Télémédecine

La télémédecine regroupe les pratiques médicales permises ou facilitées par les télécommunications. C'est un exercice de la médecine par le biais des télécommunications et des technologies qui permettent les prestations de santé à distance et l'échange de l'information médicale s'y rapportant.

Séance de télémedecine à Moscou en 2004

HistoireModifier

En 1876, l'invention du téléphone, qui sera le premier outil exploité en télémédecine. En 1905, Willem Einthoven transmet un ECG via une ligne téléphonique (1,5 km).

La télémédecine est pratiquée officiellement depuis 1920, année de la première licence pour radio de service médical aux bateaux publiée à New-York[1].

En 1948, la transmission d’images radios est faite via une ligne téléphonique (38 km). En 1959, des consultations en psychiatrie via un réseau vidéo spécialisé (180 km) est réalisée.

C'est le qu'eut lieu la première démonstration de télémédecine[2] : un examen scanner aux rayons X avait été piloté depuis l'Hôtel-Dieu de Montréal (Canada) sur un patient situé dans l'appareil de l'hôpital Cochin, à Paris (France). En 2001, une opération de téléchirurgie a été réalisée entre New York — où était le chirurgien — et Strasbourg — où était la patiente, via des fibres optiques sur 7 500 km.

En France, le premier acte de télémédecine autorisé et pris en charge par l'Assurance maladie concerne le dépistage de la rétinopathie diabétique par les orthoptistes.

DéfinitionModifier

Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la télémédecine est une composantes de la médecine. Elle s’inscrit dans l’univers des professionnels de l'e-santé, « permet d’apporter des services de santé à un être numérisé vivant, là où la distance, l’isolement du patient, sont un facteur critique pour sa santé, par des professionnels (médecins notamment) utilisant les TIC pour diagnostics, e-traitement, e-prévention, e-recherche, e-éducation, e-formation continue ».[3] Selon le code de santé publique (art. L.6316-1), elle est « une forme de pratique médicale à distance utilisant les technologies de l’information et de la communication ».[4]

La télémédecine fait partie de concepts plus large, comme la télésanté ou l'E-santé. La télésanté désigne « l’ensemble des technologies, des réseaux et des services de soins basés sur la télécommunication et comprenant les programmes d’éducation, de recherche collaborative, de consultation ainsi que d’autres services offerts dans le but d’améliorer la santé du patient »[5],[6]. Axée sur le grand public, donc le patient, la télésanté recouvre effectivement « les activités, services, systèmes, liés à la santé, pratiqués à distance au moyen des TIC, pour les besoins planétaires de promotion de la santé, des soins, du contrôle des épidémies, de la gestion, de la recherche appliquées à la santé ».[3]

Ce sont notamment les possibilités ouvertes par deux avancées techniques plus récentes, initialement distinctes mais désormais confluentes, qui ont déclenché une véritable renaissance de la télésanté clinique :

  • la visioconférence, autorisant la tenue de réunions à distance (ou visioréunions) en commentant ensemble des documents ;
  • la micro-informatique avec l’Internet, qui permettent de transmettre rapidement, facilement, à des coûts raisonnables, des grandes quantités d’informations multimédias.

La télémédecine à des conséquences sur: l'économie numérique, la relation médecins-patient, l'emploi et la formation des médecins.[7]

Principes directeurs et prescriptionsModifier

Pour tout projet relatif au déploiement de la télémédecine, en France, la Direction générale de l'Offre de soins (DGOS) recommande d'appliquer les principes suivants[8] :

  • positionnement des projets de mise en œuvre de dispositifs de télémédecine dans un contexte global ;
  • contribution du système d'information et des infrastructures à la réalisation des actes de télémédecine (principes d'urbanisation) ;
  • conditions d'interopérabilité et de sécurité, respect des référentiels applicables ;
  • qualité des réseaux de communication.

Actes de cotation en télémédecineModifier

En France, cinq actes de télémédecine ont été définis dans le décret no 2010-1229 du [9] :

  1. la téléconsultation : a pour objet de permettre à un professionnel médical de donner une consultation à distance à un patient. Un professionnel de santé peut être présent auprès du patient et, le cas échéant, assister le professionnel médical au cours de la téléconsultation. Les psychologues mentionnés à l'article 44 de la loi no 85-772 du portant diverses dispositions d'ordre social[10] peuvent également être présents auprès du patient ;
  2. la téléexpertise : a pour objet de permettre à un professionnel médical de solliciter à distance l'avis d'un ou de plusieurs professionnels médicaux en raison de leurs formations ou de leurs compétences particulières, sur la base des informations médicales liées à la prise en charge d'un patient ;
  3. la télésurveillance médicale : a pour objet de permettre à un professionnel médical d'interpréter à distance les données nécessaires au suivi médical d'un patient et, le cas échéant, de prendre des décisions relatives à la prise en charge de ce patient.L'enregistrement et la transmission des données peuvent être automatisés ou réalisés par le patient lui-même ou par un professionnel de santé ;
  4. la téléassistance médicale : a pour objet de permettre à un professionnel médical d'assister à distance un autre professionnel de santé au cours de la réalisation d'un acte ;
  5. la réponse médicale : apportée dans le cadre de la régulation médicale mentionnée à l'article L. 6311-2[11] et au troisième alinéa de l'article L. 6314-1[12].

