Action du 22 septembre 1914

bataille navale

L'action du est une attaque du sous-marin allemand SM U-9 qui a lieu pendant la Première Guerre mondiale. Trois croiseurs obsolètes de la Royal Navy du 7th Cruiser Squadron (parfois appelés sarcastiquement : Live Bait Squadron, escadre des appâts vivants) dont les équipages sont constitués principalement de réservistes, ont été coulés par le U-9 lors d'une patrouille dans le sud de la Mer du Nord.

Des navires neutres et des chalutiers à proximité ont commencé à secourir les survivants mais environ 1 450 marins britanniques ont été tués dont beaucoup étaient des réservistes avec des familles ; il y eut un tollé public en Grande-Bretagne à la suite de ces pertes. Ces naufrages érodèrent la confiance dans le gouvernement britannique et nuisirent à la réputation de la Royal Navy alors que de nombreux pays n'étaient toujours pas sûrs de prendre parti dans la guerre.

ContexteModifier

Les croiseurs font partie de la Southern Force dirigée par le contre-amiral Arthur Christian. Elle est composée du navire amiral Euryalus, du croiseur léger Amethyst et du 7th Cruiser Squadron (7th CS, également connu sous le nom de Cruiser Squadron C, sous le commandement du contre-amiral HH Campbell, surnommé l'appât), comprenant les croiseurs cuirassés de classe Cressy HMS Bacchante, Aboukir, Hogue, Cressy et Euryalus, les 1re et 3e flottilles de destroyers, dix sous-marins de la 8e flottille d'outre-mer et le croiseur éclaireur de la classe Active, le Fearless. La force patrouille la mer du Nord, soutenue par des destroyers et des sous-marins de la Force de Harwich pour se prémunir contre les incursions de la Marine impériale allemande dans la Manche[1].

Des inquiétudes avaient été exprimées quant à la vulnérabilité des navires anglais contre les croiseurs allemands modernes mais les ordres de guerre du , reflétant les hypothèses d'avant-guerre concernant les attaques par des destroyers adverses plutôt que par des sous-marins, restaient en vigueur. Les navires anglais devaient patrouiller la zone "au sud du 54e parallèle, à l'abri des torpilleurs et des destroyers ennemis", soutenus par la Cruiser Force C pendant la journée. La patrouille de la Force Harwich gardait le Dogger Bank et les Broad Fourteens plus au sud ; les croiseurs étaient généralement au nord, plus près du Dogger Bank et naviguaient vers le sud la nuit. Les croiseurs se sont déplacés vers le Broad Fourteens pour renforcer le quatrième croiseur lors des mouvements de troupes de la Grande-Bretagne vers la France. En se dirigeant vers le sud, les navires se sont rapprochés des bases allemandes et sont ainsi devenus plus vulnérables aux attaques sous-marines[2].

PréludeModifier

 
HMS Aboukir

Le , le contre-amiral Christian est autorisé à garder deux croiseurs au nord et un au Broad Fourteens mais les maintient ensemble dans une position centrale afin d'être capable de soutenir des opérations dans les deux zones. Le lendemain, les escortes composées de destroyers sont obligées de partir à cause du très mauvais temps, si mauvais qu'aucune des patrouilles ne peut être maintenue. L'Amirauté ordonne aux navires d'annuler la Dogger Patrol et de couvrir les Broad Fourteens jusqu'à ce que le temps se calme. Le , le croiseur-cuirassé Euryalus rentre au port pour ravitailler et le , les navires Aboukir, Hogue et Cressy sont en patrouille sous le commandement du capitaine JE Drummond de l'Aboukir.

Du côté allemand, les U-boot ont été employés prudemment par la Marine impériale allemande ; au cours des six premières semaines de la guerre, la force sous-marine avait envoyé dix bâtiments, coulé aucun navire ennemi et perdu deux sous-marins. Le matin du , le U-9 (Kapitänleutnant Otto Weddigen) traverse les Broad Fourteens sur le chemin du retour et repère les navires Aboukir, Hogue et Cressy[réf. nécessaire].

