Élections législatives papou-néo-guinéennes de 2022

Élections législatives papou-néo-guinéennes de 2022
au
Peter O'Neill.jpg Peter O'Neill – Congrès national populaire
Sièges en 2017 30
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Patrick Pruaitch – Parti de l'alliance nationale
Sièges en 2017 15
James Marape, February 2020 (GPO035) (cropped).jpg James Marape – Pangu Pati
Sièges en 2017 11
Premier ministre
Sortant
James Marape
Pangu Pati

Les élections législatives papou-néo-guinéennes de 2022 ont lieu de façon échelonnée du 4 au [1] afin de renouveler pour cinq ans les membres du Parlement de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

ContexteModifier

La Papouasie-Nouvelle-Guinée est une démocratie multipartite et une monarchie parlementaire. C'est un royaume du Commonwealth : un État indépendant reconnaissant symboliquement la reine Élisabeth II comme chef de l'État. Le Parlement, unicaméral, est élu au suffrage universel. Il existe une multitude de partis politiques. Les gouvernements se constituent ainsi en coalitions. À l'issue des élections de 2017, vingt-et-un partis sont représentés au Parlement, mais seuls trois (le Congrès national populaire, le Parti de l'alliance nationale et le Pangu Pati) ont plus de dix sièges. Les députés changent fréquemment de parti et de camp en cours de législature.

Durant la législature 2017-2022, Peter O'Neill, chef du parti Congrès national populaire et Premier ministre depuis 2011, a perdu en 2019 la confiance d'une partie de sa majorité parlementaire, menant à la composition d'un nouveau gouvernement mené par James Marape, du Pangu Pati. Patrick Pruaitch, du Parti de l'alliance nationale, est le chef de l'opposition parlementaire à partir de [2],[3]. Durant la campagne, le Pangu Pati et le Parti de l'alliance nationale s'engagent toutefois à gouvernement ensemble à l'issue des élections[4].

La population de la province de Bougainville a voté en 2019 en faveur de son indépendance vis-à-vis de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Cette indépendance n'étant toutefois pas encore effective, les citoyens de la province participent aux élections nationales de 2022.

Système politique et électoralModifier

Le Parlement national est composé de 118 sièges pourvus pour cinq ans au vote à second tour instantané dans autant de circonscriptions électorales uninominales. Dans chacune d'elles, les électeurs classent trois candidats par ordre de préférence. Est alors élu le candidat qui recueille la majorité absolue des premières préférences. À défaut, le candidat arrivé en dernier est éliminé, et les secondes préférences de ses électeurs sont répartis aux autres candidats. L'opération est répétée jusqu'à ce qu'un candidat obtienne de manière cumulée la majorité absolue. L'électeur est tenu de choisir ni plus ni moins que trois candidats, et les classer par ordre de préférence sur son bulletin de vote : ceux comportant moins ou plus de trois préférences sont considérés invalides[5],[6]. S'il n'y a que trois candidats dans sa circonscription, il doit en classer au moins deux. S'il n'y a que deux candidats, il doit indiquer au moins celui qui a sa préférence.[7],[8].

Sur les 118 sièges, 96 sont pourvus dans des circonscriptions « ordinaires » couvrant le pays, tandis que les 22 sièges restants le sont dans des circonscriptions provinciales qui recouvrent les premières en suivant les limites des 22 provinces. Dans ces dernières, le vainqueur devient également le gouverneur de la province concernée[5]. Les candidats doivent avoir au moins 25 ans, et avoir résidés dans leur circonscription depuis au moins deux ans au moment de l'élection, ou bien au moins cinq ans au cours de leur vie.

Le nombre de sièges ordinaires varie en fonction de la population du pays. Il était ainsi de 89 sièges en 2017, contre 96 en 2022[6]. Le Parlement peut en outre nommer jusqu'à trois membres supplémentaires par un vote favorable à la majorité qualifiée des deux tiers des députés élus. Cette disposition est cependant rarement mise en application.

À la suite des élections, les nouveaux députés renouvellent leurs confiance dans le Premier ministre sortant, ou bien choisissent un nouveau Premier ministre.

CampagneModifier

La période de vote, échelonnée du 2 au 22 juillet, est précédée d'une campagne officielle du 12 mai au 2 juillet, au cours de laquelle s'affrontent 3 619 candidats - un record[9],[6],[10],[11].

Quatre partis présentent au moins cinquante candidats chacun, leurs chefs respectifs étant perçus comme les principaux candidats au poste de Premier ministre. Le parti Congrès national populaire de Peter O'Neill présente quatre-vingt-quinze candidats ; le Pangu Pati de James Marape, soixante-quinze ; l'Alliance nationale de Patrick Pruaitch, cinquante-neuf ; et le Parti de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, de Belden Namah, cinquante[12].

