Viguerie (Catalogne)

Une viguerie (vegueria en catalan) est le territoire régi par un viguier (veguer en catalan), une autorité déléguée du comte, du vicomte ou du roi, avec une juridiction subsidiaire dans des territoires de l'Église ou dans les baronnies. C'était une institution de la Principauté de Catalogne créée au XIIe siècle, remplacées par les corregiments lors des Décrets de Nueva Planta de 1716. En Catalogne du Nord, les vigueries ont existé jusqu'en 1790, ils ont disparu avec la Révolution Française.

En Andorre, jusqu'en 1993, y a eu deux vigueries : le viguier épiscopal et le viguier français, qui étaient les représentants des deux coprinces et avaient des compétences politiques. Elles ont été abolies avec l'approbation de la Constitution d'Andorre qui octroya aux anciens viguiers la figure de chef d'État.

En Catalogne, les vigueries réapparaissent progressivement. Le Statut d'autonomie de la Catalogne de 2006 rétablit la viguerie comme division territoriale étant une personnalité juridique propre et ayant deux fonctions : le gouvernement intermunicipal de coopération locale et l'organisation des services de la Généralité de Catalogne.

HistoireModifier

La fonction du viguier provient de l'ancien vicari (du latin vicarius), fonctionnaire comtal du IX° au XI° siècle, de rang inférieur au vicomte et avec des fonctions de défense du territoire d'un château[1]. Avec le temps, les territoires se sont étendus et les droits ont été transférés au château. Les fonctions de délégation du comte, sont quant à elles passées au viguier. Celui-ci avait des responsabilités judiciaires et de représentation, il était aidé dans ses fonctions par des sous-viguiers.

Les vigueries étaient un outil de contrôle royal du territoire, qui devait régulièrement affronter le pouvoir de la Généralité et les pouvoirs municipaux. D'autres divisions territoriales existaient : l'ecclésiastique (évêchés), la jurisdiction (baronnies majestueuses et baillis royaux), et la fiscal (collectes). Mais la viguerie était la division basique et la plus emblématique. Il y a eu de nombreux changements, autant dans le nombre de vigueries comme dans leurs limites. Certaines d'entre elles avaient des dimensions régionales, comme celles de Gérone et Lérida. D'autres vigueries, ainsi que la plupart de sous-vigueries, étaient relativement petites, d'une échelle comarcale.

Vigueries historiquesModifier

 
Division territoriale en 1304



  • Vigueries
  • Seigneureries sans vigueries
  • Domaine du Val d'Aran
  • Au XIIe siècle existaient dix vigueries, qui se sont progressivement élargies[2]. À l'époque de Jacques II d'Aragon, les vigueries en vigueur étaient : Bages (ou Manresa), Barcelone, Berguedà (ou Berga), Besaltú, Camarasa, Camprodon, Cervera, Lérida, Montblanc, Osona (ou Vic), Pallars, Ral, Ribagorça, Ripoll (ou Ripollès), Tarragonne, Tàrrega, Tortosa et Vilafranca del Penedès.


    En plus, dans le Royaume de Majorque (dépendant de Jacques II de Majorque), il y avait les vigueries du Roussillon, de Cerdagne (ou de Puigcerdà), de Vilafranca del Conflent (ou Conflent) et de Majorque.

    Le Val d'Aran, le comté d'Urgell et le comté d'Empúries avaient un statut particulier et n'étaient pas des[3] .

    Plus tard, les vigueries d'Urgell, de Balaguer et d'Agramunt sont apparues et la sous-viguerie de Lluçanès. Pendant la deuxième moitié du XVIIe siècle, après que la France ait annexé les vigueries de Perpignan et de Vilafranca de Conflent, la Catalogne était divisée en 15 vigueries, 9 sous-vigueries et le district du Val d'Aran, avec un statut particulier.

    L'article 30 du décret de Nova Planta du a remplacé les vigueries par des corregiments. Les 24 unités de vigueries et sous-vigueries se sont regroupées en 12 corregiments sans modification de frontières. D'un point de vue géographique, il y avait une continuité des vigueries avec un meilleur équilibre. Ces changements ont été imposés par le royaume de Castille. Dans l'usage, l'appellation de viguerie a été conservée comme synonyme de corregiment[3].