ActionModifier

À h, le , le temps se calme et les navires britanniques patrouillent à 19 km/h, côte à côte, à 3,7 km les uns des autres. Des vigies ont été assignées pour surveiller les périscopes ou les sous-marins en surface et un canon de chaque côté de chaque navire est armé. Le U-9 a reçu l'ordre d'attaquer les transports britanniques à Ostende mais a été contraint de plonger et de s'abriter de la tempête. Par la suite, en surface, il a repéré les navires britanniques et s'est déplacé pour attaquer[3]. À h 20, le U-9 tire une torpille sur le navire central à partir d'une distance de 550 yd (502,92 m) qui atteint l'Aboukir à tribord, inondant la salle des machines et provoquant l'arrêt immédiat du navire[4]. Aucun sous-marin n'ayant été aperçu, le capitaine Drummond suppose que son navire, l'Aboukir, a heurté une mine. Il ordonne aux deux autres croiseurs de se rapprocher pour l'aider. Après 25 minutes, l'Aboukir chavire puis coule cinq minutes plus tard. Une seule embarcation de sauvetage a pu être lancée, en raison des dommages causés par l'explosion et de la défaillance des treuils à vapeur nécessaires pour les lancer[5].

 
Diagramme de l' Action du

Le U-9 est revenu à profondeur périscopique, après avoir tiré la torpille, pour observer les deux croiseurs britanniques s'engager dans le sauvetage des hommes de l'Aboukir en perdition. Le capitaine allemand Weddigen tire alors deux torpilles sur le croiseur cuirassé Hogue, à 300 yd (274,32 m) de distance. Alors que les torpilles quittent le sous-marin, sa superstructure sort de l'eau et est repérée par le Hogue. Les artilleurs britanniques ouvrent alors le feu avant que le sous-marin ne plonge. Cependant, les deux torpilles frappent le Hogue et, en cinq minutes, le capitaine Wilmot Nicholson donne l'ordre d'abandonner le cuirassé ; après dix minutes, il chavire avant de couler à h 15. Pendant ce temps, les observateurs du navire britannique Cressy ont vu le sous-marin, ont ouvert le feu et ont fait une tentative ratée d'éperonnage. A la suite de cet échec et devant l'urgence de la situation, le Cressy retourne récupérer les survivants.

À h 20, le U-9 tire deux torpilles vers le Cressy depuis ses deux tubes lance-torpilles arrières à une portée de 1 000 yd (914,4 m). Une torpille manque sa cible, l'autre touche par tribord le Cressy vers h 25. Le sous-marin fait un demi-tour et tire sa torpille d'étrave restante à 550 yd (502,92 m). Elle atteint la poutre bâbord du Cressy à h 30. Le navire chavire à tribord et flotte à l'envers jusqu'à h 55[5].

Deux chalutiers hollandais à proximité refusent de se rapprocher du Cressy par peur des mines[6],[note 1]. Des appels de détresse sont reçus par le commodore Tyrwhitt, qui, avec l'escadron de destroyers, est déjà en mer pour revenir sur les croiseurs, maintenant que le temps s'est amélioré. À h 30, le vapeur néerlandais Flora s'approche du lieu (après avoir vu les naufrages) et sauve 286 hommes. Un deuxième bateau à vapeur, le Titan, en secourt 147. D'autres naufragés sont secourus par deux chalutiers à voiles, les Lowestoft, Coriander et JGC, avant l'arrivée des destroyers à 10 h 47. Ces hommes ont été secourus alors que 1 397 hommes et 62 des officiers - pour la plupart à temps partiel de la Royal Naval Reserve, dont Robert Johnson, le capitaine du Cressy, ont été tués. Les destroyers commencent une recherche du sous-marin qui avait peu d'énergie électrique pour naviguer sous l'eau (la vitesse maximale de ce sous-marin est de 15 km/h en plongée, son autonomie à 9,3 km/h était d'environ 148 km). Malgré cette chasse, le sous-marin a plongé pour la nuit avant de rentrer à sa base le lendemain[8].

