Élections générales nicaraguayennes de 2021

Élections générales nicaraguayennes de 2021
Président de la République du Nicaragua
92 sièges de l'Assemblée nationale
20 sièges du Parlement centraméricain
Corps électoral et résultats
Inscrits 4 478 334
Votants 2 921 430
65,23 % en diminution 3

Votes blancs et nuls 161 687
Ortega Lula - ABr 28.07.20102225 (cropped).JPG Front sandiniste de libération nationale – Daniel Ortega
Colistier : Rosario Murillo
Voix 2 093 834
75,87 %
en augmentation 3,4
Députés élus 75 en augmentation 5
Walter Espinoza en junio de 2021.png Parti libéral constitutionnaliste – Walter Espinoza
Colistier : Mayra Argüello
Voix 395 406
14,33 %
en diminution 0,7
Députés élus 9 en diminution 4
Président du Nicaragua
Sortant Élu
Daniel Ortega
FSLN
Daniel Ortega
FSLN

Les élections générales nicaraguayennes de 2021 ont lieu le afin d'élire le Président du Nicaragua, ainsi que les membres de l'Assemblée nationale et les députés nicaraguayens du Parlement centraméricain.

Le président sortant Daniel Ortega est réélu pour un cinquième mandat — le quatrième consécutif — dans un contexte de répression de l'opposition, ses principaux opposants ayant été emprisonnés.

ContexteModifier

 
Daniel Ortega.

Le président sortant Daniel Ortega est au pouvoir depuis 2007 après un premier passage à la présidence de 1985 à 1990. En 2014, il fait procéder à une révision de la constitution qui met fin au scrutin à deux tours ainsi qu'a la limitation à deux mandats de cinq ans, ce qui lui permet d'être réélu pour un troisième mandat consécutif lors de l'élection présidentielle de novembre 2016[1].

Les États-Unis, dont les relations sont tendues avec le Nicaragua, ont financé des partis politiques, associations et médias d'opposition à hauteur de 76,4 millions de dollars en 2010 et 2020 par l’intermédiaire de l'USAID. Le programme « Responsive Assistance in Nicaragua » (RAIN) prévoit d'aider l’opposition à mettre en place un « régime de transition », notamment en épurant l'armée et la police, jugées acquises aux sandinistes. Le Parlement nicaraguayen approuve en octobre 2020 la « Loi de régulation des agents étrangers », obligeant les bénéficiaires de ces financements à s'enregistrer en tant qu'« agent de l'étranger » et à préciser le montant des fonds reçus et la manière dont ils ont été dépensés. En décembre, une deuxième loi établit que « toute personne qui demande, soutient et salue l’imposition de sanctions à l’État du Nicaragua » ne pourra pas se présenter aux élections[2].

Sept opposants sont arrêtés en mai et juin 2021, dont quatre candidats potentiels à l'élection présidentielle et un responsable du patronat, accusés de « vendre la patrie à l'étranger » pour avoir milité en faveur de sanctions internationales ou d'une intervention contre le Nicaragua. Les États-Unis réagissent en qualifiant le président nicaraguayen de « dictateur » et en appelant la communauté internationale à « le traiter comme tel ». De nouvelles sanctions sont également adoptées par le gouvernement américain[3][réf. à confirmer].

Daniel Ortega considère en effet ses opposants comme des « criminels qui cherchent à le renverser avec l'aide des États-Unis ». À l'inverse, l'ONG Human Rights Watch, la Cour interaméricaine des droits de l'homme et l'ONU critiquent le régime pour sa dérive autoritaire car depuis le printemps 2021, une centaine de personnalités politiques et de militants des droits de l'homme ont été arrêtés. Déjà en 2018, des manifestations contre le gouvernement ont donné lieu à une répression sévère faisant 328 morts, à l'arrestation de centaines de personnes sans qu'aucune charge ne soient retenues contre elles et à la fermeture de 90 ONG militant pour les droits de l'homme. Pour Le Figaro, « l'ancien guérillero et son épouse Rosario Murillo ont depuis muselé toute opposition, marginalisé et les corps intermédiaires et mis la main sur l'État »[4].