    Des vigueries sont également apparues en Occitanie, la région des Fenouillèdes a été une viguerie dépendante de Carcassonne. Dans le duché d'Athènes y a eu trois vigueries : Athènes, Thèbes et Levàdia.

    Reconstitution des vigueriesModifier

    Pendant la Seconde République, entre 1931 et 1939, la Generalitat republicana (Généralité républicaine en français) a reconstitué la Catalogne en la séparant en neuf régions appelées vegueries (vigueries en français), supprimées en 1939 par le gouvernement du dictateur Francisco Franco. Aujourd'hui, la Généralité de Catalogne reconstitue les vigueries, désormais au nombre de huit.

    Généralité républicaineModifier

     
    Régions de Catalogne entre 1936 et 1939

    Le 1931, la Généralité a créé la Ponència de la Divisió Territorial (Commission de la Division Territoriale en français) formée, entre autres, par Ventura Gassol, Pau Vila i Dinarès et Antoni Rovira i Virgili, pour remplacer la division territoriale de 1833 par une nouvelle structure administrative. Après une large enquête municipale, le rapport de la commission a été publié en 1933. Il préconisait le découpage de la Catalogne en 38 comarques et 9 vigueries. Les évènements du six octobre ont bloqué son approbation qui ne sera effective qu'à partir du , avec le décret de Division Territoriale de Catalogne, en changeant le nom des vigueries par des régions numérotées de I à IX[4],[5].

    Liste des régions/vigueries (1936-1939)
    Numéro Subdivisions Capitale
    I Baix Llobregat, Barcelonès, Maresme, Vallès Occidental et Vallès Oriental Barcelone
    II Alt Empordà, Baix Empordà, Garrotxa et Gironès (dont le Pla de l'Estany), et la Selva Gérone
    III Alt Camp, Alt Penedès, Baix Penedès, Garraf et Tarragonès Tarragone
    IV Baix Camp, Conca de Barberà, Priorat et Ribera d'Ebre Reus
    V Baix Ebre, Montsià et Terre Alta Tortosa
    VI Cerdanya, Osona et Ripollès Vic
    VII Anoia, Bages, Berguedà et Solsonès Manresa
    VIII Garrigues, Noguera, Urgell, Segarra et Segrià Lérida
    IX Alt Urgell, Pallars Jussà (dont le Haut Ribagorça), Pallars Sobirà et Val d'Aran Tremp

    L'appellation de région fut remplacée par celle de viguerie le 1er décembre 1937, en pleine Guerre Civile espagnole, par le président de la Généralité Lluís Companys, sous la pression de Rovira i Virgili. Cette division a été supprimée en 1939 mais les géographes ont continué de l'utiliser par la suite.

    Généralité actuelleModifier

    Le Statut de 1979 n'a pas prévu la régionalisation de la Catalogne, mais chaque service de la Généralité a été organisé avec une structure régionale. En 1995, le Pla territorial general de Catalunya (Plan territorial général de Catalogne) délimitait six zones, puis en 2001, le statut de l'Alt Pirineu i Aran ont été modifiés comme nouvelle entité distincte de la région du Ponent[6],[7]. La Loi 23/2010 du a porté le nombre de domaines à huit avec la création de l'ambit functional du Penedès. Fin 2017, la loi a été modifiée pour créer une huitième viguerie, laquelle comprend le Haut Penedès, le Bas Penedès, le Garraf et partie de l'Anoia (toute moins huit communes, lesquels suivent attribués au domaine des Comarques Centrales)[8],[9].

    Rapport RocaModifier

     
    Vigueries proposées dans le rapport Roca, 2001

    Le Parlement de Catalogne a confié le redécoupage territorial à une commission d'experts, composée de quatre géographes et présidée par Miquel Roca. En , cette commission a rendu son verdict, connu sous le nom de Rapport Roca. Les régions sont renommées vigueries, pour éviter la confusion avec les eurorégions. En plus de quelques modifications dans la carte municipale et comarcale, le rapport prône la création de six à huit nouvelles comarques, de six vigueries et d'une sous-viguerie : Barcelone, Camp de Tarragona, Catalunya Central, Girona, Ponent et Terres de l'Elbre.

