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Les styles d’apprentissage constituent une gamme de théories concurrentes et contestées qui, à partir d’un concept commun selon lequel les apprenants diffèreraient dans la façon d’acquérir leur connaissances, vise à tenir compte desdites différences d’acquisition supposées chez les apprenants. Bien que ces diverses théories divergent dans leurs vues sur la façon dont lesdits styles doivent être définis et classés, ces théories suggèrent que tous les apprenants pourraient être étiquetés en fonction d’un « style » d’apprentissage particulier comme « visuel », « auditif », « kinesthésique », « tactile », etc.[1], bien que les diverses théories ne parviennent pas à se mettre d’accord la définition et la catégorisation de ces styles[2]. Croire que les individus diffèrent dans leur manière d’apprendre est un concept populaire[3].

Sommaire

HistoriqueModifier

L’hypothèse de styles d’apprentissage individualisés est née dans les années 1970 dans les pays anglo-saxons, où elle a grandement influencé l’éducation[4]. Ses adeptes recommandaient aux enseignants d’évaluer les styles d’apprentissage de leurs apprenants pour adapter leurs méthodes d’enseignement afin de répondre au mieux au style d’apprentissage de chaque apprenant. Peu d’études ont réussi à valider le concept de styles d’apprentissage en éducation, hormis les préférences exprimées par certains individus sur la façon dont ils préfèrent recevoir de l’information[4]. Les détracteurs de cette théorie affirment qu’il n’existe aucune preuve que l’identification du style d’apprentissage d’un apprenant produise de meilleurs résultats. Il existe en revanche des preuves de problèmes empiriques et pédagogiques liés à l’utilisation de tâches d’apprentissage pour « correspondre à des différences de manière individualisée[5]. » Des études bien conçues contredisent l’hypothèse fort répandue du « maillage », selon laquelle l’apprenant apprendrait mieux en apprenant avec une méthode jugée comme appropriée à son style d’apprentissage[4].

Mise en gardeModifier

Le concept de modes d’apprentissage a fait l’objet de critiques substantielles de la part des scientifiques qui se sont livrés à l’examen de vastes corpus de recherche[6],[4]. Au regard de la force probante des éléments de preuve en défaveur des styles d’apprentissage, les enseignants, les concepteurs pédagogiques, formateurs, professeurs (et tous les professionnels de l’éducation et d’apprentissage) sont invités à faire preuve d’un scepticisme marqué vis-à-vis l’utilisation de l’approche des modes d’apprentissage pour tenter d’améliorer les résultats de l’apprentissage, faute d'étude probante. Un article soumis à un comité de lecture de 2015 a conclu que : « Les théories des styles d'apprentissage ne marchent pas, et il est de notre responsabilité de s’assurer que les élèves le savent[7]. » Les psychologues Scott Lilienfeld, Barry Beyerstein et leurs collègues ont mis l’idée que « les élèves apprennent mieux lorsque les styles d'enseignement sont adaptés à leurs styles d’apprentissage au nombre des « 50 grands mythes de la psychologie populaire[8] » avant de résumer quelques raisons pertinentes de ne pas croire à ce « mythe[8] ».

SchémaModifier

Une étude des publications scientifiques menée en 2004 ayant identifié jusqu’à 71 différentes théories de styles d’apprentissage[6], toute tentative de description des styles d’apprentissage donc est, par définition, difficile à accomplir dans la mesure où, en l’absence de toute validation scientifique objective, chaque définition se limite ipso facto à des témoignages empiriques voués à varier selon chaque praticien. Schématiquement, selon la théorie des styles d’apprentissage, les apprenants auditifs mémoriseraient grâce à l’écoute de signaux sonores. Il leur serait presque impossible de comprendre quoi que ce soit sans son en arrière-plan. Les apprenants visuels, eux, se représenteraient les informations de façon spatiale, avec des images qui leur permettraient de se concentrer sur le sens, de réorganiser et de regrouper des idées similaires. Les tenants des théories de style d’apprentissage ne parviennent même pas à se mettre d’accord sur ce qu’est un apprenant kinesthésique : pour Rita Dunn, l’apprentissage kinesthésique et tactile seraient une seule et même chose[9] alors que Galeet BenZion affirme que l’apprentissage kinesthésique et l’apprentissage tactile sont des styles d’apprentissage distincts, avec des caractéristiques différentes[10]. Sinon, les apprenants kinesthésiques réaliseraient par l’action, plutôt que par la pensée. Se déplacer lors de l’apprentissage augmenterait leur compréhension. L’apprentissage kinesthésique dans tous les domaines se ferait chez l’apprenant en utilisant son corps pour exprimer une pensée, une idée ou un concept.