ApplicationModifier

La télémédecine, comme définie ci-dessus, apparaît vaste et diverse ; sept familles d’utilisation peuvent être distinguées selon les informations échangées, les domaines ou personnes concernés, et selon que l’application vise principalement à :

  • des échanges d’avis entre professionnels de santé : téléconsultation et téléexpertise ou encore visioréunions, parfois pluridisciplinaires ;
  • assister à distance, principalement par des conseils diagnostiques et thérapeutiques, un patient localement démuni : téléassistance ;
  • surveiller à domicile, en ambulatoire …, une fonction vitale défaillante : télésurveillance ;
  • pratiquer totalement et exclusivement à distance un acte médical : télédiagnostic, téléchirurgie, etc. ;
  • organiser la circulation des données dans un réseau de santé : réseaux de santé ;
  • délivrer des informations voire un enseignement : formation en ligne (e-Learning) ;
  • participer à la gestion des systèmes de santé : cybermanagement (ou e-management), qui permet d'offrir aux patients un accès direct comme permanent à leur dossier de santé ou à des téléservices médicaux.

Les pseudo-spécialités suivantes peuvent parfois être rencontrées, dans le but de tenter de mieux décrire certaines activités, mais elles ne sont en aucun cas des actes.

Logiciels et applicationsModifier

L'informatique est un composant fondamental de la télémédecine lorsque l'information entre le patient et le médecin transite via des moyens logiciels, matériels et réseaux. La télémédecine assistée par des moyens informatiques est la solution la plus prometteuse en termes d’efficacité de l'acte : l'information est accessible quasiment en temps réel, le volume de données échangées peut être suffisant pour inclure des photos, voir la vidéo temps réel. L'aspect vidéo temps réel, c'est-à-dire avec une faible latence dans la communication, réduit la sensation de distance avec le médecin et rassure le patient.

L'offre logicielle existante s'est développée en France depuis le décret 2018-788 du relatif aux modalités de mise en œuvre des activités de télémédecine. Ce décret définit les obligations des éditeurs de logiciels en ligne en matière de réglementation, à savoir l'obligation d'une consultation synchrone, l'obligation pour le médecin d'avoir consulté au moins une fois dans les 12 mois précédents son patient, l'obligation pour la plateforme de proposer au patient en priorité son médecin traitant, l'obligation d'utiliser des serveurs esanté pour la sauvegarde des données de santé. Peu de plateformes logicielles répondent actuellement à cette définition en .

Évolutions de la télémédecineModifier

  • Septembre 2020 : Le PLFSS 2021 prévoit le remboursement à 100% de la téléconsultations jusqu'à la fin de l 'année 2022, par l'Assurance Maladie[13].
  •  : Doctolib lance sa vidéoconsultation sur son agenda en ligne. Doctolib, devenu licorne, dit avoir levé 150 millions d'euros fin 2018 pour doubler ses équipes[14].
  •  : arrivée en France de la plateforme Qare, financée par Axa, après ses essais à Londres[15].
  • : L'Assurance Maladie annonce le remboursement des téléconsultations, sous certaines conditions: la téléconsultation doit s’inscrire dans le respect du parcours de soins coordonné, entre le patient et son médecin traitant , à condition qu'il y ait eu au moins une consultation physique avec lui (cabinet, domicile patient ou établissement de santé) au cours des 12 derniers mois précédant la téléconsultation[16].
  •  : Healphi lance le 1er cabinet de téléconsultation de France, dans le village de La-Selle-sur-le-Bied (Loiret) à titre expérimental[17]. Celui-ci accueille des patients pris en charge par une infirmière et un médecin distant. Dans les mois qui suivent, le concept se généralise et permet la prise en charge de milliers de patients en Centre Val de Loire et Auvergne Rhône Alpes. L'expérimentation est validée par l'ARS[18].
  •  : En Suisse, il est désormais possible de bénéficier d'une téléconsultation par Internet. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent se déplacer pour aller consulter un médecin bénéficient d'une téléconsultation remboursée par les caisses suisses d'assurance maladie, d'accident, militaire ou d'invalidité et peuvent obtenir une prescription électronique ou un certificat médical[19].
  •  : le premier décret de compétence autorisant le dépistage de la rétinopathie diabètique en télémédecine entre orthoptiste, ophtalmologue et médecin généraliste[20]. Cet acte est pris en charge par l'Assurance Maladie[21].
  •  : une cabine de télémédecine est installée pour la première fois dans une résidence pour personnes âgées non médicalisée à Cluny (Saône-et-Loire)[22]. De cette manière, les médecins peuvent consulter les paramètres médicaux de ces derniers par Internet. L'installation de ces appareils pourrait s'étendre aux maisons de retraite et aux collectivités locales où sévit la désertification médicale, ainsi qu'à des bases-vie[23]. Soutenue par le Feder et l'ARS, l'expérimentation se poursuit dans le département de la Loire en 2016[24],[25].

