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Placide Guillermic

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Tadig Kozh
Placide Guillermic
Biographie
Nom de naissance Placide Marie Guillermic
Naissance
Plounez (Côtes-du-Nord, France)
Décès (à 85 ans)
Bégard (Côtes-du-Nord, France)
Recteur de Bégard

L’abbé Placide Guillermic, surnommé Tadig Kozh, (né le à Plounez, mort le à Bégard), est un curé et chanoine catholique mythifié par les croyances des Bretons. Peu d'informations biographiques sont connues à son sujet, mais les témoignages évoquent les exorcismes que ce recteur de Bégard pratiquait au Méné-Bré dans la chapelle Saint-Hervé. Anatole Le Braz collecte un récit selon lequel Tadig Kozh possède la connaissance de la vie et de la mort et des pouvoirs surnaturels, lui permettant de se réincarner indéfiniment, de commander aux démons et au vent. Selon Claude Sterckx, Tadig Kozh est l'un des rares personnages issus du folklore breton que l'on puisse rattacher directement à des thèmes de la mythologie celtique, en particulier à Merlin.

ÉtymologieModifier

En breton, Tadig Kozh[Note 1] signifie « vieux papa » ; c'est un terme affectueux pour les personnes âgées. D'après le collectage d'Anatole Le Braz, ce nom fut donné à l'abbé parce qu'il s'adressait à ses paroissiens en leur disant « Contet d’in ho stad, va bugel. Me eo ho tad, ho tadic-coz ! », soit « Contez-moi votre état, mon enfant. C’est moi qui suis votre père, votre vieux papa ! ». Le surnom a fini par lui rester[1].

BiographieModifier

 
La chapelle Saint-Hervé, où Tadig Kozh pratiquait ses séances d'exorcisme

D'après l'état civil, Placide Marie Guillermic est né à Plounez le 5 janvier 1788, de Jean Guillermic et Françoise Le Calvez[2],[3],[Note 2].

Un récit est collecté en 1886 à Penvénan, de la bouche d'un certain Baptiste Geffroy qui le décrit comme « un vieux curé d'autrefois »[4]. Gwenc'hlan Le Scouëzec[5] et Dominique Besançon[6] précisent que plusieurs personnes de l'époque gardent un fort souvenir de cet abbé, réputé être un « grand thaumaturge ». D'après les archives départementales des Côtes-du-Nord, il est le recteur de Bégard de 1838 à 1873[7]. Tadig Kozh, sous le nom officiel de « monsieur Guillermic », pratique au milieu du XIXe siècle des séances d'exorcisme très impressionnantes au sommet du Méné-Bré dans la chapelle Saint-Hervé, durant lesquelles il « grimpe pieds nus à son sommet les nuits de pleine lune, ordonnant aux démons de défiler devant lui », avant « de les renvoyer en enfer par un jet d'eau bénite »[8]. Il s'agit de la messe de trentaine, dite Ann ofern drantel, pratiquée à minuit[9]. L'abbé semble avoir été un spécialiste de ces séances d'exorcisme[10],[11]. Il meurt le 28 avril 1873, à 85 ans[2].

LégendeModifier

Article connexe : Évhémérisme.

De son vivant, Tadig Kozh a sans doute incarné le prêtre exorciste idéal, une personne très proche de ses paroissiens[12]. Il a été transformé par l'imagination populaire en un personnage doué de pouvoirs surnaturels : lui sont attribués les pouvoirs de dompter les fantômes, d'enfermer les mauvaises âmes dans le corps d'un animal et de sauver celles des morts[11]. Le recteur de Plounez écrit vers 1880 qu'Yves (sic) Placide Marie Guillermic est devenu aveugle en bas âge, mais en a été guéri par miracle[13]. Une autre légende affirme qu'avec le prêtre de la région de Lannion Cloarec Prat, et une troisième personne aussi intelligente qu'eux deux, Placide Guillermic aurait pu empêcher le vent de souffler[14].

Son âge canonique est à l'origine d'une autre partie de sa légende, puisque Baptiste Geffroy précise que Tadig Kozh « n'avait été connu que vieux », dix fois mort et dix fois ressuscité, car Dieu avait confié à ce prêtre « autant de pouvoirs qu'au Pape ». Il aurait possédé les secrets de la vie et de la mort, conversant avec les Diables de l'enfer en passant sa tête dans le soupirail[15]. Lors d'une enquête personnelle, Daniel Giraudon recueille le récit d'une femme née en 1897 à Tréglamus, affirmant que Tadig Kozh avait reconnu dans une personne décédée un damné, ce qui lui valut un procès de la famille du défunt. Pendant ce procès, Tadig Kozh énuméra les diables, provoquant l'arrivée d'une nuée de corbeaux qu'il interrogea en leur donnant une graine de lin à chacun[16].

Tadig Kozh est donc vu comme un personnage omniscient possédant la maîtrise et la connaissance des éléments et des réincarnations, comme Merlin et le druide irlandais Fintan[17],[Note 3]. À ce titre, bien qu'il s'agisse à l'origine d'une personne vraisemblablement bien réelle, il peut être rattaché à la mythologie celtique[15].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Dans les ouvrages anciens, on trouve parfois écrit Tadig Koz ou Tadic Coz (orthographes de l'époque).
  2. Une source des Annales de Bretagne affirme qu'il avait 92 ans en 1869, ce qui le ferait naître onze ans plus tôt, en 1777. Mais cette information semble fausse. Voir J. Ollivier, « Catalogue bibliographique de la chanson populaire bretonne sur feuilles volantes (suite) », Annales de Bretagne, Université de Rennes. Faculté des lettres et sciences humaines, vol. 48,‎ , p. 145 (lire en ligne). La naissance en 1788 est en effet confirmée par Daniel Giraudon (voir Daniel Giraudon, Traditions populaires de Bretagne: du soleil aux étoiles, Coop Breizh, (ISBN 284346336X et 9782843463365), p. 235).
  3. Par ailleurs, une tradition bretonne collectée par François-Marie Luzel veut que Merlin ait fini sa vie au sommet du Menez Bré, voir Patrice Marquand, « Merlin, de la tradition brittonique médiévale à la littérature orale de Basse-Bretagne », Session de formation de la Société de Mythologie Française, Landeleau,‎ (lire en ligne).

RéférencesModifier

  1. Le Braz 1893, p. 263 [lire en ligne].
  2. a et b « État civil de Bégard : Registre des décès de 1873 », Archives départementales des Côtes d'Armor (consulté le 8 mars 2015).
  3. « État civil de Bégard : Registre paroissial de 1788 », Archives départementales des Côtes d'Armor (consulté le 8 mars 2015).
  4. Sterckx 1994, p. 10.
  5. Gwenc'hlan Le Scouëzec (ill. Jean-Robert Masson), Bretagne terre sacrée: un ésotérisme celtique, Éd. de Beltan, 1986, p. 50.
  6. Anatole Le Braz et Dominique Besançon, La légende des saints bretons: d'après la tradition populaire, coll. Bibliothèque celte, Terre de brume, 1997, (ISBN 284362004X et 9782843620041), p. 47.
  7. Régis Le Saulnier de Saint-Jouan, Archives départementales des Côtes-du-Nord : les Églises, les congrégations et l'État dans le département des Côtes-du-Nord de l'an VII à 1940, Saint-Brieuc, Archives des Côtes-du-Nord, (lire en ligne).
  8. Claude Arz, Voyages dans la France mystérieuse, coll. Ésotérisme et spiritualité, Place Des Éditeurs, 2011, (ISBN 284228450X et 9782842284503), p. rech. Abbé Guillermic.
  9. Alain Dag'Naud, Guide des lieux insolites et secrets de Bretagne, Éditions Jean-Paul Gisserot, 2002, (ISBN 2877476596 et 9782877476591), p. 71.
  10. Christian Bougeard, Côtes-d'Armor, coll. Encyclopédies régionales, éditions Bonneton, 1992, (ISBN 2862531316 et 9782862531311), p. 156.
  11. a et b Stéphan 1996, p. 49.
  12. Anatole Rivoallan, Présence des Celtes, coll. Amateur averti, La Découvrance, 1957, (ISBN 2910452514 et 9782910452513), p. 164.
  13. Daniel Giraudon, Traditions populaires de Bretagne: du soleil aux étoiles, Coop Breizh, (ISBN 284346336X et 9782843463365), p. 235.
  14. Daniel Giraudon et Jakez Monant, « Le réel et l’imaginaire » dans Tud ha Bro, Mondes paysans, no 9-10. p. 7-14.
  15. a et b Sterckx 2014, p. Entrée Tadig Kozh, livre numérique.
  16. Daniel Giraudon, « Cigvran ynys Môn : Destruction du nid de corbeau sur l'île d'Anglesey » (consulté le 7 novembre 2014).
  17. Sterckx 1994, p. 8-11.

BibliographieModifier

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