RéfutationsModifier

De nombreux universitaires et chercheurs ont critiqué la théorie des styles d’apprentissage. Certains psychologues et neuroscientifiques ont remis en cause la base scientifique et les théories sur lesquelles elles sont fondées. Selon Susan Greenfield, d’un point de vue neuroscientifique, la méthode est « absurde » : « Les humains ont évolué pour construire une image du monde à travers le travail à l’unisson de nos sens, qui exploitent l’immense interconnectivité présente dans le cerveau[11]. »

Beaucoup de psychologues scolaires estiment qu’il y a peu de preuves de l’efficacité de la plupart des modèles de style d’apprentissage dont les modèles reposent, de plus, souvent sur des bases théoriques douteuses[12]. Ainsi, selon Stahl, « prouver que la détermination des styles d’apprentissage des enfants pour les assortir à des méthodes d’enseignement ait eu quelque effet sur leur apprentissage a été un échec complet[13] ». Guy Claxton a remis en question l’utilité des styles d’apprentissage tels que VARK, en particulier, dans la mesure où ils peuvent avoir tendance à étiqueter les enfants et donc de limiter leur apprentissage[14].

Remise en cause par Coffield, et al.Modifier

En 2004, à l’issue d’une revue des études, Coffield et ses collègues de l’université de Newcastle upon Tyne ont critiqué la plupart des principaux instruments utilisés pour identifier le style d’apprentissage des individus[6]. Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont sélectionné 13 parmi les modèles les plus influents sur les 71 qu’ils ont identifiés. À l’issue de l’examen des origines théoriques et les modalités de chaque modèle, de l’instrument qui visait à évaluer les personnes par rapport aux styles d’apprentissage définis par le modèle, de l’analyse des affirmations formulées par leur(s) auteur(s), des études externes de ces affirmations et des preuves empiriques indépendantes de la relation entre le style d’apprentissage identifié par l’instrument et l’apprentissage réel des élèves, l’équipe de Coffield a constaté qu’aucune des théories de style d’apprentissage parmi les plus populaires n’avait été dument validée par des recherches indépendantes. Ils en ont conclu que l’idée d’un cycle d’apprentissage, de la cohérence des préférences visuelles, auditives et kinesthésiques et de la valeur d’un enseignement assorti aux soi-disant styles d’apprentissage étaient tous « très discutables. »

Au nombre des théories les plus connues évaluée par l’équipe de Coffield, on compte le modèle des styles d’apprentissage, largement utilisé dans les écoles américaines, de Dunn et Dunn[15], au sujet duquel 177 articles ont été publiés dans revues scientifiques faisant référence à ce modèle[6]. La conclusion de Coffield et al. est la suivante : « Malgré un grand programme de recherche toujours en évolution, les assurances résolues données quant à leur impact sont discutables en raison de limitations de la plupart des études à l’appui et du manque de recherche indépendante sur ce modèle[6]. »

L’équipe de Coffield affirmé qu’un autre modèle, le Style Delineator de Gregorc (GSD), était « théoriquement et psychométriquement vicié » et « ne convient pas à l’évaluation des individus[6]. »

Remise en cause du modèle de KolbModifier

Mark K. Smith a compilé et examiné certaines critiques du modèle de Kolb dans son article David A. Kolb on Experiential Learning[16]. Selon ses recherches, ce modèle pose six questions clés concernant :

  • le modèle ne tient pas suffisamment compte du processus de réflexion ;
  • les revendications émises sur les quatre styles d’apprentissage sont extravagantes ;
  • les différences de conditions et d’expériences culturelles ne sont pas suffisamment prises en compte ;
  • l’idée d’étapes ne correspond pas nécessairement à la réalité ;
  • il n’existe que de faibles éléments de preuves empiriques ;
  • la relation entre les processus et les connaissances apprentissage est plus complexe que ne l’affirme Kolb[17].