Comme les précédentes, ces élections sont entachées de violences. Au moins trente personnes sont tuées dans des actes de « violence liée aux élections » durant la campagne, avant l'ouverture du scrutin[11].

DéroulementModifier

L'utilisation de listes électorales non-mises à jour dans certains bureaux de vote prive de nombreuses personnes du droit de voter, et est dénoncée par un éditorial du journal Post-Courier[13]. La mission d'observation déployée par le Commonwealth des Nations constate que dans certains bureaux de vote, ce sont près de la moitié des électeurs qui n'apparaissent pas sur les listes électorales et ne peuvent donc pas voter[14].

Dès la première semaine du scrutin, des vidéos circulent sur les réseaux sociaux montrant apparemment des cas de fraude électorale (falsification de bulletins, bourrages d'urnes, enfants autorisés à voter), dont au moins un cas se déroulant en présence d'une police complaisante. Le 8 juillet, le scrutin est suspendu dans le District de la capitale nationale en raison de graves problèmes d'organisation. Le journaliste papou-néo-guinéen Scott Waide estime ce même jour que ce sont les élections législatives les plus mal organisées qu'il ait vues en vingt-quatre ans de carrière[15]. La mission d'observation du Commonwealth constate de multiples cas de corruption électorale[14].

À la mi-juillet, cinquante urnes sont dérobées après le vote dans la circonscription de Lagiap, dans la province d'Enga dans les Hautes-Terres[16]. Des électeurs en colère brûlent alors une école et plusieurs autres bâtiments[17]. Les violences font plusieurs dizaines de morts et quelque 3 000 personnes déplacées, dont certaines ont été victimes de violences sexuelles. Des routes, des ponts, des écoles et des centres médicaux ont été endommagés ou détruits[18].

Le 24 juillet, des personnes affirmant que leur candidat a été victime de fraudes électorales s'attaquent au couteau et à la machette à des partisans d'un autre candidat et à des passants de manière aléatoire dans les rues de Port Moresby, la capitale, faisant au moins deux blessés[19],[20]. Le gouvernement déploie la Force de Défense de Papouasie-Nouvelle-Guinée dans la capitale et y instaure un couvre-feu[21].

RésultatsModifier

Les résultats sont attendus pour la mi-août[22]. Au 30 juillet, le Pangu Pati a remporté quatorze circonscriptions de manière définitive, et pourrait en espérer vingt-deux autres parmi les circonscriptions où le dépouillement a commencé. Le Congrès national populaire en a remporté quatre et pourrait en espérer douze autres parmi les circonscriptions où le dépouillement a commencé. Le Parti des ressources unies : trois et dix. Trois circonscriptions ont été remportées par des candidats indépendants, et sept par d'autres partis[23].

Résultats par partiModifier

Résultats des élections législatives papou-néo-guinéennes de 2022[24]
Parti Voix[a] % +/- Sièges +/-
Congrès national populaire
Parti de l'alliance nationale
Parti du triomphe, du patrimoine et de la responsabilisation
Pangu Pati
Parti des ressources unies
Parti du progrès populaire
Parti de la Papouasie-Nouvelle-Guinée
Parti national
Parti populaire
Parti social-démocrate
Parti travailliste populaire
Autres partis
Candidats indépendants
Suffrages exprimés
Votes blancs et nuls
Total 100 118   7
Abstention
Inscrits/Participation

Résultats individuels significatifsModifier

Le Premier ministre James Marape et son vice-Premier ministre John Rosso (en) sont aisément réélus : Le premier obtient 66,8 % des voix dès le premier décompte dans sa circonscription de Tari[25], et le second 50,09 % des voix au premier décompte dans sa circonscription de Lae[26].

Le Chef de l'opposition parlementaire, Patrick Pruaitch (chef du Parti de l'alliance nationale), est battu dans sa circonscription d'Aitape-Lumi qu'il représente au Parlement depuis 2002. Le candidat du Congrès national populaire, Anderson Mise, remporte ce siège[27]. Peter O'Neill (chef du Congrès national populaire), autre grande figure de l'opposition et ancien Premier ministre, est quant à lui réélu dans sa circonscription d'Ialibu-Pangia[28].

Le ministre de l'Agriculture John Simon (Pangu Pati) est battu dans sa circonscription de Maprik, au 26e tour de décompte des suffrages, par le candidat du Congrès national populaire, Gabriel Kapris, ancien ministre du Commerce et des Industries[29].

L'ancien Premier ministre Sir Julius Chan (Parti du progrès populaire) est réélu gouverneur et député de la province de Nouvelle-Irlande, dès le premier décompte avec 54,7 % des voix[30].

Allan Marat (Parti libéral mélanésien), figure de la lutte contre la corruption, député depuis 2002 et ancien vice-Premier ministre et procureur général, est battu en étant devancé de seulement trois voix dans sa circonscription de Rabaul. Il obtient, au 7e décompte, 5 189 voix (49,99 %), contre 5 192 (50,01 %) pour son adversaire Graham Rumet du Pangu Pati. C'est le résultat le plus serré de l'histoire des élections législatives en Papouasie-Nouvelle-Guinée[31],[32].

Michael Marum (en), ancien sélectionneur de l'équipe de Papouasie-Nouvelle-Guinée de rugby à XIII et candidat sans étiquette, est élu gouverneur et député de la province de Nouvelle-Bretagne orientale, au 21e tour de décompte des voix[33],[34].

Analyse et conséquencesModifier

En raison du mode de scrutin, de l'échelonnement des élections et de la ruralité du pays, le décompte des voix prend habituellement plusieurs semaines[6].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Premières préférences

RéférencesModifier

  1. (en) "Power in the hands of Papua New Guineans", The National, 30 juin 2022
  2. (en) "Pruaitch nominated alternative PM", The National, 15 décembre 2020
  3. (en) "Pruaitch accepts vote of confidence", Post-Courier, 16 décembre 2020
  4. (en) "NA remains strong ally", Post-Courier, 29 juillet 2022
  5. a et b « PAPOUASIE-NOUVELLE-GUINEE (National Parliament), Système électoral », sur www.ipu.org (consulté le ).
  6. a b c et d (en) « July 22 D-day for Papua New Guineans – The National », sur www.thenational.com.pg (consulté le ).
  7. (en) "Voting", Commission électorale de Papouasie-Nouvelle-Guinée
  8. (en) Brochure expliquant le système électoral, Commission électorale de Papouasie-Nouvelle-Guinée
  9. (en) "General Election 2022: Busy, but no more than usual", The National, 8 juillet 2022
  10. (en) « Commonwealth to observe Papua New Guinea’s 2022 national elections », sur Commonwealth (consulté le ).
  11. a et b (en) "Papua New Guinea election: what’s at stake?", The Guardian, 1er juillet 2022
  12. (en) "Three parties emerge in race for PM seat", Post-Courier, 21 juin 2022
  13. (en) "Voting shambles, missing names a denial of democracy", Post-Courier, 5 juillet 2022
  14. a et b (en) "Commonwealth observers call for big changes in PNG electoral process", Radio New Zealand, 26 juillet 2022
  15. (en) "PNG election woes continue", Radio New Zealand, 8 juillet 2022
  16. (en) "PNG election: police call for return of 50 stolen ballot boxes", Radio New Zealand, 15 juillet 2022
  17. (en) "School torched as election violence escalates in PNG", Radio New Zealand, 19 juillet 2022
  18. (en) "Dozens killed and thousands displaced in election fighting in Papua New Guinea, UN says", The Guardian, 22 juillet 2022
  19. (en) "Global shame", The National, 25 juillet 2022
  20. (en) "Death toll rises from violent unrest in Papua New Guinea", Special Broadcasting Service, 25 juillet 2022
  21. (en) "PNG Army takes control of Port Moresby Streets", Papua New Guinea Today, 25 juillet 2022
  22. (en) "PNG's Governor-General to delay return of election writs", Radio New Zealand, 27 juillet 2022
  23. (en) "2022 National Election - Preliminary Results", Commission électorale de Papouasie-Nouvelle-Guinée, 30 juillet 2022
  24. (en) « Datasets – PNG Elections Database » (consulté le ).
  25. (en) "TARI OPEN", Commission électorale, 18 juillet 2022
  26. (en) "LAE", Commission électorale, 20 juillet 2022
  27. (en) "National Alliance Party leader Patrick Pruaitch unseated", Papua New Guinea Today, 30 juillet 2022
  28. (en) "Former PNG Prime Minister Peter O'Neill retains Ialibu-Pangia Open Seat", Papua New Guinea Today, 19 juillet 2022
  29. (en) "PNC Candidate Gabriel Kapris unseats PNG Agriculture Minister John Simon", Papua New Guinea Today, 22 juillet 2022
  30. (en) "PNG Elections : Sir Julius Chan retains New Ireland Provincial Seat", Papua New Guinea Today, 20 juillet 2022
  31. (en) "Three vote defeat in PNG election and Rabaul’s Marat set to retire", Asia-Pacific Report, 20 juillet 2022
  32. (en) "RABAUL OPEN", Commission électorale, 19 juillet 2022
  33. (en) "Former PNG Kumuls Coach Michael Marum elected Governor of East New Britain", Papua New Guinea Today, 27 juillet 2022
  34. (en) "EAST NEW BRITAIN PROVINCIAL", Commission électorale, 24 juillet 2022

Voir aussiModifier