Ouvrir le menu principal

Tusi (chef tribal)

système de gouvernance régionale par un local mis en place sous la dynastie Yuan, en Chine, qui continue sous les dynasties Ming et Qing
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Tusi.
bâtiment gouvernemental du tusi à Lijiang (province du Yunnan)

Le tusi (chinois : 土司 ; pinyin : tǔsī ; litt. « dirigeant de la terre »), signifiant officier indigène [1], est un dirigeant régional, inclus dans un système de gouvernance régionale féodal appelé tusi zhidu (土司制度, tǔsī zhìdù, « régime (ou système) tusi ») mis en place sous la dynastie Yuan[1], pour la première fois au Yunnan. Le système du tusi est inspiré du système du « jimi » (zh) (羁縻制 / 羈縻制, jīmí zhì, « contrôle jimi ») ou Jimifuzhou (羁縻府州 / 羈縻, jīmí fǔzhōu, « gouvernement régional jimi ») de la dynastie Tang, dans lequel un dirigeant est choisi dans la population locale pour diriger la région. Ce système perdurera sous la dynastie Ming et une partie de la dynastie Qing. On en trouve encore sous la République de Chine (1912-1949), dans la région de Dergué.

Un système similaire a été mis en place au Vietnam par les dynasties et Nguyễn.

Sommaire

HistoireModifier

Le système de tusi (土司制度) est créé sous la dynastie Yuan[1].

Le gouvernement du tusi tujia, de la minorité des Tujias, est créé en 1368 sous le règne de l'Empereur Hongwu de la dynastie Ming[2], avait son palais dans l'actuelle Enshi (province de Hubei), et un siège important est le Xizhou tongzhu (溪州铜柱) datant de 940, pendant la Période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes, et est situé dans le bourg de Furong, province du Hunan.

Sous la dynastie Ming, les tusi étaient classés en deux types, les tusi de rang civil et les tusi de rang militaire. Pendant cette période, il y a eu 1 608 dirigeants indigènes recevant le titre de tusi, parmi eux, 1 021 étaient situés dans les provinces du Yunnan, du Guizhou et du Sichuan[3].

Sous les dynasties Ming et Qing, les tentatives de remplacer le gouvernement indigène par une administration bureaucratique directe chinoise, nommée Gaitu guiliu (改土归流 / 改土歸流, gǎitǔ guīliú, « remplacer le [dirigeant] local, retourner au [gouvernement central] généralisé »), sont mises à mal par des rébellions sans fin[4].

La politique du gaitu guiliu a été instaurée sous la dynastie Ming et s'est intensifiée sous la dynastie Qing, sous le règne de l'empereur Yongzheng[4]. Sous la dynastie Qing, en 1726, l'officier mandchou Ortai tente d'abolir le système dans sa politique de réforme agraire (gaitu guiliu)[5]. Le tusi de la préfecture de Zhenyuan est remplacé par Liu Hongdu, nommé sous-préfet (tongzhi) chargé de la préfecture[6].

En 1730, dans un de ses rapports à Yongzheng, il fait remarquer à celui-ci que les populations sont fidèles aux officiers indigènes, mais non pas à l'autorité chinoise[7]. Plus de 30 000 Yi ont ainsi été abattus dans la petite ville de Mitie. À Wumeng, Dongchuan, Zhenxion, les peuples des minorités ethniques et les migrants chinois ont été tués par 20 000 militaires conduits par Ortai. Un grand nombre de Yi se sont alors échappés dans les monts Liangshan au Sichuan[7].

Le gouverneur général du Yunnan, Guizhou et Guangxi souligna alors la nécessité de garder le système du tusi, parce qu'il serait trop difficile d'installer des troupes chinoises adéquates sur les zones frontalières du Yunnan. La bureaucratie locale chinoise fut donc obligée de coopérer avec la chefferie indigène, par l'entremise de laquelle les Chinois furent en mesure de maintenir un contrôle indirect sur l'aire étendue des zones frontalières du Yunnan[8].

Au milieu du XIXe siècle, le système du tusi dominait encore Nujiang, Dehong, Xishuangbanna, Zhenkang, Gengma, Shuangjiang, Cangyuan, Ximeng, Lancang, Menglian, Honghe, Lüchun, Yuanyang, Malipo (tous au Yunnan) et Jinping (Guizhou) et autres villages indigènes, couvrant la majeure partie des zones frontalières du Yunnan[9].

Quelques tusiModifier

En 1253, la dynastie Yuan met en place le Tusi de Lijiang, régnant sur la population naxi de Lijiang.

Mu Zeng par exemple est le (Tusi du Yunnan (zh), 云南土司, Yúnnán tǔsī), mis en place en 1381, sous la dynastie Ming.

Sous la dynastie Ming, est mis en place un tusi chez les Tu (ou Monguoer). Il y aurait eu plus de 60 tusi sous cette dynastie. La fonction y est abolie sous la République de Chine (1912-1949), le 9 août 1931[10]. Chez les Tu du Qinghai, il y a plus de 18 très petits tusi régnant chacun sur 100 foyers sous la dynastie Qing[11]

Le territoire correspondant à l'actuelle Préfecture autonome yi de Liangshan, au sud-ouest du Sichuan, composé majoritairement de Yi,est également gouverné par un tusi sous la dynastie Qing[12].

Le royaume de Dergé est lui aussi régi par un tusi (德格土司)[13]. Mis en place sous la dynastie Yuan, c'est le plus influent des quatre tusi du Kham (Tibet oriental) et également le plus influent des tusi de minorités tibétaines (ou zang)[14]. Zewang Dengdeng (Tib. : Cewang ?? ; Chin. : 澤汪鄧登) était en 1939, le 21e tusi de Dergé[15].

En 1922, Bai Zhaoxiong, un tusi, fait construire sa demeure à Panzhihua, dans l'actuelle province du Sichuan[16].

Le royaume de Béri (ou Tusi de Baili (白利土司, en tibétain Hor Béri), dont on sait que Donyo Dorje était de confession bön, persécutait les bouddhistes et s'est fait tué par Güshi Khan un mongol qoshot, défenseur des Gélougpa et ayant placé le Lobsang Gyatso, le 5e dalaï-lama sur le trône religieux en 1642, à Lhassa et est devenu roi du Tibet.

Le Tusi de Muli (木里土司), appelé Royaume de Muli par des explorateurs européen, correspondant à l'actuel Xian autonome tibétain de Muli, et dont le dernier monarque est mort en 1935.

Le Tusi de Yongning (永宁土司/永寧土司) qui a duré de 1381 à 1951 est un tusi de la minorité moso (ou mosuo), que l'explorateur Joseph F. Rock a décrit dans son ouvrage The ancient Na-khi Kingdom of southwest China[17].

AnnexesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b et c (Duan 2015, p. 100) « Since the Yuan dynasty, indigenous leaders who cooperated with or forced to submit to the Chinese by threat or military forces were granted the title of tusi, meaning the Native Officer »
  2. (zh) 中国社会科学报, « 明代卫所设置对土家族土司发展的影响 », sur Sina.com
  3. (Duan 2015, p. 100) « During the Ming dynasty, the tusi were classified into two types: the civilian-rank tusi and the military-rank tusi. », « In the Ming period, 1,608 indigenous leaders received the title of tusi, and 1,021 of them were in Yunnan, Guizhou and Sichuan, with a predominant percentage of military-rank positions »
  4. a et b (Duan 2015, p. 100,101)
  5. « 鄂尔泰在《改土归流疏》中说:“改土归流,将富强横暴者(指土司)渐次擒拿,懦弱昏者(亦指土司)渐次改置,纵使田赋兵刑,尽心料理,大端就绪。” »
  6. (Yang 2008)
  7. a et b (Duan 2015, p. 101)
  8. (Duan 2015, p. 101) « The governor general of Yunnan, Guizhou and Guangxi stressed the necessity to keep the tusi system because it would be too difficult to station adequate Chinese troops in the Yunnan borderlands. Therefore, local Chinese bureaucracy had to cooperate with the indigenous leadership, through which the Chinese were able to maintain indirect control over the vast area of the Yunnan borderlands. »
  9. (Duan 2015, p. 102) « By the mid-19th century, the tusi system still dominated Nujiang, Dehong, Xishuangbanna, Zhenkang, Gengma, Shuangjiang, Cangyuan, Ximeng, Lancang, Menglian, Honghe, Lvchun, Yuanyang, Jinping, Malipo and other indigenous settlements, covering almost the entire the Yunnan borderlands »
  10. (zh) « 1931年08月09日 — 土族废除土司制度 », sur 历史上的今天 (l'histoire aujourd'hui)
  11. (zh) « 土族的历史(图) », sur China.com.cn,‎
  12. (Lawson 2011, p. 1)
  13. (Kawata 2008, p. 1)
  14. (zh) 四川民族学院报, « 康区四大土司之德格土司 »,‎
  15. (Kawata 2008, p. 25)
  16. « Demeure du Tusi », sur Via Michelin
  17. (en) Joseph F. Rock, chap. V « Yung-ning territory: Its history and geography », dans The ancient Na-khi Kingdom of southwest China, Cambridge, Mass., Harvard University Press, coll. « Human relations area files., AF16,, Southwest China ;, 2.; Monograph series (Harvard-Yeching Institute), 8-9. », (OCLC 2460083)