    Llei de l'Organització Veguerial de CatalunyaModifier

     
    Les sept vigueries et le Val d'Aran, avec un statut à part

    Le Statut de 2006 a rétabli les vigueries en tant que divisions territoriales avec une personnalité juridique propre. Selon l'avant-projet de Llei de l'Organització Veguerial de Catalunya de , initialement, il devait y avoir sept vigueries : Alt Pirineu i Aran, Barcelone, Camp de Tarragona, Gérone, Central, Lérida et Terres de l'Ebre.

    Les sièges institutionnels des vigueries sont à Barcelone, Tarragone, Gérone, Lérida, Tortosa. Les sièges des vigueries Central et d'Alt Pirineu i Aran ne sont pas connus[10].

    Finalement, la Généralité a accepté que le Val d'Aran reste en dehors de cette organisation territoriale, même s'il était prévu qu'elle fasse provisoirement partie de la viguerie pyrénéenne et que son conseil délègue ses fonctions au Conseil Général d'Aran[11].

    RevendicationsModifier

    Le Conseil Général d'Aran a réclamé à plusieurs reprises que la comarque n'appartienne à aucune viguerie. Le Val d'Aran s'est constitué en Régime Spécial d'Aran depuis la promulgation de la loi 1/2015.

    La création de nouvelles vigueries sont réclamées :

    • Viguerie de l'Alt Ter, avec les comarques d'Osona et le Ripollès[12].
    • Viguerie du Penedès, avec les comarques de l'Alt Penedès, l'Anoia, le Baix Penedès et le Garraf, créée comme Domaine fonctionnel territorial par la loi 23/2010 en 2010 (à exception de quelques communes d'Anoia) puis comme viguerie en 2017[13],[14].

    Notes et référencesModifier

    1. (ca) « Viguerie (Catalogne) », Gran Enciclopèdia Catalana, sur enciclopedia.cat, Barcelone, Edicions 62.
    2. (ca) « Viguerie (Catalogne) », Gran Enciclopèdia Catalana, sur enciclopedia.cat, Barcelone, Edicions 62.
    3. a et b Pau Vila, La divisió territorial de Catalunya, Barcelona, Seix Barral, (ISBN 84 322 9508 6) Facsímil de l'edició Barcelona: Conselleria d'Economia de la Generalitat de Catalunya, 1937.
    4. Generalitat de Catalunya, « Decret del Conseller d'Economia i Serveis Públics, de 27 d'agost de 1936 », Diari Oficial de la Generalitat de Catalunya, Barcelona, vol. any IV vol. III, no núm. 253,‎ 9 setembre 1936, p. 1379-1380 (lire en ligne [PDF], consulté en 20 gener 2009)
    5. Cartell editat per la Generalitat, del 1936.
    6. Pla Territorial de Catalunya, Llei 1/1995, de 16 de març.
    7. Aprovació del Pla territorial parcial de l'Alt Pirineu i Aran
    8. Departament de la Presidència, « Llei 23/2010, del 22 de juliol, de modificació de la Llei 1/1995 i de la Llei 23/1983 per a fixar l'àmbit de planificació territorial del Penedès », Diari Oficial de la Generalitat de Catalunya, no núm. 5681,‎ (lire en ligne, consulté le 24 novembre 2010)
    9. « Catalunya ja té vuit vegueries: el Parlament aprova la creació de la vegueria del Penedès », Ara.cat, {{Article}} : paramètre « date » manquant (lire en ligne)
    10. « Dia històric per l'Alt Pirineu amb l'aprovació de la Llei de vegueries », Viure als Pirineus (consulté en 2 febrer 2010)
    11. « El tripartit accepta que la Vall d'Aran quedi fora de la llei de vegueries », El Periódico de Catalunya (consulté en 29 maig 2010)
    12. Manifest per la vegueria de l'Alt Ter
    13. Campanya per la vegueria del Penedès
    14. « Llei 23/2010, del 22 de juliol, de modificació de la Llei 1/1995 i de la Llei 23/1983 per a fixar l'àmbit de planificació territorial del Penedès | DEPARTAMENT DE LA PRESIDÈNCIA | Legislació » (consulté le 11 janvier 2020)

    Voir aussiModifier

    Liens externesModifier