M-healthModifier

La m-health est une nouvelle composante de la télésanté. Elle concerne les applications de la médecine s'appuyant l'utilisation de dispositifs ou d'outils mobiles, tels que les smartphones ou les tablettes tactiles. Des exemples de produits m-health sont les applications mobiles qui aident les médecins à diagnostiquer, ou les appareils communicants qui transmettent de façon autonome des informations au médecin (poids, rythme cardiaque).

On retrouve trois grands types d'applications m-health :

  • les applications destinées à rendre le malade autonome en lui permettant de contrôler par lui-même et à domicile son état de santé (balance communicante, application mobile permettant de mesurer la glycémie, etc.) ;
  • les applications destinées aux professionnels de santé (applications qui permettent de consulter des radiographies de patients ou des reconstitutions 3D d'organes depuis sa tablette tactile, etc.) ;
  • les applications dédiées au grand public (application mobile prodiguant des conseils bien-être, hotline santé, etc.).

Le marché de la m-health représente aujourd'hui 560 millions de dollars dans le monde et les prévisions pour 2015 parlent de six milliards de dollars[26].

Notes et référencesModifier

  1. [1], Le Centro Internazionale Radio Medico (C.I.R.M.): 70 ans d’expérience romaine
  2. « La télémédecine au Québec et les enjeux qu’elle soulève », Dalloz,‎
  3. a et b Haute Autorité de Santé, « Efficience de la télémédecine : état des lieux de la littérature internationale et cadre d’évaluation », sur has-sante.fr, (consulté le 13 octobre 2020)
  4. « Section 1 : Définition (Article R6316-1) - Légifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 13 octobre 2020)
  5. [PDF] Sylvain Bonhomme, « Méthodologie et outils pour la conception d'un habitat intelligent » (thèse), Institut national polytechnique de Toulouse (INPT), 15 mai 2008, É. Campo (dir.), 231 p., résumé
  6. (en) M. Moore, « The evolution of telemedicine », Future Generation Computer Systems 15, 1999, p. 245-254
  7. Marie Odile Safon, « Télésanté, santé numérique ou santé connectée »
  8. Rapport DGOS Recommandations pour la mise en œuvre d’un projet de télémédecine, mars 2012. [PDF]
  9. Décret no 2010-1229 du 19 octobre 2010 relatif à la télémédecine
  10. Loi no 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d'ordre social.
  11. Article L. 6311-2
  12. Article L. 6314-1
  13. Caroline Robin, « Téléconsultations : la prise en charge intégrale devrait être prolongée de deux ans », sur Capital.fr, (consulté le 2 octobre 2020)
  14. « Doctolib lève 150 millions d'euros et devient l'une des rares "licornes" françaises », sur lexpress.fr, L'Express, (consulté le 25 août 2020).
  15. Deborah Loye, « Télémédecine : la start-up Qare lève 20 millions d'euros », sur Les Echos Executives, (consulté le 25 août 2020).
  16. « Téléconsultation : coup d’envoi le 15 septembre », sur www.ameli.fr (consulté le 27 mai 2019)
  17. « Téléconsultation remboursée : "Je n’avais pas vu de médecin depuis cinq ans" », sur L'Obs (consulté le 28 avril 2020)
  18. « Des professionnels et des élus mobilisés et innovants en Auvergne-Rhône-Alpes », sur Les Echos, (consulté le 28 avril 2020)
  19. « Consulter un docteur par webcam: la médecine de demain? », sur www.bilan.ch, (consulté le 19 avril 2015)
  20. « Décret n° 2014-1523 du 16 décembre 2014 autorisant la création d'un traitement de données à caractère personnel pour le dépistage de la rétinopathie diabétique | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 8 mars 2017)
  21. Assurance Maladie, « ameli.fr - Dépistage de la rétinopathie diabétique », sur www.ameli.fr (consulté le 8 mars 2017)
  22. « La première cabine de télémédecine est installée en France », Le Figaro, 21 janvier 2014.
  23. Une base-vie est un lieu de vie et de travail où des personnes réunies pour des raisons professionnelles vivent en communauté sur un site difficile d'accès.
  24. Claire Ulrich, « Les Consult-Stations : ces cabines de télémédecine installées dans les déserts médicaux pour faire surveiller votre santé à distance », sur www.atlantico.fr, (consulté le 21 mars 2016)
  25. Aurélie Haroche, « Dans leur cabinet, les médecins en ébullition contre une cabine médicale », sur www.jim.fr, (consulté le 21 mars 2016)
  26. http://telecom.sia-conseil.com/index.php/uncategorized/le-congres-de-la-sante-mobile

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier