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Sylvie Brunel

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Sylvie Brunel
Description de cette image, également commentée ci-après
Sylvie Brunel en 2008.
Nom de naissance Sylvie Brunel
Naissance (57 ans)
Douai[1]
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français
Mouvement géographie critique

Œuvres principales

  • Famines et politique (2002)
  • Frontières (2003)
  • Cavalcades et dérobades (2008)
  • Manuel de guérilla à l'usage des femmes (2009)
  • Géographie amoureuse du monde (2011)
  • La Planète disneylandisée. Pour un tourisme responsable (2012)
  • Un escalier vers le Paradis (2014)

Sylvie Brunel est une géographe, économiste et écrivain française, née le à Douai. Spécialiste des questions de développement, elle a travaillé pendant plus de quinze années dans l’humanitaire (Médecins sans frontières, Action contre la faim) et a publié une vingtaine d’ouvrages consacrés au développement, en particulier aux questions de famine. Elle est à ce jour professeur des universités à l'université Paris IV-Sorbonne.

Elle a également une activité d’élevage de chevaux dans la Drôme. Son roman Cavalcades et dérobades, paru en 2008, a obtenu en 2009 le prix Pégase[2].

Sommaire

BiographieModifier

Outre une maîtrise en droit public, Sylvie Brunel est agrégée en géographie, docteur en économie et diplômée du Centre de formation des journalistes.

Elle s'est investie pendant plus de quinze ans dans l'action humanitaire. De 1984 à 1989, elle travaille pour Médecins sans frontières puis, de 1989 à 2002, pour Action contre la faim (ACF) en tant que conseillère stratégique, directrice entre 1992 et 1993 et présidente de juin 2001 à mars 2002.

Elle a été élue « femme de l'année » en 1991, a fait partie d'un groupe de personnalités sur le développement de l'Afrique auprès du Secrétaire général des Nations unies de 1991 à 1996. Elle a également été membre du Haut Conseil de la coopération internationale.

De 2002 à 2007, elle est professeur à l'université Paul-Valéry de Montpellier (Montpellier III) et, de 1988 à 2007, à l'Institut d'études politiques de Paris. Elle est professeur des universités en géographie à l'université Paris IV-Sorbonne depuis 2007, où elle dirige un master professionnel consacré aux pays du Sud face au développement durable.

Elle est administratrice de la Société de géographie et de la Société des Explorateurs français, membre associée de l'Académie royale de Belgique et de l'académie Pégase. Elle a également été administratrice de la Fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde (FARM)[3].

Famille et vie privéeModifier

Mariée à Éric Besson de 1983 à 2009[4], Sylvie Brunel est mère de trois enfants, dont l’aînée, née en 1989, est elle-même écrivain sous le nom d’Ariane Fornia. Elle se sépare de son mari en 2009, après trente ans de vie commune, et publie un livre sur le sujet en , Manuel de guérilla à l'usage des femmes, où elle mêle, dit-elle, une analyse de la situation des femmes aujourd'hui, trop souvent délaissées à mi-vie, à son histoire « personnelle et singulière ».

DistinctionModifier

Ouvrages et prises de positionModifier

Critique du tiers-mondismeModifier

Elle publie en 1987 Tiers Mondes. Controverses et réalités, un ouvrage collectif qui réunit de nombreux spécialiste, qui rompt avec le tiers-mondisme répandu dans ces années. Elle y explique que ce sont les choix politiques qui expliquent les différences de développement et non la colonisation comme il est souvent avancé[5].

Critique de l'humanitaireModifier

Après avoir passé une dizaine d'années à des postes décisionnels stratégiques dans l'humanitaire, elle est faite chevalier de la Légion d'honneur en 2002. Dans les semaines qui suivent, elle démissionne de sa qualité de présidente d'Action contre la faim, en même temps qu'elle sort un roman, Frontières, dans lequel elle expose plusieurs critiques de l'humanitaire, en particulier la dérive marchande de certaines ONG[6],[7]. Elle s'insurge notamment contre l'évolution de certaines ONG qui deviennent de « grosses machines au service de la puissance publique », qui utilisent les victimes comme des alibis pour capter les budgets institutionnels[5].

Développement durableModifier

En 2008, elle publie un ouvrage À qui profite le développement durable? dans lequel elle développe une vision critique du développement durable. Elle s’interroge en particulier sur les fondements idéologiques du développement durable :

  • Elle s’oppose ainsi à la dualité entre un état de nature idéalisé et un homme vu comme un parasite. Elle souligne à l’inverse que l’action humaine peut être utile pour la biodiversité et réhabilite les bienfaits du développement économique[8]. La nature sauvage est dangereuse et non pas bienveillante. Cette position est cependant vivement critiquée par les spécialistes de la biodiversité, qui considèrent son analyse fondée sur des contre-vérités : l'action humaine au cours du XXe siècle a considérablement diminué la biodiversité globale, qu'elle soit sauvage ou agricole, et ce processus pourrait à terme mettre en danger la survie de l'espèce humaine[9].
  • Elle estime en outre que l’invocation du développement durable peut servir de paravent à la défense des intérêts des pays du Nord contre ceux du Sud, en particulier aux riches des pays du Nord, aux entreprises et aux organisations non gouvernementales (ONG) de l’environnement. Pour Sylvie Brunel, le développement durable « légitime un certain nombre de barrières à l’entrée »[10]. Offrant ainsi un prétexte au protectionnisme des pays développés, « le sentiment que donne le développement durable, c'est qu’il sert parfaitement le capitalisme[10]. »

Le développement durable tel qu’il est actuellement présenté sert donc les intérêts des riches plus que ceux des pauvres, qu’ils soient dans le tiers-monde ou dans les pays développés.

Pour atteindre vraiment ses objectifs, le développement durable doit cesser d’être, comme il l’est actuellement pour Sylvie Brunel, un gadget « écolo-responsable », une religion avec ses fanatiques néo-convertis ou une culpabilisation allant jusqu’à la déformation, à la peur et au « flicage »[11]. Mener une politique de développement durable efficace doit consister non pas à rechercher « un vaste retour en arrière », comme c’est actuellement le cas selon elle, mais à prendre en compte tous les éléments, en particulier la dimension sociale[12] :

« Il faut toujours garder présent à l'esprit que sa finalité doit être l’humain. La planète n’existe pas indépendamment de l’homme[13]. »

Le développement durable doit donc passer par une réflexion en profondeur de nos modes de production qui prenne en compte cet impératif social. Dans la même veine, elle rappelle qu’il ne suffit pas d’invoquer l’écologie pour justifier des actions mais que les choix effectués doivent se fonder sur une réflexion globale. L'urgence écologique ne vaut que si elle est mise au service du bien-être de l'humanité, et particulièrement des plus pauvres.

Faim et faminesModifier

Sylvie Brunel travaille depuis la fin des années 1980 sur les questions de la faim, notamment sur la problématique des famines qui constitue le sujet de son habilitation à diriger des recherches (HDR) en géographie et de son doctorat en économie. Convaincue que la terre peut nourrir une humanité bien plus nombreuse qu'aujourd'hui, elle montre que les famines actuelles n’ont rien à voir avec la malnutrition — laquelle est toujours la conséquence de la pauvreté — et sont généralement liées à une volonté politique de soumettre, déplacer ou éliminer des minorités indésirables.

Elle plaide pour des politiques agricoles qui garantiraient une juste rémunération et une protection foncière des paysans. Elle ne s’oppose ni aux organismes génétiquement modifiés (OGM) ni aux agrocarburants à condition que leur utilisation soit sévèrement encadrée et orientée dans le sens de l’intérêt général.

