Æthelwig

Æthelwig
Biographie
Nom de naissance vers 1010/1015 ?
Décès 16 février 1077 ou 16 février 1078
Abbé de l'Église catholique
Bénédiction abbatiale
Abbé d'Evesham
1077 ou 1078

Æthelwig est un prélat anglais mort en 1077 ou 1078. Il est abbé d'Evesham, dans le Worcestershire, de 1058 à sa mort.

Réputé pour ses compétences juridiques, il est chargé de gérer les domaines de l'abbaye d'Evesham, ainsi que ceux de l'évêque de Worcester Ealdred. Après son élection à la tête de l'abbaye, il sert d'adjoint à Ealdred et son nom est évoqué pour reprendre le siège de Worcester lorsque Ealdred est élu archevêque d'York. En tant qu'abbé, il s'efforce de recouvrer des terres perdues par Evesham et d'en acquérir de nouvelles.

Après la conquête normande de l'Angleterre, Æthelwig fait partie des rares Anglais auxquels le nouveau roi Guillaume le Conquérant accorde sa confiance. Il se voit confier des pouvoirs importants dans l'ouest du pays et accueille des réfugiés de la dévastation du nord de l'Angleterre en 1069-1070. Il reste fidèle à Guillaume lors de la révolte des comtes de 1075.

La vie d'Æthelwig est principalement connue grâce à une Vita rédigée après sa mort et incluse dans le Chronicon Abbatiae de Evesham, une histoire de l'abbaye d'Evesham compilée au XIIIe siècle.

BiographieModifier

Sous Édouard le ConfesseurModifier

Æthelwig, vraisembablement né entre 1010 et 1015 environ[1], hérite de vastes domaines de sa famille[2]. En 1058, il est élu abbé d'Evesham pour remplacer Mannig, contraint d'abandonner sa charge après avoir été frappé de paralysie. Ealdred, qui est l'évêque diocésain d'Evesham, lui accorde sa bénédiction le [3]. D'après le Chronicon Abbatiae de Evesham, c'est Mannig qui aurait suggéré au roi Édouard le Confesseur de choisir Æthelwig pour lui succéder, mais d'autres sources affirment que l'idée vient d'Ealdred[4],[5]. Le Chronicon indique également que la cérémonie de bénédiction prend place à Gloucester, mais il affirme à tort qu'Ealdred est archevêque, un poste qu'il n'obtient en réalité que deux ans plus tard[4].

Pendant son abbatiat, Æthelwig joue un rôle d'adjoint auprès d'Ealdred[5]. Après l'élection de ce dernier comme archevêque d'York, il fait partie des candidats envisagés à sa succession sur le siège épiscopal de Worcester, mais ce poste revient finalement à Wulfstan[6]. Il sert également le roi Édouard en tant que conseiller. Réputé pour ses talents de juriste[7], il préside une audience à la cour aux côtés de Wulfstan et du chancelier Regenbald (en)[8]. Il est également amené à diriger des hommes sur le champ de bataille[9].

Les relations entre Æthelwig et Wulfstan semblent avoir été tendues, même s'il est difficile de les cerner avec précision dans la mesure où le Chronicon Abbatiae de Evesham a été lourdement amendé pour éliminer les passages où les abbés d'Evesham apparaissent soumis aux évêques de Worcester[10]. En tout cas, le premier est absent lorsque le second effectue son unique visite connue à Evesham en tant qu'évêque diocésain de l'abbaye[11]. Leur opposition pourrait avoir été d'ordre juridique et non personnel, car Æthelwig considère Wulfstan comme une figure paternelle et il a recours à ses services comme confesseur[12].

Sous le règne d'Édouard le Confesseur, Æthelwig s'efforce de récupérer plusieurs manoirs ayant appartenu à l'abbaye d'Evesham qui ne lui ont pas été rendus par leurs propriétaires temporaires[13]. Il réussit à en recouvrer un certain nombre : une bonne partie de sa biographie dans le Chronicon Abbatiae de Evesham est consacrée à l'énumération de ces domaines, situés dans le Worcestershire, le Warwickshire et le Gloucestershire[14].