BibliographieModifier

  • (en) Lung Sau-tong (龍壽鏜), A study of T'u-ssu as administrative functionaries in Kwangsi during the Ming and Ch'ing periods 明淸兩代之廣西土司., Hong Kong, University of Hong Kong,‎ (OCLC 681658175, DOI 10.5353/th_b3194708, présentation en ligne)
  • (en) Joe Lawson, Xikang: Han Chinese in Sichuan's Western Frontier, 1905-1949, Victoria University of Wellington, (présentation en ligne, lire en ligne)
  • (zh) 四川省德格县志编纂委员会编纂, 徳格県志, 成都, 四川人民出版社,‎ (ISBN 9787220027079, OCLC 47967280), p. 440-474
  • (ja) 川田進 (Kawata Susumu), « デルゲ印経院とデルゲ土司に見る 中国共産党のチベット政策 », Memoirs of the Osaka Institute of Technology, Series B, vol. 53, no 1,‎ , p. 19~50 (lire en ligne)
  • Agui (1717-1797), 平定兩金川方畧 (四庫全書本)
  • (en) John E. Herman, Empire at the Margins: Culture, Ethnicity, and Frontier in Early Modern China, London, Berkley and Los Angeles: University of California Press, Pamela Kyle Crossley; Helen F Siu; Donald S Sutton, coll. « Studies on China » (no 28), , 378 p. (ISBN 9780520230156, OCLC 704542219), chap. 5 (« The Cant of Conquest: Tusi Officer and China’s Political incorporation of the Southwest Frontier »)
  • (en) John E. Herman, Amid the Clouds and Mist: China's Colonization of Guizhou, 1200—1700, coll. « Harvard East Asian Monographs » (no 293)
    Compte-rendu : (en) Kevin Caffrey, « Amid the Clouds and Mist: China's Colonization of Guizhou, 1200-1700 (review) », China Review International, University of Hawai'i press, vol. 16, no 2,‎ , p. 190-197 (DOI 10.1353/cri.2009.0024, présentation en ligne)
  • (en) Geoff Wade, Where China Meets Southeast Asia: Social and Cultural Change in the Border Regions, New York: St. Martin’s Press; Singapore: Institute of Southeast Asian Studies, 2000), Grant Evans, Christopher Hutton and Kuah Khun Eng (présentation en ligne), chap. 2 (« The Southern Chinese Borders in History »)
  • (en) Zhidan Duan, At the Edge of Mandalas The Transformation of the China's Yunnan Borderlands in the 19th and 20th Century, Arizona state university, (lire en ligne) (dissertation doctorale).
  • (zh) 胡绍华, 中国南方民族历史文化探索, 北京, 民族出版社,‎ , 443 p. (ISBN 9787105072804, OCLC 65214732) (trad. : Étude sur l'histoire et la culture du peuple au Sud-Ouest de la Chine)
  • (en) Bin Yang, Between Winds and Clouds: The Making of Yunnan, Columbia University Press, (OCLC 804536239, lire en ligne), chap. 4
  • (en) Yudru Tsomu (The Center for Tibetan Studies, Sichuan University, China), « Women as Chieftains in Modern Kham History », Inner Asia, Brill, no 20,‎ (DOI 10.1163/22105018-12340100)
  • (en) Scott Relyea, « Yokes of Gold and Threads of Silk: Sino-Tibetan competition for authority in early twentieth century Kham. », Modern Asian Studies, vol. 49, no 4,‎ , p. 963–1009

Articles connexesModifier

Autres contrôles administratifs mis en place par les Mongols de la dynastie Yuan