Autres remises en causeModifier

Coffield et ses collègues, ou Smith, ne sont pas les seuls dans leur jugement. Demos, un think tank britannique, a publié un rapport sur les styles d’apprentissage préparé par un groupe présidé par David Hargreaves et comprenant Usha Goswami de l’université de Cambridge et David Wood de l’université de Nottingham. Le rapport Demos a dit que les éléments de preuve pour les styles d’apprentissage étaient « très variables », et que les praticiens n’étaient « en aucun cas ouverts en ce qui concerne les preuves de leurs travaux[18]. »

John Geake, professeur d’éducation à Oxford Brookes University et collaborateur de recherche avec le Centre d’imagerie fonctionnelle par résonance magnétique du cerveau l’université d’Oxford, a mis en garde contre l’interprétation de la recherche neuropsychologique comme soutenant l’applicabilité de la théorie du style d’apprentissage, en déclarant que : « Nous devons faire très attention lors du passage du laboratoire à la salle de classe. Nous nous souvenons des choses visuellement et auditivement, mais les informations ne sont pas définies par la façon dont elles ont été reçues[19]. »

Le travail de Daniel T. Willingham adhère également à l’idée qu’il n’y a pas assez de preuves pour soutenir une théorie décrivant les différences de style d’apprentissage chez les élèves. Dans son livre Why Don't Students Like School (« Pourquoi les étudiants n’aiment pas l’école. »), il affirme que la théorie des styles cognitifs doit comporter trois caractéristiques : « il faut toujours attribuer le même style à une personne, il faut montrer que les gens ayant des capacités différentes pensent et apprennent différemment, et il faudrait montrer que les gens avec des styles différents ont des capacités similaires. » Cela dit, il conclut qu’il n’y a pas de théories qui comportent ces trois caractéristiques cruciales, ce qui n’implique pas nécessairement que les styles cognitifs n’existent pas, mais indique en tout cas que les psychologues sont incapables de « les trouver[20] ».

Critique de l’Association for Psychological ScienceModifier

L’Association for Psychological Science (APS) a publié un rapport sur la validité scientifique de la pratique des styles d’apprentissage[4]. Le panel présidé par Harold Pashler, de l’université de Californie à San Diego, et qui comprenait Mark McDaniel, de l’université de Washington, Doug Rohrer, de l’université de Floride du Sud et Robert Bjork, de l’université de Californie à Los Angeles, a conclu qu’une évaluation adéquate de l’hypothèse des styles d’apprentissage que les demandes d’apprentissage optimales que les apprenants reçoivent un enseignement adapté à leur style d’apprentissage supposé exige un type particulier d’étude. Plus précisément, les apprenants devraient être regroupés dans les catégories de style d’apprentissage en cours d’évaluation (par exemple, apprenants visuels/verbaux), puis les apprenants de chaque groupe devraient être assignés au hasard à l’une des méthodes d’apprentissage (par exemple, l’apprentissage visuel ou l’apprentissage verbal), de sorte que certains apprenants seront « jumelés » et d’autres seront « incompatibles ». À la fin de l’expérience, tous les élèves doivent subir le même test. Si l’hypothèse de style d’apprentissage est correcte, alors, par exemple, les apprenants visuels devraient apprendre mieux avec la méthode visuelle, alors que les apprenants auditifs devraient mieux apprendre avec la méthode auditive. D’autres auteurs ont tiré la même conclusion, notamment Massa et Mayer, 2006[21].

Comme indiqué dans le rapport, le Groupe spécial a constaté que les études utilisant cette conception de la recherche fondamentale étaient pratiquement absentes des publications sur les styles d’apprentissage. En fait, le panel n’a été en mesure de trouver que quelques études avec cette méthode de recherche fondamentale, et à une seule exception, les conclusions de toutes ces études étaient négatives, c’est-à-dire qu’elles ont constaté que la même méthode d’apprentissage était supérieure pour tous les types d’étudiants[21].

Le comité a en outre noté que, même au cas où les résultats requis étaient obtenus, les bénéfices ne devaient pas être juste statistiquement significatifs, mais manifestes, pour que des recommandations sur la mise en application de la théorie des styles d’apprentissage soient rentables. Autrement dit, le cout de l’évaluation et du classement des étudiants selon leur prétendu style d’apprentissage comme prélude à la dispensation d’un enseignement personnalisé devrait s’avérer plus bénéfique que les autres types d’intervention, comme le tutorat, les programmes de rattrapage, etc.)