Sous Guillaume le ConquérantModifier

Après la conquête normande de l'Angleterre, Guillaume le Conquérant confie un certain nombre de tâches administratives à Æthelwig[15]. L'abbé d'Evesham fait ainsi partie des rares Anglais à bénéficier de la confiance du nouveau roi, comme Ealdred et Wulfstan[16], quand bien même il a un oncle mort en combattant pour Harold Godwinson, probablement à la bataille de Stamford Bridge[17]. Il reçoit, probablement en 1068, l'autorité judiciaire sur la Mercie[18], et sert comme juge royal pour tout l'ouest de l'Angleterre en 1072[19]. Lorsque l'abbé Godric de Winchcombe est déposé, son geôlier n'est autre qu'Æthelwig[20], qui assure également la direction de cette abbaye jusqu'à l'élection d'un nouvel abbé[21]. Pendant la révolte des comtes de 1075, Æthelwig reste fidèle au roi. Aux côtés de l'évêque Wulfstan et du shérif Ours d'Abbetot, il empêche le baron rebelle Roger de Breteuil de rallier ses alliés[22],[23].

Æthelwig continue à enrichir son abbaye après la conquête normande. À travers le remboursement d'emprunts, il acquiert ainsi 36 manoirs pour le compte d'Evesham[24]. Il garde une préférence pour l'architecture anglo-saxonne dans les embellissements qu'il apporte à l'abbaye, ignorant le style roman qui se répand alors en Angleterre[25]. Il met à profit sa connaissance du droit anglo-saxon pour son propre bénéfice, mais aussi pour celui des nouveaux prélats d'origine normande, comme l'archevêque Lanfranc de Cantorbéry ou l'abbé Serlon de Gloucester (en)[26]. Plusieurs propriétaires terriens anglais se placent sous sa protection, ce qui donne lieu à des conflits de propriété après sa mort[27].

Au-delà de ses tâches administratives et judiciaires, Æthelwig est réputé pour ses œuvres charitables : il vient en aide aux pauvres, aux malades et aux lépreux. Après la dévastation du nord de l'Angleterre par Guillaume, en 1069-1070, il accueille des réfugiés ayant fui les régions sinistrées[28]. Le Chronicon Abbatiae de Evesham affirme que c'est sa nature charitable qui le pousse à leur venir en aide, mais il est possible que cela ait fait partie de ses devoirs de fonctionnaire royal[29].

Æthelwig souffre de la goutte, une maladie qui finit par causer son décès d'après le Chronicon Abbatiae de Evesham[30]. Ce texte date la mort d'Æthelwig du [31], mais il est ambigu sur la date à laquelle se produit le passage d'une année à la suivante, et la mort d'Æthelwig pourrait donc avoir eu lieu en réalité en 1078[32].

PostéritéModifier

L'auteur du Cartulaire de Hemming, un recueil de chartes assemblé vers la fin du XIe siècle à la cathédrale de Worcester, décrit Æthelwig comme « d'une intelligence, d'une astuce et d'une connaissance du droit commun supérieures à tous[27] ». Sa vie est principalement connue grâce au Chronicon Abbatiae de Evesham, une histoire de l'abbaye d'Evesham compilée au début du XIIIe siècle par Thomas de Marlborough (en) qui incorpore des éléments issus d'une Vita d'Æthelwig. Le style du texte suggère que la transmission s'est faite par l'entremise d'une chronique intermédiaire aujourd'hui perdue[33]. Pour servir son propos, qui est de démontrer l'indépendance judiciaire d'Evesham vis-à-vis des évêques de Worcester, Thomas de Marlborough procède à des modifications sur les textes qu'il utilise[33].

La date de rédaction de la Vita originale n'est pas certaine. R. R. Darlington estime qu'elle date de peu de temps après la mort d'Æthelwig, mais David Knowles préfère la situer vers 1100, envisageant la possibilité qu'elle soit l'œuvre du prieur Dominique d'Evesham (en)[34]. Antonia Gransden (en) s'accorde avec Darlington pour placer la rédaction de la Vita peu après 1077/1078[35]. Il ne s'agit pas d'une hagiographie à proprement parler dans la mesure où elle n'attribue aucun miracle à Æthelwig. Elle ne décrit pas non plus en détail ses origines ou son élévation à l'abbatiat, mais consiste plutôt en une série de passages narratifs entrecoupés de chartes, avec une liste détaillée des manoirs acquis par Æthelwig pour le compte d'Evesham[36].

