècle a trois formes différentes. Le roi les offre aux nobles en paiement de services ou bien il soutient la création de monastères avec de grandes terres agricoles qui finissent par devenir des unités autonomes ou alors il les répartit parmi les agriculteurs[9].

 XIe siècleModifier

À partir du XIe siècle les royaumes chrétiens commencent à s’étendre vers le sud, sur des territoires déjà peuplés du califat de Cordoue. Il n'est donc pas utile de procéder à un repeuplement, mais il est encore nécessaire d'obtenir l'accord du roi avant de confisquer les terres aux musulmans. Chaque commune formée s'assigne un Alfoz auquel elle accorde des fors.

XIVe et XVe sièclesModifier

Les derniers repeuplements se produisent en Andalousie, dans la vallée du Guadalquivir à la conquête des taïfas de Valence, Murcie et Grenade, où  la population musulmane est dispersée. Cette dernière phase est connue sous le nom de « Répartition » (Repartimiento) où la terre est répartie en grands lots formant des latifundios.

Les seules zones vraiment dépeuplées de la vallée du Douro et de l'Èbre dans les premiers moments de la Reconquista, donnent lieu à des repeuplements spontanés par presura ou aprisio. Par la suite, les annexions de terres passent par des concessions royales, que ce soit pour des colonies civiles (repopulation des conseils ou repopulation municipale), nobles (repopulation nobiliaire) ou religieuses par le biais des ordres monastiques (repopulation ecclésiastique). Ces derniers peuvent être des ordres militaires. Ce repeuplement par concessions royales dans les zones de conflit est une récompense suffisamment convaincante pour que les paysans quittent des zones sûres et viennent cultiver les zones frontalières.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

RéférencesModifier

  1. « Définition de roture », sur www.cnrtl.fr (consulté le 14 janvier 2017)
  2. « Ensenanzas », sur iris.cnice.mec.es (consulté le 15 janvier 2017)
  3. « La Presura hay que entenderla como una instituciónalto medieval que vino a resolver un problema durante los primeros pasos de la Reconquista, alla por el siglo IX d », (consulté le 14 janvier 2017)
  4. « Les aspects juridiques de l’aprision en Septimanie et dans la Marche d’Espagne »
  5. Juan José Larrea et Roland Viader, Aprisions et presuras au début du IXe siècle : pour une étude des formes d'appropriation du territoire dans la Tarraconaise du haut Moyen Âge, Toulouse, 2005, p. 187 - [PDF]« Aprisions et presuras au début du IXe siècle », sur rm.univr.it (consulté le 16 janvier 2016)
  6. « Aprisio. » Enciclonet.com », sur www.enciclonet.com (consulté le 17 janvier 2017)
  7. Mestre i Campi, Jesús., Salrach i Marés, Josep M., 1945- et Termes, Josep, 1936-2011., Diccionari d'història de Catalunya, Edicions 62, (ISBN 8429735216, OCLC 27528441, lire en ligne)
  8. (en) Marcabrun, Simon Gaunt, Ruth Harvey et Linda M. Paterson, Marcabru: A Critical Edition, Boydell & Brewer, (ISBN 9780859915748, lire en ligne)
  9. « Tipos de repoblación en la España medieval », (consulté le 14 janvier 2017)

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • (es) Claudio Sánchez Albornoz, Viejos y nuevos estudios sobre las instituciones medievales españolas, Espasa Calpe, 1976 (ISBN 84-239-4933-8)
  • (es) José Ángel García de Cortazar, Sociedad y organización del espacio en la España medieval, Universitat de Valencia, 2004 (ISBN 84-338-3196-8)
  • (es) Ignacio de la Concha y Martínez, La "presura": La ocupación de tierras en los primeros siglos de la Reconquista, Ministerio de Justicia, 1946
  • (fr) Juan José Larrea et Roland Viader, Aprisions et presuras au début du IXe siècle : pour une étude des formes d'appropriation du territoire dans la Tarraconaise du haut Moyen Âge

Articles connexesModifier