En conséquence, le comité a conclu qu’« à l’heure actuelle, il n’y a pas de base de preuves suffisantes pour justifier l’incorporation des évaluations des styles d’apprentissage dans la pratique éducative générale. Ainsi, les ressources d’enseignement limitées seraient mieux consacrées à l’adoption d’autres pratiques pédagogiques qui ont des preuves solides, et dont il existe un nombre croissant[4]. »

Cet article a incité les commentaires critiques de certains défenseurs des styles d’apprentissage. La Chronicle of Higher Education a indiqué que Robert Sternberg de l’université Tufts a parlé contre l’article : « Plusieurs des chercheurs les plus cités sur les styles d’apprentissage, souligne Sternberg, n’apparaissent dans la bibliographie[22]. » La revue Science a également discuté de ce reproche en signalant que Pashler avait dit : « Quand bien même… la plupart de [la preuve] est « faible »[23]. »

Notes et référencesModifier

  1. James et Gardner 1995.
  2. Coffield et al. 2004, p. 8.
  3. Willingham, Hughes et Dobolyi 2015, p. 266.
  4. a b c d e et f Pashler et al. 2008.
  5. Klein 2003.
  6. a b c d e et f Coffield et al. 2004.
  7. Coffield et al. 2004, p. 269.
  8. a et b Lilienfeld et al. 2010.
  9. (en) Rita Dunn, Impact of learning-style instructional strategies on students’ achievement and attitudes : perceptions of educators in diverse institutions, The Clearing House, janv.-fév. 2009, p. 135-140.
  10. (en) Galeet BenZion (Westreich), An analysis of kinesthetic learners’ responses : teaching mathematics through dance, doctoral dissertation, American University, Washington D.C., 1999.
  11. (en) Julie Henry, « Professor pans 'learning style' teaching method », The Telegraph,‎ (lire en ligne).
  12. (en) L. Curry, « One critique of the research on learning styles », Educational Leadership, t. 48,‎ , p. 50-56.
  13. (en) S. A. Stahl, « Different strokes for different folks ? », Taking sides : Clashing on controversial issues in educational psychology, L. Abbeduto, Éd. Guilford, McGraw-Hill, 2002, p. 98-107.
  14. (en) « Guy Claxton speaking on What's The Point of School? », dystalk.com (consulté le 23 avril 2009).
  15. (en) R. Dunn, K. Dunn & G. E. Price, Learning style inventory, Lawrence, Price Systems, 1984.
  16. David A. Kolb sur l’apprentissage expérientiel.
  17. M. K. Smith, David A. Kolb on experiential learning, 2001, consulté en ligne le 17 octobre 2008.
  18. D. Hargreaves, et al. About learning : report of the Learning Working Group. Demos, 2005.
  19. P. Revell, Each to their own. The Guardian, 2005.
  20. (en) Daniel T. Willingham, Why Don’t Students Like School?, Jossey-Bass, 2009, 240 p., (ISBN 978-0-47059-196-3).
  21. a et b (en) L. J. Massa et R. E. Mayer, « Testing the ATI hypothesis: Should multimedia instruction accommodate verbalizer-visualizer cognitive style? », Learning and Individual Differences, t. 16,‎ , p. 321-336 (DOI 10.1016/j.lindif.2006.10.001).
  22. (en) David Glenn, Matching Teaching Style to Learning Style May Not Help Students, consulté le 24 février 2010.
  23. (en) Constance Holden, Learning with Style, consulté le 24 février 2010.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • [Coffield et al. 2004] (en) F. Coffield, D. Moseley, E. Hall et K. Ecclestone, « Learning styles and pedagogy in post-16 learning : A systematic and critical review », Learning and Skills Research Centre, Londres,‎ (lire en ligne [PDF]).
  • [James et Gardner 1995] (en) W. James et D. Gardner, « Learning styles : Implications for distance learning », New Directions for Adult and Continuing Education, t. 67,‎ .
  • [Klein 2003] (en) P. Klein, « Rethinking the multiplicity of cognitive resources and curricular representations : alternative to learning styles and multiple intelligences », Journal of Curriculum Studies, t. 35, no 1,‎ .
  • [Lilienfeld et al. 2010] (en) Scott O. Lilienfeld, Steven Jay Lynn, John Ruscio et Barry L. Beyerstein, 50 great myths of popular psychology: shattering widespread misconceptions about human behavior, Chichester, UK; Malden, MA, Wiley-Blackwell, , 92–99 p. (ISBN 9781405131117, OCLC 396172891), « Myth #18: Students learn best when teaching styles are matched to their learning styles ».
  • [Pashler et al. 2008] (en) Harold Pashler, Mark A. McDaniel, Doug Rohrer et Robert A. Bjork, « Learning styles : Concepts and evidence », Psychological Science in the Public Interest, vol. 9, no 3,‎ , p. 105-119 (DOI 10.1111/j.1539-6053.2009.01038.x, lire en ligne).
  • [Willingham, Hughes et Dobolyi 2015] Daniel T. Willingham, Elizabeth M. Hughes et David G. Dobolyi, « The scientific status of learning styles theories », Teaching of Psychology, vol. 42, no 3,‎ , p. 266–271 (DOI 10.1177/0098628315589505).