Elle considère que la nouvelle donne géopolitique se situe en Orient et non plus à l'Ouest, en opposant dans son ouvrage La Coopération Nord-Sud les pays développés à économie de marché (identifiés aux États-Unis, l'Union Européenne ainsi que le Japon, c'est-à-dire les membres de la Triade ) aux pays émergents vis-à-vis capacités de coopération entre ces deux ensembles.

Pour l'agriculture conventionnelle et les OGMModifier

Elle prend position en faveur de l'agriculture conventionnelle, notamment dans une tribune intitulée « Les agriculteurs ne sont pas des pollueurs empoisonneurs », publiée dans Le Monde en avril 2015[14].

Aurélien Dupouey-Delezay, professeur d’histoire et géographie, lui répond dans ce même journal avec l'article « Sylvie Brunel ignore la réalité de l’agriculture biologique », où il souligne « l’impression que [celle-ci] ignore largement la réalité de l’agriculture biologique aujourd’hui, et tout particulièrement les développements de l’agronomie[15]. »

Favorable aux OGM, comme elle l'indique déjà dans son livre Géographie amoureuse du maïs paru en 2012, elle déclare dans Jeune Afrique, en mai 2016, que « priver l’Afrique des OGM serait une hérésie ». Les OGM, selon elle, auraient pour avantage de faciliter « la vie des petits cultivateurs en limitant les traitements chimiques, donc en réduisant la pénibilité et la dangerosité du travail agricole[16]. »

Ses prises de position en faveur de l'agriculture productiviste la conduisent à défendre l'élevage industriel (porc, poulet) au motif que ce dernier relève encore en France d'exploitations familiales et même d'une logique d'amélioration de l'état sanitaire de notre pays[17]. Elle loue l'intelligence qui a permis à ces exploitations de devenir très rentables. À l'inverse, elle considère l'agriculture bio comme une impasse puisque les consommateurs ne souhaiteraient pas en payer le prix. Elle conteste également l'importance les dégâts sur l'environnement provoqués par l'agriculture productiviste et affirme que le bio n'est pas meilleur pour la santé[18].

PublicationsModifier

  • La Vache du riche mange le grain… du riche, LSF, 1985
  • Asie, Afrique : grenier vides, greniers pleins, Economica, « Économie agricole », 1986
  • Le Nordeste brésilien, les véritables enjeux, LSF, 1986
  • Tiers Mondes. Controverses et réalités, Economica, 1987
  • Une Tragédie banalisée, la faim dans le monde, Hachette-Pluriel, 1991
  • Les Tiers Mondes, La Documentation photographique, no 7014, La Documentation française, 1992
  • Le Gaspillage de l'aide publique, Seuil, 1993
  • Le Sud dans la nouvelle économie mondiale, PUF, 1995
  • Le Sous-développement, PUF, « Que sais-je? », 1996
  • Ceux qui vont mourir de faim, Seuil, 1997
  • La Coopération Nord-Sud, PUF, « Que sais-je ? », 1997
  • La Faim dans le monde. Comprendre pour agir, PUF, 1999
  • Action contre la faim, sous la coord. de Sylvie Brunel : Géopolitique de la faim (2001) (ISBN 2-13-050132-X)
  • Famines et politique, Presses de Sciences Po, 2002 (ISBN 2-7246-0873-9)
    Prix Sciences Po du meilleur livre 2002.
  • Frontières (roman), Denoël, 2003. (ISBN 2-207-25462-3)
  • Le Développement durable, PUF, « Que sais-je ? », 2004, nouvelle édition 2009
  • L'Afrique. Un continent en réserve de développement, Éditions Bréal, 2004 (ISBN 2-84291-866-5)
    Prix Robert Cornevin de l'Académie des sciences d'outre-mer.
  • L'Afrique dans la mondialisation, La documentation photographique, no 8048, La Documentation française, 2005
  • La Déliaison (roman), coécrit avec sa fille Ariane Fornia, Denoël, 2005
  • La Planète disneylandisée. Chroniques d'un tour du monde, Éditions Sciences humaines, 2006, nouvelle édition enrichie en 2012
  • Cavalcades et dérobades (roman), éditions Jean-Claude Lattès, 2008
    Prix Pégase de l’École nationale d'équitation en 2009.
  • À qui profite le développement durable, Larousse, 2008
    Prix Luc Durand-Réville de l'Académie des sciences morales et politiques en 2009.
  • Nourrir le monde. Vaincre la faim, Larousse, 2009
  • Manuel de guérilla à l'usage des femmes, Grasset, 2009
    Essai en partie autobiographique.
  • Le Voyage à Timimoun, Lattès, 2010
  • Géographie amoureuse du monde, Lattès, 2011
    Grand prix Jules Verne de l'Académie littéraire de Bretagne et des pays de Loire en 2012.
  • Géographie amoureuse du maïs, Lattès, 2012
  • Un escalier vers le paradis, Lattès, 2014
  • L'Afrique est-elle si bien partie ?, Sciences Humaines, 2014
    Grand prix du festival géopolitique de Grenoble en 2015.
  • Crin Blanc ou l'invention de la Camargue (avec Florian Colomb de Daunant), Actes Sud, 2016
  • Croquer la pomme, l'histoire du fruit qui a perdu le monde et qui le sauvera, Lattès, 2016
  • Plaidoyer pour nos agriculteurs, Buchet/Chastel, 2017