L'opposition s'avance particulièrement divisée, ce qui, selon l’hebdomadaire britannique The Economist, risque de conduire à une confortable réélection de Daniel Ortega[2]. Pour Le Figaro, la victoire d'Ortega est plutôt prévue d'avance en raison de l'arrestation de ses principaux adversaires, du fait qu'il ait changé la loi et nommé de nouveaux membres du conseil électoral, si bien que dès juillet 2021, le président de l'Assemblée nationale Gustavo Porras (membre du même parti qu'Ortega) déclare : « La victoire du 7 novembre est incontestable »[4].

Système électoralModifier

Le président est élu au scrutin uninominal majoritaire à un tour pour un mandat de cinq ans, sans limitation du nombre de mandats. Il est élu en même temps que son vice-président, qui se présente avec lui en tant que colistier, pour un même mandat[5].

L'Assemblée nationale (Asamblea Nacional) est un parlement unicaméral composé de 92 sièges pourvus pour cinq ans au scrutin proportionnel plurinominal avec listes bloquées, sans seuil électoral. Sur ce total, 70 sièges sont pourvus dans 17 circonscriptions électorales de 2 à 19 sièges correspondant aux 15 départements et 2 régions autonomes du pays. Vingt autres sièges sont quant à eux pourvus dans une unique circonscription nationale. Enfin, les deux derniers sièges sont réservés pour l'un au candidat arrivé en seconde place à l'élection présidentielle organisée en même temps que les législatives, et pour l'autre au président sortant. Si le président sortant est réélu, le siège est attribué au vice président sortant, s'il n'est pas lui même réélu[6].

Les listes présentées par les partis doivent obligatoirement alterner des candidats de l'un ou l'autre sexe selon un système « zébré », de telle sorte qu'elles contiennent une moitié d'hommes et une moitié de femmes. Après décompte des suffrages, les sièges sont répartis sur la base du quotient simple dans chaque circonscription[6].

Les sièges parlementaires n'appartiennent pas aux députés mais aux partis, un député désirant changer d'affiliation politique doit par conséquent démissionner de sa fonction.

CandidaturesModifier

Le parti de droite Alliance Citoyens pour la liberté présente la candidature de l'ancien contras Oscar Sobalvarro (en) et de la Miss Nicaragua 2017 Berenice Quezada[7]. Dans la nuit du 3 août 2021, cette dernière est assignée à résidence et finalement interdite d'être candidate[8].

Le Parti libéral constitutionnaliste présente la candidature du chef d’entreprise Milton Arcia et de l’avocate Maria Moncada[9].

RésultatsModifier

PrésidentModifier

Résultats de la présidentielle de 2021[10],[11]
Candidats
et colistiers
Partis Voix %
Daniel Ortega
Rosario Murillo
FSLN 2 093 834 75,87
Walter Espinoza
Mayra Argüello
PLC 395 406 14,33
Guillermo Osorno
Violeta Martínez
CCN 89 853 3,26
Marcelo Montiel
Jennifer Espinoza
ALN 85 711 3,11
Gerson Gutiérrez Gasparín
Claudia María Romero
APRE 48 429 1,75
Mauricio Orue Vásquez
Socorro Rodríguez
PLI 46 510 1,69
Votes valides 2 759 743 94,47
Votes blancs et nuls 161 687 5,53
Total 2 921 430 100
Abstention 1 556 904 34,77
Inscrits / participation 4 478 334 65,23

Assemblée nationaleModifier

Résultats préliminaires des législatives nicaraguayennes de 2021[10],[12]
 
Partis Liste nationale Listes régionales Total
Sièges
+/-
Voix % +/- Sièges Voix % Sièges
Front sandiniste de libération nationale FSLN 15 60 75   5
Parti libéral constitutionnaliste PLC 2 7 9   4
Alliance libérale nicaraguayenne ALN 1 1 2  
Parti libéral indépendant PLI 1 0 1   1
Alliance pour la république APRE 1 0 1  
Parti nicaraguayen du chemin chrétien CCN N/a 0 1 1   1
YATAMA[a] 1 1   1
Sièges réservés[b] 1  
Votes valides
Votes blancs et invalides
Total 100 - 20 100 70 92  
Abstentions
Inscrits / participation 4 478 334 4 478 334

Analyse et conséquencesModifier

Le président sortant l'emporte largement, Daniel Ortega réunissant près de 76 % des suffrages[13],[14].

L'élection présidentielle est vivement critiquée à l'international en raison de la mise en détention ou en exil forcé des principaux dirigeants de l'opposition, ôtant tout rival sérieux au président sortant[15]. Organisée « sans garanties démocratiques » selon le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell selon lequel elle marque le basculement du pays dans un « régime autocratique », elle est qualifiée d'« élection pantomime [...] ni libre ni juste, et certainement pas démocratique » par le président américain Joe Biden. Ortega reçoit cependant le soutien de la Russie, qui considère que le scrutin s'est déroulé dans le respect de la loi, ainsi que du Venezuela, dont le président Nicolas Maduro félicite aussitôt selon homologue nicaraguayen[13].

Bien que largement vainqueur de l'élection, Ortega se retrouve davantage encore isolé, la quasi totalité de la communauté internationale condamnant un scrutin qualifié de « farce », ouvrant la voie à de nouvelles sanctions envers les dirigeants nicaraguayens[16],[17].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Acronyme courant de Yapti Tasba Masraka Nanih Aslatakanka, littéralement Fils de la Terre Mère.
  2. Un seul siège, le président et le vice-président sortants ayant été réélus.

RéférencesModifier

  1. (en) « Factbox: How Ortega has stayed in power in Nicaragua », sur in.finance.yahoo.com (consulté le ).
  2. a et b « Vol d’hypocrites au-dessus du Nicaragua », sur Médelu, .
  3. « Nicaragua : sanctions de Washington après des arrestations d'opposants accusés de «vendre la patrie» », sur RT, .
  4. a et b Patrick Bèle, « Nicaragua : Ortega neutralise ses rivaux à la présidentielle », Le Figaro,‎ 24-25 juillet 2021, p. 6 (lire en ligne).
  5. « Constitution, version de 2014 », sur www.constituteproject.org (consulté le ).
  6. a et b Inter-Parliamentary Union, « IPU PARLINE database: NICARAGUA (Asamblea Nacional), Texte intégral », sur archive.ipu.org (consulté le ).
  7. « Nicaragua: un ex-guérillero et une reine de beauté candidats à la présidentielle », sur Le Figaro, .
  8. (es) « Ortega impone prisión domiciliar e inhibe a la candidata a la vicepresidencia por CxL, Berenice Quezada », sur Artículo 66, (consulté le ).
  9. (es) Gerald Mayorga, « María Dolores Moncada será la fórmula presidencial de Milton Arcia en el PLC », sur Radio Corporacion, .
  10. a et b Consejo Supremo Electoral.
  11. « Consejo Supremo Electoral de Nicaragua », sur Twitter (consulté le ).
  12. (es) 100% Noticias, « CSE incrementa número de votantes que contrastan con urnas vacías en Nicaragua », sur 100noticias.com.ni (consulté le ).
  13. a et b « Election présidentielle au Nicaragua : Daniel Ortega réélu pour un quatrième mandat », sur Le Monde.fr, Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le ).
  14. (en) teleSUR/ JF, « Nicaragua: First Official Results Confirm Re-Election of Ortega », sur www.telesurenglish.net, (consulté le ).
  15. « Au Nicaragua, Ortega réélu président avant le dépouillement du scrutin », sur www.20minutes.fr (consulté le ).
  16. Le Point, magazine, « Nicaragua : la farce électorale de Daniel Ortega », sur Le Point, lepoint.fr, (consulté le ).
  17. « Au Nicaragua, Daniel Ortega isolé après un scrutin dénoncé comme une « farce » », sur Le Monde.fr, Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le ).