ConséquencesModifier

 
Dessin représentant le naufrage du Cressy (Henry Reuterdahl)

Cette catastrophe a ébranlé la confiance du public envers la Grande-Bretagne et du monde dans la Royal Navy. Des croiseurs de la Royal Navy ont été retirés de leurs fonctions de patrouille ; le contre-amiral Christian a été réprimandé et le capitaine Drummond a été critiqué à la suite de l'enquête pour ne pas avoir pris les précautions anti-sous-marines recommandées par l'Amirauté. Il a cependant été félicité pour sa conduite pendant l'attaque.

Les 28 officiers et 258 des hommes secourus par le Flora ont été débarqués à IJmuiden et ont été rapatriés le [2].

Wenman "Kit" Wykeham-Musgrave (1899–1989) a survécu au torpillage des trois navires. Sa fille se souvient :

« He went overboard when the Aboukir was going down and he swam like mad to get away from the suction. He was then just getting on board the Hogue and she was torpedoed. He then went and swam to the Cressy and she was also torpedoed. He eventually found a bit of driftwood, became unconscious and was eventually picked up by a Dutch trawler » (« Il est passé par-dessus bord lorsque l'Aboukir a sombré et il a nagé comme un fou pour échapper à l'aspiration. Il est alors monté à bord du Hogue, qui a été torpillé. Il a ensuite nagé jusqu'au Cressy, qui a également été torpillé. Il a fini par trouver un morceau de bois flotté, a perdu connaissance et a finalement été récupéré par un chalutier néerlandais »).

Wykeham-Musgrave a survécu à la guerre de 1914-18 et a rejoint la Royal Navy dès le début de la Seconde Guerre Mondiale, atteignant le rang de commandant[9].

Le commandant allemand Weddigen et son équipage sont revenus et furent accueillis comme des héros. Le commandant Weddigen a reçu la Croix de fer de 1re classe et tout son équipage a reçu la Croix de fer de 2e classe.

Le naufrage des trois navires a fait prendre conscience à l'Amirauté britannique du danger d'attaque de sous-marins[10]. Le commandant Dudley Pound, servant dans la Grande Flotte en tant que commandant à bord du cuirassé St. Vincent (qui devint le First Sea Lord), écrit dans son journal le  :

« Much as one regrets the loss of life one cannot help thinking that it is a useful warning to us — we had almost begun to consider the German submarines as no good and our awakening which had to come sooner or later and it might have been accompanied by the loss of some of our Battle Fleet » (« Bien que l'on regrette les pertes de vies humaines, on ne peut s'empêcher de penser qu'il s'agit d'un avertissement utile pour nous - nous avions presque commencé à considérer les sous-marins allemands comme ne valant rien et notre réveil qui devait se produire tôt ou tard aurait pu s'accompagner de la perte d'une partie de notre flotte de combat »).

En 1954, le gouvernement britannique a vendu les droits de renflouement des navires, et les travaux ont commencé en 2011[11].

Ordre de batailleModifier

Marine royaleModifier

Marine allemandeModifier

Notes et référencesModifier

NoteModifier

  1. Selon G. H. Collier, le chapelain du Cressy relata plus tard qu'un des chalutiers avait été touché par le canon de 9,2 pouces, le frappant à la poupe et l'embrasant[7].

RéférencesModifier

  1. Corbett 2009, p. 171.
  2. a et b Corbett 2009.
  3. Corbett 2009, p. 174.
  4. Corbett 2009, p. 175.
  5. a et b Massie 2004.
  6. Corbett 2009, p. 181.
  7. Collier 1917, p. 214.
  8. Massie 2004, p. 136.
  9. WHW-M 2010.
  10. Marder 1965, p. 59.
  11. Eye 2011, p. 31.