Théorie de la reconnaissance

La Théorie de la reconnaissance, en philosophie politique et philosophie du droit, est une théorie développée par Axel Honneth, appartenant à l'École de Francfort. La reconnaissance, et en concret la lutte pour la reconnaissance, sont initialement des catégories traitées par Hegel dans ses œuvres "Système de la vie éthique" et la "Phénoménologie de l'esprit".

Le philosophe Axel Honneth, théoricien de la reconnaissance, en 2008.

La théorie de la reconnaissance d'Axel HonnethModifier

L'expérience de l'injustice est une part de l'essence de l'homme. L'humiliation est la négation de la reconnaissance par les autres -de la société-. Pour Honneth l'homme méprisé, humilié, sans reconnaissance, perd son intégrité, ses droits, son autonomie personnelle et son autonomie morale.

Honneth indique que la spécificité des formes signalées de méprise -dépossession de droits, exclusion sociale-, ne produisent pas seulement une limitation radicale de l'autonomie personnelle, mais qu'il provoque un sentiment de ne pas être un sujet moralement similaire à autrui et capable, puisqu'on ne lui reconnaît pas la capacité de former des jugements moraux.

De la justice à la reconnaissanceModifier

On peut affirmer que depuis la fin du XXe siècle en philosophie politique et en philosophie du droit il s'est produit un changement de paradigme. On a remplacé la catégorie de justice par la reconnaissance ou reconnaissance réciproque. Ainsi, la théorie de la reconnaissance est une partie de la théorie intersubjective (habermasienne) dans laquelle l'autre a une fonction essentielle pour le sujet qui renvoi aux principes d'égalité et moralité.

Pour Kant, le droit est la condition par laquelle la liberté de l'un est compatible avec la liberté de l'autre, il implique une reconnaissance de l'autre (voir Impératif catégorique) comme condition de cohabitation sociale et fondement de la morale. Avec Hegel apparaît le concept de lutte pour la reconnaissance qui se convertit en lutte à mort dans la relation entre maître et esclave (voir Dialectique). De cette façon les conflits, spécialement les conflits sociaux du XIXe et XXe siècle, peuvent se comprendre comme des luttes pour la reconnaissance (voir Lutte des classes). Habermas, dans le XXe siècle, expose la notion de reconnaissance mutuelle comme noyau de l'État de Droit démocratique puisque pour Habermas seule l'égalité des conditions garantit le respect ou la reconnaissance mutuelle.

Pour Axel Honneth les conflits sociaux sont une lutte pour la reconnaissance. La nouveauté de la théorie de Honneth, qui commence avec Hegel, est d'avoir surpassé l'interprétation traditionnelle des conflits comme simple auto-préservation (Machiavel et Hobbes). Honneth signale que la reconnaissance est une nouvelle catégorie qui laisse très loin une simple stratégie de survie. La reconnaissance comme processus dans sa dimension individuelle, sociale et donc morale, suit une téléologie qui se réalise en diverses étapes marquées par des formes déterminées (l'amour, le droit, la solidarité) qu'a déjà manifesté Hegel.

La Théorie de la reconnaissance contre la Théorie des quatre ethosModifier

Dans le débat philosophique actuel en Amérique Latine, la théorie de la reconnaissance d'Axel Honneth a été conceptuellement confrontée avec la théorie des quatre ethos de la modernité capitaliste de Bolívar Echeverría.

Voir aussiModifier