ArticlesModifier

  • « Les agriculteurs ne sont pas des pollueurs empoisonneurs »[19], Le Monde, 2015

Autres prixModifier

Notes et référencesModifier

  1. Charlotte Rotman, « Fort marrie », liberation.fr, 12 octobre 2009.
  2. Prix décerné chaque année par l’École nationale d'équitation (Saumur) pour « récompenser un ouvrage qui contribue à une large diffusion de la culture équestre ».
  3. « Biographie de Sylvie Brunel », sur cnrs.fr (consulté le 1er février 2016).
  4. Gala.fr : « L’ex-épouse d’Éric Besson lève les voiles ».
  5. a et b « Sylvie Brunel. La géopolitique lumineuse », entretien, Conflits, hors série no3, Printemps 2016, p. 6-11
  6. « Les dérives de l’humanitaire », Libération, 7 mars 2002
  7. Le Monde, 19 décembre 2002, « Quand la famine fait des heureux »
  8. Brunel, 2008, p. 78 et suivantes.
  9. Le Temps, 19 octobre 2010, « Non, l’homme ne peut guère produire de la biodiversité » par Antoine Guisan, Pascal Vittoz, Frédéric Bastian, Danielle Mersch, Luigi Maiorano, Morgan Pearcy, Blaise Petitpierre, Christelle Vangenot, Sophie Cotting et Nicolas Perrin.
  10. a et b « Les enjeux internationaux », entretien avec Sylvie Brunel sur France Culture, 11 juin 2008.
  11. Brunel, 2008, p. 38.
  12. Brunel, 2008, pp. 29 et 39.
  13. Brunel, 2008, p. 39.
  14. Sylvie Brunel, « Les agriculteurs ne sont pas des pollueurs empoisonneurs », sur lemonde.fr, .
  15. « Sylvie Brunel ignore la réalité de l’agriculture biologique », Aurélien Dupouey-Delezay, lemonde.fr, 18 mai 2015.
  16. « Priver l’Afrique des OGM serait une hérésie », Sylvie Brunel, jeuneafrique.com, 12 mai 2016.
  17. Les Matins, France Culture, « Agriculture française : allons-nous tous nourrir ? (2e partie) », France Culture,‎ (lire en ligne).
  18. « Sylvie Brunel (géographe) : “ne pas traiter, c'est s'exposer au risque de ne pas pouvoir manger” », L'Agriculteur normand,‎ (lire en ligne).
  19. Voir sur lemonde.fr.

Voir aussiModifier