RéférencesModifier

  1. Knowles 1976, p. 74.
  2. Knowles 1976, p. 423.
  3. Knowles, London et Brooke 2001, p. 47.
  4. a et b Darlington 1933a, p. 3.
  5. a et b Barlow 1979a, p. 87.
  6. Barlow 1979a, p. 92.
  7. Knowles 1976, p. 76.
  8. Barlow 1979a, p. 129.
  9. Walker 2000, p. 80.
  10. Cox 2002, p. 283-284.
  11. Barlow 1979a, p. 323.
  12. Cox 2002, p. 281.
  13. Barlow 1970, p. 330.
  14. Darlington 1933a, p. 6-10.
  15. Barlow 1979b, p. 57.
  16. Bates 2001, p. 156.
  17. Walker 2000, p. 158.
  18. Williams 2000, p. 24.
  19. Douglas 1964, p. 206.
  20. Stafford 1989, p. 105.
  21. Williams 2000, p. 17.
  22. Douglas 1964, p. 232.
  23. Williams 2000, p. 60.
  24. Williams 2000, p. 10.
  25. Knowles 1976, p. 120.
  26. Williams 2000, p. 144.
  27. a et b Williams 2000, p. 148.
  28. Knowles 1976, p. 162-163.
  29. Darlington 1933b, p. 179.
  30. Darlington 1933a, p. 2.
  31. Darlington 1933a, p. 5.
  32. Knowles, London et Brooke 2001, p. 248.
  33. a et b Gransden 1974, p. 111-112.
  34. Knowles 1976, p. 704-705.
  35. Gransden 1974, p. 89.
  36. Gransden 1974, p. 89-90.

BibliographieModifier

  • (en) Frank Barlow, Edward the Confessor, University of California Press, (ISBN 0-520-01671-8).
  • (en) Frank Barlow, The English Church 1000–1066 : A History of the Later Anglo-Saxon Church, Longman, 1979a (ISBN 978-0-582-49049-9).
  • (en) Frank Barlow, The English Church 1066–1154 : A History of the Anglo-Norman Church, Londres, Longman, 1979b (ISBN 978-0-582-50236-9).
  • (en) David Bates, William the Conqueror, Stroud, Tempus, (ISBN 0-7524-1980-3).
  • (en) David Cox, « St Oswald of Worcester at Evesham : Cult and Concealment », Journal of Ecclesiastical History, vol. 53, no 2,‎ , p. 269-285 (DOI 10.1017/s0022046901001518).
  • (en) R. R. Darlington, « Æthelwig, Abbot of Evesham, Part I », The English Historical Review, vol. 48, no 189,‎ 1933a, p. 1-22 (DOI 10.1093/ehr/XLVIII.CLXXXIX.1).
  • (en) R. R. Darlington, « Æthelwig, Abbot of Evesham, Part II », The English Historical Review, vol. 48, no 190,‎ 1933b, p. 177-198 (DOI 10.1093/ehr/XLVIII.CXC.177).
  • (en) David C. Douglas, William the Conqueror : The Norman Impact Upon England, Berkeley, University of California Press, (OCLC 399137).
  • (en) Antonia Gransden, Historical Writing in England c. 550—c.1307, Londres, Routledge, (ISBN 0-415-15124-4).
  • (en) David Knowles, The Monastic Order in England : A History of its Development from the Times of St. Dunstan to the Fourth Lateran Council, 940–1216, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-05479-6).
  • (en) David Knowles, Vera London et Christopher Brooke, The Heads of Religious Houses, England and Wales, 940–1216, Cambridge, Cambridge University Press, , 2e éd. (ISBN 0-521-80452-3).
  • (en) Pauline Stafford, Unification and Conquest : A Political and Social History of England in the Tenth and Eleventh Centuries, Londres, Edward Arnold, (ISBN 0-7131-6532-4).
  • (en) Ian Walker, Harold, the Last Anglo-Saxon King, Wrens Park, (1re éd. 1997) (ISBN 0-905778-46-4).
  • (en) Ann Williams, The English and the Norman Conquest, Woodbridge, Boydell Press, (ISBN 978-0-85115-708-5).

Liens externesModifier